( photo Serge E. Durman)
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In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan, mort du sida à trente ans.
Ces poèmes furent écrits en juin 1996
1
Entre nous il y avait peu de paroles Nous ne respirions plus
les mêmes jours Mais la même lumière coulée de mots sauvages
Plutôt que le pays son peuple éperonnait ton existence
Il n’avait plus pour moi ce poids de dieu M’acharnant plutôt à m’en décaptiver
Que reste-t-il là où tu es si loin que tu sembles perdu
Peut-être me vois-tu en train d’écrire sur toi absent ces pages
Absent / errant autour de nous murés dans un feu d’impuissance
Que reste-t-il de tes dieux d’ici-bas par quoi tu voulais nous sauver
Trop tôt jeté sur la voie par père et mère qui n’ont pas su
reconnaître en toi-même l’idéal de tes rages
tu vécus pour écrire et pour t’illuminer de vrai
Car tu étais inconciliable avec les hommes convenus
Tu étais dans la vie ce qui passe à mes yeux un nuage
Pourtant ton mal je n’ai pas su le lire Dépatrié et souvent si peu gai
2
Tu m’es venu c’était un soir m’interroger
comme un auteur ( j’habitais sans alliance
ni fers à lyon un deux-pièces avec vue
sur église) réduit nuit et jour à son moi
Voilà qui était dur parler de soi partager
des chemins ruminer de vieux silences
maudissants Et tu notais bêtement sans effroi
rêves et rancunes qui font les passions noires et téméraires
J’avais raison ouverte et déjà commençais à juger
froidement mes paroles Je n’étais plus dans l’innocence
du peuple originaire : alors que toi …
J’étais dans l’inquiétude et me cherchais à dégager
Car après LE pays j’en connus d’autres et de plus denses
Et d’autres mots me ravissaient plus que ma voix
3
J’écris tout ça sans trop savoir comment
tu l’entendrais Toi le sautillant au style
inquiétant d’innocence et de malédiction
avec un rythme tout de joie mise en œuvre
Car c’était ça ta voix parler d’un certain châtiment
en lutin peu soucieux des imbéci
lités lyriques toujours en vague miroitant des fictions
si éthérées qu’on ne savait par quel chemin les prendre
En quoi nous n’étions pas évidemment
de même allure Tu courais comme un félin subtil
rêvant de trouver le temps par une action
contre la maudissure qui fit de nous injustement
des ingrandis dans l’histoire poids en pays d’exil
et vomis d’hommes sans rémission

Ces lignes bouleversantes – ô combien – m’ont fait de suite songer à l’amitié d’Eugène Savitzkaya et d’Hervé Guibert – par delà l’urgence de l’inscription, la nécessité vitale d’une lumière, d’un chemin – entre acceptation et révolte, affirmation et fusion, l’exigence d’être soi – à la fois singulier et universel – aux prises avec la glaise et le rêve
george
Commentaire par george — 22 février 2012 @ 1:51 |
Un frère de Bruno Hamazasp Sakayan: Vahan Tékéyan
MOI J’ AI AIMÉ
Moi j’ai aimé, mais aucun
de ceux que j’ai aimés n’a su
combien je l’ai aimé…
Qui sait lire dans le cœur ?
Mes plus grandes joies,
Mes plus vifs chagrins,
ceux qui les ont inspirés, hélas,
ne me connaissent plus maintenant !
Mon amour, semble-t-il, était ce fleuve,
Dont le flot continu,
Venait des neiges de la montagne,
Et que la montagne n’a pas vu.
Mon amour était, semble-t-il, cette porte
Par où personne n’est entré.
Couvert de fleurs,
Mon amour était un jardin secret.
Et si certains ont vu mon amour
Dans le ciel infini,
Ils l’ont vu comme une fumée,
mais n’en ont pas vu le feu…
……………………………….
Moi j’ai aimé, mais aucun
de ceux que j’ai aimés n’a su
combien je l’ai aimé…
Qui sait lire dans le cœur ?
Vahan TEKEYAN (1878-1945)
Traduction Louise Kiffer
Commentaire par Louise Kiffer — 22 février 2012 @ 7:43 |
Trop jeune pour mourir . Beaucoup trop jeune . Tant de rèves dans un beau coeur qui viennent de s’éteindre . Merci à chacun pour ce bel hommage .
Commentaire par Donig — 22 février 2012 @ 3:00 |