Photo : Denis Donikian ©
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Horovels ou chants populaires
Toi et moi amour nous sommes
D’un seul cœur maîtres nous sommes
Le grenadier nous enflamme
Sirop d’amour enivre l’âme
*
J’ai aimé rose sans épine
Blanche une rose sans épine
Comme un bijou sur ma poitrine
Je l’ai humée qui sentait rien
Mon cœur fut triste comme un chien
Une rose rouge épineuse
A piqué ma main malheureuse
Depuis mon sang coule sans fin
Et m’enivre de son parfum
*
Nahabed Koutchak (XVIe siècle)
Tes yeux sont noirs et tes sourcils,
Front ouvert, visage rose…
Et cette blancheur que tu caches
Tes deux seins melonnés.
À mourir pour l’au-delà du monde
Où s’en ira l’éclat de ta poitrine ?
Car tout sera la proie des vers
Et toi tu me gardes pour rançon ?
*
Ce baiser que de ta bouche
Tu me donnas de bon cœur,
Plus doux que tous ces fruits
Poussant sur terre ou sur la mer
Fut comme ce fruit défendu
Dans lequel mordit Adam
Du Paradis il fut chassé
Comme moi de tes seins
*
Donabed Gochavanktsi (1542-1609)
Tes seins sont du raisin dans mes paumes
Ta peau est un velours vibrant de confusion
Ton front un tabernacle de grâce
Ton rire une délivrance
Et tes silences le manteau immaculé des choses
J’ouvre tes cuisses comme un livre du cantique
Où vit sous son Buisson ardent
L’eau qui a soif d’être bue
Ma langue y quête
Le suc qui doit ressusciter
L’homme en son agonie
*
Violette Krikorian
(extrait)
Tandis que tout mon être est dans le lieu d’amour.
Qu’il voie celui qui a des yeux !
Quelle ravissante image !
Deux corps soudés, étendus sous le drap, un entrelacs
De fleurs, lys frénétiques, huître qui s’ouvre et se referme,
balançoire qui va et qui vient…
Fais balancer ma couche, toi mon vent vigoureux,
mon joyeux compagnon de travail.
Fais osciller ma couche, toi mon rameur de choix,
mon corsaire fou.
Remue-moi jusqu’à ce que je sois toute épuisée.
Jusqu’à ce que j’atteigne par moi-même l’extrémité de ma personne.
Jusqu’à ce que par moi-même je m’anéantisse.
Remue-moi au point que j’atteigne là-bas ce Nulle-Part
– rivage de la joie.
Ainsi, pas à pas, d’un mot l’autre,
D’un mouvement l’autre, d’une pause à une autre pause,
Tiens-moi serrée et conduis-moi au cœur même de mon labyrinthe !
Et d’un baiser l’autre, d’un mouvement à un autre mouvement,
D’un baiser l’autre, d’un son de voix à un autre son de voix,
D’un baiser l’autre,
Fais-moi franchir le seuil de mon propre corps!
Fais-moi entrer dans la demeure de toute joie…
Ah ! Un pas encore. Ah ! Encore un mouvement.
Et sur le drap blanc, blanc comme du papier, deux lignes écrites
Selon le phrasé du corps, ces trois mots :
« Tout est accompli. »
*
Yéghishé Tcharents (1897-1937)
(extrait inédit)
11
Vêtue comme un cow-boy
Te voici mauvaise fille.
Je voudrais faire comme si
Je capturais tes hanches….
Assieds-toi sur mes jambes assoiffées
Pose tes hanches
Approche-toi de mon feu
Délicieux !
12
Donne-moi tes seins,
Donne tes hanches ardentes,
Que je m’enivre de ta flamme
Éternellle.
Ah, si j’étais Haffiz comme
Je voudrais la mettre
Dans l’étroit sentier
De tes hanches en feu.
13
Comme un prince d’Iran
Dans mon bassin d’eau pure
Combien de fois, combien
T’aurais-je prise, sœur !
Je lècherais la coupe
Brûlante de tes hanches -
Je prendrais feu par ton feu
Sans fin, sans fin…
*
Traductions: Denis Donikian