Ecrittératures

21 février 2010

« La Nuit » d’Elie Wiesel

Publié pour la première fois en 1957 aux Éditions de Minuit, grâce aux efforts de François Mauriac et après des remaniements faits par Jérôme Lindon, puis réédité en 2007, La Nuit est le récit d’un jeune juif originaire de la ville de Sighet, en Transylvanie, déporté avec ses parents à Auschwitz, et libéré à Buchenwald par les Américains. Dans sa préface, l’auteur évoque l’impossibilité de témoigner sur une chose qui se dérobe à une parole « trahie, corrompue, pervertie par l’ennemi », soit déshumanisée. Mais s’il est « difficile sinon impossible de parler », « il est interdit de se taire ». Enfin, s’il peut ignorer « la réponse à Auschwitz », l’auteur sait « qu’il y a une « réponse » dans la responsabilité. »

Moshé-le-Bedeau, qui initiera le jeune Elie Wiesel à la vérité mystique du Zohar, sera un jour expulsé de Sighet avec les Juifs étrangers. Rescapé miraculeux d’une tuerie organisée par la Gestapo dans la forêt de Galicie, près de Kolomaye, Moshé-le-Bedeau reviendra à Sighet pour « raconter [sa] mort », mais sera pris pour fou. Viendra le jour où d’obligation à porter l’étoile jaune à celle de vivre dans un ghetto, les Juifs de Sighet se retrouveront dans des wagons scellés en route pour Auschwitz, nom inconnu de tous les déportés, puis Birkenau, dans une nuit de cheminées crachant des flammes aux odeurs de chair brûlée.

Séparé de sa mère et de sa sœur Tzipora, Elie doit suivre son père dans le groupe des hommes et fait l’apprentissage brutal du «  cauchemar inimaginable » qui attend tout détenu. Puis viendront la tonte, la désinfection, la tenue de bagnard, la boue, les kapos et la « chance » de travailler plutôt que de finir au crématoire. Dès lors, Elie Wiesel perd son nom pour devenir le matricule A-7713, un numéro gravé sur son bras gauche. Comme manœuvre, il sera transféré avec une centaine d’autres au camp de Buna où les conditions seront relativement meilleures qu’à Auschwitz.

L’espoir que la guerre prendra fin hante l’esprit des détenus tandis que les défaites allemandes parviennent à leur connaissance.  Un jour, le camp subit un bombardement américain et détruit plusieurs bâtiments. Mais le raid ne change rien à la discipline imposée : les pendaisons pour l’exemple se succèdent. Par la suite, Elie et son père parviennent à échapper à une « sélection » conduite par le docteur Mengele, mais d’autres non, comme Akiba Drumer, miné par l’épuisement et le sentiment de souffrir l’enfer « dans [son] âme et dans [sa] chair ».

Un jour l’ordre étant donné d’évacuer le camp, chaque détenu se mit à craindre le pire de la part des S.S. tout en espérant l’arrivée des Russes. Tous les blocks sortirent du camp au pas de course durant la nuit, dans le froid et la neige.  Les traînards furent achevés sur place. Installés dans le camp de Gleiwitz, ils y resteront trois jours sans pouvoir manger ni boire, avant de rejoindre une voie ferrée pour monter dans des wagons à bestiaux sans toit. La faim va transformer les déportés en animaux pleins de haine. Beaucoup meurent d’épuisement comme le père d’Elie, au terminus du camp de Buchenwald. Mais le mouvement de résistance empêchera les Allemands de liquider les derniers juifs, le jour même,où apparut le premier char américain aux portes du camp.

(Elie Wiesel dans le camp de Buchenwald. Le cliché a été pris le 16 avril 1945, cinq jours après la libération du camp.)

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2 commentaires »

  1. Mon mari avait participé à la libération du camp de Buchenwald, le 11 avril 1945.
    Il était dans l’armée du Général Patton.
    Ils ne s’attardèrent pas dans le camp, car les
    Russes avançaient à pas de géants, ils avaient
    déjà libéré quelques camps, les Américains de Patton allèrent en direction de la Tchécoslovaque, la jonction avec les Russes eut lieu à PASSAU. A ce moment-là les deux armées s’entendaient bien.

    Commentaire par Louise Kiffer — 22 février 2010 @ 5:04 | Réponse

  2. You can definitely see your enthusiasm in the article you write.
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    Commentaire par grafeioteletwn.punt.nl — 29 avril 2013 @ 4:30 | Réponse


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