Ecrittératures

28 avril 2009

Grande Catastrophe ou génocide : Obama serait-il raciste ?

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Oeuvre de Firuz Kutal spécialement pour Biz Myassine

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Ainsi donc, dans ce suspens du « prononcera/prononcera pas le mot génocide », le Président Obama, aura préféré la solution compassionnelle à l’affirmation juridique, l’appellation arménienne à l’expression universelle en faisant usage de Medz Yeghern dans son discours du 24 avril 2009. De ce fait, en voulant ménager le chou arménien et la chèvre turque, il aura réussi à décevoir les Arméniens et à blesser les Turcs. En ce sens, au regard des Arméniens, l’État turc aura triomphé une fois de plus. Et aux yeux des Turcs, l’oubli par Obama de leurs propres pertes humaines sera tenu pour inacceptable.

Malgré le fond tragique de l’histoire, cette affaire ne manque pas de sel. Ballotté entre les pressions de la diaspora arménienne, les susceptibilités turques et les intérêts américains, le président des Etats-Unis, qui aura voulu jouer la neutralité tout en acceptant de recevoir des coups comme une balle de tennis entre deux raquettes, aura été le troisième dindon d’une farce dès lors que la difficile mais inéluctable vérité universelle avait été délibérément bannie du terrain de ce jeu diplomatique.

Pour les Arméniens, le président Obama aura failli à ses promesses électorales. Pour les Turcs, il aura manqué de respect envers leurs morts. Dans les deux cas, Obama le métis aurait-il fait un discours raciste ? Toujours est-il que l’homme a beau avoir le respect de l’homme chevillé au corps, il aura obtenu par son discours l’effet inverse de ses propres intentions.

Les Turcs n’auront pas aimé ce discours qui cache, dévoile, et finalement pèche par omission. Mais l’évocation du Medz Yeghern un 24 avril devait-elle obliger Barack Obama à noyer les morts arméniens dans une comparaison absurde avec les morts turcs durant la première guerre mondiale ? Qu’il y ait eu des représailles arméniennes, je le conçois. Qu’il y ait eu, côté turc autant de civils massacrés qu’on a pu en compter dans la population des déportés arméniens, ma raison, confortée par les faits eux-mêmes, m’impose de réfuter pareille allégation. Mais pour l’Etat turc, un mort est un mort, oubliant qu’un soldat qui meurt les armes à la main ne meurt pas de la même manière qu’une femme, qu’un enfant, qu’un vieillard qu’on tue par la soif, la faim, la maladie ou le feu. Tout l’art négationniste de la propagande turque consiste à opposer aux comptabilités arméniennes un équivalent turc, comme si en matière de génocide la mort était quantifiable alors qu’il est un meurtre de masse construit sur une intention. En brandissant leurs 1 500 000 morts, les Arméniens ont quantifié le Crime de 1915 et prêté le flanc à la critique turque négationniste qui joue à loisir avec ce chiffre et assimile ainsi les meurtres antiarméniens à des morts normales comme en produisent toutes les guerres, forcément sales. Mais les Turcs fanatiques de la turcité ne pourront jamais, pour le moins, opposer aux accusations arméniennes l’équivalent de cette nuit d’avril où des centaines d’intellectuels furent soumis à une rafle sans précédent dans l’histoire, ni l’équivalent des camps de la mort en Mésopotamie. Que les Turcs nous montrent chez eux l’équivalent d’un Komitas qui aurait été déporté et mentalement détruit du seul fait des Arméniens. Par ailleurs, depuis que les Arméniens ont érigé le 24 avril en date symbolique du génocide, ils l’ont malheureusement vidé de son poids de souffrances. Le 24 avril serait-il devenu une rengaine abstraite qui ne dirait plus rien à personne ? Or, les Français doivent savoir que cette nuit-là, on aura déporté Roland Barthes, Max Gallo, Alain Finkielkraut, mais aussi Pierre Boulez, Daniel Mesguish, Michel Bouquet, Richard Anconina, Vincent Perez, Philippe Torreton, et tant d’autres que le  lecteur complètera selon ses goûts en allant les chercher chez les journalistes, les députés, les grands médecins, les juristes, les professeurs d’université et à condition qu’il en trouve 600 (mais en réalité 20 000 environ, à l’échelle de la population globale française)… Cette nuit-là ces 600 intellectuels vont se retrouver dans la nuit et dans le froid avant d’être expédiés par wagons entiers à l’intérieur du pays. Quelques mois plus tard, Yves Bonnefoy, avec Philippe Jaccottet et trois autres compagnons seront conduits dans un ravin, près d’une rivière. On les obligera à se déshabiller pour ne pas souiller leurs vêtements, avant qu’on leur plonge des poignards dans le corps. Seul Bonnefoy résiste jusqu’à ce qu’il meure éventré tandis qu’on lui crèvera les yeux pour le punir. Voilà ce qui est arrivé aux frères en poésie d’Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet, à savoir Daniel Varoujan et Roupen Sevag. L’État turc ne pourra jamais « aligner » le même type d’atrocité censée avoir été commise par des Arméniens. Mais il continue à opposer ses morts aux morts arméniens, incapable qu’il est de hisser son peuple de l’émotion nationaliste à la raison universelle, des non-sens que traîne derrière elle la raison d’État à la conscience qui anime la famille humaine.

Pareillement, les Arméniens du monde entier n’ont pas aimé non plus le discours du président Obama qui sut naviguer entre mille et un écueils de mots, de chantages et de susceptibilités. Leur principal grief serait qu’Obama n’ait pas fait usage du terme qui fâche en même temps qu’il les aurait libérés. On attendait génocide, c’est Medz Yeghern qui est sorti de son chapeau de magicien. Tel fut notre Waterloo ce jour-là. Nul doute que nous étions pourtant à deux doigts de l’entendre ce mot de l’obsession arménienne. Mais Obama ne l’a pas prononcé et nous sommes forcés de nous en tenir à ce fait, car dans le cas contraire la face du monde arménien aurait certainement changé, sinon du monde lui-même. Devenu président, Obama aura donc préféré le diplomatique à l’éthique. Le politique à la mystique, aurait renchérit Charles Péguy. Même si Medz Yeghern, paré de ses majuscules comme le font certains des nôtres avec le mot génocide (Génocide Arménien) vous a un parfum de chose sacrée, tant la mort dans ce cas exsude de partout son mystère qui rend les hommes impuissants. Obama aura donc choisi l’expression qui sera venue tardivement dans la bouche des survivants qui, faute de mieux, durent puiser dans leur « tradition », les victimes étant elles-mêmes trop ahuries par l’horreur pour nommer l’innommable chose. Or, en matière de pogroms, les Arméniens de Turquie, après les massacres de 1894-1896, puis ceux de 1909, ne manquaient pas de tradition. Le lecteur odar, heureux profane, est bien loin d’imaginer combien la « chose » a travaillé au plus près de leur vie quotidienne, des générations d’Arméniens. Cela veut dire qu’ils étaient plongés durant des décennies dans l’émotion la plus noire. Ce n’est que dans les années soixante, mais bien sûr avec le lent réveil de la conscience aux réalités juridiques formulées par Lemkin, que les générations nouvelles ont substitué au terme interne de Medz Yeghern celui universel de génocide. Que chacun revoie ce qui se publia en arménien et surtout en français autour du cinquantième anniversaire du 24 avril. Le seul opuscule du Centre d’Etudes Arméniennes intitulé Le Deuil National Arménien suffirait à éclairer les curieux. Les années qui ont suivi n’ont fait que renforcer ces revendications sur le plan juridique. Et c’est sur ce mot que se sont prononcés de multiples pays pour signifier au monde que le monde était partie prenante des indignations et des revendications arméniennes.

Or, voici qu’à la suite de Cengiz Aktar ( à lire sur ce même blog « Grande catastrophe ou génocide ? Réplique à Cengiz Aktar ») ,qui fut l’un des quatre signataires de la demande de pardon, le président Obama aura cru bon de renvoyer aux Arméniens ce mot à usage interne qu’ils avaient l’habitude d’utiliser avant qu’ils ne s’éveillent du cauchemar dogmatique de leur tragédie. A ce propos, Janine Altounian écrit justement : « avoir recours à un signifiant arménien, c’est poser la réalité arménienne comme intraduisible dans la langue de la culture universelle, inaccessible à elle, c’est la ghettoïser dans sa langue. » De fait, sous couvert de nous comprendre, voici qu’on nous piège dans notre propre vocabulaire, comme si les événements de 1915 restaient dans le fond une douleur purement arménienne qui ne pouvait accéder au statut juridique d’un crime intéressant l’humanité toute entière. Et pour reprendre une image de Janine Altounian, on a l’impression que dans l’autobus ségrégationniste de l’humanité, le président Obaman ait confiné les Arméniens aux sièges du fond afin qu’ils mâchonnent à loisir leur Medz Yeghern, sans leur permettre d’accéder au rang de ceux qui représenteraient les hommes, tous les hommes. Mais ce bus, l’Arméniens l’avait déjà pris depuis les années hamidiennes tout en revendiquant un statut d’être humain à part entière. Combien de Rosa Parks les Arméniens n’ont-ils pas compté qui refusaient d’être remisés derrière ? Et combien de Martin Luther King et combien d’autres qui ont voulu déplacer les mentalités en Turquie ont été aussitôt exterminés. Les Arméniens qui ont subi la déshumanisation permanente de la part des différents gouvernements turcs ne cessent, depuis qu’on les a dispersés, de revendiquer aujourd’hui une place dans la conscience des hommes partout où le sort les aura jetés. Et voici qu’aujourd’hui encore, le président des États-Unis les a renvoyés d’un mot à la case départ.

Je ne relèverai pas le paradoxe pour dire de Barack Obama qu’il vient d’accomplir le premier geste raciste de son mandat présidentiel. Mais je retiens qu’à la douleur des Arméniens, il a ajouté la honte que peut éprouver un être humain à qui on refuse son statut d’être humain. De ce fait, mutatis mutandis, les Arméniens furent et restent dans le monde des sortes de Noirs qui ruminent leur Medz Yeghern sans que pointe pour eux l’espoir d’un repos dans la paix d’une reconnaissance universelle.

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Le texte de la déclaration de Barack Obama.

THE WHITE HOUSE

Office of the Press Secretary

April 24, 2009

Statement of President Barack Obama on Armenian Remembrance Day

Ninety four years ago, one of the great atrocities of the 20th century began. Each year, we pause to remember the 1.5 million Armenians who were subsequently massacred or marched to their death in the final days of the Ottoman Empire. The Meds Yeghern must live on in our memories, just as it lives on in the hearts of the Armenian people.

History, unresolved, can be a heavy weight. Just as the terrible events of 1915 remind us of the dark prospect of man’s inhumanity to man, reckoning with the past holds out the powerful promise of reconciliation. I have consistently stated my own view of what occurred in 1915, and my view of that history has not changed. My interest remains the achievement of a full, frank and just acknowledgment of the facts.

The best way to advance that goal right now is for the Armenian and Turkish people to address the facts of the past as a part of their efforts to move forward. I strongly support efforts by the Turkish and Armenian people to work through this painful history in a way that is honest, open, and constructive. To that end, there has been courageous and important dialogue among Armenians and Turks, and within Turkey itself. I also strongly support the efforts by Turkey and Armenia to normalize their bilateral relations. Under Swiss auspices, the two governments have agreed on a framework and roadmap for normalization. I commend this progress, and urge them to fulfill its promise.

Together, Armenia and Turkey can forge a relationship that is peaceful, productive and prosperous. And together, the Armenian and Turkish people will be stronger as they acknowledge their common history and recognize their common humanity.

Nothing can bring back those who were lost in the Meds Yeghern. But the contributions that Armenians have made over the last ninety-four years stand as a testament to the talent, dynamism and resilience of the Armenian people, and as the ultimate rebuke to those who tried to destroy them. The United States of America is a far richer country because of the many Americans of Armenian descent who have contributed to our society, many of whom immigrated to this country in the aftermath of 1915. Today, I stand with them and with Armenians everywhere with a sense of friendship, solidarity, and deep respect.

22 avril 2009

Itinéraire avant l’oubli (16)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:25

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Géotoile 8

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J’écris devant les vagues de la mort
en proie au souffle d’un feu là-bas
Ta vie encore dans mon ventre
Mes yeux écoutant tes yeux
J’écris sur le versant qui tombe
de la dune où tu disparais

21 avril 2009

Itinéraire avant l’oubli (15)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 1:19

portaitmagmatique
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portrait magmatique

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Bientôt sera franchi le seuil Bientôt
Par le seul que noyèrent d’infimes solitudes
Les signes dépassés et la vie vers quelle autre ?
Mais moi en toi parmi tes jours
comme un trou dans le chant de toi-même
dans les rires et les mots de ta bouche
et dans tes yeux un songe du paysage

20 avril 2009

Itinéraire avant l’oubli (14)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:54

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Ecris tes mots afin qu’ils pleuvent
Sur ces livres asséchés par l’oubli
Pour qu’ils s’ouvrent aux yeux nouveaux
Affamés de dérives inattendues
Ecris sur leurs secrets
Qu’ils descellent l’énergie de leur deuil
Ecris pour qu’entre nous
Se taisent les distances
Et sèment nos destins

18 avril 2009

Stratégie des apparences, politique des intérêts et logiques du cœur….

Considérons la récente visite de Barack Obama en Turquie. Qu’a-t-elle donné à observer de la part du monde et plus précisément du monde arménien ? Que le maître du jeu a été une fois de plus la Turquie. Laquelle aura déployé depuis longtemps tous ses efforts pour que ses principes sortent victorieux de cet embrouillamini dans lequel elle a jeté l’ensemble de ses adversaires tout en attirant la sympathie de ceux dont elle avait besoin. Mais m’objectera-t-on, les États-Unis pourraient en dire autant d’eux-mêmes, à savoir que le Sieur Obama aura obtenu de son voyage de V.R.P. une fructueuse récolte d’approbations et de promesses en échange de trois déclarations majeures : L’Amérique ne sera jamais l’ennemie de l’islam, la Turquie mérite de faire partie de l’Union européenne, les événements de 1915 étaient des événements qui se seraient passés en 1915.

Considérons à présent cette affaire de génocide. Le Président des États-Unis devait-il ou non prononcer le mot qui fâche alors qu’il était l’hôte de la Turquie ? On ne crache pas sur l’homme qui vous invite, et dont, de surcroît, vous attendez un geste en votre faveur. Tous les observateurs se sont accordés pour dire que Barack Obama avait agi avec habileté. Vous savez ce que je pense (ça c’est pour son électorat arménien), mais je ne le dis pas (et ça c’est pour ses hôtes turcs) car j’ai besoin de rapatrier mes troupes d’Irak (ça c’est pour son électorat américain). Que ceux qui lui jettent la pierre se mettent à sa place et fassent plus subtil. On voit par là que les grands principes pèsent de peu de poids au regard des intérêts nationaux. D’ailleurs, n’est-ce pas ce même Barack Obama qui aurait déclaré que l’homme n’était pas parfait et qu’à ce titre il ne lui restait qu’à se corriger et à se repentir des erreurs commises dans le passé. La France des Droits de l’homme n’est-elle pas à ce jour dans le péché qui consiste à bafouer ces droits concernant les sans-papiers et les immigrés de la faim, une faim qui s’apparente à une fin de non-recevoir et dont elle n’est pas peu responsable. C’est que la France est faite de Français, et les Français sont des hommes frappés d’imperfection.

Les spéculations autour du mot génocide concernant les Arméniens sont la honte de l’humanité, fût-elle frappée d’imperfection. Que faut-il de plus aux hommes pour qu’ils reconnaissent un crime de masse ? Tout le problème vient du fait qu’un génocide est par définition un crime dilué dans l’histoire. En d’autres termes, un crime qui n’a pas existé. Or, les efforts des Arméniens consistent à sortir « leur génocide» de sa gangue historique alors que tous les efforts des Turcs consistent à l’y garder. Bataille inégale si l’on tient compte que les Arméniens sont dans leur ensemble eux-mêmes des cris dilués dans le brouhaha des autres nations alors que la nation turque est une. Vous me direz qu’il existe tout de même un État arménien. Oui, mais dans quel état ! Même s’il s’agit d’un État plutôt monoethnique, les Arméniens n’avancent jamais que divisés. Mais sur la question du génocide, ils ne le sont pas ! J’entends bien. Il n’empêche. L’État arménien a pris des décisions que n’approuvent pas la diaspora arménienne, comme celle d’accepter qu’une commission d’historiens tire elle-même ses conclusions sur une période de l’histoire qui n’a pas à être éternellement réexaminée. Dans ce dialogue arméno-turc, la diaspora est sortie cocue. Et devinez qui s’est jouée d’elle dans ce coup-là…

La Turquie ne voulait pas que soit prononcé le mot de génocide par Barack Obama et la Turquie a obtenu que Barack Obama lui concède cet effacement dans ses discours. Mais tous les députés turcs n’auront pas manqué de « voir » que le mot était dans la tête de l’orateur au point qu’il brûlait sa langue. Comme la non-violence est l’arme de persuasion la plus forte qui soit, en l’occurrence le non-dit volontaire du mot génocide, mais resté à fleur de lèvres, aura peut-être été, ce jour-là, le plus efficace moyen de perturber la conscience d’un national- négationniste ayant gardé par devers soi un zeste de conscience universelle. Maigre consolation pour une diaspora cocufiée pour la seconde fois si nous songeons à la satisfaction du national-négationniste de base.

Pour arriver à ses fins, la Turquie aura œuvré tous azimuts, à l’Est comme à l’Ouest. À l’Est, en alléchant les Arméniens avec les discussions sans conditions de l’ouverture des frontières. La Turquie si fermée sur elle-même, narcissique et taraudée par le syndrome de Sèvres, sait combien le concept de dialogue plaît en occident. Elle aura misé sur ce mirage de l’ouverture pour fermer la bouche à Obama. Sans oublier que les nombreux émissaires turcs qui se seront déplacés aux États-Unis auront eu le temps de sonder le nouveau président pour savoir à quelles conditions il accepterait de ravaler le mot qui aurait risqué d’étouffer la grande majorité des Turcs si l’homme le plus important de la planète avait eu la malencontreuse idée de le lâcher.

Mais patatrac ! Une fois le cadeau obtenu et le Président rentré, voilà que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui n’est pas à sa première remise des pendules à l’heure, conditionne l’ouverture des frontières avec l’Arménie à la question du Karabagh. A croire qu’il se serait   ravisé sous la menace azérie de lui couper le gaz. Toujours est-il qu’il étonna plus d’un naïf observateur. Sans compter que cette nouvelle donne aura eu pour effet de laisser pantois le ministre des affaires étrangères d’Arménie Monsieur Edouard Nalbandian accusant la Turquie de contrarier le processus de normalisation entre les deux pays. C’est que la Turquie n’a pas de pendule et ne vit pas à l’heure du temps historique mais à celle de ses lunes. Elle pratique en l’occurrence la technique du métronome diplomatique, soufflant le chaud et le froid au gré de ses ruses manipulatrices, sans crier gare, de manière à garder la maîtrise du terrain. Dans ce genre de comportement balançoire, l’homme aura de la sorte ému plus d’un ami, quitte à faire passer ses saillies pour des caprices et même à se révéler tel qu’il est. Ainsi, à Davos, après la longue intervention du président Shimon Peres visant à légitimer les bombardements israéliens sur Gaza, Recep Tayyip Erdogan regrettera non sans colère que « se lever et applaudir ceux qui font autant de tort et qui tuent des innocents, c’est aussi un crime contre l’humanité ». Précédemment, à Cologne, puis devant le parlement turc à Ankara, il avait utilisé la même expression en déclarant : «L’assimilation est un crime contre l’humanité». J’imagine que plus d’un Kurde, ou d’un Alévi, et surtout plus d’un Arménien se sera étouffé de rage devant pareil usage d’un mot aussi sensible que « crime contre l’humanité ». De fait, dans le premier cas, sous une apparence de modération laïque, c’est l’islamiste qui aura pris la défense de ses frères en religion de Gaza, et non l’humaniste tel qu’on aurait pu l’espérer. Et dans le second, sous l’homme qui aura réussi à entrouvrir les portes de l’Europe pour son pays, aura percé le plus tenace nationaliste. Rappelons aussi que la meilleure défense contre une accusation, c’est encore de renvoyer son accusation à votre accusateur, quitte à mêler le vrai avec le faux, à enrober le contestable par des colères morales susceptibles de ne tromper que les gogos. En chargeant constamment la Turquie du poids de crime contre l’humanité par ci, de crime contre l’humanité par là, les nations dites civilisées devaient forcément exaspérer celle qu’elles regardaient comme malade d’elle-même et de ses propres barbaries. Doit-on en conclure que la laïcité à la turque ne serait que pure façade ? Toujours est-il que l’homme qui donne au monde à entendre la voix de la Turquie aura au moins réussi à trahir les dessous de ses cartes. On avait oublié qu’en 1997, alors qu’il était maire d’Istanbul, Monsieur Erdogan avait lancé une déclaration qui lui valut quatre mois de prison et la perte de ses droits politiques (« les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats »). Mais en s’opposant personnellement à la nomination d’Anders Fogh Rasmussen, premier ministre danois, au secrétariat général de l’Otan, qui avait eu l’audace de soutenir, en 2005, ses compatriotes caricaturistes de Mahomet, au nom de la liberté d’expression, Monsieur Erdogan a tout à coup jeté son masque européen pour se montrer tel qu’en lui-même la religion l’aura conservé. Loin de nous l’idée de porter atteinte à cette religion, ni d’ailleurs à une autre, toutes aussi respectables à nos yeux. Mais dans le cas présent, si l’Europe existe, c’est qu’elle a décidé de tenir les nations dans le cadre strict d’un dialogue fondé sur la transcendance de la raison plutôt que de réitérer les erreurs du passé où les hommes s’affrontaient en opposant radicalement leur religion respective. Toujours est-il que ce genre de chantage auront au moins eu le mérite de réveiller de son sommeil européen, un Bernard Kouchner désormais réticent à appuyer la candidature de la Turquie.

Est-ce à dire que nos Européens ouverts se persuadent de plus en plus que la Turquie leur joue la comédie des apparences au gré de ses propres intérêts comme elle a toujours fait dans le passé, conscients que les paroles venant d’elle sont comme ces boîtes à double-fond qui renferment de l’ordinaire et vous cache le plus précieux. Ce double-fond, Monsieur Erdogan l’a révélé à l’occasion de ses coups de sang sur différentes scènes politiques.

Car avec la Turquie nul ne sait à quoi s’en tenir. Il s’agit d’une bouteille à moitié pleine de laïcité et à moitié pleine de religion, à moitié pleine d’européotropisme et à moitié pleine de nationalisme archaïque, à moitié pleine d’émancipation féminine et à moitié pleine de crimes d’honneur, à moitié pleine de pluriethnicité et à moitié pleine de répression anti-kurde, à moitié pleine de liberté d’expression et à moitié pleine d’article 301, où l’on publie Hitler et où l’on fait le procès de Nedim Gürsel, j’en passe et des meilleurs… Dès lors, selon qu’on s’attache à telle moitié plutôt qu’à telle autre, on rejette la Turquie ou on la loue. Pour la plupart des Arméniens, cette bouteille est pleine de sang et tous les Turcs sont des sanguinaires. Mais ils reconnaissent de plus en plus que les Turcs parlent et admettent que le tabou du génocide en Turquie même remonte à la surface. C’est donc qu’un dialogue est possible. Seulement, ils savent, et ils sont les seuls à le savoir depuis Mouch, Van, Adana et toute la stratégie des déportations 1915, que la Turquie pratique le double langage, celui de l’apparence qui dissimule les intérêts, celui de la boîte aux paroles ordinaires qui dissimule dans son double-fond des desseins cachés. Malgré cela, les Arméniens demeurent d’indécrottables chrétiens qui croient en l’homme et qui voient en l’autre l’égal d’eux-mêmes. Durant toutes les années ottomanes, puis ittihadiennes et kémaliennes, leur sincérité a dû affronter la dissimulation turque. Des années qui ont laissé des traces en leur âme même en ce sens que certains parmi eux continuent de jouer la sincérité alors que d’autres refusent de se laisser une fois de plus piéger par la dissimulation. Tous ont en eux enfouie la fin tragique de Vartkès – pseudonyme de Hovhannès Seringulian, député d’Erzeroum –ami personnel de Talaat et dirigeant du parti Dachnaktsoutioun, qui avait collaboré avec le Comité Union et Progrès contre l’absolutisme d’Abdul-Hamid. En 1909, lors de la contre-révolution conduite par le sultan, les dirigeants jeunes-turcs menacés d’arrestation avaient trouvé refuge dans des maisons arméniennes. Vartkès avait même recueilli Halil bey, président du Parlement en 1915 et qui devint plus tard ministre des Affaires étrangères du gouvernement Saïd Halim. Et pourtant, Vartkès mourut de la main même, et de quelle façon, de ces Jeunes-Turcs qu’il avait contribué à mettre en place.

À vrai dire les épidermiques arméniens voient chez les Turcs des mécaniques mentales taillées à l’aune des intérêts nationaux selon un subtil processus éducatif fondé sur la peur de l’autre et la fierté narcissique de soi. Ce fonds qui anime secrètement leur inconscient, c’est le fond noir de la bouteille. Or, ces Arméniens-là ne voient que lui avec les yeux de leur propre inconscient, celui d’une éducation informelle, comme une accumulation de paroles échappées ou de sombres confessions, de gestes troubles ou de colères crachées, tout ce fonds de bête humiliée vécu par leurs parents et transmis volontairement ou malgré eux.

Le mérite des dialoguistes qu’ils soient turcs ou arméniens, c’est de pouvoir, en êtres libres, tirer leur tête hors des eaux boueuses qui les aspirent vers le fond noir de leur éducation. Certains de ces Arméniens sincères voient en l’autre l’image de leur propre sincérité. Ils ont fait le pari du cœur contre les relents de dégoût et de méfiance qui cherche à absorber leur volonté de rester libres. J’imagine que ces efforts ne sont pas faciles à faire n’était un sens aigu des valeurs universelles à promouvoir coûte que coûte. En dessous d’eux les autres balancent entre la nécessaire confiance à mettre en œuvre pour sortir de l’affrontement des inconscients et le réveil permanent des atavismes collectifs que leur dicte un passé douloureux. Ils sont dans un état de dialogue trouble avec des Turcs qui eux-mêmes ont des accès de sincérité sur fond d’éducation nationaliste.

Et pourtant, les Arméniens sincères et les Turcs de bonne volonté savent bien que les logiques du cœur doivent prévaloir sur les stratégies de l’apparence et les politiques de l’intérêt, car ce sont elles qui tirent le monde vers la transparence et vers la reconnaissance de l’autre.

10 avril 2009

Génocide : études et préventions

Institut International d’Etudes sur le Génocide et les Droits de l’Homme

(Département de l’Institut Zoryan)
Communiqué de presse

Le dernier numéro de la revue Genocide Studies and Prevention (vol. 3, n° 3, déc. 2008) met en lumière de nouvelles voies de recherches sur le fait génocidaire

Tandis que Genocide Studies and Prevention : An International Journal achève sa troisième année de parution, son tout dernier numéro présente d’intéressantes et décisives voies nouvelles dans ce domaine. Parmi les sujets traités : rôle insidieux du viol dans le cadre du contexte génocidaire, affectant non seulement les femmes, mais des sociétés entières ; aperçus sur le paradoxe sur la prévention du génocide ; revue et critique d’une théorie comparée des génocides ; importance et effets de l’enseignement sur les génocides ; rôle joué par le discours de haine dans la violence ethnique et le génocide.

« Le viol comme arme de génocide », par Alison Ruby Reid-Cunningham, doctorante à la School of Social Welfare de l’université de Californie à Berkeley, est l’un des rares articles universitaires sur le viol dans le génocide. C’est une question tout à fait actuelle à la lumière de l’utilisation contemporaine du viol comme arme, à la fois dans la région du Darfour au Soudan et en République Démocratique du Congo (RDC). Mlle Reid-Cunningham examine les cas de la Bosnie-Herzégovine, du Rwanda, du Darfour et de la RDC, et affirme que l’impact du viol traverse la communauté entière et constitue un moyen de contrôle social. Son analyse minutieuse fait grandement avancer les études sur le génocide pour comprendre de quelle manière les crimes contre les femmes « se généralisent dans toute la population, à mesure que les survivants, les témoins, les familles et les communautés intériorisent le viol comme une agression envers leur conscience collective. »

Robert Melson, professeur émérite (chaire Cathy Cohen-Lasry) au Centre Strassler d’Etudes sur la Shoah et le Génocide à l’université Clark, présente « Churchill à Munich : paradoxe de la prévention du génocide. » Ce paradoxe souligne le fait que les dirigeants qui s’efforcent à long terme de prévenir les catastrophes ne sont pas récompensés pour leur action, simplement parce que la société ne voit que le prix à payer pour la prévention, sans qu’il existe quelque preuve de leur succès si le génocide est évité.

Le troisième article – « Théoriser la destruction : réflexions sur l’état présent de la théorie comparée des génocides » – est de Maureen Hiebert, assistant d’études juridiques et de sociologie à la Faculté de Communication et de Culture de l’université de Calgary, et membre actuel du GHRUP [Programme universitaire d’étude du génocide et des droits de l’homme]. Elle souligne que, bien que la théorie comparée du génocide ait beaucoup progressé pour expliquer le lancement du génocide et du processus génocidaire, beaucoup reste à faire. D’après Mme Hiebert, la centration des études comparées sur le génocide quant aux définitions du génocide laissent cette discipline sous-théorisée par rapport à d’autres disciplines des sciences sociales et humaines. En outre, elle affirme que cette discipline exige une expérimentation plus rigoureuse des théories existantes à l’aide de pratiques méthodologiques comparées. Elle conclut enfin que les chercheurs sur le génocide doivent trouver un moyen de « combler le vide entre la théorisation abstraite […] et l’action politique concrète. »

Henry Maitles, de la Faculté des Sciences de l’Education à l’université de Strathclyde à Glasgow, étudie la question suivante : « Pourquoi apprenons-nous ce sujet ? Etudier la Shoah encourage-t-il de meilleures valeurs citoyennes ? » Cette étude suit une cohorte de 100 étudiants (âgés de 11 et 12 ans), qui ont étudié la Shoah et compare leur mérite l’année suivante à la fois par rapport à leur comportement précédent et celui de leurs pairs qui n’ont pas étudié la Shoah. Le professeur Maitles conclut qu’en général, apprendre la Shoah a un effet positif sur le comportement des étudiants par rapport à des questions contemporaines, telles que le racisme et la discrimination.

Enfin, « S’opposer au discours de haine comme moyen de prévenir la violence génocidaire », par Wibke Timmerman, doctorant au Centre Irlandais des Droits de l’Homme à l’Université nationale d’Irlande, propose : « Pour prévenir avec succès des crimes et la violence génocidaires, il est indispensable de traiter dans les faits le problème de l’incitation systématique à la haine. » Timmerman suggère en outre que traiter dans les faits ce problème exige que toute propagande de haine organisée par un Etat soit criminalisée au titre du droit international. La criminalisation du discours de haine est sur un terrain glissant avec des risques pour la liberté d’expression, aussi cet article ouvre-t-il un débat important, mais ne parvient pas à répondre à certaines questions critiques en termes d’utilité pour ce qui est de la prévention du génocide.

Le rédacteur en chef Herb Hirsch, professeur de Sciences Politiques à l’université de Virginie, note avec satisfaction dans sa préface certains des sujets les plus dérangeants que la revue a abordé au cours de ses trois premières années de publication. Le comité de rédaction, ajoute-t-il, s’investit dans la quatrième année de la revue et continuera à présenter des matériaux nouveaux et novateurs.

Genocide Studies and Prevention : An International Journal a été co-fondée par l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide et l’Institut International d’Etude du Génocide et des Droits de l’Homme (un département de l’Institut Zoryan). La revue a pour mission de comprendre le phénomène génocidaire, de créer une prise de conscience de ce fléau toujours actuel et de promouvoir la nécessité de le prévenir, pour des raisons à la fois pragmatiques et morales. Il s’agit de la revue officielle de l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide. Elle est publiée trois fois par an par les Presses de l’Université de Toronto. Pour plus d’information, contacter l’IIGHRS : admin@genocidestudies.org ou tél : 416-250-9807.

Source : Zorian Institute

Traduction : Georges Festa pour Denis Donikian – 04.2009

Itinéraire avant l’oubli (13)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 4:18

Quand le jour devient noir
Que la nuit blanchit avec la lune
Quand sommeillent les fleurs du balcon
Quand les oiseaux ont égaré le ciel

J’ai peur du monde peur de mes rêves peur de moi

C’est alors que ton corps me vient
Vivant comme au jardin d’Eden
A mes yeux à mes lèvres à mes mains

8 avril 2009

Le collectif canadien Voices in Dialogue à nos côtés le 19 avril.

Nous saluons la courageuse initiative de Biz Myassine visant à commémorer l’anéantissement collectif des Arméniens en Anatolie par un geste qui encourage un rassemblement et un respect mutuel. En tant qu’individus engagés dans le dialogue et n’écoutant que notre conscience, nous serons à vos côtés en esprit au Jardin d’Erevan / Place du Canada, à Paris le 19 avril 2009. Nous franchirons la porte que vous ouvrez avec votre cœur et votre âme et nous partagerons une même douleur avec l’espoir que s’ouvre un chemin vers l’apaisement grâce à cette démarche forte en faveur de la vérité et de la justice, et qu’enfin nous trouvions un moyen de partager ensemble notre peine.

Hera Arevian, Hourig Attarian, Kumru Bilici, Asli Ozcaglar, Mete Pamir, Nuket Savaskan, Zelo Soyalp, Nezahat Turegun,Ersin Asliturk.
Membres de Voices in Dialogue
Ottawa et Montreal, 7 avril 2009

Traduction Georges Festa
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Side by side with you in spirit at Jardin de Erevan / Place du Canada, in Paris on April 19, 2009

We salute Biz Myassine’s courageous initiative to commemorate the annihilation of collective Armenian existence in Anatolia through a gesture that fosters a coming together and a mutual respect. As individuals committed to dialogue and equipped with nothing but our conscience, we will be standing side by side with you in spirit at Jardin de Erevan / Place du Canada, in Paris on April 19, 2009. We will enter from the door you open with your hearts and minds and share the pain in the hope that the path to healing will come by making a firm stand for truth, justice and finally finding a way to grieve together.

Hera Arevian, Hourig Attarian, Kumru Bilici, Asli Ozcaglar, Mete Pamir, Nuket Savaskan, Zelo Soyalp, Nezahat Turegun, Ersin Asliturk.
Members of Voices in Dialogue
Ottawa and Montreal, April 7, 2009

6 avril 2009

Commémoration unitaire arméno-turque le 19 avril 2009 à Paris

Afin de marquer leur volonté de rapprochement, d’écoute et de respect mutuels, pour la troisième année consécutive, des Français d’origine turque et d’origine arménienne, à l’initiative du Collectif Biz Myassine (Nous ensemble) se réuniront à Paris, devant la statue du Père Gomidas, qui résume à lui seul l’histoire du génocide des Arméniens de 1915. Cette initiative s’avère aujourd’hui d’autant plus juste qu’elle s’est toujours adressée aux consciences individuelles désireuses de voir les yeux ouverts le passé douloureux qui a été à l’origine d’une hostilité vieille d’un siècle. Aujourd’hui, le tournant est pris et il est irréversible. La campagne de pardon initiée par quatre intellectuels turcs à la fin de l’année dernière, qui a touché 30 000 citoyens de la société civile turque de toutes origines n’est que la part la plus manifeste de ce changement. D’autres actes de réconciliation les avaient précédées, naissent ou se poursuivent encore aujourd’hui, dans un même esprit d’ouverture.

Il importe que les Français d’origine arménienne viennent nombreux, ce 19 avril, loin des discours et en dehors de toute association, à titre individuel, se joindre aux Français d’origine turque qui auront compris la nécessité de construire l’avenir sur la vérité historique et la transparence des relations humaines. Les Arméniens ne peuvent fermer la porte aux Turcs de bonne volonté, ni les Turcs fermer les yeux sur la douleur arménienne.

Michel Atalay et Denis Donikian, fondateurs de Biz Myassine.

Dimanche 19 avril 2009, 11 heures. Jardin de Erevan ( ex-Place du Canada), à Paris.

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Campagne de pardon lancée par les intellectuels turcs

Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande Catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu’on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon.

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Remerciements exprimés par les Arméniens

Merci aux citoyens de Turquie qui viennent de lancer une pétition pour demander pardon, à titre individuel, aux Arméniens d’aujourd’hui.

Ils ont décidé publiquement, en leur âme et conscience, de ne plus supporter le déni auquel on les a soumis depuis bientôt 94 ans. Par leur geste sans précédent, ils reconnaissent que la négation des victimes du génocide de 1915 a pour conséquence la négation des blessures morales des survivants et descendants.

Conscient des risques qu’ils encourent, je décide à mon tour de répondre autrement que par l’indifférence, la critique ou l’attentisme.

Citoyen du monde et enfant de rescapés arméniens, j’exprime ma reconnaissance aux signataires pour leur courage.

Le déni et le mensonge ont fait et continuent à faire le lit de l’extrémisme, générant haine et souffrance. Toute forme de violence doit maintenant appartenir à un passé révolu.

Aujourd’hui peut venir le temps de la vérité qui apaise, de la rencontre et du partage. C’est la voie ouverte par Hrant Dink. Je crois à la forte détermination des hommes et des femmes, de part et d’autre, pour accélérer ce processus sur le plan humain.

La société civile turque est en droit de savoir, librement et individuellement, tout ce qui s’est passé. Partout et aussi en Turquie, l’information et les livres existent, des témoignages et des traces sont encore là, les paroles se délient malgré et contre les dénégations d’Etat.

Dans ce contexte, j’accueille cette initiative comme un signe authentique d’espoir et de progrès historique et, personnellement, je la soutiens.

France, le 19 janvier 2009

2 avril 2009

Itinéraire avant l’oubli ( 12)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 11:38

Né où tu n’étais pas.
Dans l’hier panique des marches noires
Injonction à mourir.
Qui te dira pourquoi ?
Le ciel était de feu. La terre tuait.
Faim et soif en toi désormais
Plus toi-même que toi.

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