Ecrittératures

29 avril 2010

Un 24 avril à Istanbul

Le matin sur la tombe de Hrant Dink.

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13 h 3O Gare  de Hardapacha

Manifestation statique et recueillement de la gare où les intellectuels arméniens furent conduits à  la mort, le 24 avril 1915.
La police protège l’autre côté de la gare où il y a une contre manifestation des victimes de l’ASALA …
Vers la fin où deux ou trois manifestant arrivent à venir sur la place pour distribuer des tracts de quatre pages avec les photos des victimes …

La police contient le tout tranquillement … Il y avait autant de journalistes que de manifestants

L’allocution est lue par EREN KESKIN

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13h Contre manifestation par le parti de Dogu Parinçek

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12 h Place Galatasaray, association des mères de disparus.

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Place Taksim où la manifestation-recueillement a duré plus d’une heure, avec un millier de personnes et une trentaine de contre manifestants  contenue  par la police.

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Crédit photos : Serge Avédikian

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27 avril 2010

Grand comme ça !

Filed under: LES GESTES ONT LA PAROLE — denisdonikian @ 6:58

Poisson du Sevan ! Poisson ! Poisson ! Grand comme ça !

25 avril 2010

Bibliothèque vivante de Turquie

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 1:53
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EBRU, superbe livre d’Attila Durak sur les minorités en Turquie

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La Bibliothèque Vivante de Turquie espère combattre les préjugés grâce à des livres « humains »

par Dorian Jones

Voice of America News.com, 23.02.2010

La Turquie prend un tournant nouveau dans le domaine des bibliothèques traditionnelles : au lieu d’emprunter des livres, vous avez recours à des personnes incarnant des stéréotypes, lesquelles sont souvent la cible de préjugés ou de haine. Dorian Jones s’est récemment rendu pour Voice of America à Istanbul pour visiter la Bibliothèque Vivante de Turquie, rencontrant sa directrice, Meri Izrail, qui espère que son projet aidera à faire prendre de plus en plus conscience de la diversité de population de ce pays.

  • Meri Izrail : « Voici l’entrée de la Bibliothèque Vivante, où les lecteurs rencontreront les bibliothécaires et choisiront le livre qu’ils veulent emprunter à partir du catalogue. Ils seront alors mis en présence du livre. Ils auront une demi-heure pour lire ce livre. En fait, ça fonctionne plus ou moins comme une véritable bibliothèque, excepté le fait que les livres que nous possédons sont des êtres humains et que les gens figurant ici en tant que livres sont des gens discriminés pour toute une série de raisons. Des gens à propos desquels nous nourrissons des préjugés. »
  • Dorian Jones : « Pouvez-vous me montrer quels sont ces livres ? »
  • Meri Izrail : « Voici notre catalogue. Bon, différents titres sont disponibles : nous avons les gays ; nous avons les Grecs ; nous avons les schizophrènes, les bisexuels, les handicapés, les Arabes, les travailleurs dans les ONG, les femmes qui portent le foulard, les transsexuels, les Arméniens, les Kurdes et les Alévis. »

La première Bibliothèque Vivante a ouvert lors d’un Festival de la Jeunesse au Danemark en 2000. Visant à combattre le racisme, le concept s’est depuis diffusé à travers le monde.

Avec des centaines de gens faisant la queue pour réserver un livre vivant, il y a tout un climat d’espoir et d’excitation. Dans la queue, Anol Celick, 21 ans : « On veut connaître d’autres gens, des gens qui ont un style de vie différent, dit-il. Avec un ami j’ai choisi un Arménien, parce que c’est un gros problème ici. Je veux juste rencontrer un Arménien parce que je n’en ai jamais rencontré avant et qu’ils forment une communauté très fermée. Bien qu’il y en ait 60 000 en Turquie, nous ne les voyons jamais. Et nous n’avons aucune idée de la façon dont ils vivent, comment ils parlent et ressentent tous ces problèmes. Alors je viens ici pour rencontrer quelqu’un de Turquie, avec des origines arméniennes. »

L’Arménie et la Turquie restent profondément divisées au sujet du destin que connurent les Arméniens sous le régime turc ottoman. L’Arménie affirme que les dirigeants ottomans de la Turquie d’alors ont commis un génocide contre sa population arménienne en 1915, accusation réfutée par Ankara. Conséquence de ces divergences, les minorités arméniennes rencontrent fréquemment des difficultés dans leur vie quotidienne en Turquie.

Le livre vivant le plus populaire de cette bibliothèque est une jeune Turque d’origine arménienne nommée Bagsi. En prenant le thé, elle me dit son étonnement de voir un tel intérêt pour les Arméniens : « Je suis très étonnée par tous ces gens qui viennent me voir et me disent qu’ils veulent me comprendre, dit-elle. Car habituellement les idées des gens sont formées par les médias et le système éducatif, qui nous déforme souvent et est rempli de préjugés. Mais ce qui est merveilleux, c’est que peu de temps après, la conversation se change en une discussion agréable. Quand on parle aux gens, on se rend compte que les préjugés ne sont pas de marbre, et après une demi-heure d’entretien, on sort de là en ayant partagé tant de choses, pas seulement la question des Arméniens. »

Bagsi me quitte pour sa prochaine séance avec Celick et son ami.

Une fois la séance achevée, je demande à Celick comment ça s’est passé.

« On a juste eu une super discussion pendant 20 minutes, me dit-il. J’ai appris qu’elle ressent les mêmes choses que moi pour la Turquie. Donc c’est vraiment super ! Elle ressent pratiquement les choses comme une personne turque ! »

La directrice de la bibliothèque, Meri Izrail, écoute Celick et lui dit que tel est le sens de la Bibliothèque Vivante. Mais elle reste ferme quant à ses objectifs : « La plupart des gens aimeraient présenter ce projet comme un projet qui supprimera vraiment les préjugés. Naturellement, il est impossible de supprimer les préjugés en une demi-heure ! Mais je pense qu’il s’agit d’un signe positif si nous pouvons faire revenir les lecteurs. Certains lecteurs qui sont, par exemple, allés à une Foire du Livre, reviennent à cette Bibliothèque Vivante avec leurs amis. Pour nous, c’est un signe de réussite. »

Briser les stéréotypes, les peurs et les préjugés : tel est l’objectif de la Bibliothèque Vivante. Avec des observateurs disant que la société turque demeure profondément polarisée, beaucoup reste à faire, apparemment. Mais avec des gens qui font la queue pour entrer dans cette bibliothèque, il existe apparemment au moins une volonté d’ouvrir son esprit chez beaucoup.

Source : http://www1.voanews.com/english/news/lifestyle/Turkeys-Living-Library-Hopes-to-Battle-Prejudice-With-Human-Books-85140032.html

Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian – 04.2010.

Illustration : http://www.melvillecity.com.au/facilities/libraries/living-library-catalogue/available-titles

20 avril 2010

Bu acı BİZİM acımız. Bu yas HEPİMİZİN /Cette peine est la NÔTRE. Ce deuil est à nous TOUS.

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:19
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Bu acı BİZİM acımız. Bu yas HEPİMİZİN.

1915’te, nüfusumuz henüz 13 milyonken, bu topraklarda 1,5 – 2 milyon Ermeni yaşıyordu. Trakya’da, Ege’de, Adana’da, Malatya’da, Van’da, Kars’ta… Samatya’da, Şişli’de, Adalar’da, Galata’da…
Mahalle bakkalımız, terzimiz, kuyumcumuz, marangozumuz, kunduracımız, yan tarladaki rençberimiz, değirmencimiz, sınıf arkadaşımız, öğretmenimiz, subayımız, emir erimiz, milletvekilimiz, tarihçimiz, bestekârımız… Arkadaşlarımızdılar. Kapı komşularımız, dert ortaklarımızdılar. Trakya’da, Ege’de, Adana’da, Malatya’da, Van’da, Kars’ta… Samatya’da, Şişli’de, Adalar’da, Galata’da…
24 Nisan 1915’te “gönderilmeye” başlandılar. Onları kaybettik. Artık yoklar. Çok büyük çoğunluğu aramızda yok. Mezarları bile yok. “Büyük Felaket”in vicdanlarımıza yüklediği “Büyük Acı” ise olanca ağırlığıyla VAR. 95 yıldır büyüyor.
Bu “Büyük Acı”yı yüreğinde hisseden bütün Türkiyelileri 1915 kurbanlarının anısı önünde saygıyla eğilmeye çağırıyoruz. Siyahlar içinde, sessizce. Ruhlarına yakacağımız mumlarla, çiçeklerle…
Çünkü bu acı BİZİM acımız. Bu yas HEPİMİZİN.
24 Nisan 2010
19.00
Taksim Meydanı, Tramvay Durağı

Çağrıcılar

Ahmet İnsel, Ali Bayramoğlu, Aslı Erdoğan, Avi Haligua, Ayhan Bilgen, Ayla Yıldırım, Aysın Yeşilay İnan, Ayşe Batumlu, Ayşegül Devecioğlu, Baskın Oran, Cafer Solgun, Cengiz Aktar, Cengiz Alğan, Deniz Zarakolu, Dilek Gökçin, Doğan Tarkan, Eren Keskin, Erol Köroğlu, Fahri Aral, Ferhat Kentel, Fethi İnan, Fethiye Çetin, Garo Paylan, Gülten Kaya, Hakan Tahmaz, Halil Berktay, Hayko Bağdat, Hilal Kaplan, Hürriyet Şener, İpek Çalışlar, İsmail Erdoğan, Jale Mildanoğlu, Kadir Cangızbay, Kerem Öktem, Kutluğ Ataman, Lale Mansur, Leman Yurtsever, Levent Şensever, Mahir Günşıray, Mehmet Demir, Mithat Sancar, Neşe Düzel, Nil Mutluer, Oral Çalışlar, Orhan Miroğlu, Osman Köker, Öztürk Türkdoğan, Perihan Mağden, Roni Margulies, Selim Deringil, Semra Somersan, Sezgin Tanrıkulu, Sırrı Süreyya Önder, Şanar Yurdatapan, Şenol Karakaş, Tamar Nalcı, Tanıl Bora, Tatyos Bebek, Turgay Oğur, Ufuk Uras, Ümit Kardaş, Ümit Kıvanç, Ümit Şahin, Vivet Kanetti, Yalçın Ergündoğan, Yaman Yıldız, Yasemin Çongar, Yıldız Önen, Zeynep Atamer, Zeynep Gambetti, Zeynep Tanbay.

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Cette peine est la NÔTRE. Ce deuil est à nous TOUS.

En 1915, quand notre population était encore 13 millions, 1,5 – 2 millions d’Arméniens habitaient ces terres. À Thrace, à Egée, à Adana, à Malatya, à Van, à Kars… à Samatya, à Şişli, aux Iles de Prince, à Galata…

Notre épicier du quartier, notre couturier, notre orfèvre, notre menuisier, notre cordonnier, le cultivateur du champ voisin, notre meunier, notre camarade de classe, notre enseignant, notre officier, notre ordonnance, notre député, notre historien, notre compositeur… Ils étaient tous nos amis. Nos voisins, nos compagnons d’infortune. À Thrace, à Egée, à Adana, à Malatya, à Van, à Kars… à Samatya, à Şişli, aux Iles de Prince, à Galata…

Le 24 Avril 1915, ils ont commencé à “être renvoyés”. On les a perdus. Ils n’y sont plus. La plupart d’entre eux ne sont plus parmi nous. Ils n’ont même pas de tombes. Quant à “La Grande Peine” que la “Grande Catastrophe” / Médz Yeghern nous impose sur la conscience, elle EXISTE avec toute sa lourdeur. Elle ne cesse de grandir depuis 95 ans.

Nous invitons tous les gens de la Turquie qui ressentent cette “Grande Peine” dans leurs cœurs à rendre hommage à la mémoire des victimes de 1915. Silencieusement et vêtus de noir. Accompagnés de fleurs et de chandelles qu’on allumera pour leurs âmes.

Car, cette peine est la NOTRE. Ce deuil est à nous TOUS.

Avril 24 , 2010

19.00

Place Taksim

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This is OUR pain. This is a mourning for ALL OF US.

In 1915, when we had a population of only 13 million people, there were 1,5 to 2 million Armenians living on this land. In Thrace, in the Aegean, in Adana, in Malatya, in Van, in Kars…In Samatya, in Şişli, in the Islands, in Galata…

They were the grocer in our neighbourhood, our tailor, our goldsmith, our carpenter, our shoemaker, our farmhand, our millwright, our classmate, our teacher, our officer, our private, our deputy, our historian, our composer…Our friend. Our next-door neighbours and our companion in bad times. In Thrace, in the Aegean, in Adana, in Malatya, in Van, in Kars…In Samatya, in Şişli, İn the Islands, in Galata…

On April 24th, 1915 they were “rounded up”. We lost them. They are not here anymore. A great majority of them do not exist anymore. Nor do their graveyards. There EXISTS the overwhelming “Great Pain” that was laid upon the qualms of our conscience by the “Great Catastrophe”. It’s getting deeper and deeper for the last 95 years.

We call upon all peoples of Turkey who share this heartfelt pain to commemorate and pay tribute to the victims of 1915. In black, in silence. With candles and flowers…

For this is OUR pain. This is a mourning for ALL OF US

April 24th, 2010

19.00

Taksim Square, Tram Stop

Pas plus que la pie n’est voleuse, la Turquie n’est menteuse.

« Foi d’animal, dit la pie, je ne suis pas  voleuse. Le vol est une catégorie qui ne  m’appartient guère. Moi voleuse ? Mais qu’est-ce que c’est que ça, le vol ? » Au vrai, notre jacasse est bien trop étrangère aux catégories morales de l’homme pour se reconnaître dans nos anathèmes. Et même pas du tout. La pie est irrémédiablement dans le monde des pies, des volatiles et autres animaux. N’en déplaise à La Fontaine qui fit des bêtes un miroir tendu au regard de notre humanité.  (Et Dieu sait si à la longue l’esprit de La Fontaine n’aurait pas fini par croire que les animaux étaient là pour enseigner aux hommes à être plus humains). Hormis les scientifiques qui s’obligent à observer les espèces vivantes telles qu’elles sont, les hommes n’ont de cesse de vouloir humaniser la nature. Ainsi la pie est voleuse et le restera encore longtemps.

Concernant la reconnaissance du génocide, les Arméniens agissent envers les Turcs selon le même réflexe assimilateur. Les Arméniens veulent arméniser les Turcs. Non pas à la manière dont les Turcs ont turcisé les Arméniens en 1915 et après, c’est-à-dire en les vidant de leur identité au profit de l’identité turque. Non. Les Arméniens voudraient seulement que les Turcs pensent le monde comme eux, c’est-à-dire comme tout le monde. Chaque 24 avril que le monde fait, les Arméniens du monde entier se déchirent la poitrine pour brailler aux oreilles des Turcs qu’ils ont le devoir de penser le génocide de 1915 comme eux. Mais les Turcs restent cois. Pourquoi ?

De fait, les Arméniens  croient la grande majorité des Turcs capable d’avoir le même rapport qu’eux à la vérité. Si c’était le cas, les Turcs négationnistes seraient des menteurs. Mais qu’est-ce que mentir sinon nier ce qui est. Or les Turcs ne nient pas ce qui est car ce qui est dans le monde des Turcs concernant le génocide n’est pas ce qui est dans le monde des hommes en général, et des Arméniens en particulier. C’est que les Turcs n’ont pas été élevés dans la vérité universelle, mais dans une vérité parallèle. Comme si en Turquie l’eau n’entrait pas en ébullition à 100 °, mais à 62, ou 35, ou ce qu’on voudra, mais pas 100.  Les Arméniens auront beau faire, il leur sera toujours difficile d’entrer dans ce système du temps historique qui ne correspond en rien au système le plus couramment admis. (Et comment y songer quand le changement de leur écriture a volé aux Turcs la possibilité de lire leur propre histoire en osmanli). En réalité, le négationnisme pratiqué par la majorité des Turcs n’est pas une affaire de désaccord sur des faits historiques, mais d’incompatibilité entre deux systèmes de lecture. En effet,  comment croire que la vérité et la non-vérité puissent s’entendre ? Et comment Turcs et Arméniens peuvent-ils se réconcilier dès lors qu’ils ne seront jamais sur la même longueur d’onde ? Comme s’ils jouaient la même partie de football, dans une même surface de jeu, mais sur des plans parallèles qui, par définition, ne se rencontrent pas, même à l’infini. Ce qui se perçoit aisément dans le fait que les Turcs veulent changer les noms scientifiques de leurs espèces endémiques ou qu’ils comparent leurs soldats morts à Gallipoli ou ailleurs et les civils arméniens victimes de la déportation à marche forcée vers le désert, démontrant par là qu’ils ont un sens national de la vérité et non une appréhension universelle. Et s’ils étaient dans une appréhension universelle, tout en niant le génocide des Arméniens, on pourrait dire d’eux qu’ils mentent. Or, je préfère un Turc menteur  à un Turc qui tient la nation turque pour la vérité du monde.

Il découle de cette distinction qu’une Turquie travaillée par le désir d’Europe (sachant que ce désir est avant tout assumé par ceux qui ont déjà une appréhension universelle de la vérité)  ne peut y prétendre sans procéder à une révolution mentale. Ce n’est certes pas à l’Europe d’entrer dans le modèle turc de la connaissance, mais à la Turquie de se remettre en cause. Le modèle turc de la connaissance conduit à la méconnaissance, sinon à l’obscurantisme. Le modèle turc de la connaissance  n’est pas européen. Or, aujourd’hui ces deux modèles sont dans l’affrontement justement à propos du génocide de 1915. Ce génocide est un test qui fera des Turcs des Européens s’ils le reconnaissent comme vérité,  ou les enfoncera dans une turcité de plus en plus minée par l’absurde.

Dans son livre intitulé L’appel au pardon (Paris, CNRS Editions, 2010), Cengiz Aktar évoque les mots de Marc Nichanian (qui aura inspiré ce texte) disant, au cours d’un séminaire à Istanbul sur le thème de la réconciliation, que la Turquie fasciste qui « se nourrit du crime sans vérité » ne deviendra un Etat constitutionnel que « le jour où Parmi les ruines de Zabel Yessayan sera traduit en turc et publié par une maison d’édition ayant pignon sur rue. » Un livre qu’elle destinait à ses compatriotes, pour « qu’ils comprennent que les Arméniens d’Adana étaient morts pour eux. Pour que eux soient libres enfin. Ils étaient morts au nom de la résistance contre la dictature. »  Oui, le jour où Zabel Yessayan, Yervant Odian, Varoujan et d’autres seront lus et étudiés dans les écoles turques, alors… Alors, l’humanité sera rétablie dans ses droits.

Denis Donikian

19 avril 2010

Biz Myassine/ Nous ensemble : hommage unitaire aux victimes arméniennes de 1915

Pour la quatrième année consécutive, l’association  Biz Myassine/ Nous ensemble, créée à l’initiative de Michel Atalay et de Denis Donikian, a réuni une quarantaine de personnes, Français d’origines turque et arménienne, et sympathisants, pour une commémoration unitaire du génocide arménien de 1915, au pied de la statue de Gomidas à Paris, le 18 avril dernier. Outre les fidèles aussi bien arméniens que turcs,  étaient présents cette année des représentants de la communauté juive, des membres de l’association Turquie Européenne, un élu Vert de Sarcelle. Devant les personnes réunies se tenant par la main, Sevinç Atalay a rappelé au cours d’une rapide déclaration le cadre de cette cérémonie : se recueillir, chacun avec sa conscience, et en toute sérénité, à la mémoire des 1 500 000 victimes arméniennes du génocide de 1915. Elle a également souligné, selon la pensée de Hrant Dink, la nécessité d’apprendre à se mettre à la place de l’autre et ainsi de permettre aux Arméniens qu’ils tendent la main aux Turcs de bonne volonté, et aux Turcs de reconnaître la douleur arménienne dans toutes ses implications. Puis les participants étaient invités à détourer l’une de leurs mains sur un carton, en y ajoutant un mot. En voici quelques-uns : Nous devons persévérer dans notre démarche ; Paix aux hommes de bonne volonté ;  Un jour l’impossible sera ; J’encourage ce mouvement qu’il aboutisse rapidement ; Paix et vivre ensemble ; Que d’espoir ; Se parler ENFIN…

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Message de Voices in Dialogue,( Canada)

Shoulder to Shoulder in Work of Memory – Jardin de Erevan / Place du Canada, Paris, April 18 2010

We extend our hand in solidarity and respect to individuals of Turkish and Armenian origin as they commemorate the destruction of Armenians in Anatolia 95 years ago. Today, we affirm that the real momentum of dialogue comes from  citizens’ gestures of sharing the pain such as the visionary initiative Biz-Myassine takes in Paris on April 18, 2010. Rather than political deals or strokes of pen in the corridors of power, we believe that it is these acts of remembrance of our shared loss that will trailblaze the long and ardous path to healing and reconciliation.

Voices in Dialogue, Ottawa, April 12, 2010

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Photos : Miléna Donikian ( Copyright)

14 avril 2010

Commémoration unitaire du génocide arménien, 18 avril 2010

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 6:12
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Déclaration du Collectif Biz Myassine/ Nous ensemble..

Afin de marquer leur volonté de rapprochement, d’écoute et de respect mutuels, pour la quatrième année consécutive, des Français d’origine turque et d’origine arménienne, à l’initiative du Collectif Biz Myassine (Nous ensemble) se réuniront à Paris, devant la statue du Père Gomidas, qui résume à lui seul l’histoire du génocide des Arméniens de 1915. Cette initiative s’avère aujourd’hui d’autant plus juste qu’elle s’est toujours adressée aux consciences individuelles désireuses de voir les yeux ouverts le passé douloureux qui a été à l’origine d’une hostilité vieille d’un siècle. Aujourd’hui, le tournant est pris et il est irréversible. Après la campagne de pardon initiée par quatre intellectuels turcs à la fin de l’année 2008, l’Arménie et la Turquie ont amorcé des tentatives de rapprochement politique par le biais de protocoles d’accord. Certes ces protocoles rencontrent encore des difficultés et des obstacles. Certes la société civile turque n’est pas encore prête à franchir le pas. Cependant chacun sait en conscience que le désir d’Europe de la Turquie ne pourra se réaliser sans qu’elle accomplisse pleinement ses obligations envers les erreurs du passé. La pacification des consciences est à ce prix.

Il importe que sympathisants et Français, d’origines arménienne ou turque, viennent nombreux, ce 18 avril, loin des discours et en dehors de toute association, à titre individuel, pour montrer ensemble qu’il n’y a d’avenir viable s’il n’est construit sur la vérité historique et la transparence des relations humaines. Les Arméniens ne peuvent fermer la porte aux Turcs de bonne volonté, ni les Turcs fermer les yeux sur la douleur arménienne.

Michel Atalay et Denis Donikian, fondateurs de Biz Myassine.

Dimanche 18 avril 2010, 11 heures. Place du Canada, à Paris ( devant la statue de Gomidas)

12 avril 2010

A qui appartient Erevan ?

Mean Streets / Les Rues chaudes :

un regard singulier sur les clans dans la capitale arménienne /

A qui appartient Erevan ?

par Vahan Ishkhanyan

[Note de la rédaction : La règle de la loi du clan est acceptée, respectée dans les onze districts qui composent Erevan. Il s’agit d’une spécificité propre à la vie dans cette capitale, aussi réelle que le trafic routier chaotique et le système inefficace de distribution d’eau. Mais ce n’est pas une question susceptible d’être « officiellement » étudiée. Journaliste émérite, plusieurs fois primé, Vahan Ishkhanyan est un spécialiste de l’histoire d’Erevan, où il réside. Ce rapport est basé sur un savoir qu’il a accumulé suite à de nombreuses années de reportages sur cette ville, et sur une information qui, bien qu’éloignée des études officielles, est néanmoins considérée comme une réalité. Autrement dit, un récit entendu, quoique rarement rendu public, dévoilant comment cette ville fonctionne véritablement.]

A qui appartient Erevan ?

Comme de nombreux sujets concernant la vie en Arménie, cette question comporte plus d’une réponse…

Officiellement, juridiquement, constitutionnellement, la capitale appartient à ses habitants, lesquels, grâce aux élections, choisissent onze préfets (le maire d’Erevan est nommé par le Président).

En réalité, et selon des modalités qui concernent surtout les citoyens ordinaires, en particulier de petits entrepreneurs, la ville appartient à des clans organisés, parfois criminalisés – « akhperutiouns », ou corporations, lesquelles affirment leur pouvoir grâce à leur position ou leurs relations.

Comme dans les films de gangsters imaginés par Hollywood ou tel épisode de la série des « Soprano », cette capitale est la propriété de factions qui luttent parfois pour leur territoire ; pour leur part d’un revenu soutiré d’affaires à l’ancienne mode – par la force et l’intimidation. Ils sillonnent la ville par convois entiers de luxueux SUV. Les restaurants leur font place nette, tandis que des gardes du corps à l’encolure de taureaux flanquent les tablées, revolvers glissés dans les plis de leur imposante taille.

Les chefs ont des surnoms par lesquels ils sont connus, mais jamais cités en leur présence. Beaucoup sont en outre membres du Parlement, s’attribuant le pouvoir de faire les lois-mêmes au moyen desquelles leurs affaires sont régies. (De récents changements dans la Constitution ont aussi entraîné une séparation des pouvoirs accordant davantage d’autonomie à l’Assemblée Nationale.)

Les clans tirent des revenus clandestins des communes, principalement à partir des marchés et des foires (tout en ne payant pas d’impôts, habituellement), attribuant des terres et vendant des espaces commerciaux. Selon le territoire concerné, les préfets de ces communes retirent entre 4 000 et 25 000 dollars de l’attribution des terres. Ils perçoivent aussi des pots de vin au titre de l’attribution de licences et autres documents.

La dimension du clan s’exprime selon des modalités diverses à travers la capitale. Globalement, aucune instance unifiée de gouvernement ne fonctionne dans la ville, tandis que la direction de chaque commune relève d’un clan appartenant au système du pouvoir. Pour être élu préfet, responsable d’une commune ou député, il convient d’obtenir un « prakhod » (« laissez-passer », en argot russe), autrement dit la permission d’un clan ou d’un officiel pour être élu. Et, pour les affaires, un « dabro » (confirmation) est nécessaire.

Les principaux responsables accordant un « dabro » sont le Président, le Procureur, le ministre de la Défense. En deuxième position viennent le Premier ministre, le président du Parlement et le ministre aux Collectivités territoriales. A leur tour, les préfets accordent « prakhod » ou « dabro » au titre d’affaires et de territoires.

Les clans sont fondés sur une certaine idéologie. Les akhperoutioun trouvent leurs racines dans certains éléments du droit pénal et des traditions de la vie familiale arménienne (ojakh). A l’époque soviétique, il y avait encore des autorités pénales dans les districts d’Erevan, y compris des criminels et des kharoshi (« braves types », en argot russe). Guidés par les lois souterraines, elles-mêmes reprises des prisons russes.

L’ethno-sociologue Svetlana Lurie écrit au sujet des années 1960-1970 : « Ceux qui reviennent des prisons ramènent avec eux non seulement le jargon des gangsters et leur façon d’établir des relations mutuelles, mais aussi les notions d’ « intérêt » crapuleux, de « travail » crapuleux… Les affrontements crapuleux étant les plus sanglants. Trottoir contre trottoir, quartier contre quartier, et même ville contre ville. »

Elle ajoute (in Erevan, mythologie d’une ville moderne) que, néanmoins, Erevan est devenue l’une des villes les plus pacifiques où la criminalité contre les personnes a totalement disparu. A l’époque soviétique, les gangsters étaient limités par leur sous-culture, sous la pression constante des autorités. Après l’effondrement de l’Union Soviétique, lorsque la compétition pour les sources de revenus devint incontrôlable, les gangsters se hâtèrent d’infiltrer le système gouvernemental.

Cette sous-culture s’étend à des domaines plus vastes – l’armée, le système éducatif, les structures gouvernementales.

« Les groupes dans la population doivent être gérés. Sinon, des modalités informelles de gestion sont créées. », précise Mme Lyudmila Harutyunian, titulaire de la chaire de Sociologie à l’Université d’Etat d’Erevan, expliquant ainsi l’émergence d’ « akhperoutioun ». « Partant, les lois des structures fermées (prisons) sont transférées aux structures ouvertes (districts, écoles). »

Le clan originaire d’Aparan

Le clan des Aparanians (officiellement l’Union Compatriotique « Nig-Aparan », dirigée par M. Aghvan Hovsepian, Procureur général de la République, l’un des plus proches associés du président, M. Robert Kotcharian), s’est emparé du pouvoir dans la commune d’Ajapnyak d’Erevan après un long combat. (Dans les années 1950, plusieurs villages furent regroupés ici depuis la ville d’Aparan).

M. Hovsepian fut nommé pour la première fois Procureur en 1998. Suite aux meurtres du 27 octobre 1999 en plein Parlement, M. Kotcharian (sous la pression, dit-on, de membres influents de l’opposition) le démit de ses fonctions.

En 2004, alors que l’opposition politique tentait une révolution, le Président réinstalla M. Hovsepian en tant que Procureur général. Ce dernier lança immédiatement des poursuites pénales contre l’opposition et fit arrêter plusieurs dizaines de citoyens, acte qui entraîna une large réprobation à l’étranger.

M. Hovsepian est l’un des propriétaires de l’usine « Shant » en activité à Ajapnyak et d’un complexe de restauration homonyme, qui est l’un des plus grands d’Arménie.

La lutte pour la domination à Ajapnyak se fit plus intense en 1999, lorsque le Parti Républicain et le clan Aparanian s’affrontèrent. Les candidats au poste de préfet de la collectivité étaient M. Ashot Aghababian (surnommé « Burnash »), membre du Parti Républicain, directeur du stade Hrazdan et propriétaire du marché adjacent, et M. Artsrun Khachatrian (connu sous le nom de « Tsivo »).

Le 11 juillet de cette même année, jour des élections municipales, les partisans de M. Aghababian s’en prirent aux bureaux de vote, malmenant des représentants de l’opposition et tirant à l’arme automatique. Le frère de M. Artsrun Khachatrian fut blessé dans la mêlée.

M. Aghababian ne fut pas jugé, contrairement à certains de ses partisans. Le scrutin fut invalidé. Quelque temps après, le Premier ministre, M. Vazgen Sargsian, nomma son affidé, M. Rafik Mkrtchian, préfet de la commune. Après le 27 octobre 1999, jour de l’assassinat du Premier ministre, le clan Aparanian contraignit M. Mkrtchian à démissionner. Lors d’une interview, celui-ci déclara : « L’une des parties ayant pris part à ces événements bien connus, commença un mois environ après le 27 octobre à répandre la rumeur que les gens qui m’avaient porté au pouvoir n’existaient plus. »

En 2000, M. Khachatrian devint le dirigeant de la commune. En 2003, il fut proposé, ainsi que M. Arman Sahakian, du Parti Républicain, comme candidat à la préfecture d’Ajapnyak. (M. Sahakian est le fils de M. Galust Sahakian, le chef du Parti Républicain au Parlement, et parent de M. Ashot Aghababian, déjà député de l’Assemblée nationale). M. Khachatrian remporta l’élection. Cet affrontement fut largement considéré comme opposant le Premier ministre et le Procureur général, ce dernier l’emportant et démontrant qu’il était plus puissant que le Premier ministre. Néanmoins, le Premier ministre nomma M. Arman Sahakian maire-adjoint afin de montrer sa position de force.

Selon certains commentateurs, la défaite des Républicains serait due au fait qu’ils furent incapables de protéger le mafieux local et l’empêcher d’être arrêté. Résultat, les criminels se rangèrent aux côtés du clan Aparanian et l’aidèrent à assurer la victoire de M. Khachatrian. M. Ashot Aghababian ne se présenta pas aux élections législatives en 2003 à Ajapnyak, mais fut élu pour représenter une région éloignée.

Sans montrer le moindre plan apparent de développement, le nouveau mandat de M. Khachatrian vit la privatisation des biens sans aucun regard pour les besoins du lieu ou de la commune. Dans les rues Leningradian et Shinararneri, par exemple, des biens furent privatisés, alors qu’ils constituaient des espaces verts publics depuis des années.

Jadis verdoyante, la rue Shinararneri est devenue l’une des rues les plus sinistres de la capitale, où les trottoirs des deux côtés ont été  transformés en corridors séparant des magasins. Même le service de la Sécurité présidentielle s’est intéressé à la situation dans cette rue, mais, comme l’on sait, n’importe quelle instance en Arménie est impuissante face au clan Aparanian.

« La rue Shinararneri est une honte, déclare M. Armen Lalayants, adjoint auprès de l’architecte en chef de la ville. Aucune norme de construction ou écologique n’a été respectée. Exemple lumineux, montrant comment il ne faut pas construire. »

Main basse sur Davidashen

Les Aparanyans ont aussi pris le contrôle du district de Davidashen, qui jouxte Ajapnyak. Davidashen fut autrefois un village d’Aparanians, proche de la banlieue. Dans les années 1980, un vaste secteur de grands immeubles fut construit à cet endroit. Le village et les immeubles devinrent une commune distincte.

Jusqu’en 2002-2003, la commune appartint à M. Ruben Gevorgian (aussi appelé « Tsaghik [Fleur] Rubo »). Condamné pour meurtre à l’époque soviétique, M. Gevorgian commanda le détachement « Sasna Tsrer » lors de la guerre du Karabagh. Il fut préfet de Davidashen jusqu’en 1999, date à laquelle il fut élu à l’Assemblée Nationale (en dépit du fait qu’en 1995 il ne fut pas autorisé à postuler pour un emploi, à cause de son passé criminel).

Une fois membre du Parlement, il nomma l’un de ses associés, M. Surik Ghukasian, pour le remplacer en tant que préfet. Mais le roi de Davidashen demeurait M. Ruben « Tsaghik Rubo » Gevorgian. Son étoile commença à pâlir lorsque le Parti Républicain au pouvoir se déchira. Une partie de celui-ci, dirigée par le Premier ministre, M. Andranik Margarian, resta aux affaires, tandis que l’autre passa à l’opposition.

M. Gevorgian rejoignit les rangs de l’opposition lors de l’éclatement du parti. Le 13 juillet 2000, son neveu, M. Artyom Gevorgian, et un associé attaquèrent un magasin de tapis, situé sur l’avenue Komitas, pour le dévaliser. Le neveu fut arrêté. Afin d’assurer sa libération, M. Ruben Gevorgian accepta de se retirer des hautes instances de l’opposition. Lors des dernières élections législatives, il fut battu. Il continua cependant d’exercer le pouvoir à Davidashen.

M. Samvel « Lfik Samo » Alexanyan, l’un des hommes d’affaires les plus riches d’Arménie, commença alors à s’immiscer dans Davidashen. M. Alexanian est le principal importateur de sucre, céréales, produits pharmaceutiques, et possède plusieurs usines de production. En 2003, il fut élu à l’Assemblée Nationale.

Du sang pour un territoire

En 2002, M. Alexanian réclama un nouveau territoire à Davidashen, mais sa demande tourna court, sur ordre, dit-on, de M. Ruben Gevorgian au préfet Ghukasian. Un affrontement entre clans s’ensuivit, lors duquel cinq personnes furent tuées.

La guerre clanique la plus sanglante eut lieu le 25 juin 2003, près d’une décharge municipale, dans le district de Nubarashen. M. Arkady Gevorgian, neveu de M. Ruben Gevorgian, son ami M. Garik Harutyunian, directeur adjoint du service de Santé au ministère de la Défense, et le chauffeur de la voiture dans laquelle ils se déplaçaient furent tués par des hommes armés de kalashnikovs. Un autre neveu fut gravement blessé.

M. Ruben Gevorgian fut arrêté cinq mois plus tard, soupçonné d’avoir organisé une tentative d’assassinat visant M. Samvel Alexanian. MM. Alexanian et Gevorgian signèrent ensuite un accord de paix et M. Gevorgian fut relâché.

D’après la Constitution de la République d’Arménie, le Parlement élabore les lois et le gouvernement les applique. Or, mis à part les lois, qui sont les « chefs » en Arménie ? Et qui élabore et applique les lois non écrites ?

L’autorité de M. Ruben Gevorgian déclina et la commune échappa à son contrôle. Le préfet en exercice reprit son indépendance et refusa d’obéir à son ancien chef. Pour rétablir son autorité, M. Gevorgian tenta à nouveau de devenir préfet. Mais, lors des dernières élections, il perdit face à M. Surik Ghukasian, soutenu par le Procureur de la république via l’Union Compatriotique de Nig-Aparan. Cette seconde commune passa ainsi sous l’influence (palpable) du Procureur. Bien que ses intérêts se situent principalement dans le district de Sebastia-Malatia, M. « Lifik Samo » Alexanian a récemment élargi son territoire à Davidashen, où il possède un supermarché et où il construit actuellement un grand immeuble à plusieurs étages.

D’après les observateurs des clans, l’expansion de M. Alexanian vers Davidashen démontre que, bien que M. Alexanian reste un poids lourd incontestable, le véritable chef de Sebastia-Malatia est M. Hakob « Lady Hakob » Hakobian, propriétaire du Marché de l’agriculture et de l’une des plus grandes foires d’Arménie. M. Hakobian a été membre de l’Assemblée Nationale jusqu’en 1999. C’est un vétéran de la guerre du Karabagh. Il doit son autorité à son courage et au fait d’être un proche associé de l’ancien Premier ministre. Il est maintenant en bons termes avec le ministre de la Défense, M. Serge Sargsian (lequel a généralement une influence sur beaucoup d’autres communes).

Peu d’autorités dans la république seraient susceptibles de résoudre les questions concernant M. Hakobian sur un pied d’égalité. Il n’a aucune intention de devenir préfet, depuis que le préfet en exercice, M. Aghvan Grigorian (qui a été réélu pour un second mandat le 5 juin dernier, lors des dernières élections), soit sous son influence et qu’il puisse décider qui deviendra préfet dans cette commune.

M. Samvel Alexanyan est sorti de son territoire pour affirmer ses prétentions sur le domaine de M. Hakobian à Malatia-Sebastia, si bien qu’il s’étend maintenant vers Davidashen, où le clan au pouvoir semble affaibli.

Jusqu’en mai dernier, Davidashen était sous l’influence du responsable d’Avan, M. Ruben « German Rubo » Hayrapetian. Comme M. Ruben Gevorgian, M. Hayrapetian fut aussi préfet. Il fut élu à l’Assemblée Nationale en 1999 et fit nommer préfet un de ses affidés. Il fut aussi l’un des actionnaires des sociétés Armtabak, jusqu’à ce qu’’il ce qu’il vende ses parts l’année dernière. M. Hayrapetian est aussi président de la Fédération Arménienne de Football.

Alors qu’il luttait pour obtenir la propriété de l’usine de tabac d’Erevan, il survécut à un attentat. Il l’emporta ensuite sur l’un des plus puissants personnages d’Arménie entre 1995 et 2000, le ministre de la Défense du Karabagh, M. Samvel Babayan. L’autorité de M. Hayrapetian s’accrut alors de façon décisive. La presse rapporta à deux reprises de quelle manière M. Hayrapetian, aidé de ses gardes du corps, malmena publiquement des membres du Parlement, dont l’actuel ministre de la Protection de la Nature.

Le pouvoir en prime

Au printemps dernier, il fut décidé aux échelons les plus élevés du pouvoir d’accorder le district d’Avan au clan du Premier ministre. Le préfet en exercice démissionna et, cartes en main, le fils du Premier ministre, M. Taron Margarian, âgé de 27 ans, fut élu le 22 mai. Les autres opposants renoncèrent à se faire élire, laissant le fils Margarian seul candidat.

(Selon certains observateurs de la vie politique, la commune fut accordée au clan du Premier ministre en tant que fief, au cas où il perdrait son emploi.)

La commune d’Erebuni est largement considérée comme étant la plus dominée par les clans. Le préfet, M. Mher « Tokmakhi Mher » Sedrakyan, y est au pouvoir depuis l’époque soviétique. M. Sedrakyan jouit de l’appui du ministre de la Défense. Il contrôle aussi une entreprise qui semble sortie directement d’Hollywood, car il a autorité sur Tokmakh Gyol, le cimetière le plus prestigieux de la ville, où réserver une concession d’un mètre quatre-vingt coûte 25 000 dollars.

En juillet 2003, la Mercedes dans laquelle M. Sedrakian était assis, dans une station service qu’il possède, explosa, à cause d’une bombe apparemment. M. Sedrakian fut gravement blessé. Cette tentative d’assassinat était liée, dit-on, à son rival en affaires, M. Misha Kalantarian, lequel, en présence de plusieurs témoins, assassina l’homme d’affaires M. Hovhaness Manukian. Un tribunal le déclara non coupable au motif d’une « responsabilité amoindrie ». L’accusé ne comparut même pas à son procès.

L’année dernière [2009], M. Sedrakian fut réélu préfet d’Erebuni. Il se présenta sans adversaires.

Préfet « indépendant » comme M. Sedrakian, M. Gaguik « Chorni » (Noir) Beglarian gère le district de Kentron, au centre d’Erevan, et est connu pour ses liens avec les autorités et le milieu russe.

Durant son mandat de préfet, il devint propriétaire du Gum, le plus grand marché  d’Arménie. M. Beglarian n’est pas réputé être soumis à  l’autorité de quelque clan que ce soit, mais serait, dit-on, sous l’influence directe de l’élite politique du pays. Il est très lié avec le ministre de la Défense et le ministre des Collectivités territoriales, M. Hovik « Muk » Abrahamyan.

Les affaires les plus lucratives se situent au centre-ville (hôtels, établissement vinicole, etc), tandis que leurs propriétaires comptent parmi les autorités du pays. Grâce aux liens de M. Beglarian, ses biens sont, dit-on, exempts d’impôts. M. Beglarian exercerait aussi son pouvoir sur les médias qui lui garantissent une publicité positive sur ses activités. Il aspirerait, dit-on, à devenir maire d’Erevan.

Rixe pour une route

La famille, l’amitié, la corporation (akhperoutioun) constituent une idéologie sacro-sainte. Dès les bancs de l’école, les jeunes qui acceptent cette idéologie méprisent l’enseignement, persuadés que la richesse et le statut social à Erevan ne s’acquièrent pas grâce à des aptitudes intellectuelles, mais avec l’appui et l’argent des clans. Ceux que guident l’idéologie clanique criminelle finissent par intégrer les akhperoutioun, obtenant certaines positions et sources de revenus.

Un des plus puissants, plus controversés et célèbres « akhperoutioun » d’Erevan est M. Gaguik « Dodi Gago » Tsarukian, proche associé de la famille du Président et membre du Parlement depuis 2003.

Des membres de l’akhperoutioun de M. Dodi Gago se sont affrontés au printemps dernier avec un autre akhperoutioun au « Tetsi Krug » pour le contrôle d’un circuit de minibus. Une bande estimée à quelques 200 individus se livra à une rixe organisée qui fit un mort et au moins deux blessés.

Des accusations furent lancées, sans atteindre cependant les principaux responsables de cette « razborka » (émeute). Ces mêmes « responsables », MM. Hraïr « Artashatsi Hro » Harutyunyan et Ashot « Bangladeshtsi Hamo » Avetisyan incitèrent leur « akhperoutioun » à agresser des photo-reporters, malmenant des participants à un rassemblement le 5 avril 2004, lors d’une manifestation organisée par M. Artashes Geghamyan, membre de l’opposition.

L’influence de M. Gaguik Tsarukian s’étend à Abovian, ville satellite d’Erevan, ainsi qu’au village d’Arinj. Il possède aussi des territoires à  Erevan. Il y a deux ans, il est devenu président du Comité National Olympique d’Arménie. A l’époque soviétique, il fut condamné pour viol. Mais, il y a trois ans, un tribunal arménien annula cette condamnation.

Récemment, « Arménie Prospère », parti politique fondé par M. Tsarukyan, est devenu plus actif et aurait réclamé plusieurs postes lors des élections législatives de 2007.

Le système des clans est si largement accepté à Erevan que le quotidien Haykakan Jamanak possède même une rubrique intitulée « Akhperoutioun« , signalant « rixes » et répartition de sphères d’influence.

Les sociologues observent souvent qu’un système basé sur le clan et la corporation féodalisent un pays. En témoigne le fait que des autorités non officielles comme M. Tsarukian sont qualifiés de rois dans leurs territoires. Ce dernier n’est pas élu, mais jouit du pouvoir et son autorité est incontestée.

« Les prémisses d’un système féodal capitaliste ont émergé en Arménie, note la sociologue Lyudmila Harutyunian. Le pays n’a pas survécu à  d’autres époques. L’esclave est devenu propriétaire d’esclaves. Aucun autre modèle n’est à l’œuvre. Les strates qui demeuraient dans l’inconscient des gens se sont réactivées, rétablissant immédiatement l’ordre féodal. »

Mars 2006

Source : http://hyeforum.com/index.php?showtopic=13518

Traduction française : © Denis Donikian – 04.2010.

7 avril 2010

Erdogan au zénith

Qu’est-ce qui m’arrive ? Erdogan est à Paris et je ne ressens rien. – Ah ! Il faudrait ressentir quelque chose ? – En tout cas, aujourd’hui 7 avril ne devrait pas être un jour comme un autre. Erdogan, pour un Arménien, ce n’est pas n’importe qui. Seulement voilà, il m’arrive qu’il ne m’arrive rien. Et ça ne m’était jamais arrivé. Alors que … – Alors que quoi ? – Il y a quelques années de ça, j’aurais été dans la rue, et beaucoup d’autres comme moi, avec des badges, des chansons révolutionnaires… Là rien. Rien de rien. Ni les autres, ni moi. – C’est l’âge. – L’âge ? Mais il n’y a pas d’âge pour s’indigner.- S’indigner de quoi ? Tu n’es pas bien ici ? Trouve un pays où tu manges à ta faim, où tu n’es pas menacé d’être chassé, sinon massacré parce que tu es arménien. – Mais l’Arménie ? – L’Arménie ? Mais Erdogan te l’a dit, non ? 100 000 Arméniens sont venus vivre en Turquie pour manger à leur faim. – Il a dit aussi que c’était 100 000 de trop. Et que la diaspora arménienne n’avait qu’à bien se tenir si elle ne voulait pas voir ces 100 000 Arméniens être renvoyés là où ils auraient dû être. C’est pourquoi je sens que je ne sens rien. C’est pour ménager ces 100 000 frères. Et comme ça plus aucun Arménien ne peut bouger, ni ceux de là-bas, ni ceux d’ici. – Il est fort Erdogan. Hier, les Turcs ont chassé les Arméniens hors de l’Arménie. Aujourd’hui, ils les clouent dans les pays où ils ont trouvé refuge. – Mais ces 100 000 sont encore là où étaient leurs ancêtres, non ? – Oui, c’est vrai. – En fait, si je comprends bien,  les Arméniens sont tolérés chez eux. – Oui, c’est un raccourci, mais c’est à peu près ça. Certains sont tolérés sur leurs terres par ceux qui les en ont chassés. – Ainsi va le monde. – Ainsi va le monde.  – Il va tellement bien que je ne ressens rien à ça. – A quoi ? – Au fait que notre maison soit aujourd’hui une maison de tolérance. – La tolérance, il n’y a rien de plus européen. – Moi, d’ailleurs, je me sens plus européen qu’arménien. Mais pas les Turcs qui y vivent. Les Turcs qui y vivent vivent en Européens et se sentent Turcs. Mais nous les Arméniens, Arméniens nous étions, Européens nous sommes. – C’est ça. Nous respectons les autres parce que nous sommes devenus tolérants. – Et c’est pourquoi nous tolérons même Erdogan. – C’est une question de tolérance. C’est un invité quand même. – Mais pourquoi en ce cas, n’a-t-il pas invité les Arméniens à son meeting, puisqu’il les tolère chez lui ? Enfin chez nous… – C’est une question en effet. – Il va leur dire quoi à ses frères turcs ? Intégrez-vous mais ne vous assimilez pas ! Mais nous alors, sommes-nous intégrés ou assimilés ? – Nous ? Nous avons dépassé tout ça. Nous, nous sommes européens. – Ah, oui. Et c’est pour ça que je ne ressens rien à la venue d’Erdogan. Un signe. Le signe que je suis devenu européen. – Oui, probablement. Oui.

2 avril 2010

Appel à soutenir Pinar SELEK

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 8:13
Appel à soutenir la sociologue turque Pinar SELEK
Pour ajouter votre signature voir ci-dessous le commentaire du 14 avril

Ceci est un appel à soutien de la sociologue turque Pinar Selek, victime d’une persécution judiciaire depuis 12 ans dont le seul objet est de la faire taire définitivement.
Les faits reprochés ne reposent sur rien, Pinar Selek risque la prison à vie, accusée d’être à l’origine d’un attentat terroriste qui n’a jamais été un attentat, accusée d’avoir déposé une bombe qui n’a jamais existé, les rapports d’expert ayant démontré que la cause de l’explosion tragique au bazar aux épices en 1998 à Istanbul qui a fait 7 morts et 120 blessés est une bonbonne de gaz défectueuse.

Après avoir été torturée, après avoir passé deux ans et demi en prison, après avoir été formellement innocentée par différents rapports d’experts indépendants et acquittée à deux reprises, le procès a été réouvert cette année par la Chambre Haute de la Cour de cassation contre l’avis et l’opposition du procureur de la république d’Ankara qui refusait de réouvrir un dossier vide. La Chambre Haute réclame la prison à vie, charge au tribunal d’appliquer la peine. Si celui-ci refuse et maintient le non lieu qu’il a prononcé en 2007, il se verra dessaisi du dossier qui remontera à la Haute Cour seule habilitée à statuer et ce sans appel.

Le cas de Pinar Selek a une forte valeur symbolique pour tout ce que la Turquie, actuellement en mutation, compte de forces vives et démocratiques.  Il constitue un signal fort lancé à quiconque aurait l’idée d’élever la voix sur les questions tabous de la société turque. Un avertissement à l a société civile et aux intellectuels pris en otages entre un état profond, se voulant garant des mythes fondateurs de la République Turque, au pouvoir chancelant, éclaboussé par le scandale militairo-mafieux Ergenekon et un gouvernement islamiste en quête de signaux forts à donner à l’Europe en vue d’une adhésion de la Turquie dans l’UE.

Un soutien international se met en place, parmi les signataires de cet appel vous trouverez Le professeur Noam Chomsky, Les écrivains Yachar Kémal, Günter Grass et Ohran Pamuk, Claudia Roth Présidente du parti écologique allemand « Die Grünen », des universitaires, des journalistes, des institutions comme les fondations Heinrich Böll et PEN Ecrivains en Exil (liste à la fin de ce message).

Merci de faire circuler l’appel

Pour en savoir plus sur Pinar selek et son histoire

Articles en français sur le site de soutien
http://www.pinarselek.com/public/destek.aspx?id=47
http://www.pinarselek.com/public/page_item.aspx?id=441
http://www.pinarselek.com/public/page_item.aspx?id=454
De nombreux articles également en Turc, en Allemand, en Anglais sur le site de soutien (amis traducteurs bénévoles vous êtes les bienvenus)

Des photos
http://images.google.fr/images?sourceid=navclient&hl=fr&rlz=1T4SKPB_frDE310DE310&q=%22pinar+selek%22&um=1&ie=UTF-8&ei=4HeES8GnB5SksQatldg8&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=4&ved=0CCAQsAQwAw

Des vidéos
-Interviews dans le film documentaire : la terreur transexuelle (sous-titré en Français)
http://atheturk.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=282
– interviews en turc
http://video.google.fr/videoplay?docid=-7448516074822065799&ei=73uES7GmE53e2wLsns3eCw&q=pinar+selek&hl=fr
http:// video.google.fr/videoplay?docid=5788946175677839113&ei=73uES7GmE53e2wLsns3eCw&q=pinar+selek&hl=fr

Autres documents
-Engagement sur la question arménienne. Texte de Pinar Selek en réaction à la composition imposée par le Ministère de l’éducation turc en 2003 sur le sujet : « démontrer que le massacre des arméniens n’a pas eu lieu »
http://adl.hayway.org/default_zone/fr/html/page3141.html
-Sur les travaux (livres, conférences) et l’actualité de Pinar Selek, de nombreux articles sont disponibles sur le site de soutien www.pinarselek.com
-Traduction en français d’un article de 2006 « droit de vivre comme un cafard » en pièce jointe.
-Articles à venir : « La chasse aux sorcières », « Pourquoi Pinar Selek est-elle dangereuse? »


Pour plus d’informations ou pour signer cette déclaration:
cosoutien@yahoo.fr

Nous , signataires de cette déclaration, témoignons que Pinar Selek est une chercheuse et militante féministe pacifiste et anti-militariste, engagée et en lutte contre toutes les formes de violences. Nous sommes convaincus qu’elle n’a rien à voir avec les accusations auxquelles elle doit faire face depuis de longues années et nous demandons que ses recherches et travaux soient considérés comme l’expression de la liberté de pensée. Comme ceci ne constituera jamais un crime à nos yeux, nous sommes et nous resterons au côté de Pinar Selek.”

Prof. Dr. Noam Chomsky, Prof. Dr. Norman Paech, Prof. Martin van Bruinessen, Claudia Roth, Lord Rea,  Prof. Dirk De Biêvre, Eugene Schoulgin, Prof. Ivaylo Ditchev, Prof. Josef B. Gunz, Karin Binder, Feleknas Uca, Meritxell Batet Lamaêa, Hallgeir H. Langeland, Ali Eltari, Kinga von Gyökössy-Rudersdorf, Karin Binder, Celine Kearney, Heidi Graf Knoblauch, Ulrike Küstler, Meritxell Batet Lamana, B ahauddeen Latif, Rodzio Gonzalez Lorenzo, Lilo Lottermoser, Dr. Caroline Lucas, Prof. Jean Lynch, Anne Masjosthusmann, Sarah Parker, David Pisani, Tobias Pflüger, Jutta Treiber, Eva Quistorp, Dr. Joanna Santa Barbara, Dr. Peter Strutynski, Prof. Dr. Gerhard Stuby, Benno Herzog

Yaşar Kemal, Orhan Pamuk, Vedat Türkali, Prof. Dr. Baskın Oran, Dr. Halil Berktay, İpek Çalışlar, Pınar Kür, Aslı Erdoğan, Oya Baydar, Prof. Dr. Ali Nesin, Ragıp Zarakolu, Şanar Yurdatapan, Prof. Dr. İbrahim Kaboğlu, Ataol Beh ramoğlu, Zeynep Oral, Dr. Selma Acuner, Buket Uzuner, Ayça Atikoğlu, Aydın Engin, Doç. Dr. Ayşe Parla, Cahit Berkay, Deniz Türkali, Derya Alabora, Ece Temelkuran, Doç Dr. Filiz Kardam, Prof. Dr. Faruk Birtek, Perihan Mağden, Prof. Dr. Gençay Gürsoy,Genco Erkal, Prof. Dr. Hakan Gürvit, Hale Soygazi, Zeki Demirkubuz, Doç. Dr. Halil Berktay, İsmail Beşikçi, Prof. Dr. Jale Parla, Jülide Kural, Karin Karakaşlı, Latife Tekin, Mahir Günşıray, Mehmet Çağçağ, Prof. Mehmet Ecevit, Mehmet Uzun, Prof. Dr. MelekGöregenli, Mercan Dede, Mihri Belli, Müjde Ar, Müge İplikçi, Neşe Yaşin, Prof. Dr. Nükhet Sirman, Oral Çalışlar , Orhan Miroğlu, Orhan Silier, Rıdvan Akar, Sabahat Akkiraz, Sibel Eraslan, Prof Dr. Aksu Bora, Prof. Dr. Şahika Yüksel, Prof. Dr. Şebnem Korur Fincancı, Prof. Dr.Semra Somersan, Doç. Dr. Sevin Okay, Prof. Dr. Sibel Irzık, Doç. Dr. Şemsa Özar, Şirin Tekeli, Prof. Dr. Taha Parla, Burhan Şeşen, Talin Sucuyan, Teoman, Uğur Yücel,  Vecdi Sayar,
Yeşim Ustaoğlu, Prof. Dr. Yıldız Ecevit, Prof. Dr. Zeynep Direk, Zeynep Atikkan, Zeynep Avcı, Doç. Dr. Zeynep Çağlayan Gambetti,
Abdurrahman Dilipak, Adnan Ekinci, Adnan Yıldız, Prof. Dr. Ahmet Çakmak, Ahmet Ilgaz, Ahmet Öğüt, Ahmet S. Uluğ, Ahmet Şık, Ahmet Tulgar, Akın Birdal, Ali Alper, Ali Coşar, Doç.Dr. Ali Serdar Fak, Altay Öktem,  Aslı Altan, Asude Kayaş, AtillaSoysal, Ayca Atikoğl u, Ayfer Tunç, Ayhan Bilgen, Aylin Sunam, Aynur Doğan, Ayşe Günaysu, Yrd. Doç. Ayşe Parla, Ayşegül Özorpat, Yrd. Doç. Ayşen Candaş Bilgen, Ayten Sönmez, Aziz Çelik, Barbaros Altuğ, Barkın Engin, Beral Madra, Berat Günçıkan, Berna Kurt, Burak Korucu, Burhan Şeşen, Cahit Baylav, Celal Başlangıç, Cem Yegül, Ceren Erdem, Cevat Özkaya, Ceylan Özerengin, Çağatay Anadol, Çelenk Bafra, Çiğdem Öztürk, Deniz Durukan, Deniz Gül, Dr. Deniz Özdemir, Derya Bengi, Ece Temelkuran,  Eda Karaltı-Rentsch, Elif Akçalı, Elif Cemal, Elif Ergenç, Emrah Yaralı, Erdağ Aksel, Erdir Zat, Erdoğan Aydın, Av. Ergin Cinmen, Ergun Babahan, Erol Köroğlu, Ersin Salman, Prof. Dr. Ertan Yurdakoş, Esmeray, Esra Kahraman, Esra Koç, Eugene Schoulgin, , Fatih Taş, Fehmiye Çelik, Ferdi Kestekoğlu, Ferhat Tunç, Feryal Öney, Feza Kürkçüoğlu, Filiz Karakuş, Av. Filiz Kerestecioğlu, Filiz Koçali, Fuat Sahinler, Fulya Erdemci, Gaye Boralıoğlu, Gönül Kenter-Engemann, Prof. Dr. Güher Saruhan, Güldal Kızıldemir, Prof. Dr. Gülen Aktaş, Güler Kazmacı, Gülnur Savran, Dr. Gülşen Aydoğan, Prof. Dr. Hakan Gürvit, Hakan Tahmaz, Doç. Dr. Hakan Yılmaz, Hale Tenger, Doç. , Prof. Dr. Haner Direskeneli, Hasan Akkiraz , Hasan Saltık, Hatice Yaşar, Hikmet Çetinkaya, Prof. Dr. Huri Özdoğan, Av. Hülya Gülbahar, Hüseyin Deniz, Hüseyin Karabey, Ilgın Su, Ilkay Akkaya, Işık Yenersu, İbrahim Cansızoğlu, İlknur Hacısoftaoğlu, İlknur Üstün, İpek Çelik, İrfan Aktan, İrfan Uçar, İsmail İlknur,  Dr. Kaspar Zakaryan, Av. Kemal Aytaç, Kerem Karaboğa, Yrd. Doç. Dr. Koray Çalışkan, Korkut Akın, Laleper Aytek, M. Levent Akman, Makbule Kaymaz, Mehmet Antmen, Mehmet Barış Albayrak, Mehmet Çağçağ, Prof. Mehmet Ecevit, Mehmet Özveren, Prof. Dr. Mehmet Saçlıoğlu, Mehmet Uluğ, Melis Rozental, Melis Tarhun,Melisa Çakmak, Melissa Bilal, Meltem Savcı, Av. Meral Danış Bektaş, Mukaddes Kubilay,  Yrd. Doç. Dr. Murat Akan, Murat Çelikkan, Yrd. Doç. Dr. Murat Pak er, Murat Sahinler, Doç Dr Mustafa Çetiner, Muteber Öğreten, Müjgan Arpat, Müjgan Halis, Mürüvvet Türkyılmaz, Nazan Maksudyan, Dr. Nazan Üstündağ, Nazlı Ongan, Prof. Dr. Nesrin Sungur, Neşe Ozan, Neşe Şen, Nevin Sungur, Av. Nezahat Gündogmus, Nilgün Cerrahoğlu, Yrd. Doç. Dr. Nilgün Toker, Nilgün Yurdalan, Nilüfer Akbal, Nimet Tanrıkulu, Nukhet Esen, Nukte Devrim Bouvard, Nursel Güler O. Murat Ertel, Oğuz Sönmez, Oğuz Özerdem, Oral Çalışlar, Orhan Alkaya, Orhan Miroğlu, Orhan Silier, Orient Expressions, Osman Baydemir, Osman Kavala,  Oya Coşkun, Ömer Ahunbay, Övül Durmuşoğlu, Özcan Yurdalan, Özdem Petek,Pınar İlkkaracan, Raffi A. Hermonn, Ragıp Yavuz, Doç. Dr. Refika Hamutçu, Av. Reyhan Yalçındağ, Rıdvan Akar, Roni Margulies, Ruken Öztürk, Sabahat Akkiraz, Sami Urfalı, Seferi Yılmaz, Seher Eylem Kaya, Selim Birsel, Selin Tunç , Doç. Dr. Serhan Tuğlular, Sevilay Saral, Sevim Belli, Sevin Okyay, Sırma Kö ksal, Av. Sibel Eraslan, Prof. Dr. Sibel Irzık, Doç. Dr. Simten Çoşar, Siren İdemen, Songül Erol Abdil, Yar. Doç. Dr. Suna Ertuğrul, Şehnaz Şişmanoğlu Şükran Soner, Talin Sucuyan, Taner Koçak, Taylan Şengül, Tuncay İyilikçi, Prof. Dr. Turgay Kurultay, Turgay Oğur, Doç. Dr. Tülay Berktay, Ulaş Özdemir, Umay Umay, Umut Kısagün, Ülkü Özakın, Vasıf Kortun, Veysi Sarısözen, Yaprak Zihnioğlu, Av. Yasemin Öz, Dr. Yelda Yücel, Yıldız Ramanzanoğlu, Yiğit Ekmekçi,Av. Yusuf Alataş, Yücel Göktürk, Yüksel Selek, Zafer Aydın, Zeynep Atikkan, Zeynep Kutluata, Zeynep Tanbay, Yrd. Doç. Dr. Zühre Aksoy…
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