Ecrittératures

15 août 2009

Décharge de Noubarachèn

Dans la rubrique «  Denis Donikian m’agace », voici une zone de l’Arménie que nos touristes prompts à l’extase patriotique, friands de choses mortes ou figées (vieilles églises, vieux parchemins, vieilles montagnes…) ne visiteront jamais ou rarement. Et pourtant, c’est là que se lit la manière dont ont vit en Arménie, là que des hommes apprennent à survivre quotidiennement en affrontant l’indifférence de ceux qui sont chargés d’administrer au mieux leur existence. A ceux qui m’opposeront qu’il y a pire ailleurs pour excuser lâchement la perpétuation de ce mal, je leur demanderais de bien vouloir jeter cette rhétorique imparable à la face de ceux qui en souffrent avant de me l’adresser comme argument destiné à préserver leur Arménie dans sa pureté légendaire.

La décharge de Nourabachèn a été décriée de longue date. Périodiquement, on s’élève contre les dangers écologiques qu’elle présente. Les chiffonniers qui y travaillent absorbent les gaz qu’elle dégage du fait de la corruption organique. On a compté jusqu’à 70 substances nocives susceptibles de provoquer des maladies allant de l’asthme au cancer. Elles sont aussi bien dues à la combustion des plastiques  qu’aux différents produits comme des pesticides du genre DDT, jetés ici illégalement.  Le méthane qui monte des couches profondes de la masse d’ordures en décomposition devrait être exploité par les Japonais pour fournir de l’électricité. Mais il reste que cet immense cloaque devient chaque jour incontrôlable dans la mesure où il pollue les nappes phréatiques et menace la capitale. Cette décharge arrange une armée de chiffonniers qui  font le tri des cartons, bouteilles, fers blancs et autres. Mais sa privatisation, comme l’envisage la municipalité, risquerait de les en chasser et de leur ôter leur gagne-pain. La municipalité a actuellement un énorme problème avec les ordures car elles augmentent avec les formes modernes de consommation. Par ailleurs, non seulement la population  n’est pas éduquée pour trier les déchets, mais l’investissement que cela suppose semble pour l’instant hors de portée du budget de la ville. Sans compter qu’il existe aussi un réel je m’en-foutisme ambiant concernant les ordures que chacun cherche à dégager en touche. Il reste que si la décharge de Noubarchèn représente l’un des problèmes majeurs que les associations écologistes essaient de résoudre, elle ne semble pas être une priorité aux yeux du gouvernement. Pourquoi ? Parce que personne ne la voit et que personne ne veut la voir. En ce sens, elle n’existe pas.

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Photos ci-dessous : Denis Donikian 2008 ©

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3 commentaires »

  1. cela ressemble étrangement à la décharge publique à ciel ouvert d’ENTRESSEN à côté de Fos sur mer(13) qui fermera officiel en 2010 lorsque l’usine de traitement chimique des déchets mise en place prendra le relai.
    SOLUTION/ DEMANDER AU FOND ARMENENIEN DE FRANCE DE FINANCER UNE USINE DE TRAITEMENT CHIMIQUE DES DECHETS (COMME CELLE DE FOS)

    Commentaire par SETA — 15 août 2009 @ 2:51 | Réponse

    • Je pense aussi qu’il faudrait commencer par mettre en place dans la capitale des systèmes de tri en s’appuyant sur l’expérience des occidentaux. Mais surtout, éduquer les gens à faire ce tri, soit par l’école, soit par les journaux, soit par la télévision. Sans campagne de sensibilisation, ce sera inutile. Les poubelles publiques en Arménie et dans une ville comme Erevan ne contribuent pas à rendre les agglomérations agréables, et c’est un euphémisme. Le Fonds arménien a sans doute son mot à dire ici.

      Commentaire par denisdonikian — 15 août 2009 @ 3:10 | Réponse

  2. Bonjour à tous ! Imaginons que cet article n’ait pas été écrit par un arménien, quelle honte serait la notre . Les journalistes occidentaux vont souvent dans le sens du poil dans leur propre pays , ce qui nous les rend d’ailleurs très suspects . Denis Donikian , Arménien , dénonce courageusement une situation qui le scandalise , qui le blesse au plus profond de lui même . Et de nous mêmes .
    L’Arménie devra faire , très rapidement , ce qui est indispensable au niveau des décharges publiques : le tri sélectif , les déchets ménagers , les déchets hospitaliers , les emballages ménagers , les piles , les vêtements , le verre , l’acier , l’aluminium , le papier , le carton , le plastic .clair , le plastic foncé etc…etc…
    Il est vrai que Paris ne s’est pas faite en un jour … Mais la création d’un syndicat mixte entre la capitale , Erevan , un riche arménien d’Arménie , de Russie ou de la diaspora et le groupe Suez ( pour n’en citer qu’un ) doit être possible . Il paraît qu’il y a toujours un chemin quand il y a une volonté…

    Commentaire par Avignon — 25 août 2009 @ 1:58 | Réponse


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