Ecrittératures

10 mars 2009

Vient de paraître : erevan 06-08

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Vient de paraître, Erevan 06-08, aux éditions A d’Arménie, collection Zoom.

Edition bilingue français – arménien, traduction par Gayané Sargsyan et Garnik Melkonian.

Préface :

Les textes qui suivent ne sont pas d’un journaliste, bien que la plupart aient trouvé leur place sur le site de Yevrobatsi.org, encore chauds des événements liés aux élections législatives et présidentielles arméniennes, de 2007 et 2008, au cours desquelles j’ai exercé la fonction d’observateur bénévole pour le compte de la section locale de l’organisation Transparency International. Ils s’inscrivent à la suite d’une série de livres écrits sur l’Arménie au fil d’une fréquentation qui aura commencé en 1969.

Si je souhaitais au départ capter des sensations fugitives sur la capitale Erevan, la violence des événements m’ont assez vite détourné de cet objectif purement littéraire pour m’obliger à témoigner de la dramaturgie électorale que traversait le pays et qui rencontra son point de crise à l’aube du 1er mars jusque tard dans la nuit.

Le lecteur voudra bien lire ces textes comme des précipités d’impressions multiples et d’analyses personnelles, restitués avec toute l’humilité et toute la sincérité que doivent requérir des mouvements d’idées et des manifestations de rue aussi complexes. Sans doute aideront-ils également à comprendre qu’une ville, loin de se réduire à une savante organisation de l’espace habité, reste avant tout imprégnée des émotions collectives ou individuelles éprouvées par ceux-là mêmes qui l’habitent ou ceux qui l’aiment, faute de pouvoir y vivre.

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EXTRAIT :

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16 février, Place de la Liberté. Pas festives, ces élections ? J’avais tort. Débordantes. Ballons, drapeaux, banderoles, musiques flottent au-dessus des têtes unies dans la même excitation… Des agitations frénétiques de rouge, de bleu, d’orange*. Beaucoup d’orange et des noms de provinces profondes venues ajouter leurs démangeaisons à la ferveur électorale. Des poings se dressent, des mains applaudissent, d’autres servent de porte-voix à vous casser les oreilles.  « Nous allons gagner ! », « C’est nous et nous seuls qui élisons notre avenir », défient de larges bandes d’étoffe. Le meeting d’aujourd’hui en faveur de Lévon Ter-Petrossian est grandiose, offensif, monstrueux. Et aussi rare qu’il paraisse en ces temps de marchandages à tout va, une réjouissance collective d’esprits sincères, animés par la puissance du réveil démocratique. Sur les statues géantes de Toumanian et de Spendiarov, dressées comme deux îles dans ce public vibrant de concert à l’Opéra de leur Libération, ont grimpé des partisans agitateurs de drapeaux ou des journalistes armés de caméras.  La foule est océane (je n’invente rien, le mot est prononcé par le discoureur qui au jugé vient de compter 260 000 personnes), les cris tempétueux, scandés par des vagues de «  Lévon ! », «  Lévon ! », «  Lévon ! »  qui disent la rage d’en découdre avec le régime des voyous et des salauds. Le peuple aspire à la sainteté démocratique de la race, comme il est dit ici ou là dans les discours destinés à chauffer les têtes contre les années de froid kotcharien qui ont creusé les corps. Pour un orateur, sophiste en diable, ce pouvoir darwinien a prouvé que l’homme descendait du singe quand Dieu le fit à son image. Une énergie démesurée qui vous prend aux tripes tellement l’irrespect jubilatoire circule comme un sang dramatique, aussi effervescent qu’au temps du  charjoum** à la veille de l’indépendance. Des hommes et des femmes chargés de malheurs réagissant au moindre mot comme des piles électriques. (Pour autant, le représentant du parti Héritage ne déclenchera que deux maigres secondes d’applaudissements en déclarant que Raffi Hovannessian se trouvait à l’étranger pour défendre la cause de la reconnaissance du génocide). La surchauffe prend au rythme des discours les plus lourds d’espérances disant que la victoire est là. On rit sur les ironies balancées contre les uns et les autres. Contre les serjakans qui appellent meeting une réunion de personnes soumises à un chantage… Hou ! Placé sur les marches aux abords des entrées de l’Opéra, je constate que la foule est partout, que les têtes ainsi accumulées occupent tous les abords de la place comme jamais on n’en verra. Ici, on y croit.

17 février, Place de la Liberté. Pas festives, ces élections ? J’avais tort. Débordantes. Ballons, drapeaux, banderoles, musiques flottent au-dessus des têtes unies dans la même invitation… Des pancartes par dizaines déclinent les noms des provinces. Deux immenses drapeaux chutent en cascade des hauts de l’Opéra de part et d’autre de la tribune. Dominent les banderoles blanches avec un V de la victoire. « Haratch ! »*** , « Haratch ! » Le meeting d’aujourd’hui en faveur de Serge Sarkissian est grandiose, offensif, monstrueux. Et aussi sûrement qu’on le dit en ces temps de marchandages à tout va, une réjouissance de commande pour des esprits absents. Sur les statues géantes de Toumanian et de Spendiarov,  assis figés dans le bronze des grands morts, ni partisans agitateurs de drapeaux, ni journalistes armés de caméras. La foule est océane (je le ressers pour l’occasion, le mot n’ayant pas été prononcé par l’orateur présidentiable qui, au jugé, nous comptera 300 000 personnes). Les cris tempétueux, scandés par des vagues de « Haratch ! », «  Haratch ! », « Haratch ! » qui répondent en écho aux ordres de l’animateur déclenchent aussitôt des va-et-vient de drapeaux tenus par des jeunes avides de gesticulations ostentatoires. Le peuple fait acte de présence pour éviter les licenciements suspendus sur sa tête. Une énergie mesurée qui n’agite pas les corps tellement la soumission organique y circule aussi sûrement qu’un sang sec, aussi effervescente qu’une limonade qui aurait perdu ses bulles après dix années passées dans une cave. Des hommes et des femmes chargés de malheurs réveillent leur instinct de conservation pour réagir comme une décharge électrique aux injonctions de l’homme haut parleur. On se croirait au temps des soviets quand la surchauffe populaire s’orchestrait sur commande par un bateleur rythmant les discours ampoulés d’espérances magnifiques et de victoire à portée de slogans. On sourit aux ironies balancées contre les lévonakans qui appellent leur foule un meeting quand celui-ci déploie la sienne jusque sur les rues voisines de la place… Boue. Je traverse des flaques de neige fondue au pied des groupes debout sur les talus et sur tous les abords disponibles comme jamais on n’en verra. Ici, croire est de rigueur.

Février-mars 2008

*Les trois couleurs du drapeau arménien.

**Le mouvement qui a conduit à l’Indépendance.

***En avant !

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ISBN : 978-99941-831-9-7
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Prix de lancement : 13 euros ( port compris)
S’adresser à : denisdonikian@gmail.com

Ou à la Librairie Samuelian 51 rue Monsieur le Prince Paris, 75006
Tél. 01.43.26.88.65

Vient de paraître : VERS L’EUROPE, du négationnisme au dialogue arméno-turc

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Viennent de paraître, les chroniques affichées dans Yevrobatsi.org depuis quatre ans. Aux éditions A d’Arménie.

Rédacteur en chef de Yevrobatsi.org, site créé, en 2004, dans le but de rappeler le génocide arménien au bon souvenir d’une Turquie négationniste désireuse d’entrée dans l’Union européenne, Denis Donikian va rédiger plusieurs dizaines de chroniques dans ce sens, sans pour autant négliger de porter la critique dans son propre camp, à savoir la diaspora arménienne et l’Arménie même, pour fustiger les dérives de l’intolérance et les arrogances du fanatisme. Il n’aura de cesse de tirer les leçons du génocide pour promouvoir un « vivre ensemble » cher à Hrant Dink, journaliste assassiné en janvier 2007 à Istanbul. Ses chroniques reflètent un travail de réflexion à l’œuvre, évoluant d’une critique radicale du négationnisme vers une démarche de rapprochement arméno-turc qui se conclura par un dépôt de gerbes unitaire entre Turcs et Arméniens au pied de la statue du Père Komitas à Paris en 2007.
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ISBN : 978-9939-816-00-5
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Prix de lancement : 13 euros port compris. S’adresser à l’auteur :

denisdonikain@gmail.com

Ou à la Librairie Samuelian 51 rue Monsieur le Prince Paris, 75006
Tél. 01.43.26.88.65
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EXTRAIT :
Au nom de tous les miens, pardon Monsieur Erdogan !

» Il appartient aux Arméniens de faire
des excuses à la Turquie suite à leurs allégations erronées
de génocide pendant la première guerre mondiale. »
a déclaré lundi 11 avril 2005, M. Recep Tayyip Erdogan, au cours de sa visite officielle en Norvège.
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Ces enfants arméniens qu’on enterra vivants pas centaines remuent encore sous la terre autour de Diarbékir pour vous demander pardon. Ces déportés torturés par la soif que vos gendarmes attachaient face aux rivières ou promenaient le long des fleuves en leur défendant d’approcher ne sauraient faire moins eux aussi que d’implorer votre grâce. Au nom de ceux qui se sont jetés dans les flots pour s’y noyer en apaisant leur soif ou de ceux qu’on fit boire aux rivières souillées par des cadavres arméniens, je vous demande pardon. « Pardon ! » auraient dit ces enfants arméniens, sans père ni mère, qu’on vendait pour deux médjidiés, soit 1,20 euro, sur les marchés d’Istanbul, capitale ottomane. Ces filles qu’on passait aux soldats vous demandent elles aussi pardon d’avoir été violées ou d’avoir peuplé les harems de vos pères. On aurait pu aussi exiger de Madame Terzibachian d’Erzeroum de vous demander pardon pour avoir témoigné au procès Tehlirian en racontant comment à Malatia les femmes virent leurs époux tués à coups de hache avant d’être poussés dans l’eau et comment leurs bourreaux vinrent choisir les plus belles, transperçant de leur baïonnette celles qui s’y refusaient. Mais Madame Terzibachian n’étant probablement plus de ce monde, je vous demande pardon à sa place d’avoir porté l’accusation contre le soldat qui trancha la tête de son propre frère sous les yeux de sa mère aussitôt foudroyée, et qui jeta son enfant pour la seule raison qu’elle le repoussait. Pardon de vous avoir offensé au nom des Arméniennes de Mardin dont on déshonora les cadavres encore frais. Les Arméniens qu’on jeta par centaines dans les gorges du lac de Goeljuk, non loin de Kharpout, selon ce que le consul américain nous en a rapporté, s’excusent par ma bouche d’avoir porté atteinte à votre honneur que leur mort accuse les Turcs de les avoir acculés dans une nasse avant de les égorger. Je vous fais grâce de ces restes humains qu’on dépouilla de tout, de leurs maisons, de leurs biens, de leurs vêtements, de leurs enfants, et ces enfants de leurs propres parents, de leur innocence, de leur virginité, de leur religion, de l’eau qu’on boit quand on a soif, du pain quand on a faim, de leur vie autant que de leur mort, de leur paysage familier et de la terre de leurs ancêtres… De tous ces gens me voici leur porte-parole, ils parlent en moi, je les entends agoniser dans mon propre corps, pour vous demander pardon d’avoir existé, pardon d’avoir été trompés, turcisés, torturés, ferrés comme des chevaux, violés, égorgés, éviscérés, démembrés, dépecés, brûlés vifs, noyés en pleine mer, asphyxiés, pour tout dire déshumanisés… Car vous n’êtes en rien responsable des malheurs absolus que vos frères inhumains firent subir aux nôtres, frères humains trahis dans leur humanité. Non, l’histoire de vos pères n’est pas votre histoire. L’histoire de la Turquie ne naît pas sur ces champs de cadavres arméniens. Et pourquoi donc supporteriez-vous les péchés de vos pères ? Qui oserait vous faire croire que ces maisons désertées par les Arméniens ont été aussitôt habitées par les vôtres ? Que des villages entiers, vidés de leurs habitants naturels, ont été occupés par les vôtres, au nom d’une légitimité illégitime ? Que la ville de Bursa comptait 77 000 Arméniens durant la période ottomane, plus que deux au premier recensement ? Que les richesses de ces Arméniens pourchassés, déportés, anéantis aient nourri ces prédateurs qui furent d’une génération dont vous ne fûtes nullement engendré, Monsieur Erdogan. Il faut que les Arméniens s’excusent d’avoir été là où vous n’étiez pas encore. Qu’ils s’excusent d’avoir proclamé depuis 90 ans, d’une manière ou d’une autre, par des livres ou de vive voix, par leur mort sur les chemins du désert ou leur vie dispersée aux quatre coins du monde, que le génocide arménien est et sera toujours le fond noir de l’identité turque.

Avril 2005

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