Ecrittératures

19 août 2011

Eaux de nuit

Filed under: MARCHER en ARMENIE,Route solitaire au Zanguezour — denisdonikian @ 7:49

Quand vous avez, comme moi, l’appareil urinaire qui vous titille avec la régularité d’un pendule et qu’il vous faut, pour vous vider de cet embarras, rejoindre de nuit des tinettes situées hors de la maison, dans un lieu peu familier, au fond d’une campagne perdue, juste derrière les porcs et les vaches, et frôler les chiens de maison qui vous sniffent la moindre fumet d’étranger, s’énervent au bruit le plus sourd et grognent comme avant la bataille, que vous faut-il inventer pour éviter les dégâts et atteindre le lever du jour sans encombre ?

Car il convient de dire qu’en ce coin merdeux d’Arménie, soumis aux affres de la déréliction, si reculé que les politiciens de la capitale n’en soupçonnent même pas l’existence, le tout à l’égout est loin d’avoir atteint le seuil des maisons. De sorte que celles-ci étant construites au mépris de tout système sanitaire, les évacuations organiques se font par les humains juste un cran plus civilisé que les bêtes, à savoir non pas à l’avenant et à l’air libre, mais dans un endroit destiné à cet effet, clos, intime et à l’abri des regards.

On accède à ce cagibi suspendu sur le vide par un ponton de fer d’un mètre ou deux, situé en face du préau sous lequel les vaches ruminent et se reposent pour la nuit. Il faut placer son cul juste au-dessus d’un trou en forme de cercle découpé dans une plaque de métal, assez large pour  éviter à son lâcher de déchet de rater sa chute, mais un peu trop pour que l’œil fouineur s’y engouffre et tombe sur la stalagmite fécale qui se dresse en contrebas et que vous avez eu le bonheur d’accroître en taille plutôt qu’en vigueur.

Mais comment aller jusque-là tant la nuit est noire et les animaux hostiles à tout dérangement ? Et quand vous-même êtes réticent à devoir enfiler vos chaussures de marche, battre le plancher, descendre l’escalier, traverser une enfilade de cours obscures et pousser la porte d’une arène où vous attendent grognements, feulements et râles ?

Le maître de maison vous aura bien indiqué une astuce : pisser dans la rue par le balcon. Mais comme vous n’avez pas ce genre d’habitude même nocturne, vous restez réticent.

Finalement vous demanderez un vieux seau. Et ainsi, la course à la tinette réduite à un saut de lit, vous vous endormirez heureux comme un inventeur aux côtés de sa trouvaille.

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4 commentaires »

  1. Cela ressemble fortement à ces espaces auxquels nous étions confrontés, enfants, au sein des campagnes françaises où nos parents nous envoyaient y prendre le bon air pendant un mois par an ! A ceci près que le sommeil des innocents que nous étions, étaient suffisamment profond et peut-être nos vessies plus élastiques pour nous éviter des désagréments diurnes ! Ils étaient réservés pour le jour. C’est alors seulement, installés dans l’inconfort de cabane au fond du jardin, asphyxiés à la fois par la chaleur et les odeurs, devenus la proie des mouches que tout attirait en ces lieux, que nous pouvions mesurer le bonheur d’être citadin onze mois par an !
    ; ,

    Commentaire par dzovinar — 19 août 2011 @ 12:36 | Réponse

  2. Quand j’étais enfant , il y a plus de soixante année , à Avignon nos toilettes aussi étaient dans le jardin . comme pour tous les arméniens du quartier car nous étions quasiment tous en extra muros , dans les quartiers ouvriers . Sauf que cette  » guéritte  » était en dur et que le toilettes elles mêmes étaient , seule consolation ,…à la turque .
    Nos pêres , une fois par an l’été , dés quatre heure du matin vidaient cette fosse …pour fumer le jardin . Tous les potagers du quartier étaient magnifiques !…
    Mon cher Denis j’ai vécu l’été dernier la même mésaventure que vous en Arménie , à Sassounig exactement . Sauf que l’édicule chargé de soulager ma pauvre prostate était entièrement en toles disjointes et posé lui même sur des planches chargées de rétablir un certain équilibre du terrain et pour laisser passer ce qui devait nous soulager . Et quand on y entrait toute la petite maison bougeait dans tous les sens .
    Les légumes de ce jardin étaient très beaux également , je pense que le fumage se continue de la même manière à sassounig

    Commentaire par Donig — 19 août 2011 @ 1:22 | Réponse

  3. Cher Denis,
    J’ai connu ça pendant la guerre dans un village de la Nièvre où nous étions évacuées, 60 filles de 6 à 13 ans.
    Les horaires étaient réglementés, 3 fois par jour, nous faisions la queue. Il y avait le trou, mais pas de baraque,
    un paysan qui regardait caché derrière un bosquet, et le papier était rationné : un petit rectangle de papier journal. …

    Commentaire par LouiseKiffer — 20 août 2011 @ 4:56 | Réponse

  4. Moi aussi, j’ai connu ça APRES la guerre, en Normandie. Il y avait parfois 1 seule place; d’autres 2 (pour l’enfant et sa nourrice en même temps!) Heureusement cela n’a pas duré!
    Chez mes grands-parents, au début du siècle dernier, ces tinettes, pourtant en dur, furent le lieu d’un incident dont on a parlé longtemps en famille: l’évêque, en déplacement pour célébrer la confirmation dans la commune voisine, avait été reçu chez eux pour déjeuner avant de repartir pour les vêpres de l’après-midi. Ce (saint) homme ayant les mêmes besoins que tout autre se retira afin de se soulager. Hélas, le plancher (bien entendu juste au-dessus de la fosse) s’effondra sous son poids. On entendit un cri; on se précipita et l’on trouva notre évêque tout englouti, ne sachant que balbutier: « Pas de vagues, pas de vagues! » et pour cause!
    Une fois secouru, il fallut envoyer chercher du linge propre chez le pauvre homme à 35Km de là; ce qui bien sûr, à l’époque, retarda considérablement l’heure des Vêpres! J’avoue que je ne sais pas quelle excuse fut donnée aux fidèles en attente. L’histoire que me raconta souvent ma mère me suffisait en elle-même!!!

    Commentaire par mary — 23 août 2011 @ 8:57 | Réponse


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