Ecrittératures

30 avril 2012

Itinéraire avant l’oubli (40)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 7:27

Photo: freevista

…jusqu’à l’ultime goutte

perle de sang dernière

épuise le temps à te donner

aux hommes aux mots et au vent

charge de vie le vide inconnu de l’éphémère

et que vibrent les battements d’ailes

que danse le jour croissant

alors tombera ta nuit

couvant tes peines de sa paix

21 février 2012

In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan (1)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 10:55

( photo Serge E. Durman)

*

In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan, mort du sida à trente ans.
Ces poèmes furent écrits en juin 1996

1

Entre nous il y avait peu de paroles Nous ne respirions plus

les mêmes jours Mais la même lumière coulée de mots sauvages

Plutôt que le pays son peuple éperonnait ton existence

Il n’avait plus pour moi ce poids de dieu M’acharnant plutôt à m’en décaptiver

 

Que reste-t-il là où tu es si loin que tu sembles perdu

Peut-être me vois-tu en train d’écrire sur toi absent ces pages

Absent / errant autour de nous murés dans un feu d’impuissance

Que reste-t-il de tes dieux d’ici-bas par quoi tu voulais nous sauver

 

Trop tôt jeté sur la voie par père et mère qui n’ont pas su

reconnaître en toi-même l’idéal de tes rages

tu vécus pour écrire et pour t’illuminer de vrai

 

Car tu étais inconciliable avec les hommes convenus

Tu étais dans la vie ce qui passe à mes yeux un nuage

Pourtant ton mal je n’ai pas su le lire Dépatrié et souvent si peu gai

 

 

2

Tu m’es venu c’était un soir m’interroger

comme un auteur ( j’habitais sans alliance

ni fers à lyon un deux-pièces avec vue

sur église) réduit nuit et jour à son moi

 

Voilà qui était dur parler de soi partager

des chemins ruminer de vieux silences

maudissants Et tu notais bêtement sans effroi

rêves et rancunes qui font les passions noires et téméraires

 

J’avais raison ouverte et déjà commençais à juger

froidement mes paroles Je n’étais plus dans l’innocence

du peuple originaire : alors que toi …

 

J’étais dans l’inquiétude et me cherchais à dégager

Car après LE pays j’en connus d’autres et de plus denses

Et d’autres mots me ravissaient plus que ma voix

 

 

 

 

3

J’écris tout ça sans trop savoir comment

tu l’entendrais Toi le sautillant au style

inquiétant d’innocence et de malédiction

avec un rythme tout de joie mise en œuvre

 

Car c’était ça ta voix parler d’un certain châtiment

en lutin peu soucieux des imbéci

lités lyriques toujours en vague miroitant des fictions

si éthérées qu’on ne savait par quel chemin les prendre

 

En quoi nous n’étions pas évidemment

de même allure Tu courais comme un félin subtil

rêvant de trouver le temps par une action

 

contre la maudissure qui fit de nous injustement

des ingrandis dans l’histoire poids en pays d’exil

et vomis d’hommes sans rémission

20 février 2012

Itinéraire avant l’oubli (39)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 6:50

TOUSSENS, peinture de l’auteur

*

au-delà du sang du temps

au-delà tout naîtra

à la nuit d’amour

fruit vivant de mes

terrestres paradis

14 février 2012

Itinéraire avant l’oubli (38)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 2:49

Adieu le ciel Adieu les sables

Adieu les palmes sur la mer

Les souvenirs sont des vertiges

Qui empoisonnent l’air vivant

Ma vie captive d’une machine

Ma vie n’est rien qu’avec le vent.

4 décembre 2011

Itinéraire avant l’oubli (37)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 4:01

Amis inconnus mis au fer

pour vos criées contre l’enfer

du non, du puits, des nuits…

Mon désir désarmé vous glace entre mes doigts

Tant vient l’effroi tant les froids montent…

5 novembre 2011

Itinéraire avant l’oubli (36)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 2:45

Chaque jour m’est nuit qui me ravage

Celle qui me fut reine fait ruine

Ai tant de souvenirs qu’ils me ravinent

Corps malade et faim encore de voyages

*

(Photo D. Donikian. Vue sur Chamb, Arménie)

4 mai 2011

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 12:23
Tags:

Chanson  produite pour la première fois, le 10 mai 1910, au théâtre de la Montée du Chat qui Pète par le célèbre Draoud.

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Alors que j’étais bien

Avec les crottes de mon nez ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Alors que j’étais chien

Parmi les chiens de mon quartier ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Alors que j’étais rien

Qu’un musicien sans renommée ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Alors que j’étais bien

A vivre nu comme un noyé ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi es-tu venue

Avec tes goûts civilisés ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Si c’était pour tuer

Les rêves qui m’avaient hanté ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Si c’était pour lier ma vie

A ton cœur tarabiscoté ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Maintenant que tu m’as usé,

Comme un corps à mettre au musée ?

*

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Pourquoi m’as-tu aimé ?

Avec tes mains avec tes pieds,

Toi ma sorcière bien-aimée ?

30 avril 2011

Le petit oiseau dans le trou

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 8:21
Tags: , ,

Auteur anonyme ( 1910)

*

Le petit oiseau dans le trou

Le petit oiseau dans le trou

Le petit oiseau

Le petit oiseau

Fait cuicui cuicui dans le trou

Coin Coin

*

Car il est heureux comme tout

Car il est heureux comme tout

Le petit oiseau

Le petit oiseau

Le petit oiseau dans le trou

Coin Coin

*

Le petit oiseau est tout fou

Le petit oiseau est tout fou

Le petit oiseau

Le petit oiseau

Il est fou tout fou dans le trou

Coin Coin

*

Le petit oiseau fait son nid

Le petit oiseau fait son nid

Le petit oiseau

Le petit oiseau

Fait cuicui cuicui dans son nid

Coin Coin

*

C’est une chanson que je dis

C’est une chanson que je dis

C’est une chanson

C’est une chanson

Une chanson de paradis

Coin Coin

*

C’est une chanson de soleil

C’est une chanson de soleil

C’est une chanson

C’est une chanson

Qui vous fait chanter les oreilles

Coin Coin

*

Si vous ne m’avez pas compris

Si vous ne m’avez pas compris

C’est que vous n’avez

C’est que vous n’avez

Pas de trou où faire un cuicui

Coin Coin

***

19 janvier 2011

L’oeuf et le panzer

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 1:55
Tags: ,

 


 

 

Un jour, je ne sais quand,

Sur la route de Caen,

Un panzer pesant comme un bœuf

Se trouva le nez contre un œuf.

Un œuf sans yeux ni pattes,

Au milieu de l’asphalte.

En grand danger

D’être écrasé.

C’est qu’une poule en son chemin

Avait ici ouvert son cul

Abandonnant un orphelin

A la rue.

Le panzer, las de ses canardages,

Lui le lourd, lui le démon,

Aspira l’œuf en son canon,

Et partit avec lui en voyage.

Combien de pays n’ont-ils vu !

Et combien de champs traversé !

Ils étaient seuls, ils étaient nus,

Jusqu’au jour où l’œuf a toussé.

Et voilà que d’un tas de fer

Naquit un poussin merveilleux.

Les gens n’en croyaient pas leurs yeux

Un oisillon né d’un panzer.

Lecteur au moi hégémonique

Prends garde aux démons de ta haine

Car toute vie est une graine

Et toute graine est magnifique.

14 décembre 2010

Itinéraire avant l’oubli (35)

Filed under: PROSES POESIES — denisdonikian @ 6:34

Photo d’Emmanuel Lachenay

 

*

Le champ de blé parle

à ma main vide…

Sème-moi ! Sème-moi !

*

Dans l’aveugle terrifiant d’hier

Aboient les bruits lâchés…

Serre alors ton sommeil  !

*

Plus tu rêves ta foi,

Plus son feu t’incendie,

Plus tes cendres seront d’or.

*

Tu laboures l’hier de sang,

Aveugle sur le pain cuit

Qui attend ta personne.

*

Après les machines mâchant le temps,

Les sourires unis,

la profondeur vivante…

*

 

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