Ecrittératures

31 mars 2010

… toutes les gares du parcours

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 12:29
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«  Mesdames, messieurs, ce train est direct Juvisy via Ris-Orangis. Il desservira toutes les gares du parcours … »

Quel bonheur ! Entendre cette voix de femme… « … toutes les gares du parcours ». Et qui revient à chaque station. Comme si cachée dans les parois de train. J’attends que la phrase se termine avec l’impatience d’un enfant son dessert. Le dernier mot. La dernière syllabe du mot. Le souffle ultime. Je me demande si ce n’est pas une voix de l’au-delà qui vous pleut dessus comme une douce émanation d’ange ou de Madone. « …toutes les gares du parcours ».C’est aussi onctueux qu’une crème Chantilly. L’oreille la boit comme du petit lait. Une voix toujours la même et qui vous est offerte à chaque fois que vous prenez votre train pour rentrer chez vous. Les Allemands y auraient mis une voix mâle et grave. Martiale presque. Et qui vous plongerait dans l’enfer d’un wagon à bestiaux pour une destination à faire trembler le plus aguerri des hommes. Mais ici. Ah ! C’est une femme qui vous guide vers ce que vous aimez le plus, le confort du foyer et du soir, « …toutes les gares du parcours ». Si bien qu’on prie le Ciel qu’elle reste inchangée. Qu’elle ne subisse aucune mutation. Que la dame en question ne mange pas de choucroute, ne se mette pas à fumer, ne chante pas des chansons paillardes et évite de turluper son amant ou son mari. Des fois qu’elle y perdrait  au passage la fleur de son timbre et sa danse de pétale dans l’air de l’éternité.

22 mars 2010

La situation d’ Anastasia Denisova

Filed under: EVENEMENTS — denisdonikian @ 8:22
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La situation d’ Anastasia Denisova (YHRM, Mars 2010)

Anastasia Denisova est une activiste de la société civile, militante des droits humains, agissant contre la xénophobie, le racisme et l’intolérance. Elle est présidente de l’organisation Groupe de jeunes pour la tolérance ETHnICS et membre du Conseil de coordination du Mouvement des jeunes pour les droits de l’homme (Youth Human Rights Movement). Elle est employée du centre de droits de l’homme Mémorial, du centre d’analyse SOVA et co-coordinatrice du groupe Alternative verte de la région de Krasnodar.

Depuis plusieurs années Anastasia Denisova et l’ONG ETHnICS ont été soumises à diverses formes de harcèlement et d’entrave aux activités professionnelles (présence de personnes extérieures pendant le contrôle du service d’enregistrement fédéral, redressements fiscaux sans motifs de la part de l’inspection des impôts aboutissant à la cessation d’activité de l’association, délais anormaux de contrôles aux postes frontières de la Fédération de Russie, blocage pour l’empêcher de participer à la réunion de l’OSCE à Varsovie, etc.).

Ces pressions ont culminé fin 2009 quand des charges criminelles ont été retenues contre Anastasia Denisova en vertu de l’article 146  partie 3, paragraphe D, du code pénal de la Fédération de Russie : usage  illicite d’objet déposés et de positions officielles, passible de peine d’emprisonnement jusqu’à six mois, et l’article 273 partie 1 : création de virus informatiques, passible de peines d’emprisonnement jusqu’à trois ans.

Au même moment, les investigations ont porté sur l’examen de matériel informatique n’appartenant ni à Anastasia Denisova ni à l’ONG ETHNICS, matériel confisqué en violation de la législation de la Fédération de Russie. Le cas est fondé sur un avis d’expert dont la validité est plus que douteuse signé par O. Pleten mais élaboré en réalité par V. Voevodin ; le caractère illégal du software a été fondé sur la recherche du numéro de série sur Internet ; les dernières dates d’accès aux dossiers démontrent que l’expert les a examinés postérieurement à la fin officielle de l’expertise. Ces faits et d’autres violations ne permettent pas d’accepter l’expertise comme une preuve valide. Le calcul des dommages supposés a été fait par une personne partiale et la somme surestimée pour pouvoir atteindre le minimum nécessaire à des poursuites criminelles. Le recours à l’article 273.1 a été justifié par la supposée présence d’un logiciel générateur de clés qui n’est pas en soit un virus, et donc ne peut être prétexte à une poursuite criminelle. Plus grave, nous avons été informés de violations de la législation par M. Melikyan, procureur adjoint du district de Krasnodar Zapadnyi.

En conséquence nous considérons que les poursuites contre Anastasia Denisova constituent des moyens grossiers et sans fondement de pression sur une militante des droits humains.

Enfin les médias ont couvert ces affaires de harcèlement des militants des droits de l’homme et de la société civile du district de Krasnodar. Tout ceci développe une atmosphère déplaisante autour du district de Krasnodar, et contribue à détériorer l’image de la Fédération de Russie, particulièrement à la veille des jeux olympiques de Sotchi.

On peut protester contre les persécutions dont Anastasia Denisova est victime, demander la levée de toutes les poursuites, une enquêtes sur toutes les violations de droits et manifestations d’arbitraire et réclamer la garantie du respect des conditions d’activité des organisations de la société civile de la région de Krasnodar en écrivant à

Golota Vladimir Nikolaevich

Procureur du district Zapadnyi de la ville de Krasnodar

350020, Krasnodar, Odesskaya, 1

fax: +7 (861) 215-98-67, tel +7 (861) 215-64-18


Ave c cope à

Monsieur Chaika Yuri Yakovlevich

Procureur général de la Fédération de Russie/General Public Prosecutor of the Russian Federation

125993  Moscow, Bolshaya Dmitrovka, 15 a

tel: +7 (495) 987-56-56, fax: +7 (495) 692-17-25

Ustinov Vladimir Vasilyevich

Représentant de la Présidence de la Fédération de Russie

Rostov-on-Don, Bolshaya Sadovaya, 73

tel. +7 (863) 249-99-43, fax +7 (863) 249-99-47

Tkachov Alexandr Nikolaevich

Gouverneur de la région de Krasnodar, Krasnodar, Krasnaya, 35.

Tel/fax: +7 (861) 262-57-16,

fax: +7 (861) 268-35-42

21 mars 2010

FRANCOPHONIE en ARMENIE

Filed under: EVENEMENTS — denisdonikian @ 2:36
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Erdogan a dit…

Erdogan a dit :

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« les Turcs n’ont pas participé à des choses sales, tels que génocide et la violence ». « Notre culture est une culture d’amour et de tolérance. L’avenir ne peut être construit sur la haine et la malveillance. L’histoire de notre pays est propre et aussi lumineuse que le soleil, et ne peut être faussée par les Parlements. » (2010)

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« En 1915 et au cours des années précédentes, la partie arménienne a mené une politique de destruction de notre peuple, qui a conduit à la famine, la pauvreté et la mort. Tout cela ne peut être oublié, sinon, cela semblerait inadmissible et injuste. Nos soldats ont toujours vénéré les lois de l’honneur, ils n’ont pas enlevé la vie de personnes innocentes, même sur le champ de bataille.»(2010)

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« Il y a 170.000 Arméniens dans mon pays. Parmi ceux-là, 70.000 sont des nationaux, mais nous tolérons les 100.000 autres (…) Si cela était nécessaire, je pourrais être dans l’obligation de leur dire de retourner dans leur pays ». (2010, Services turcs de la BBC)

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“ Les politiciens ne peuvent pas décider finalement sur les génocides. C’est le devoir des historiens. ” (mars 2010)

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« Aucun État, aucune société qui s’en prend à la vie et aux droits des civils innocents ne peut garantir sa sécurité et sa prospérité».[..]« Que ce soit des Turcs ouïgours ou des Chinois, nous ne pouvons tolérer de telles atrocités. La souffrance des Ouïgours est la nôtre ». [..]« L’événement survenu en Chine est une sorte de génocide, il n’y a pas d’autre façon de commenter cet événement ». (2009, Ankara)

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“ Les meurtres des Turcs Ouighours par la police chinoise pendant des manifestations constituent un génocide. J’emploie ce terme intentionnellement. ” (Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, juillet 2009)

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“ Je suis allé au Darfur moi-même et n’ai vu aucun génocide là. Les musulmans ne commettent pas de génocide. ” ( novembre 2009)

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« L´assimilation est un crime contre l´humanité! » (2008, Cologne)

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« Je n’accepte pas l´assimilation en Europe car nous ne la considérons pas comme un droit pour nous dans notre pays. Les minorités dans mon pays ont le droit de garder leurs convictions et cultures dans l´entièreté. Je déclare sans équivoque ici : l´assimilation est un crime contre l´humanité ! »( 2008 , Belgique)

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« Il appartient aux Arméniens de faire des excuses à la Turquie suite à leurs allégations erronées de génocide pendant la première guerre mondiale ». (11 avril 2005, Norvège)

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« Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats.» (1997, Istanbul)

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Ce que l’Europe ne vous a pas dit :

 

 

17 mars 2010

Pourtant que l’Arménie est belle…

Sur un air de Jean Ferrat : La Montagne

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Ils quittent un à un l’Arménie
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin du village où ils sont nés
Ils abandonnent les tribuns
Pour des pays européens
Pour l’esclavage forcené
Les vieux ils vont mourir de solitude
Quand leurs enfants seront partis
Trimer sous d’autres latitudes
Tout en rêvant à tout propos
De leur bel Ararat là-haut
Qui ne leur a jamais menti.

[Refrain] :
Pourtant que l’Arménie est belle
Comment peut-on voir sans vergogne
Un président providentiel
Tirer sur un vol de cigognes

Le pays a perdu la tête
Qui vend ses fils ou les maltraite
Les exile ou les emprisonne
On a tué les voix bien nées
Les âmes libres chevronnées
Des mécontents qu’on arraisonne
Les loups ils peuplaient la forêt
Et les voici au cœur des villes
Faisant le tri par leur justice
En abusant du couperet
Du bâton et de la police
Instaurant la loi du gorille

[Refrain]

Pourtant que l’Arménie est belle
Comment peut-on voir sans vergogne
Un président providentiel
Tirer sur un vol de cigognes

10 mars 2010

Itinéraire avant l’oubli (34)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 1:37

TOI au-delà des corps à m’attendre

au cœur du Calme Ardent

dont la voix ordonne l’univers

9 mars 2010

Honte au Danemark !

POUR DIFFUSION

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INCROYABLE QUE CELA PUISSE EXISTER !

Comment ne pas dénoncer ce qui est en train d’arriver ?

Donc diffusons le plus possible ces images!

HONTE AU DANEMARK !

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Cela semble incroyable, mais c’est pourtant vrai. Chaque année, ce massacre brutal se reproduit aux îles Feroe, qui appartiennent au Danemark,  pays supposé être ‘civilisé‘, membre de l’Union Européenne. Très peu de personnes au monde sont au courant de cet horrible évènement qui se répète chaque année. Ce massacre sanguinaire est effectué par  des jeunes hommes dont la barbarie est la meilleure preuve qu’ils sont devenus adultes. C’est absolument incroyable que rien n’ait été fait afin que ce massacre s’arrête.

C’EST UNE BARBARIE CONTRE DES DAUPHINS GLOBICEPHALES, UN DAUPHIN SUPER INTELLIGENT ET SOCIABLE QUI S’APPROCHE DES GENS PAR CURIOSITE.


HONTE AU DANEMARK !


FAITES SAVOIR A TOUS QU’AU DANEMARK, CHAQUE ANNEE, SE PRODUIT UN REEL MASSACRE.

LES VICTIMES DE CE PASSAGE A l’ÂGE ADULTE EN SONT LES DAUPHINS.

COMME SI C’ETAIT UN CARNAVAL.

Il faut être inconscient pour penser que rien ne changera avec l’envoi de ce message! Nous devons croire qu’il changera au moins l’attitude de ces gens inconscients.
La solidarité ne s’applique pas uniquement à l’être humain,mais à TOUTE forme de vie.

TA VIE NE VA PAS S’ARRETER SI TU PRENDS 2 MINUTES POUR DIFFUSER CES IMAGES

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Voir également : http://jeanschepman.over-blog.org/article-24163539.html

et ici : http://www.dauphinlibre.be/feroe.htm

Pour signer la pétition

Debout les femmes !

Filed under: GALERIE — denisdonikian @ 6:42
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Soyez résistantes ! Les hommes ont besoin de vous.

Petit palmarès de la muflerie masculine.

En Angleterre

Aux Etats-Unis

En Pologne

En Serbie

En Ireland

En Grèce

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Désolé, aucune image en provenance d’Arménie. C’est dire…

7 mars 2010

Itinéraire avant l’oubli (33)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:48

Sur mes yeux pleut ton abondance

Ma vie est veuve sans te voir

Vienne plus tard noir le silence…

6 mars 2010

Le périple personnel d’Osman Köker de Marash à Istanbul et Erevan

© www.birzamanlaryayincilik.com

Il était une fois en Turquie

Une chronique en images des Arméniens en Turquie il y a cent ans

Le périple personnel d’Osman Köker de Marash à Istanbul et Erevan

par Maria Titizian

The Armenian Reporter, 03.10.09

Quelle histoire peut bien raconter une collection de quelques centaines de cartes postales datant d’un siècle ? Quels secrets peuvent bien révéler des images affadies de villages, villes, écoles, usines et églises ? Prises individuellement, elles peuvent semblent intéressantes et nouvelles. En tant que collection, elles racontent l’histoire sociale et économique d’un peuple qui ne vit plus sur ses terres ancestrales. Elles racontent l’histoire du peuple arménien.

L’exposition de cartes postales qui étaient exposées au cinéma Moscou d’Erevan, du 22 au 26 septembre 2009 fait partie d’une collection de cartes postales incluse dans l’ouvrage d’Osman Köker, 100 Yıl Önce Türkiye’de Ermeniler [Les Arméniens en Turquie il y a 100 ans]. Organisée par la Fondation Civitas et soutenue par HayPost, l’exposition a suscité un grand intérêt et nombre de débats dans la capitale arménienne.

Lors de son séjour à Erevan, Osman Köker s’est entretenu avec The Armenian Reporter sur sa vie, son travail et la mission qu’il s’est fixée en publiant ce livre.

L’histoire débute à Marash

Köker est né dans la ville arménienne historique de Marash et précise que son expérience d’enfant dans sa ville natale l’a aidé à formuler sa compréhension de son propre pays.

En grandissant, la seule fois où il entendait parler des Arméniens se produisait chaque 12 février, jour de la libération de Marash. « Il fallait commémorer la guerre. C’est le jour où Marash fut libérée des Arméniens qui avaient usurpé leurs terres. », explique Köker. Les gens ne parlaient des Arméniens que pour se référer à eux comme une source de conflit. Plus tard, dans sa vie, lorsqu’il devint un spécialiste des minorités, il comprit qu’il existe une interprétation erronée de leur propre histoire.

« Il y avait une présence arménienne très importante à Marash ; ils représentaient le tiers de sa population à l’époque ottomane, précise-t-il. Ils étaient passés maîtres dans nombre de négoces. Néanmoins, durant mon enfance, il ne restait plus un seul Arménien à Marash. Il y avait dix églises arméniennes, deux cathédrales et plus de dix écoles à Marash. Aujourd’hui il n’existe plus aucune trace de ces bâtiments. Je n’ai jamais vu un seul édifice construit par un Arménien. »

Une expérience vécue dans son enfance, qu’il sait avoir été unique et qui l’a aidé à forger son point de vue historique, et qu’il rappelle avec force : « J’avais 9 ans et, à l’époque, les gens impliqués dans les programmes de l’OTAN venaient à Marash et enseignaient l’anglais, dit-il. Une Américaine, arrivée d’Izmir dans le cadre du programme de l’OTAN, était originaire de Marash. Elle dit à quelqu’un qu’elle voulait se rendre à Marash pour voir la maison de sa famille. Ils lui donnèrent le nom de mon père en lui disant qu’il pourrait probablement l’aider. » Dans le passé d’Osman, cette Américaine était Arménienne.

« Elle vint chez nous en tant qu’invitée. Nous étions stupéfaits car elle parlait le turc avec le dialecte de Marash, se souvient-il. Dans notre famille, nous ne parlions même pas le véritable dialecte de Marash car ma mère était d’Istanbul. Elle était plus Marashtsi que nous ! » Après toutes ces années, Osman Köker note que cette expérience l’a aidé à comprendre que les Arméniens étaient autant citoyens de Turquie que ne le sont les Turcs.

« L’histoire enseignée dans les écoles turques aux élèves turcs procède de leur point de vue historique particulier. Lorsqu’ils parlent des Arméniens en général, ils disent qu’à une époque les Arméniens sont arrivés, qu’ils créèrent des problèmes et qu’ils partirent ensuite, explique-t-il. Si vous dites à un Turc que vous êtes un Arménien de Van, de Sivas ou de Marash, il vous demandera : « Mais comment vous êtes-vous retrouvés là ? » »

Voilà  comment l’histoire est enseignée en Turquie, encore aujourd’hui. « Ils ne disent pas que les Arméniens vivaient ici, qu’ils jouaient un rôle très important dans le développement du commerce et de la culture, qu’ils faisaient partie de cette terre, note Köker. L’expérience que j’ai vécue à 9 ans m’aida à comprendre cette réalité plus clairement. »

L’Américaine d’origine arménienne finit par retrouver sa maison familiale à Marash.

L’histoire fait un signe

Diplômé  du lycée de Marash, Osman Köker part à Ankara poursuivre ses études à l’université. « Bien que je ne sois pas un historien, ma carrière dans le journalisme et l’édition a toujours pris un sens historique. », explique-t-il. En 1992 il travaille à l’Union pour les Droits de l’homme à Istanbul, où ils créèrent une section pour les droits des minorités. « Ce fut une expérience et une activité très importante pour moi. On s’intéressait aux questions et aux problèmes touchant les minorités. », dit-il, ajoutant qu’après avoir quitté cette association, son axe principal dans le domaine éditorial concerna les droits des minorités.

Entre 1994 et 2000, il exerce en qualité de rédacteur en chef d’une revue publiée par l’Institut d’Histoire Sociale et Economique de Turquie, lequel, s’empresse-t-il d’ajouter, n’est pas une institution d’Etat. « Cette revue est l’une des plus sérieuses et estimées en Turquie. », dit-il.

Osman Köker s’impliqua aussi dans la création en 1996 du quotidien turco-arménien Agos, publié à Istanbul, et dans les éditions Aras, le seul éditeur qui publie des ouvrages en arménien ou traduits de l’arménien en turc. « J’ai travaillé avec Gevorg Pambukjian, un historien, en l’aidant à rassembler un recueil en quatre volumes de ses essais et articles sur la communauté arménienne d’Istanbul et les Arméniens vivant en Turquie. », précise-t-il.

Découverte des cartes postales

« Comme je l’ai rappelé, je me suis impliqué, dix années durant, dans les problèmes rencontrés par la minorité arménienne [en Turquie], en publiant des livres, en menant des enquêtes, dit-il. En réalité, je travaillais au départ sur un ouvrage très simple décrivant comment les Arméniens vivaient en Turquie il y a cent ans, quel rôle ils jouaient dans l’économie, l’enseignement, la culture, le style de vie, etc. » Il passa quasiment cinq ans à travailler sur cette version « simplifiée », lorsqu’il songea à utiliser des ressources visuelles telles que les photographies anciennes, qui puissent avoir un impact plus grand.

« Je recherchais des photos, lorsque j’appris qu’il existait une collection de cartes postales en Turquie, concernant les différentes villes de Turquie, explique-t-il. Naturellement, cette collection ne concernait pas les Arméniens. »

Cette collection appartient à Orlando Calumeno. « Il est le fils d’une famille originaire du Levant – voilà comment nous les appelons en Turquie -, dont les racines sont italiennes, mais qui vécurent en Turquie durant deux ou trois siècles, dit-il. Lorsque j’ai étudié cette collection, j’ai remarqué que la majorité des cartes représentaient des villes, des villages, des édifices, des manufactures, des populations arméniennes. Certaines avaient été adressées par des Arméniens, d’autres comportaient des timbres arméniens. Preuve que des Arméniens vécurent dans ces villes et villages. » C’est alors que le concept du livre fut modifié pour devenir un album.

« Comme mon livre « tout simple » se transformait en album, il devenait très cher et peu de gens auraient pu se permettre de l’acheter. J’ai donc pensé que ce serait une bonne idée d’organiser une exposition, pour qu’il soit possible à tout un chacun de voir ces cartes postales, tout en faisant la promotion de l’ouvrage. », explique-t-il.

La première exposition eut lieu en janvier 2005 à Istanbul.

Avec l’achèvement de la nouvelle version de son livre, Osman Köker réalisa qu’il existait en Turquie des éditeurs susceptibles de publier un livre de ce format avec la qualité optimale qu’il désirait. « Les éditeurs que je voyais soit voulaient opérer des modifications, soit doutaient que ce livre ait du succès ou encore ne croyaient pas dans ce travail, se souvient-il. J’ai réalisé alors que je ne pouvais confier ce livre à un éditeur et j’ai donc ouvert ma propre maison d’édition, intitulée Birzamanlar. »

Birzamanlar signifie « il était une fois » en turc. Il présente ainsi la mission de cette maison d’édition : « […] les richesses et les trésors culturels qui existaient jadis en Turquie, et comment nous les avons perdus. »

Le message et la mission

« Lorsque je travaillais dans le domaine des minorités, je m’intéressais toujours à elles en tant que Turc et j’essayais de l’expliquer aux autres Turcs, dit-il. Cela ne concerne pas uniquement les Arméniens – il existe un problème des minorités en Turquie – les Kurdes, les Grecs ou les Roms. Le problème c’est la position de l’Etat, et aussi le manque de connaissances sur les minorités parmi les Turcs. »

Ses études, explique-t-il, ont pour objectif de trouver une réponse au problème : « Comme je dis toujours, il n’existe pas de question arménienne, de question grecque ou de question kurde en Turquie. En Turquie il existe une question turque. » Il est convaincu que le savoir et la compréhension peuvent aider à résoudre de nombreux problèmes. « Je pense que si les gens regardaient autour d’eux et s’intéressaient à autres, aux minorités, et s’informaient sur eux, alors ils pourraient trouver la paix et s’affranchir des guerres. »

Il prend soin de ne pas souligner des cas historiques ou des situations politiques particulières. Il met l’accent sur l’histoire des villes de Turquie : « Quand je présente cette histoire aux gens vivant dans ces villes, ils peuvent alors considérer les Arméniens différemment et non comme des ennemis. »

Osman Köker est sensible à la souffrance et à la tragédie qu’éprouve le peuple arménien. « Ils [les Arméniens] abordent cette question de leur point de vue. Je respecte cela et c’est un processus tout à fait normal, dit-il. Mais toutes ces questions, tout ce qui s’est passé durant la Première Guerre mondiale – les déportations et les massacres – constitue en même temps notre souffrance. En réalité, les Turcs ont perdu leur meilleur voisin. »

Après la Première Guerre mondiale, explique-t-il, l’économie s’effondra à l’Est de la Turquie. « L’on peut affirmer, sans ambages, que la vie culturelle a décliné ; tout un ensemble de villes et de villages furent rayés de la carte, admet-il. Si vous allez à Kharpert ou à Istanos, près d’Istanbul, il ne reste plus rien, or ce furent à une époque des cités très animées. Voilà aussi ce que nous avons perdu. »

Dans sa jeunesse, se souvient-il, la vie politique était très active en Turquie et il y avait beaucoup de débats sur l’absence de développement dans les régions orientales du pays. « Des sociologues se sont pointés avec plein de théories, mais aucun d’eux ne parlait de l’époque où les Arméniens vivaient dans ces régions – si elles étaient développées alors ou non. Autrement dit, notre vision unilatérale des minorités affecte même la conception historique des hommes de science – à travers leur prisme déformant. »

Osman Köker a consacré de nombreuses années à étudier et travailler pour assurer la réalisation de son ouvrage, 100 Yıl Önce Türkiye’de Ermeniler [Les Arméniens en Turquie il y a 100 ans]. « La raison pour laquelle je m’y suis impliqué est que j’accorde de l’importance à la Turquie et au peuple turc. », explique-t-il.

Quelle a été  la réaction en Turquie ? « D’habitude, personne n’agit comme ça sans l’autorisation de l’Etat, dit-il. J’ai simplement loué une galerie et organisé l’exposition. » L’exposition a été relativement bien couverte par les médias.

Plus de six cents personnes sont venues le premier jour. « Un tiers environ étaient des Arméniens de Turquie et les autres étaient des Turcs, se souvient-il. Tout le monde était très étonné ; personne ne connaissait l’existence de ces cartes postales. »

Le propriétaire de la galerie est originaire d’Adarbazar. Lorsqu’il vit qu’il y avait des cartes postales d’Adarbazar représentant des Arméniens, y compris un quartier arménien, des photographes, etc, il fut étonné. Il n’avait jamais entendu dire que des Arméniens vivaient autrefois à cet endroit.

L’exposition se décline de ville en ville, de vilayet en vilayet. Chacun recherchait sa ville parmi les cartes postales, dit-il. On voulait montrer aux Turcs que les Arméniens vivaient là et on voulait les convaincre. Les Arméniens présents à l’exposition recherchaient aussi les villes dont ils étaient originaires. Donc on disait aux Turcs : « Non seulement vous retrouvez votre ville, mais voilà un Arménien originaire de cette ville ! »

La mission la plus grande d’Osman Köker, d’encourager le dialogue entre deux peuples qui partagent une histoire commune, a peut-être débuté lors de cette exposition à Istanbul. « Des contacts s’établissaient [entre Arméniens et Turcs], des gens s’empressaient de raconter des anecdotes, des conversations naissaient… », nous dit-il en souriant.

Source : http://www.reporter.am/pdfs/AE100309.pdf

Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian – 03.2010

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