Ecrittératures

23 juin 2009

Rues en rut en Iran et en Arménie

Le viol des urnes vaut révolution. Désormais, nous savons que l’Arménie et l’Iran ne partagent pas seulement une frontière commune. Elles sont sur la même longueur d’onde électorale : le fraudeur reconnaît sa fraude, mais la tient pour négligeable. Or, l’électeur ne l’entend pas de cette oreille. « Où est mon vote ? » crie l’Iranien de la rue. On lui répond par la répression. Le sang a coulé en mars 2008 sur les trottoirs d’Erevan comme en Iran aujourd’hui. Mais l’Arménie est un pays plein de sagesse, elle croit à la révolution pacifique. Lévon Ter Pétrossian prône la désobéissance civile. Après avoir prêché la révolution, Mir Hossein Moussavi invite ses partisans à la retenue. Dans les deux cas, on affirme que toute protestation contre des fraudes électorales constitue un droit. Comment Serge Sarkissian et Mahmoud Ahmadinejad peuvent-ils croire un seul instant qu’un citoyen trompé va rentrer chez lui et continuer sa vie comme si de rien n’était ? Quel recours a-t-il sinon de descendre dans la rue et de tout casser ? Le pouvoir qui foule impunément au pied un droit fondamental comme le droit de vote court à sa perte. L’usurpateur devra vivre avec les hurlements de la rue.

On remarque toutefois que les hurlements iraniens s’entendent plus facilement dans les capitales démocratiques que ceux des Arméniens qui remplissent Erevan depuis plus d’un an. Pourtant, ce qui se passe en Iran est l’exacte réplique des événements arméniens de mars 2008. Morts, émeutes, emprisonnements politiques des deux côtés. Il reste que les affaires arméniennes demeurent confinées dans les frontières de l’Arménie, tandis qu’en Iran l’écho se répand partout dans le monde. C’est que l’Arménie n’a pas de pétrole et prône une révolution par la patience. Sans oublier qu’il suffit à l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad  d’éternuer pour inquiéter toute la région, Israël compris. Les Arméniens n’intéressent personne car ils n’inquiètent personne. Dès lors, le gouvernement peut tout se permettre, sans craindre le ridicule. Même de lancer un colloque pan-arménien des juristes pour le mois de septembre. On se demande ce que les juristes de la diaspora et ceux d’Arménie vont se dire. Pour les premiers, accepter l’invitation équivaudra à cautionner des comportements qui, ces derniers temps, ont jeté en prison des opposants politiques. On me dira qu’un juriste n’est pas un juge. Mais à quoi bon rappeler à un juge le sens du droit quand c’est le prince qui condamne et qui amnistie  ?

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