Ecrittératures

3 novembre 2009

Les protocoles en question

Firuz1

Dessin de Firuz ( copyright)

*

Dans les années 60, en Turquie, et même en France, le sujet du génocide était inexistant. Aujourd’hui, il est partout. Les Arméniens de la diaspora n’ont pas démérité de leurs martyrs. Or,  voici que l’État arménien semble leur voler l’ultime étape à accomplir. Reste à savoir qui dans la diaspora éprouve cette frustration. Les tenants du non ont submergé la voix de tous les autres. Les Arméniens, peuple normal, sont divisés sur cette question. Mais nos divisions tiennent à un déficit de démocratie en Arménie et à un déficit d’organisation en diaspora. Nous offrons au monde le spectacle d’une nation divisée contre elle-même. Et comme tout est dans tout, les incohérences culturelles de la diaspora ne sont pas sans rapport avec le chaos démocratique qui règne en Arménie. Ceux qui en diaspora récusent les protocoles, et même les autres, auront trop tardé à tancer les autorités arméniennes sur les malversations en tous genres qui mettent les Arméniens en souffrance et l’Arménie en péril. Étaient-ils légitimés à le faire ? Autant qu’aujourd’hui quand ils s’en prennent directement au chef de l’État. C’est que l’aide massive de la diaspora à l’Arménie lui donne certains droits à la critique. À cette différence près, que les Arméniens de la  diaspora, pour autant qu’ils puissent être considérés comme des citoyens économiques par leur participation induite au budget national, ne connaissent ni les affres de la misère, ni la pression des frontières, ni le poids de la guerre qui pèse sur chaque citoyen réel du pays.  Dans un contexte géopolitique instable, qui oserait donner des leçons à un chef d’État, quel qu’il soit, soucieux de prévoir le pire, à savoir l’enclavement absolu ? Et qui oserait penser que l’homme qui a combattu en Artsakh, conquis le pouvoir et s’y maintient avec force et machiavélisme, puisse brader quoi que ce soit ? On s’étonne d’ailleurs des craintes de la diaspora au sujet du génocide. Les Arméniens ont la vérité de leur côté. La Turquie peut tromper son monde un temps, elle ne trompera pas le monde tout le temps. Et dans le fond, une commission bipartite d’historiens, mais arbitrée par des spécialistes étrangers, ne permettrait-elle pas d’une manière ou d’une autre d’instaurer le débat en Turquie ? Le peuple turc, qu’il le veuille ou non, devrait enfanter cette vérité dans la douleur, peut-être même dans la guerre civile. Avec l’ouverture des frontières, le Mémorial de Dzidzernakapert va enfin recevoir les visiteurs qu’il attendait.

Denis Donikian. Article paru dans Nouvelles d’Arménie Magazine, Novembre 2009

LIRE EGALEMENT : L’histoire turc et le miroir arménien

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :