Ecrittératures

22 juillet 2009

Vivre sous terre en Arménie

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 9:58
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© Hetq.am

Ténèbres d’Ashtarak : depuis huit ans, une famille vit sous terre

par Grisha Balasanyan

Hetq, 20.07.09

Selon des informations recueillies par Aida Papoyan, habitante de la ville d’Ashtarak, et des enseignants du Foyer n° 1 de la ville, l’équipe de l’autorité régionale d’Aragatzotn, chargée de la Protection de l’Enfance, a découvert que M. Hakob Harutyunyan, ainsi que deux femmes et leurs deux enfants, vivent dans une cabane souterraine qui appartient à M. Harutyunyan. Les deux femmes et enfants n’ont aucun lien de parenté avec M. Harutyunyan.

L’une des femmes à avoir trouvé refuge dans cet abri souterrain se nomme Arpineh, l’autre Anjela. Une délégation de l’autorité régionale s’est rendue sur place.

Les autorités affirment ne pas avoir été au courant de ces habitants sous terre

Il est difficile de décrire le spectacle dont nous avons été témoins, lors de notre visite. Trois adultes et deux enfants, l’un âgé de 16 mois et l’autre de cinq, vivent dans un espace de deux mètres carrés. Aucun n’a des papiers d’identité en règle. Il est difficile de croire que ni le maire d’Ashtarak, la police locale ou les habitants n’aient eu vent de ces gens depuis tant d’années. A l’heure actuelle, depuis cette découverte, toutes les institutions locales et régionales proclament leur ignorance du fait et affirment que si elles avaient eu connaissance de leur existence, elles auraient à coup sûr fait quelque chose pour leur venir en aide. Or les responsables régionaux nous ont précisé que M. Gabriel Gyozazalyan, l’ancien administrateur de la région, était informé au sujet de M. Hakob Harutyunyan et de la situation sociale de sa mère, mais qu’il n’a rien fait.

M. Hakob Harutyunyan ne s’est pas retrouvé du jour au lendemain dans ce bunker souterrain. Il possédait autrefois une maison à deux étages qu’il a vendue. Puis il s’est installé dans une maison plus petite avec sa mère, maison qu’il a ensuite vendue, pour finalement se mettre à creuser un trou dans un coin de sa propriété. Il entoura le trou de pierres, puis a vécu là durant ces huit dernières années.

La « grotte » se situe au numéro 51 de la rue Artsakh et dépend de l’autorité administrative de la marie d’Ashtarak. Il faudrait être simple d’esprit pour croire que le maire d’Ashtarak, M. Gaguik Tamazyan, ignorait totalement que cinq personnes vivaient dans de telles conditions sous son nez.

Hakob est diplômé  du supérieur et travaillait comme enseignant avec sa mère dans l’une des écoles d’Ashtarak. Il semble qu’il ait cédé sous la pression quotidienne pour tomber dans cette situation lamentable où il se trouve actuellement. Au printemps dernier, sa mère, qui vivait dans cette cave, est décédée.

Une mère morte depuis trois jours sans que personne ne sache

Hetq a été  informée que la mère de Hakob, Mme Khanoum Harutyunyan, était morte depuis trois jours avant que quelqu’un s’en rende compte. Le seul indice était la puanteur nauséabonde qui se répandit sur place. Des habitants suivirent cette odeur jusqu’à cette cave et découvrirent cette scène macabre.

Lorsqu’ils demandèrent à Hakob pourquoi il n’avait parlé à personne de la mort de sa mère, il répondit qu’il n’avait pas d’argent pour l’enterrer, voilà pourquoi il tut la chose. Des voisins localisèrent des parents de cette femme qui vivent dans un village voisin. Ces proches organisèrent alors des funérailles pour cette femme.

Hakob ne possédait pas le moindre document. Tous ses papiers d’identité et ceux de sa mère étaient conservés sous terre et avaient finalement pourri.

Les familles installées dans le foyer local

M. Sergis Sahakyan, nouvel administrateur en charge de la région d’Aragatzotn, vient récemment d’être informé au sujet de la famille « troglodyte » et les a immédiatement transférés dans une salle du Foyer local pour qu’elles soient temporairement à l’abri.

« Cette affaire est une honte pour notre collectivité et pour la société. Comment quelqu’un peut vivre durant huit ans dans de telles conditions sans que les autorités concernées n’en sachent rien ? », s’est demandé le nouvel administrateur lors d’un entretien avec Hetq.

Très rapidement, quelques associations se sont réunies et ont remis en don du mobilier et des vêtements à Hakob et aux deux femmes qui sont auprès de lui. Selon des responsables de l’autorité régionale, les nécessités de base leur sont apportées. Une équipe de distribution de nourriture, gérée par le Secours Arménien, s’est engagée à fournir quotidiennement de la nourriture à Hakob et le reste du groupe.

Il s’agit maintenant de procéder aux formalités administratives concernant ces gens. L’administrateur régional a donné toutes assurances que les factures d’électricité seraient prises en charge jusqu’à ce que Hakob retrouve un emploi.

Etant donné  que le marz d’Aragatzotn ne possède pas de structures d’hébergement ou d’accueil de jour pour l’enfance en danger, la fille d’Anjela, Armineh Karapetyan, née en 2004, a été envoyée au Centre d’Aide à l’Enfance d’Erevan. L’enfant y reçoit une aide sociale et psychologique, après quoi il sera possible d’intégrer l’enfant dans une école adaptée.

Anjela se trouve déjà dans la salle du Foyer attribuée à Hakob par les autorités régionales. Nous avons découvert l’autre femme, Armineh et son bébé de 16 mois, vivant encore dans la cabane souterraine, mais la porte étant fermée de l’extérieur. A notre approche, Mme Gayaneh Danielyan, en charge de la Division de la Protection de l’Enfance, s’écrie : « Armineh, c’est moi. N’aie pas peur ! »

Il s’avère que plusieurs clochards du voisinage ont harcelé la famille et que ces femmes ont peur des étrangers. Hakob a enfermé Armineh et son bébé pour les protéger de ces importuns. Nous n’avons pu parler avec Armineh car elle a refusé.

Mme Daielyan est parvenue à s’entretenir avec Armineh et nous a dit que cette femme avait peur de quitter la cabane. Ses craintes étaient d’autant plus renforcées que les habitants l’ont avertie que si elle quittait l’endroit, le terrain serait confisqué. Aussi Armineh n’a-t-elle pas obtenu de place au Foyer.

Confortablement assis dans son nouveau logement, nous demandons à Anjela comment elle s’est retrouvée dans la cabane souterraine.

« Ma mère sait que je vis avec Hakob. Je suis de Kirovakan, pas d’ici. Je n’ai ni passeport, ni aucun papier. J’ai rencontré Hakob au Gum, le marché d’Erevan. Je suis allée chez moi, mais ma mère m’a rejetée et m’a dit de vivre avec Hakob. Elle me disait qu’il vivait seul et n’avait personne d’autre. Alors je suis allée avec lui, et je resterai avec lui jusqu’à la fin ! », nous dit Anjela, 27 ans.

Nous n’avons pu amener Hakob à parler. Il avait peur du magnétophone. Quelque peu amadoué, il nous a finalement parlé, mais n’a pas souhaité parler de lui.

Le lendemain, l’administrateur de la région s’est déplacé en personne au Foyer pour juger par lui-même si Hakob et cette femme étaient en sécurité et se sentaient bien. Il a promis d’offrir un poste de télévision aux nouveaux résidents. Hakob a aussi promis de convaincre Armineh de venir au foyer avec son bébé.

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Source : http://hetq.am/en/society/ashtarak-5/

Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian – 07/2009

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4 commentaires »

  1. […] Voir aussi : Vivre sous terre en Arménie. […]

    Ping par Scandaleuse Arménie… « Ecrittératures — 15 août 2009 @ 5:07 | Réponse

  2. […] également : Vivre sous terre en Arménie. J'aimeJ'aime  Commentaires […]

    Ping par Voici comment on vit aussi en Arménie « Ecrittératures — 3 décembre 2011 @ 10:22 | Réponse

  3. L’atmosphère et l’émotion que l’on ressent ici est bien celle de « VIDURES » que l’on se prend en pleine figure tout au long du roman. Denis n’a rien inventé, Denis ne nous raconte pas d’histoire, il est d’une criante vérité… mais là ce sont des nouvelles fraîches que l’on nous rapporte , c’est intolérable… c’est honteux… Quand je pense que je m’y suis arrêté deux fois dans cette commune d’Ashtarak il y a tout juste 8 mois !

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 5 janvier 2012 @ 11:43 | Réponse

  4. Je reviens sur cet article…on découvre, on partage, on dénonce, on s’indigne…certes. Mais est ce que çà fait avancer la justice et les égalités pour autant? Depuis le temps que ce pays souffre… où sont les hommes? où sont ceux qui ont les moyens et le pouvoir de faire bouger les choses ?!
    J’ai trop souvent ce sentiment de parler pour ne rien dire, comme la plupart des indignés qui n’ont pas le pouvoir d’agir.
    Mais ne rien dire, c’est encore pire…c’est comme ignorer et baisser les bras…alors ne cessons de commenter lorsque nous en avons encore l’occasion .

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 5 janvier 2012 @ 12:51 | Réponse


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