Ecrittératures

25 juin 2009

Une histoire de damier arménien.

damier

*

Un jour, dans un café arménien du quartier arménien de Toronto entre un Noir. Il s’approche du juke-box, sort une pièce de sa poche, l’introduit dans la fente et appuie sur un bouton. Aussitôt, le café se met à résonner du chant bien connu des Arméniens : Grounk, dédié à la grue cendrée. Les clients arméniens esquissent un sourire moqueur à l’idée que le Noir s’est trompé de bouton. Le disque terminé, le Noir retire une autre pièce de sa poche, l’introduit dans la fente, appuie sur un bouton. Et aussitôt, pour la seconde fois, le café se met à résonner du chant bien connu des Arméniens, etc. Cette fois, intrigués les clients arméniens se lèvent et viennent entourer le Noir qui par deux fois, etc. « Il vous plaît ce chant-là ? lui demande le patron du café. Et pourquoi ? Racontez un peu. » Le Noir les regarde, perplexe, et leur répond : « Vorohedev, yéss Hay ém. » (Mais parce que je suis arménien ! )  Et le voilà qui raconte son  histoire de long en large devant les yeux écarquillés des clients arméniens du café arménien de ce quartier arménien de Toronto, disant qu’il travaille comme  haut fonctionnaire  au Pays-Bas. Puis avisant le patron,  il continue : « D’ailleurs, si vous passez par Amsterdam, je vous invite à me rendre visite. » Des mois s’écoulent, quand le patron du café arménien du quartier arménien de Toronto se trouvant à Amsterdam avec son épouse sonne à la porte du Noir haut fonctionnaire. Ils sont accueillis par une magnifique femme blonde, deux garçons métis et lui-même. Ils passent une agréable soirée. Les deux Canadiens prennent congé, et tandis qu’ils s’éloignent, la porte n’étant pas encore fermée, ils entendent la femme blonde de l’Arménien noir lui dire, étonnée : «  Mais tu ne m’avais jamais dit qu’il y avait des Arméniens blancs ? »

*

Cette histoire vraie est un effet de la grande Histoire, quand des Arméniens établirent les premiers contacts avec l’Ethiopie au Moyen-Age, et surtout quand ils s’y installèrent après le génocide de 1915, grâce à la protection du Roi des Rois Haïlé Sélassié. Elle ne dit pas que les enfants métis parlaient l’arménien ni que l’épouse blanche, en vacances en Ethiopie chez ses beaux-parents, n’ayant de contacts qu’avec des Arméniens noirs, n’était pas en mesure de penser qu’il existât d’autres types d’Arméniens. L’histoire ne va pas plus loin, mais on n’ose pas imaginer ce qu’elle aurait donné si l’épisode du café s’était passé en Arménie.

*

P.S. Le récit de cet Arménien noir, rapporté par Serge Avédikian, Arménien blanc, vous a été raconté par Denis Donikian, Arménien gris.

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9 commentaires »

  1. a fascinating story!!!!!!!!!!!!!

    Commentaire par ara baliozian — 26 juin 2009 @ 4:50 | Réponse

  2. Excellent !

    Commentaire par Boghos — 29 juin 2009 @ 4:07 | Réponse

  3. Très amusant mais aussi très instructif, car je n’aurais jamais imaginé des Ethiopiens arméniens, mais pourquoi pas ? Je reconnais mon ignorance et j’ai encore beaucoup à apprendre, me semble-t-il, sur les Arméniens ….

    Commentaire par FROMMER Adrienne — 12 juillet 2009 @ 7:32 | Réponse

  4. […] Arménien, Éthiopie, cendrée, Grounk, grue, Haïlé, Sélassié 0 Denis Donikian sur son blog nous a révélé une partie cachée de […]

    Ping par Arméniens en Noir et Blanc « projetmetis — 28 octobre 2011 @ 10:52 | Réponse

  5. sI JE ME SOUVIENS BIEN!! J’AVAIS LU QUE AUTOUR DU ROI IL Y A EU UN GROUPE D’UNE QUARANTAINE D’ENFANTS ARMINIENS ORPHELINS QUI CHANTAIENT ET PLUS TARD IL Y EU DES SUJETS DE CONFIANCE AU TOUR DU ROI ISSUS DE CE GROUPE!!!
    Hasmig

    Commentaire par jasmine — 22 février 2013 @ 8:01 | Réponse

  6. lors d’un séjour à Venise j’ai rencontré un élève des mkhritaristes, dont le père qui était d’ailleurs desendu dans l’hotel le plus prestigieux de Venise, était le médecin du roi Hailé Sélassié.
    et je ne me souviens plus dans quelles circonstances, j’ai rencontré un arménien noir éthiopien dont je me souvient du nom, il s’appelait Melkonian.
    nous reste à connaître des arméniens aux yeux bridés

    Commentaire par tadios — 11 juillet 2015 @ 7:37 | Réponse

  7. A la cité universitaire a Paris, dans les années soixante,il y avait un éthiopien noir qui parlait l’arménien couremment et dont ses ascendants étaient d’origine arménienne.Il s’appelait Alex boghossian et son nom d’artiste peintre était SKUDERLI. Son père était un proche de Sélassié. Pour info

    Commentaire par Djabourian — 11 juillet 2015 @ 9:04 | Réponse

  8. Le group d’arméniens orphelins ont formé la « fanfarre du négus », directeur Nalbandian. Il y a pas mal de renseignements sur la web, cherchez un peu! Aussi voir la page 158 du livre du Centenaire de l’UGAB.

    Commentaire par Eduardo — 11 juillet 2015 @ 4:38 | Réponse

  9. C’est vraiment une coïncidence agréable. Bravo à celui qui a rédigé le texte. C’est top.

    Commentaire par cekic — 11 juillet 2015 @ 5:09 | Réponse


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