30 avril 2012
21 février 2012
In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan (1)
( photo Serge E. Durman)
*
In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan, mort du sida à trente ans.
Ces poèmes furent écrits en juin 1996
1
Entre nous il y avait peu de paroles Nous ne respirions plus
les mêmes jours Mais la même lumière coulée de mots sauvages
Plutôt que le pays son peuple éperonnait ton existence
Il n’avait plus pour moi ce poids de dieu M’acharnant plutôt à m’en décaptiver
Que reste-t-il là où tu es si loin que tu sembles perdu
Peut-être me vois-tu en train d’écrire sur toi absent ces pages
Absent / errant autour de nous murés dans un feu d’impuissance
Que reste-t-il de tes dieux d’ici-bas par quoi tu voulais nous sauver
Trop tôt jeté sur la voie par père et mère qui n’ont pas su
reconnaître en toi-même l’idéal de tes rages
tu vécus pour écrire et pour t’illuminer de vrai
Car tu étais inconciliable avec les hommes convenus
Tu étais dans la vie ce qui passe à mes yeux un nuage
Pourtant ton mal je n’ai pas su le lire Dépatrié et souvent si peu gai
2
Tu m’es venu c’était un soir m’interroger
comme un auteur ( j’habitais sans alliance
ni fers à lyon un deux-pièces avec vue
sur église) réduit nuit et jour à son moi
Voilà qui était dur parler de soi partager
des chemins ruminer de vieux silences
maudissants Et tu notais bêtement sans effroi
rêves et rancunes qui font les passions noires et téméraires
J’avais raison ouverte et déjà commençais à juger
froidement mes paroles Je n’étais plus dans l’innocence
du peuple originaire : alors que toi …
J’étais dans l’inquiétude et me cherchais à dégager
Car après LE pays j’en connus d’autres et de plus denses
Et d’autres mots me ravissaient plus que ma voix
3
J’écris tout ça sans trop savoir comment
tu l’entendrais Toi le sautillant au style
inquiétant d’innocence et de malédiction
avec un rythme tout de joie mise en œuvre
Car c’était ça ta voix parler d’un certain châtiment
en lutin peu soucieux des imbéci
lités lyriques toujours en vague miroitant des fictions
si éthérées qu’on ne savait par quel chemin les prendre
En quoi nous n’étions pas évidemment
de même allure Tu courais comme un félin subtil
rêvant de trouver le temps par une action
contre la maudissure qui fit de nous injustement
des ingrandis dans l’histoire poids en pays d’exil
et vomis d’hommes sans rémission
20 février 2012
Itinéraire avant l’oubli (39)
14 février 2012
Itinéraire avant l’oubli (38)
4 décembre 2011
Itinéraire avant l’oubli (37)
5 novembre 2011
Itinéraire avant l’oubli (36)
4 mai 2011
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Chanson produite pour la première fois, le 10 mai 1910, au théâtre de la Montée du Chat qui Pète par le célèbre Draoud.
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Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Alors que j’étais bien
Avec les crottes de mon nez ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Alors que j’étais chien
Parmi les chiens de mon quartier ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Alors que j’étais rien
Qu’un musicien sans renommée ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Alors que j’étais bien
A vivre nu comme un noyé ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi es-tu venue
Avec tes goûts civilisés ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Si c’était pour tuer
Les rêves qui m’avaient hanté ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Si c’était pour lier ma vie
A ton cœur tarabiscoté ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Maintenant que tu m’as usé,
Comme un corps à mettre au musée ?
*
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Pourquoi m’as-tu aimé ?
Avec tes mains avec tes pieds,
Toi ma sorcière bien-aimée ?
30 avril 2011
Le petit oiseau dans le trou
Auteur anonyme ( 1910)
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Le petit oiseau dans le trou
Le petit oiseau dans le trou
Le petit oiseau
Le petit oiseau
Fait cuicui cuicui dans le trou
Coin Coin
*
Car il est heureux comme tout
Car il est heureux comme tout
Le petit oiseau
Le petit oiseau
Le petit oiseau dans le trou
Coin Coin
*
Le petit oiseau est tout fou
Le petit oiseau est tout fou
Le petit oiseau
Le petit oiseau
Il est fou tout fou dans le trou
Coin Coin
*
Le petit oiseau fait son nid
Le petit oiseau fait son nid
Le petit oiseau
Le petit oiseau
Fait cuicui cuicui dans son nid
Coin Coin
*
C’est une chanson que je dis
C’est une chanson que je dis
C’est une chanson
C’est une chanson
Une chanson de paradis
Coin Coin
*
C’est une chanson de soleil
C’est une chanson de soleil
C’est une chanson
C’est une chanson
Qui vous fait chanter les oreilles
Coin Coin
*
Si vous ne m’avez pas compris
Si vous ne m’avez pas compris
C’est que vous n’avez
C’est que vous n’avez
Pas de trou où faire un cuicui
Coin Coin
***
19 janvier 2011
L’oeuf et le panzer
Un jour, je ne sais quand,
Sur la route de Caen,
Un panzer pesant comme un bœuf
Se trouva le nez contre un œuf.
Un œuf sans yeux ni pattes,
Au milieu de l’asphalte.
En grand danger
D’être écrasé.
C’est qu’une poule en son chemin
Avait ici ouvert son cul
Abandonnant un orphelin
A la rue.
Le panzer, las de ses canardages,
Lui le lourd, lui le démon,
Aspira l’œuf en son canon,
Et partit avec lui en voyage.
Combien de pays n’ont-ils vu !
Et combien de champs traversé !
Ils étaient seuls, ils étaient nus,
Jusqu’au jour où l’œuf a toussé.
Et voilà que d’un tas de fer
Naquit un poussin merveilleux.
Les gens n’en croyaient pas leurs yeux
Un oisillon né d’un panzer.
Lecteur au moi hégémonique
Prends garde aux démons de ta haine
Car toute vie est une graine
Et toute graine est magnifique.
14 décembre 2010
Itinéraire avant l’oubli (35)
Photo d’Emmanuel Lachenay
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Le champ de blé parle
à ma main vide…
Sème-moi ! Sème-moi !
*
Dans l’aveugle terrifiant d’hier
Aboient les bruits lâchés…
Serre alors ton sommeil !
*
Plus tu rêves ta foi,
Plus son feu t’incendie,
Plus tes cendres seront d’or.
*
Tu laboures l’hier de sang,
Aveugle sur le pain cuit
Qui attend ta personne.
*
Après les machines mâchant le temps,
Les sourires unis,
la profondeur vivante…
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