Ecrittératures

11 juillet 2009

Au nom de tous les miens, pardon Monsieur Erdogan !

truquie

Visitez la Turquie, vous n’en reviendrez pas.

*

Grâce à Dieu, le Premier Ministre turc parle  du et de génocide. Qui oserait le lui reprocher serait vraiment de mauvaise foi.

Ainsi, interrogé à l’occasion de sa participation au G8, il aurait déclaré, sinistrement cynique,  au  quotidien italien Corriere della Sera au cours d’une interview  réalisée par Antonio Ferrari, le 7 juillet 2009,  qui lui demandait si l’heure n’était pas enfin venue de régler les comptes avec l’histoire, concernant les Arméniens, victimes de ce que beaucoup d’historiens considèrent comme un génocide :  » Il n’existe pas un seul document qui le prouve. Un seul. .. »

N’étant pas à une parole honteuse près, concernant la répression chinoise contre les Ouïgours, retour de son voyage en Italie, il a renchéri en lançant cette affirmation : « L’événement survenu en Chine est une sorte de génocide, il n’y a pas d’autre façon de commenter cet événement ».

Une chose est sûre, Monsieur Erdogan comprend les génocides qui l’arrangent, pas ceux qui l’agacent.

N’avait-il pas déclaré en avril 2005, au cours d’une visite officielle en Norvège : «  Il appartient aux Arméniens de faire des excuses à la Turquie suite à leurs allégations erronées de génocide pendant la première guerre mondiale  » ?

A cette occasion, voici ce que nous lui avions répondu ( in Vers l’Europe, édition actual art, Erevan, 2008) :

*
Ces enfants arméniens qu’on enterra vivants pas centaines remuent encore sous la terre autour de Diarbékir pour vous demander pardon. Ces déportés torturés par la soif que vos gendarmes attachaient face aux rivières ou promenaient le long des fleuves en leur défendant d’approcher ne sauraient faire moins eux aussi que d’implorer votre grâce. Au nom de ceux qui se sont jetés dans les flots pour s’y noyer en apaisant leur soif ou de ceux qu’on fit boire aux rivières souillées par des cadavres arméniens, je vous demande pardon. « Pardon ! » auraient dit ces enfants arméniens, sans père ni mère, qu’on vendait pour deux médjidiés, soit 1,20 euro, sur les marchés d’Istanbul, capitale ottomane. Ces filles qu’on passait aux soldats vous demandent elles aussi pardon d’avoir été violées ou d’avoir peuplé les harems de vos pères. On aurait pu aussi exiger de Madame Terzibachian d’Erzeroum de vous demander pardon pour avoir témoigné au procès Tehlirian en racontant comment à Malatia les femmes virent leurs époux tués à coups de hache avant d’être poussés dans l’eau et comment leurs bourreaux vinrent choisir les plus belles, transperçant de leur baïonnette celles qui s’y refusaient. Mais Madame Terzibachian n’étant probablement plus de ce monde, je vous demande pardon à sa place d’avoir porté l’accusation contre le soldat qui trancha la tête de son propre frère sous les yeux de sa mère aussitôt foudroyée, et qui jeta son enfant pour la seule raison qu’elle le repoussait. Pardon de vous avoir offensé au nom des Arméniennes de Mardin dont on déshonora les cadavres encore frais. Les Arméniens qu’on jeta par centaines dans les gorges du lac de Goeljuk, non loin de Kharpout, selon ce que le consul américain nous en a rapporté, s’excusent par ma bouche d’avoir porté atteinte à votre honneur que leur mort accuse les Turcs de les avoir acculés dans une nasse avant de les égorger. Je vous fais grâce de ces restes humains qu’on dépouilla de tout, de leurs maisons, de leurs biens, de leurs vêtements, de leurs enfants, et ces enfants de leurs propres parents, de leur innocence, de leur virginité, de leur religion, de l’eau qu’on boit quand on a soif, du pain qu’on mange quand on a faim, de leur vie autant que de leur mort, de leur paysage familier et de la terre de leurs ancêtres… De tous ces gens me voici leur porte-parole, ils parlent en moi, je les entends agoniser dans mon propre corps, pour vous demander pardon d’avoir existé, pardon d’avoir été trompés, turcisés, torturés, ferrés comme des chevaux, violés, égorgés, éviscérés, démembrés, dépecés, brûlés vifs, noyés en pleine mer, asphyxiés, pour tout dire déshumanisés… Car vous n’êtes en rien responsable des malheurs absolus que vos frères inhumains firent subir aux nôtres, frères humains trahis dans leur humanité. Non, l’histoire de vos pères n’est pas votre histoire. L’histoire de la Turquie ne naît pas sur ces champs de cadavres arméniens. Et pourquoi donc supporteriez-vous les péchés de vos pères ? Qui oserait vous faire croire que ces maisons désertées par les Arméniens ont été aussitôt habitées par les vôtres ? Que des villages entiers, vidés de leurs habitants naturels, ont été occupés par les vôtres, au nom d’une légitimité illégitime ? Que la ville de Bursa comptait 77 000 Arméniens durant la période ottomane, plus que deux au premier recensement ? Que les richesses de ces Arméniens pourchassés, déportés, anéantis aient nourri ces prédateurs qui furent d’une génération dont vous ne fûtes nullement engendré, Monsieur Erdogan. Il faut que les Arméniens s’excusent d’avoir été là où vous n’étiez pas encore. Qu’ils s’excusent d’avoir proclamé depuis 90 ans, d’une manière ou d’une autre, par des livres ou de vive voix, par leur mort sur les chemins du désert ou leur vie dispersée aux quatre coins du monde, que le génocide arménien est et sera toujours le fond noir de l’identité turque.

Avril 2005

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2 commentaires »

  1. J’ai la chair de poule lorsque je lis tout ceci et je ne comprendrai jamais comment ces politiques turcs peuvent prétendre qu’il n’y a pas de preuve, alors que tant de photos atroces ont été publiées et que tant de témoins ont vécu ces horreurs. Mais, à quoi bon remuer tout ce passé qui nous colle à la peau et qui nous fait tant souffrir, non pour nous-mêmes mais pour toutes nos familles qui nous ont transmis à demi-mots leurs souffrances ?

    Commentaire par FROMMER Adrienne — 12 juillet 2009 @ 7:16 | Réponse

    • Madame,
      Toutes les familles arméniennes du monde ont eu un ou des aïeux qui ont péri ou survécu à cet enfer terrestre et si je tiens à vous apporter une réponse à votre question « Mais à quoi bon remuer tout ce passé… »
      Le seul motif de ne pas se taire est de ne pas laisser penser au monde entier que la Turquie actuelle est une grande nation irréprochable.
      Dans l’ensemble, tous connaissent l’histoire d’un empire ottoman dont le seul souci fut de dominer et jouir de la richesse de leurs sujets.
      Il serait inconcevable que la tragédie, le génocide avéré des arménien soit jeté dans les oubliettes de l’Histoire.
      Tant que la Turquie niera, il aura des arméniens pour lui rappeler son fondement dont les termes sont cités dans le texte ci-dessus.
      Oublier serait se mentir à soi-même et laisser penser aux autres que nous ne détenons pas la vérité.
      Bien cordialement.

      Commentaire par antranik21a — 27 avril 2014 @ 9:36 | Réponse


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