Ecrittératures

15 décembre 2010

Interview à Jamanak

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 2:29

Interview de Taguhi Hagopyan traduit en arménien par Anahit Avétissian , du 3 décembre 2010 pour Jamanak et 1er Media.

En arménien sur Keghart.com

In english on Keghart.com translated by Hasmig Kurdian.

En tenant compte du fait que vous voyagez souvent en Arménie et que vos séjours vous aient inspiré plusieurs livres,  pouvez-vous répondre aux questions suivantes pour le journal Jamanak qui paraît à Erevan et à Los Angeles ?

Taguhi Hagopyan :  Dans un de vos livres, vous vous êtes penché sur la période qui précède et qui suit les événements du 1er mars 2008. Selon vos impressions, dans quelle situation se trouvait l’Arménie avant cette date, et dans laquelle se trouve-t-elle deux ans plus tard ?

Denis Donikian :  J’ai écrit plusieurs livres sur l’Arménie depuis la fin des années 60. Deux sur la période soviétique ( Ethnos et Les Chevaux Paradjanov), un autre sur l’époque du Charjoum ( Le peuple Haï), un troisième sur les années Kotcharian (Un Nôtre Pays).  Tous sous l’angle des droits de l’homme. J’ai participé comme observateur aux deux dernières élections ( législatives et présidentielles), pour répondre à l’appel lancé à la diaspora par la regrettée Amalia Oskanian, directrice de l’antenne arménienne de  Transparency international. Mes observations et ma présence en Arménie de 2006 à 2008, précisément le 1er mars 2008 devant l’ambassade de France, ont donné lieu à un livre bilingue français-arménien intitulé EREVAN 06-08 ( Actual Art, 2008). Depuis, j’ai écrit de nombreux articles, publiés soit sur mon blog  Ecrittératures,  soit dans le mensuel Nouvelles d’Arménie Magazine, dénonçant la politique du gouvernement arménien actuel. Aujourd’hui, je parcours les provinces arméniennes et j’interroge les gens. Mon dernier livre intitulé SIOUNIK MAGNIFICAT (édition bilingue Actual art, 2010) montre la grande misère des villages et de ses habitants. D’année en année, je constate que la situation est de plus en plus catastrophique. J’étais encore en Arménie en octobre 2010, où j’ai constaté que les gens les plus accrochés au pays avaient décidé de le quitter. J’ai écrit un article très critique sur le téléphérique de Tatev. Je l’ai fait traduire en arménien et envoyé aux journaux Hraparak, 168 jam et Hetq. Aucun ne l’a publié.

T H :  Vous avez signé une petition en faveur de la libération de Nikol Pachinyan. Les Arméniens de la diaspora ont toujours été attentifs et prudents quand il s’est agi de prendre position sur les affaires intérieures de l’Arménie, concernant les violations des droits de l’homme.  Que s’est-il produit depuis, les stéréotypes ont-ils été brisés ?

DD : J’ai signé la pétition qui se trouve sur le site Keghart .com () et j’ai reproduit l’article en faveur de la libération de Nikol Pashinyan sur mon blog Ecrittératures. Dans plusieurs de mes articles, j’ai reproché à la diaspora arménienne de France de n’être pas assez critique vis-à-vis du gouvernement actuel. J’ai toujours dit que les Arméniens de France étaient des citoyens économiques de l’Arménie et qu’à ce titre ils avaient non seulement un droit de regard sur l’argent qu’ils donnaient au pays, mais surtout un devoir critique concernant ses orientations sociales. Le regard de la diaspora commence à changer, mais l’attitude de ceux qui la dirigent et qui ont affaire au gouvernement arménien frise trop souvent la soumission. J’ai toujours pensé que les divers gouvernements de l’Arménie n’aimaient la diaspora que pour son argent, et n’avaient que faire de ses doléances, exigences ou points de vue.

T H :  Pour avoir voyagé souvent en Arménie, vous avez dû rencontrer divers artistes ou écrivains. Quels sont ceux que vous fréquentez le plus ? Selon vous, que peuvent-ils changer en Arménie ? D’une manière générale quell type de changement est nécessaire en Arménie ?

DD : J’ai fréquenté à une époque le groupe de Bnagir, puis Inknagir ( Vahan Ishkhanian, Violette Grigorian, Mariné Pétrossian) mais aussi Vahram Mardirossian, Arpi Voskanian  qui n’en font plus partie, et je les ai tous traduits en français). Mais à present je les vois moins. Je fréquente quelques personnes autour d’Actual Art, surtout son éditeur Mkrtitch Matévossian, qui fait un travail éditorial de premier plan en Arménie et qui mérite d’être encouragé. Nous travaillons souvent ensemble, non seulement pour mes livres mais aussi pour d’autres collections ou d’autres activités.   Malheureusement, j’ai tendance à penser que les écrivains d’Arménie n’ont ni les moyens culturels pour faire des livres majeurs sur leur pays, ni les moyens matériels pour les diffuser, en Arménie ou ailleurs. Ils sont trop accaparés par la pression de l’histoire, la ferveur nationale et la recherche du scandale.

T H :  Parmi les écrivains actuels, lesquels sont le plus traduits et lus à l’étranger ? Par exemple, quelle place occupe la litérature arménienne dans  l’ensemble des écrits du monde ?

DD : Si je me place du point de vue d’un Français de souche, les auteurs arméniens sont totalement méconnus. Pour qu’elle existe et qu’elle soit publiée en France – je ne peux pas parler pour les autres pays – la littérature arménienne doit fournir des romans de qualité, de type européen, traduits par des traducteurs de qualité. A ma connaissance, nous n’avons ni les uns, ni les autres. Alors que les éditeurs français sont en recherche de romanciers arméniens. ( pour autant, Glissement de terrain de Vahram Martirossian que j’ai traduit, a trouvé un éditeur… au Canada, pas en France. C’est un cas isolé). Il faut espérer que les jeunes générations de prosateurs ( comme Hratchia Saribékian, Harout Kbéyan et autres…), qui ont entre 25 et 35 ans sauront relever le défi.

T H :  Il serait intéressant aussi que vous nous donniez votre point de vue sur les perspectives des rapprochements arméno-turcs. L’année précédente, quand Serge Sarkissian s’est rendu en France après la signature des protocoles, il y a eu des répercussions très vives de la part de la diaspora. Comment se comporte-t-elle aujourd’hui à propos de cette question sensible ?

DD : Les Arméniens d’Arménie doivent savoir que la diaspora arménienne de France a pour combat prioritaire la reconnaissance du génocide par la Turquie d’une manière générale, et plus précisément la mise en place de sa pénalisation par le gouvernement français. Ce qui malheureusement, et malgré les Phonétons et autres, les éloigne des problèmes actuels que traverse l’Arménie. Ce besoin de reconnaissance est devenu une idéologie qui a pris le pas sur la culture vivante. Pour ma part, je milite pour cette reconnaissance depuis le milieu des années soixante. J’ai écrit de nombreux articles sur ce sujet en tant que rédacteur en chef du site Yevrobatsi.org ( Articles qui ont été réunis dans le livre Vers L’Europe publié par Actual Art) Mais depuis quatre ans, je me suis engagé dans le processus du dialogue avec des amis turcs en déposant chaque année une gerbe commune devant la statue de Komitas à Paris. Je suis également en rapport avec trois des quatre signataires de la lettre de pardon turque.  C’est que je refuse de confondre gouvernement turc et société civile turque. Les Arméniens doivent travailler contre le premier et avec la seconde. Les prérogatives de Serge Sarkissian ont profondément choqué la diaspora de France, même si celle-ci avait été “travaillée” par le parti Daschnaksoutioun pour refuser les protocoles. Cependant, la diaspora a eu l’impression que le président Sarkissian bradait – à tort, selon moi –  la question du génocide au seul profit d’une ouverture des frontières. Elle s’est persuadée qu’elle comptait pour rien dans les pourparlers avec son ennemie de toujours, la Turquie. J’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet : Diaspora arménienne ou les cocus de l’Arménie traduit  en anglais et paru en arménien dans Lrakir.

14 décembre 2010

Itinéraire avant l’oubli (35)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:34

Photo d’Emmanuel Lachenay

 

*

Le champ de blé parle

à ma main vide…

Sème-moi ! Sème-moi !

*

Dans l’aveugle terrifiant d’hier

Aboient les bruits lâchés…

Serre alors ton sommeil  !

*

Plus tu rêves ta foi,

Plus son feu t’incendie,

Plus tes cendres seront d’or.

*

Tu laboures l’hier de sang,

Aveugle sur le pain cuit

Qui attend ta personne.

*

Après les machines mâchant le temps,

Les sourires unis,

la profondeur vivante…

*

 

8 décembre 2010

SOUTIEN À PINAR SELEK

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:09
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PINAR SELEK

un symbole de résistance en Turquie, menacée de 36 ans de prison !

Les faits remontent à juillet 1998 : Pinar Selek, sociologue, militante féministe, ne s’attendait nullement à être victime d’une cabale politique et judiciaire. La police qui l’avait arrêtée voulait qu’elle livre les noms des personnes intervie- wées dans le cadre d’un projet de recherches sur la question kurde.

En prison elle apprend, en regardant la télévision, qu’elle est accusée d’avoir déposée une bombe ayant provoqué la mort de sept personnes, le 9 juillet 1998, au marché des épices d’Istanbul. Depuis, des rapports d’expertise ont conclu que la déflagration n’était pas due à une bombe mais à l’explosion accidentelle d’une bombonne de gaz. De plus, un homme qui disait avoir posé cette « bombe » avec elle, a reconnu avoir menti sous la pression de la torture. Pinar Selek passe deux ans et demi en prison et est libérée en décembre 2000, puis définitivement acquittée en 2006 à la suite d’un procès qui aura duré plus de 5 ans.

Malgré les pressions qu’elle subit, elle n’a jamais cessé de militer et elle a cofondé en 2001 la coopérative de femmes Amargi. En mars 2009, son dossier pourtant clos est réouvert et la voilà de nouveau sous la menace d’un procès où elle risque 36 ans de prison.

Pinar Selek est une militante féministe, antimilitariste, qui ne cesse de lutter pour la paix et la justice pour toutes et tous ! Aujourd’hui c’est elle qui doit faire face à cet acharnement politique et judiciaire mais cela pourrait être n’importe laquelle/lequel d’entre nous qui ose se lever contre les injustices !

AGISSONS D’URGENCE !!

Pinar Selek vit actuellement en Allemagne (grâce à une bourse pour « les écrivains en exil » octroyée par PEN- Allemagne) en clamant son innocence mais risque de repartir en Turquie à tout moment.

Soutenons la comme le font de nombreux/ses intellectuel/les et organisations féministes en Turquie et à travers le monde.

Faites parvenir vos appels, le plus vite possible, en demandant :

L’ACQUITTEMENT IRRÉVOCABLE ET PUBLIC DE PINAR SELEK L’ARRÊT DE CET ACHARNEMENT POLITIQUE

Ecrivez par mail ou courriers postaux aux Ministre de l’Intérieur, au Ministre de la Justice, à la

Commission des Droits Humains du Parlement Turc

Ministre de l’Intérieur : Mr Besir Atalay Icisleri Bakanligi, 00644 Ankara, Turquie. Courriel : besir.atalay@icisleri.gov.tr Fax : +90 312 418 1795 Formule d’appel : Dear Minister/ Monsieur le Ministre

Ministre de la Justice :Mr Mehmet Ali Sahin Adalet Bakanligi, 06659 Ankara, Turquie Courriel : info@adalet.gov.tr Fax : +903124193370 Formule d’appel : Dear Minister/ Monsieur le Ministre

Copie à la Commission des Droits Humains du Parlement

Mehmet Zafer Uskul, Commission Chairperson TBMM Insan Haklarini Inceleme Komisyonu Bakanliklar, 06543 Ankara, Turquie Courriel : inshkkom@tbmm.gov.tr Formule d’appel : Dear Mr Uskul

PINAR SELEK N’EST PAS SEULE !!!

Signez la pétition sur :

http://www.ps-signup.de

Trouvez plus d’infos sur le site : http://pinarselek.com

Regardez la vidéo: http://vimeo.com/11219215

Contactez le collectif de soutien

solidaritepinarselek.france@gmail.com

1 décembre 2010

« L’État SS » d’Eugen Kogon


Sous-titrée Le système des camps de concentration allemands, cette traduction (Point Seuil, 1996), reprend et complète une édition de 1970, laquelle s’appuyait sur une première parution en 1947 aux Éditions de la Jeune Parque, sous le titre L’Enfer organisé, l’œuvre originale étant sortie en 1946 (Europäisch Verlagsanstalt, Frankfurt am Main). Il s’agit d’un rapport confié dès l’arrivée des forces américaines à Buchenwald (avril 1945), à Eugen Kogon et à une équipe dont les membres, au-dessus de tout soupçon, avaient au moins cinq années d’expérience concentrationnaire.

En effet, seuls des témoins de l’intérieur étaient en mesure de décrire l’énormité du système concentrationnaire allemand. Dans ce rapport, sont examinés les différents genres de camps, leur organisation interne, leur aménagement, les conditions sanitaires ou les installations particulières mises en place. Concernant les détenus, Eugen Kogon évoque leur emploi du temps, leur travail, les punitions subies, la nourriture, les envois d’argent et de courrier… Si la SS y menait une vie « enviable », elle devait néanmoins faire face aux forces antifascistes qui œuvraient à l’intérieur des camps.

Témoignage à chaud et de première main, le livre non seulement permet de comprendre les rouages du système concentrationnaire mais se présente aussi comme « le miroir d’un ecce homo qui ne montre pas des monstres quelconques mais des hommes comme toi et moi ». Eugen Kogon y voit que « Le plus néfaste héritage qu’ait laissé le national-socialisme est l’esprit d’arrogance, de despotisme, d’arbitraire, de violence et de haine », sans pour autant oublier qu’aussitôt après « le militarisme prussien défunt [avait connu] une joyeuse  résurrection  démocratique ».

Pour imparfait qu’il soit en raison de sa proximité avec les événements, ce livre servira de base aux études futures. Mais son intérêt sera aussi de fournir des histoires dans l’histoire d’un monde de non-droit. Parmi elles, la tragédie collective juive dont Eugen Kogon se résout à ne donner qu’un tableau d’ensemble, documenté, mais restreint. Il évoque également le cas des Polonais, considérés comme une race inférieure, la liquidation des prisonniers de guerre russes, fusillés en masse à la fin de l’été 1941, les Transports Nuit et Brouillard ( Nacht und Nebel) concernant les Néerlandais, les Français et les Belges.

S’interrogeant sur l’état mental de la SS, Eugen Kogon, loin de le réduire à une énigme psychologique, y décèle une intelligence médiocre renforcée par le dressage à l’obéissance. Plus varié, celui des détenus se reflétait dans une attitude psychique déterminé par le choc de l’internement,  le processus de sélection et celui de l’accoutumance. Le programme de rééducation du peuple allemand,  fondé sur le concept de sa responsabilité collective, échoua dans la mesure où, endurci par le spectacle de son propre désastre, il ne put « considérer les cadavres des étrangers et des bannis avec moins de pitié que sa propre chair et son propre sang… » S’il y a eu fautes, faiblesses, péchés d’omission, c’est, selon Eugen Kogon, à cause du « respect maladif de l’autorité allemande, avec le mauvais usage du sens de la justice et avec l’absence générale de courage en faveur de la liberté ».

Denis Donikian

Photos prises à Buchenwald, décembre 2009 (copyright Denis Donikian)

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