Ecrittératures

3 décembre 2011

Kaukasos d’Ana Arzoumanian

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:09

Née à Buenos Aires en 1962 où elle vit, Ana Arzoumanian, avocate de formation, est poète et essayiste de langue espagnole. Elle a étudié l’histoire de la Shoah et a, lors d’un séjour à Jérusalem, entrepris des recherches sur le génocide arménien en centrant ses travaux sur la diaspora arméno-argentine. Son dernier livre, El depósito humano, una geografía de la desaparición[Le dépôt humain : une géographie de la disparition] traite des effets traumatiques du génocide arménien au sein de la diaspora argentine.

Elle a été invitée par le Centre National du Livre lors de la manifestation Arménie-Arménies du 16 au 23 octobre 2011

Voir également une interview dans Armenian Trends de Georges Festa en cliquant ICI

*

Kaukasos

( Traduction de Claude Bleton)

La ligne

entre les épaules et les hanches,

rapidité angulaire

autour d’un axe,

jour sidéral.

L’arc tendu

tournant autour

du centre de notre galaxie.

Je voyage à mille sept cents

kilomètres heure

un peu inclinée,

je tourne,

avec un maximum d’intensité

de lumière et de chaleur

à l’Équateur.

Je tourne

et le tour que je réalise dure un jour,

il produit la succession

des jours et des nuits,

et je tourne encore plus

et le tour dure un an

comme si la planète

était la terre

où je vis,

donnant l’impression

que c’est le ciel qui tourne

autour de moi.

Je soulève et maintiens

les jambes devant moi ;

et tandis que tu me regardes

je ne dis pas au Turc

qu’il n’y a jamais de nuit en prison

car personne ne bouge.

Un simple spectre de lumière

les systèmes planétaires

disparaissant il y a

des centaines de millions d’années,

une pluie de corps mineurs

se désintégrant,

des résidus

comme les métaux

plus lourds que l’hélium,

particules

détachées de moi quand je tourne,

ton équateur me donnant

à lécher

mes résidus.

L’œil

un bandeau

sur lequel rebondissent les passants.

Le cadastre visuel

dans un New York sans jasmins

de passants sourciers

détectant l’eau, devinant

débit et profondeur.

Une baguette, un pendule,

un mouvement spasmodique ;

le puits et son eau.

Le sourcier prend la baguette

par une extrémité,

nomme

l’étoile de Vénus,

localise

pierres pétrole objets perdus.

Un petit mouvement

dans les poignets du sourcier

s’amplifie, se répercute,

oriente les roches

sur des dorsales océaniques.

Fourches oromètres

embauchoirs de saint crispin.

La soif du miracle

dans le tam-tam des regards.

Et moi, le pendule

dans la main

cherchant le couteau dans le cou,

cherchant celui qui tousse, se noie

dans son propre sang,

cherchant celui qui est encore

en vie.

Cherchant les minutes

où encore

il est en vie,

deux minutes après

la décapitation.

Deux minutes

grâce à l’oxygène

qui reste dans le sang

absorbé par mon regard,

une artillerie

retentissant comme un coup de tonnerre.

Le tatouage de la chair

retentissant dans les yeux.

Je ne dis pas au Turc

que je suis tout épilée

à la mode arabe,

je passe sous silence le rite de la chevelure,

le bain et les huiles parfumées,

les lourds anneaux d’argent et d’ambre,

les rubans des sandales

nouées aux chevilles.

Je ne dis pas au Turc

que je t’ai adopté

selon le rite berbère

de l’allaitement.

Ta langue un tendre

enfant accroché à mes mamelons.

Nous sommes ici,

toi et moi,

et Ozgur ne me comprend pas.

Il ne comprend pas

que maintenant,

que Maintenant est mon nom

que je suis les frontières

de l’Arménie,

près de l’ancienne capitale

d’Ani.

Je mets dans un petit brasero

certaine résine

qui répand son odeur

en brûlant.

À chaque mouvement

de va-et-vient, d’adulation,

l’encens

brûle davantage,

à chaque mouvement

s’entrechoquent

les bracelets

que je porte,

au rythme des chaînes

du brasero.

Maintenant.

Le Turc ne comprend pas.

Ne me comprend pas

le paysan

qui vit dans la maison

du hameau

frontalier.

Il ne comprend pas

quand je lui crie

s’il te plaît.

Maintenant,

moi,

s’il te plaît,

je veux rester,

je peux rester ?

s’il te plaît ?

Le paysan

me montre des photos

des ruines

d’Ani.

Il me dit,

sous les ruines,

ana djan,

il y a des morts,

ana djan,

des cadavres.

Sous les ruines.

Il dit : moi ;

il dit le paysan,

j’ai fait des fouilles.

Sur la table

de la maison

du hameau

des raisins et des pommes,

du yogourt frais comme boisson,

du café des chocolats.

Autour de la table

trois hommes

regardent et ne parlent pas.

Seul l’un d’eux

raconte, les autres

regardent

de tout leur visage osseux,

caucasien.

Il y a de la douleur dans ses yeux verts,

il y a haine douleur haine,

et moi qui m’appelle Maintenant,

qui vois ces hommes osseux

tellement soldats tellement affamés,

je quitte la scène en courant,

je pleure.

Je pleure sans relâche

à quelques mètres du monastère, la chapelle

d’Ani.

De ce côté

des enfants

plus pauvres

que les hommes osseux

m’emmènent à leur école.

Ici, disent-ils,

ici on nous apprend à danser,

et ils dansent.

Ils dansent à quelques mètres

des fouilles

des morts,

des cadavres.

Je continue de parler et Ozgur

ne me comprend pas.

Ne comprend pas

qu’ils dansent,

qu’après le cours de danse

ils m’accompagnent dans une autre salle

où il y a des fusils sur le bureau,

des photos de guérilla et des armements,

ils sont là pour apprendre à se défendre,

me disent-ils,

car nous vivons dans un pays

plein de frontières.

Ozgur essaie

de me dessiner sur une serviette

sur un New York sans jasmins,

et je ne sais si c’est ta langue

que je sens

si dure

comme si c’était

le monde

qui entrait dans mes viscères.

Je regarde Ozgur dans les yeux.

Enfin

je peux lui parler,

je lui raconte :

le 27 octobre 1999,

cinq heures et quart de l’après-midi

un groupe armé

entre au Parlement

et tue

le Premier ministre,

tue le héros

du Karabagh,

tue

le commandant des Arméniens,

tue

le Sparapet.

Je vois l’image

à la télévision.

Tous les bulletins d’informations

montrent la débâcle la folie ;

sous les images

une légende :

Arménie.

Et moi

qui ne m’appelais pas encore

Maintenant, je pense :

l’Arménie est réelle.

Et maintenant

que mon nom est Maintenant

je consume tes futurs enfants,

et toi et ta langue dure,

ton membre, toi ;

tandis qu’Ozgur

ne comprend pas

ne me comprend pas,

que lorsque

tu fais

éclater dans mon corps

la scène du

Sparapet Hayots

tombant

au milieu du Parlement

tombant

et les ruines d’Ani

et les paysans fouillant

et les petits au cours de danse

et la salle avec les fusils,

Ozgur

ne comprend pas que moi,

Ozgur, moi

Je suis arménienne.

2 décembre 2011

Voici comment on vit aussi en Arménie

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:40

Voici une famille qui devant 6000 dollars à la banque a dû vendre son appartement au centre d’ Erevan et s’est retrouvée dans ce HLM à Hrazdan, vivant dans des conditions dont les images se passent de commentaires. Les voisines demandent aux pouvoirs de faire quelque chose afin qu’elle puisse vivre de façon décente. Mais qui s’en soucie ? L’une des voisines déclare:” Ce n’est pas possible de vivre ainsi. Nous les aidons bien… Nous vivons en pays chrétien, non ?”

Pour voir le reportage, cliquez ICI 

Voir également : Vivre sous terre en Arménie.

3 octobre 2011

Trois romanciers arméniens à la villa Gillet

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:17

Mercredi 19 octobre à 19h

Arménie-Arménies
La légende, le conte, le mythe et le roman
une rencontre proposée par le Centre National du Livre

avec

Viken BerberianDenis Donikian et Vahram Martirosyan


Avec un humour souvent ravageur, Viken Berberian, Denis Donikian

et Vahram Martirosyan abordent la littérature sous les angles de la fable,

de l’allégorie ou du fantastique. Ces écrivains illustrent la grande diversité

de la littérature arménienne contemporaine.

Rencontre animée par Alexis Lacroix, conseiller éditorial au Magazine Littéraire.


Toutes les informations
 sur le site du Centre National du Livre en 

cliquant ici

Et sur le site de la Villa Gillet en  cliquant ici 



À la Villa Gillet
25 rue Chazière – Lyon 4e
Gratuit /
Nous vous invitons à réserver vos places pour cette soirée :
> par téléphone au 04 78 27 02 48 (après 13h30)

> via le formulaire disponible sur le site internet de la Villa Gillet www.villagillet.net

> à l’adresse e-mail resa@villagillet.net

18 mai 2011

William Dalrymple sur la destruction des vestiges arméniens

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 5:18
Tags: ,

Consacrant plusieurs pages à la destruction des vestiges arméniens par le gouvernement turc,  William Dalrymple déplore, lors d’un second passage à Sivas, en  1988, la disparition de monuments funéraires arméniens qui côtoyaient des pierres tombales grecques et ottomanes (in Dans l’ombre de Byzance , Phébus éditions, Libretto, Paris, 2011, pp118-125). Un ami lui racontera que des stèles à croix arméniennes (ou khatchkars) dans la région de Maydanlar avaient été détruites et évacuées par des fonctionnaires d’Erzerum.

Dalrymple avait déjà amassé quantité de témoignages sur la vitesse alarmante avec laquelle s’évanouissaient les églises arméniennes. L’inventaire du Patriarcat de Constantinople, en 1914, fait état de 210 monastères, 700 églises abbatiales, 1639 églises paroissiales. En 1974,  sur 913 bâtiments connus,  464 avaient disparu, 252 étaient en ruines, 197 étaient en état.  Si certains avaient souffert des secousses sismiques, d’autres avaient été détruits pour l’utilisation de leurs matériaux,  ou pâti des forages pratiqués par des paysans à la recherche de « l’or d’Arménie ».

Pendant de longues années, les autorités turques laisseront les édifices arméniens s’écrouler tandis qu’elles restauraient ou consolidaient les bâtiments seldjoukides ou ottomans. En outre tout chercheur, turc ou non, travaillant sur les sites archéologiques arméniens ou devant rédiger des ouvrages historiques sur cette communauté était empêché sous divers prétextes. Le faire sans autorisation pouvait vous valoir un procès en justice, comme ce fut le cas pour Jean-Michel Thierry en 1975.

Le cas du barrage de Keban, près d’Elazig, est significatif du désintérêt délibéré de la Turquie concernant les monuments arméniens puisque deux églises du Xe siècle ont été submergées, alors que deux mosquées ottomanes furent reconstruites dans un autre lieu. Par ailleurs, en 1986, Madame Hilda Hulya Potuoglu a été arrêtée pour avoir évoqué le royaume arménien de Cilicie dans une note de l’Encyclopœdia Britannica. Dès lors cette encyclopédie rejoindra les ouvrages mis à l’index comme l’Atlas mondial du Times et l’Atlas mondial du National Geographic.

Tous les spécialistes arméniens restent convaincus qu’une campagne délibérée orchestrée par les autorités turques vise à éradiquer la présence séculaire des Arméniens en Anatolie orientale. La disparition avancée des églises par quelque cause que ce soit rejoint le fait que tous les villages arméniens ont été systématiquement rebaptisés.

3 mai 2011

In memoriam Amalia Kostanian

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:11
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Honte, mille fois honte au pays qui se fait voler par un autre le devoir d’honorer ceux de ses citoyens qui œuvrent en faveur d’une normalisation  démocratique. Et pourtant, c’est ce qui est arrivé avec la récompense à titre posthume attribuée par l’ambassadrice américaine Marie Yovanovitch à la Femme de Courage Amalia Kostanian, dans sa lutte acharnée contre la corruption qui sévit en Arménie.

La mort d’Amalia Kostanian n’a dû réjouir que les magouilleurs de haut vol dont elle dénonçait périodiquement les agissements en coulisses, surtout au moment des élections. Il se trouve que j’avais répondu à son appel, quand l’antenne arménienne de Transparency International qu’elle dirigeait avait souhaité impliquer comme observateurs aux élections législatives, puis présidentielles, respectivement de 2007 et 2008, des membres de la diaspora. Convoqué dans les bureaux de l’association, j’avais mesuré le travail remarquable accompli à l’ampleur des dossiers sur la corruption qui occupaient tout un placard. C’est Amalia elle-même qui nous avait briefés sur notre tâche. Se trouvaient là de jeunes Arméniens venus de certains pays arabes pour étudier en Arménie. Amalia parlait couramment l’anglais et montrait beaucoup de bonne humeur, tout en inspirant un grand respect de la part de ses collègues.

Sans vouloir jouer au féministe convaincu, ni m’appuyer sur un facile manichéisme en vantant les mérites de la femme arménienne et en dénonçant l’égoïsme de l’homme arménien, force est de constater que la fonction  qu’occupait Amalia Kostanian et le rôle qu’elle assumait au sein de la société civile pour rendre la vie politique plus transparente, étaient de premier plan. La figure d’Amalia Kostanian est sans nul doute, avec Hranouch Kharatian, Zarouhie Postandjian, Ludmilla Haroutunian et d’autres, de ces femmes qui inspirent l’espoir pour que l’Arménie accède au rang des pays démocratiques. Certes, des hommes aussi œuvrent dans ce sens. Mais dans un pays où le mâle seul fait sa loi, l’intrusion des femmes en politique est nettement plus difficile à assumer qu’ailleurs. D’autant que les femmes ont l’art de court-circuiter les discutailleries liées aux conquêtes de pouvoir ou à la sauvegarde d’intérêts propres pour aller à l’essentiel, la défense du bien public. Car c’est cela qui manque à l’Arménie, un sens du bien public. Et dans ce domaine, la femme arménienne aura toujours une longueur d’avance sur nos politiciens arméniens, passés maîtres dans leur défense et illustration du bien privé.

DD

28 mars 2011

Pascaline Marre au 29

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 12:42

Allez voir Pascaline Marre

Elle dit que son travail n’intéresse personne

mais elle, elle s’intéresse aux personnes et aux choses

qui n’intéressent personne

C’est alors que tout devient intéressant.

En plus, c’est une photographe qui a l’oeil d’une femme

C’est pas rien l’oeil d’une femme qui regarde les choses et les gens

C’est sensible, pas intellectuel, pas arrogant.

ça montre le vrai autrement qu’une réalité esthétique

Le vrai du vrai en somme.

Allez-y. Vraiment.

 

22 février 2011

Hay, have a dream !

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:00
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“I have a dream…” dit Martin Luther King. “I have a dream…”  qu’il dit, redit et reredit, encore et toujours du fond de son trou noir aussi noir que sa peau, aussi noir que le noir profond de la solitaire nuit américaine, nuit de fosse, nuit de la criminelle discrimination. “I have ! ”, “I have ! ” il dit, redit et reredit… “Hay hâve ! ” j’entends. Poule mouillée d’Arménien, quoi ! “Hay hâve !”, et pas très loin, “Hayvane ! ”… Quoi “Hayvane ” ? Alors comme ça, tout Hay est hayvane… Or, Tara Tata est hay… Donc Tara Tata est hayvane ? C’est ça hein ! Hay kou mère ! Mais moi aussi, je rêve ! Martin djan ! J’ai des rêves plein la tête.  Le hayvane rêve de Van, de Mouch, de Zeïtoun, de la terre qui erre sans but depuis que ses Hays n’y sont plus. Car une terre n’est une terre que si elle est rêvée, que si elle est la chair du rêve, la saveur viscérale du moi où se rêvent des siècles et des siècles d’hommes qui ont habité le même sol, l’ont fécondé de leur sang, l’ont arrosé de leur urine, l’ont fertilisé de leur mort jusqu’à le rendre absolu… Ceux qui n’ont pas ce rêve n’auront jamais la terre. Ils n’auront que l’agriculture. Qu’importe la possession ! Qu’importent les frontières. Mes rêves ne sont pas de moi, ils me rêvent, ils font de moi un éternel errant à la recherche de son éternité… Rêve, Arménien ! Rêve ! Hay ! Have a dream…

 

10 février 2011

Giorgia

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:29
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Giorgia, c’est un corps mental monté de toutes pièces. Un composé d’objets de hasard soumis à l’ordre du désir.

Il est à moi venu avec son nom tatoué sur le ventre, je veux dire entre les lignes où ses hanches se galbent en généreux évasement pour que s’enchante la paume de vos mains.

Giorgia est d’un cristal aussi parfait qu’un flacon inventé pour s’emplir du plus personnel des parfums, celui qui désigne le plaisir comme un tropisme envoûtant.

L’or de son cou reflète les brillances d’onctueuses odalisques, maîtresses d’hommes fous et gardiennes de foi dans la race. Son cou où siège le velours de sa voix, où passe l’air du monde, où circule le sang de ses propres passions.

Sa bouche, seule, évidente et rouge, annonce les aspirations de sa sœur, la muette, la cachée, la vibrante. Qu’elle s’ouvre pour parler du temps qu’il fait, pour absorber des éléments de nourriture, et c’est l’autre qu’elle laisse imaginer, avec son intérieur tapissé de soifs sombres et de sucs.

D’ailleurs, pour ajouter du signe à la parole, j’ai surmonté ces lèvres de deux éléments emboités, lame en son fourreau, tenon en sa mortaise.

À ce niveau charnière du montage, centre de gravité de l’ensemble, ma fantaisie a fait correspondre à l’évasement vers le bas du corps, un évasement symétrique vers le haut.  Hanches surmontées de leur buste.

Des perles coulent en collier lascif sous une coquille d’escargot.

J’aime les femmes portant collier de perles. Quand la peau de leur cou, à la faveur d’un éclairement furtif, se marbre de veinures et de sourdes bleuités.

Et cette coquille, ah cette coquille ! pointée en spirale comme le téton têtu qui attend sa proie, bouche de l’homme en grand mal d’enfance.

*

GIORGIA, œuvre unique signée DNK,IX, 95, hauteur 23 cm. Fragile.


4 février 2011

La destruction des Juifs d’Europe (III) – 2

 

L’impact de leur destruction sur les Juifs fut d’autant plus considérable qu’il provoqua un cataclysme majeur au sein de leur communauté et du monde. Au sentiment d’avoir été abandonnés par les alliés, succédèrent des « actes de militantisme en faveur d’Israël », considéré comme « l’immense consolation du judaïsme ».  Tandis qu’il façonna la conscience d’une identité juive, l’Holocauste provoqua chez les Allemands des réactions de dissociation. Durant plusieurs décennies, la présence juive resta effacée du territoire allemand. Pour autant,  la responsabilité du peuple allemand fut amplement reconnue par ses représentants, à l’exception de l’Eglise catholique qui transformait « la culpabilité collective en culpabilité universelle ».

Lors des procès de Nuremberg, les accusés prétendirent ne rien savoir sur l’extermination des Juifs et se retranchaient derrière la même excuse : ils obéissaient aux ordres d’Hitler.  Analysant le processus de dénazification entrepris par les alliés, Raul Hilberg  montre qu’il ne « toucha guère ceux qui avaient fait tourner la machine de destruction ». En 1949, sur 13 199 800 cas recensés, au bout de quatre ans, seules 300 personnes étaient encore dans des camps de travail. Beaucoup d’anciens nazis  reprirent leur carrière tandis que « les hommes d’affaires furent les premiers à se dégager de leur passé ».

La migration des Juifs avant la guerre vers les Etats-Unis et la Palestine se heurta aux restrictions d’entrée.  Quant à leur sauvetage par les alliés, il fut difficile en raison d’informations incomplètes. « Les dirigeants juifs n’avaient pas l’habitude de penser au sauvetage en termes de force, et les stratèges alliés se montraient incapables d’envisager la force pour procéder à ce sauvetage ». Après la guerre, les Juifs, qui migrèrent vers la zone anglaise, furent bloqués par les Britanniques, tandis qu’ils se déversèrent dans la partie américaine et qu’ils furent cantonnés dans des camps où l’on répondit aux besoins de première nécessité.

Concernant les réparations, le partage de l’Allemagne en zones d’occupation ne permit par aux Juifs de recouvrer leurs biens.  Ils furent ignorés à l’Est, tandis que les Occidentaux ne répondirent que sommairement à leurs revendications, au nom de la reconstruction. Toutefois, dès 1953, une loi fédérale d’indemnisation fut promulguée au bénéfice des persécutés. De son côté, l’Autriche consentit à accorder un droit à dédommagement aux persécutés « actifs » et établit un programme d’assistance aux bénéficiaires, qu’elle étendit par la suite, en 1990, à ceux qui vivaient hors de son territoire.

« La destruction des Juifs a pris fin en 1945, mais si la perpétration s’est arrêtée, le phénomène est demeuré ».  En adoptant, une Convention pour la prévention du génocide, tel qu’il fut forgé par Raphael Lemkin, les États signataires où se produiraient de tels actes avaient obligation  de poursuivre les responsables. Mais ni les Etats-Unis, ni l’U.R.S.S. ne l’acceptèrent pleinement. Par ailleurs, la Convention n’empêcha ni l’autogénocide au Cambodge, ni celui des Tutsis au Rwanda.

 

23 janvier 2011

La démocratie par le feu.

La honte ! La honte ! Les Arméniens rasent les murs, ferment leur chapka et remontent le col de leur veste. Ils ne veulent pas être reconnus. Vous vous rendez compte, un peu ! Les Tunisiens ont renversé en quelques jours leur Ben Ali. Mais les Arméniens braillent depuis des années sans faire bouger Sarkissian d’un poil. Un type se transforme en chachlik et voilà toute la Tunisie qui s’embrase.  Pourtant, le chachlik, les Arméniens ils connaissent. Ils ne font même que ça. Eh bien, rien à faire. Ça ne les fait pas descendre dans la rue et ça n’ébranle pas le président. Un jour, à un jeune qui sirotait son café glacé sur une terrasse, je lui ai dit, mais brûle-toi, tu sauveras ta patrie ! Me brûler ? il a répondu. Mais pour quoi faire ? J’ai des cousins en Amérique. Qui paierait mon café glacé sinon ? Et pour me narguer, il s’est allumé une cigarette. En Arménie, les briquets servent à ça, pas à se donner le feu. Les corps s’enfument, et ça fait marcher le bizeness. C’est qu’un Arménien, c’est pragmatique. Un briquet, ça sert à mettre le feu au bois pour le chachlik et ensuite à s’allumer une cigarette.  Chaque Arménien mâle préfère mourir à petit feu dans une pseudo-démocratie plutôt que de se transformer en torche simplement pour refuser cette même pseudo-démocratie. Reprends tes esprits, khyiâr (comprendre cornichon) ! D’ailleurs les militants LTP ont horreur de la violence. Ils ont appris ça chez Gandhi.  Mais si Gandhi a réussi à chasser les Anglais, LTP qui avait été chassé par la rue comme président n’est toujours pas arrivé à chasser le président Sarkissian avec la même méthode. Et LTP ne peut tout de même pas demander à Kotcharian de lui donner des cours particuliers en la matière. Ce serait indécent. De fait la non-violence selon LTP est politique, rien que politique. Une non-violence arménienne en somme. Alors que la non-violence selon Gandhi prenait avait des racines morales et philosophiques. Et même humaniste. LTP veut changer Serge Sarkissian. Gandhi veut changer l’homme. On ne verra jamais des Arméniens accpeter de recevoir des coups pour démoraliser leur agresseur et lui tendre avec leurs joues le miroir de sa propre misère morale. Sinon, ce qu’il faut souhaiter aux opposants arméniens, c’est qu’ils aillent faire des stages d’immolation politique en Tunisie. Et surtout qu’ils fassent un pèlerinage à Sidi Bouzid où Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu. C’est qu’on ne peut pas se transformer en chachlik comme ça. Les Arméniens, pour intelligents qu’ils soient, pourraient se rater. Par exemple en appliquant la flamme de leur briquet à leur dernière cigarette, celle du condamné à mort volontaire.  Le temps qu’elle se consume, leur pragmatisme pourrait avoir raison de leur geste salvateur… Comment ? Moi ? Tu voudras que j’apprenne à me faire griller aussi ? Mais j’habite pas l’Arménie. Arménien, oui, mais arménien et autre chose. Comme Aznavour. Lequel ne fume pas, et il a bien raison.  Ne pas fumer, ça conserve la voix. Et puis il représente l’Arménie en Suisse. Qu’est-ce qu’il irait foutre en Tunisie ? Chanter Ave Mariiiiiiia ?

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