Ecrittératures

24 juillet 2009

Danse du ventre et plumes de paon à l’adresse du Collectif VAN

danseuse

Dans votre compte-rendu, daté du 23 juillet 2009, de la seconde partie  de l’article intitulé : « 3 jours avec la diaspora arménienne » écrit par Baskin Oran, vous notez ceci :

« [Nota CVAN : Baskin Oran a précisé dans le premier opus de son compte-rendu, qu’il s’agissait là de sa première vraie rencontre avec la diaspora arménienne. Cela ne l’empêche pas d’avoir malgré tout, au sujet de cette diaspora, des certitudes pour le moins curieuses. Les débats publics existent en diaspora depuis plusieurs décennies et sur tout type de sujets. Ce type de débat, où chacun vient vider son sac et partager ses angoisses et ses idées, ce serait même plutôt une ‘maladie’ arménienne… »

En effet, on peut admettre que, par exemple, le cas de l’Arménie soviétique ait fait débat – et quel débat ! – au sein de la diaspora arménienne de France, ainsi que les premières commémorations du génocide dans les années soixante, surtout quand nous demandions aux commerçants arméniens de fermer leur magasin en signe de deuil, plus tard les actions de l’ASALA, hier les propos de Hrant Dink favorables à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, puis son opposition farouche à la pénalisation du génocide, aujourd’hui la pétition de pardon des quatre intellectuels turcs pour avoir utilisé le terme de Medz Yeghern plutôt que celui de génocide.

À ce propos, vous avez  affiché dans vos colonnes, tant à ma demande que sur la sollicitation de votre présidente, l’article que j’avais écrit intitulé : Grande catastrophe ou génocide : réplique à Cengiz Aktar.

Cependant, cette propension à débattre qui semble être selon vous une « maladie » arménienne,  ne me paraît que partiellement confirmée par votre Collectif.  Après avoir reproduit le discours de Laurent Leylekian à Althen-les-Paluds, vous avez tenu à rendre compte des deux premiers articles écrits par Baskin Oran sur ces trois journées et parus dans le journal turc  Radical. Mais j’ai été surpris que ne figurent pas au bas de votre traduction commentée, parmi les références des différents textes  destinés à éclairer vos lecteurs et à animer le débat, les deux articles que j’ai écrits sous le titre général de « Accords et désaccords avec Laurent Leylekian » parus sur mon blog  que vous semblez pourtant connaître. Bien sûr, vous êtes en droit de  m’objecter que vous n’étiez pas au courant. Pourtant, il a été affiché dans le« Armenian and Turkish scholars workshop » de Fatma Muge Goçek et facile à trouver avec Google.

Le fait que vous ayez trouvé ma réplique à Cengiz Aktar et non celle à Laurent Leylekian me laisse pantois. Je n’irai pas jusqu’à penser que vous retenez ce qui vous convient et négligez ce qui vous dérange. Je m’étonne également que ces articles aient échappé à cette vigilance sur laquelle repose votre action. Et si je devais m’en tenir à la citation évoquée plus haut : Les débats publics existent en diaspora depuis plusieurs décennies et sur tout type de sujets, je vous trouverais plus cohérents si vous le prouviez en ajoutant mes textes à ceux du dossier. Il serait fâcheux que ces deux articles paraissent en Turquie et que notre communauté n’en soit, pour sa part, pas informée. D’autant que Nouvelles d’Arménie Magazine en ligne n’a pas fait mieux que vous. Faut-il penser que notre diaspora débatteuse ait de plus en plus tendance à choisir ses débateurs ? Oui, je le pense.

En tout cas, il me semble assez déplorable d’avoir à rappeler que mon travail fait l’objet d’un ostracisme sournois et que je suis obligé d’en arriver à faire ce rappel.

Cet exemple n’est d’ailleurs pas isolé puisque les deux livres que je vous ai envoyés ( Vers L’Europe et Erevan 06-08) depuis plusieurs semaines n’ont curieusement fait l’objet d’aucune mention dans vos informations quotidiennes. Je peux concevoir qu’un lecteur capable d’en faire une recension ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, mais est-ce trop demander, comme vous le faisiez auparavant d’ailleurs, de tenir vos lecteurs informés de leur parution ? Cette omission me paraît d’autant plus curieuse que l’un de ces livres traite précisément du négationnisme et du dialogue arméno-turc, c’est-à-dire de ce qui représente, mutatis mutandis, la pointe de votre combat pour ne pas dire votre fonds idéologique. Que je sache  je n’ai pas écrit un conte à dormir debout pour que cette demande soit considérée comme indue. J’ai moi-même recensé des contes sur le site de Yevrobatsi avec le même intérêt que je l’ai fait pour des livres d’histoire. Dois-je me transformer en danseuse du ventre et m’empanacher l’arrière-train de plumes de paon pour attirer votre attention et chatouiller votre curiosité ? Ce manquement au devoir d’informer sur la chose même qui constitue votre pain quotidien me paraît d’autant plus regrettable que mes livres que j’ai fait imprimer à Erevan ne trouvent pas en diaspora le soutien qu’ils pourraient en attendre. Si, comme vous le prétendez, les débats sur tout type  de sujets existent en diaspora depuis des décennies, je ne vois guère les organisateurs et les lieux de ces débats prendre en compte tous les éléments qui le nourrissent.

Enfin, il est regrettable que vous n’ayez éprouvé aucun doute sur le jeu de mot de fort mauvais goût que Baskin Oran aurait fait à propos du nom de Laurent Leylekian. Quand on veut diaboliser un homme, on devient soi-même diabolique. Comme si Baskin Oran était assez sot pour combler son manque d’arguments par une moquerie. Comme s’il était homme, déjà fort exposé, à se jeter aussi naïvement sous les dents de ses détracteurs. De fait, renseignements pris, Leylekgiller (la famille des leylek/cigognes) n’a rien à voir avec Leylekian, mais avec les nationalistes turcs. Pour dire, que d’un côté comme de l’autre, les nationalistes se ressemblent tous. Même Osman Kavala semble être tombé dans le panneau.

Cela dit, comme membre fondateur du Collectif VAN, je serais mal venu de dénigrer le travail accompli au quotidien par votre équipe. Je le reconnais comme essentiel et indispensable. Cependant, comme vous défendez votre travail, vous me permettrez de défendre le mien.

*

Lire : Foi et entropie (5) : l’écriture dans le noeud de la fin

Publicités

Un commentaire »

  1. Je ne peux que te donner raison ! Je crains seulement que l' »élite arménienne » ou qui se croit telle – celle-là même qui devrait pourtant promouvoir tout ce qui pourrait apporter une autre réflexion, éclairer d’un autre jour, offrir la possibilité d’autres débats sur notre devenir à la société arménienne ainsi qu’aux non-arméniens que notre histoire intéresse – ne censure gravement par indifférence, ce qui est triste, ou sciemment, ce qui est lamentable, toute initiative pouvant y aider.

    Commentaire par Dzovinar — 24 juillet 2009 @ 5:17 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :