Ecrittératures

30 octobre 2011

La véritable catastrophe, c’est…

La véritable catastrophe, c’est la mort du témoin. Voilà une phrase qui pourrait passer pour apophtegme en matière de génocide. Ce ne serait plus le génocide en lui-même que les Arméniens d’aujourd’hui considéreraient comme une catastrophe, mais l’impossibilité d’en témoigner. Comme si la victime d’un crime violent avait brusquement moins de valeur que son témoin, puisque la disparition de ce dernier équivaudrait à l’effacement du crime.

Certes, nous le comprenons bien. Un génocide ne réussit que s’il se dissout dans l’histoire. Dans une histoire virginisée par l’amnésie volontaire d’une nation criminelle soucieuse de se hisser au rang des pays civilisés, fusse par le mensonge.

Il est vrai aussi que par définition un témoin mort ne pourra jamais témoigner dans un procès qui ne pourra plus jamais avoir lieu.

Mais la mort du témoin, sa mort en tant que personne et sa mort en tant que témoin, parvient-elle jamais à faire oublier un crime aussi massif ? Le témoin mort, reste son témoignage. Par exemple tout le travail de Raymond Kévorkian dans son livre magistral intitulé «  Le génocide des Arméniens » s’appuie, entre autres, sur ce qui ce qui a été rapporté par les victimes.  D’autres historiens ont fait de même. La Turquie peut toujours protester aujourd’hui en disant : « Prouvez-le ! » Il n’empêche. Le Nuremberg des Jeunes-Turcs a eu lieu, fût-il un Nuremberg avorté.

N’en déplaise aux partisans de la thèse du témoin mort, je ne crois pas qu’elle empêche que soit avéré le génocide commis en 1915.

Car la chose demeure. Elle demeure comme un trou noir, tant dans l’histoire que dans les hommes. L’effacement matériel n’étant jamais absolu, il existe comme substance d’un manque. Et quand bien même on aura réduit en poussières les églises et remplacé les noms, il restera toujours l’emprunte du néant dans les esprits, dans la mémoire des corps. Au bout d’un siècle, cette mémoire fonctionne encore. L’interrogation travaille aujourd’hui de plus en plus la société turque. Aujourd’hui les petits-enfants des Arméniennes mariées à des Turcs découvrent leurs origines. Demain, viendra le tour des Turcs eux-mêmes soucieux de savoir si leurs ancêtres étaient parmi les bourreaux.

De fait, à la question de savoir ce qui constitue la véritable catastrophe du génocide des Arméniens, chacun pourra donner son point de vue.  A ce jeu, chaque survivant viendra ajouter sa part à la part de l’autre. Aux appréciations intimes se mêleront des considérations plus générales, les partielles aux plus exhaustives, les intelligentes aux plus banales…

Pour ma part, la véritable catastrophe, c’est que survive encore la pathologie de l’amputation.

Je dis pathologie dans la mesure où la perte brutale du territoire ancestrale et la perte par le mépris et la mort de leur humanité demeure chez les Arméniens un cancer moral qui, à des degrés divers, les travaille ou les ronge au plus intime. Les Arméniens sont restés des âmes errantes qui hantent les pays du monde sans pouvoir jamais trouver leur place. Ce sont esprits flottants qui ne savent plus où s’ancrer, même si un pays existe et qu’une langue se parle qui racontent leur mémoire. Mais un pays comme un pis aller qui n’aura jamais la saveur du vrai lieu.

Je dis amputation car de la même manière qu’un mutilé éprouve une douleur dans la jambe qu’on lui a arrachée, les Arméniens ont mal aux terres auxquelles leurs parents furent brutalement soustraits. Ces terres, leurs terres, celles-là mêmes où leurs ancêtres développèrent leur humanité. Une humanité qu’on leur a déniée et qu’on leur dénie encore.

Non, rien n’est mort. Tout se perpétue, à savoir l’humiliation sans pardon, l’humiliation continue, la déshumanisation permanente non  par le sang, mais par le viol du droit sous l’œil d’une communauté humaine ramollie par l’absence de toute conscience morale. La mort du témoin physique n’a pas clos le débat. Celui qui est en chaque Arménien comme une plaie vive, faite de rage, de douleurs et de folies.

d. donikian

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27 octobre 2011

OUVERT LA NUIT, France Inter, Lundi 31 octobre

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 4:03

Denis Donikian et Georges Festa

dans l’émission

de Tania de Montaigne et d’Alexandre Héraud

OUVERT LA NUIT

France Inter

Lundi 31 Octobre, de 22h à 23 h.

à paraitre le 2 novembre 2011

21 octobre 2011

Carnets Nomades sur France Culture, samedi 22 octobre

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 7:52

Carnets nomades de Colette Fellous

Travellings, flash-back et photographies

Samedi 22 octobre 2011

De 19h30 à 20 h 30 

Krikor Beledian à propos de son livre SEUILS

et

Denis Donikian à propos du sien VIDURES.

18 octobre 2011

Radio Naphtaline, la radio qui conserve les mythes.

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 2:57

S’il y a une radio que les Naphtaliniens vénèrent, c’est Radio Naphtaline. Car Radio Naphtaline préserve les mythes naphtaliniens en asphyxiant les miteux.

Vous me direz que ceux qui gèrent cette radio sont probablement de vieilles ganaches. Des têtes archaïques, des crânes d’œuf pourri. Que nenni ! Radio Naphtaline, quand on l’écoute, sonne frais car ses voix proviennent de cordes vocales assez élastiques pour penser de leurs propriétaires qu’ils sont relativement jeunes. Mais ce qui trompe, c’est que ces cordes vocales juvéniles sans être joviales se gargarisent avec du cadavre. Car à force de rabâcher ou d’écouter l’esprit des momies, on se momifie soi-même. C’est alchimique.

En effet, Radio Naphtaline n’en finit pas de se repaître du passé. Car oui, Radio Naphtaline est une radio du passé, c’est-à-dire une radio du passif. Tous les Naphtaliniens qui l’écoutent s’y baisent à qui mieux mieux in mortibus. C’est qu’ils en ont des morts à se partager. D’autant que pour donner de la voix à ce passé, Radio Naphtaline fait toujours appel aux mêmes vestales, gardiennes des temps révolus, qui baignent dans la fosse des faits historiques comme des truies se roulent dans la fange. Les Naphtaliniens sucent la vieillerie autant que des porcelets les tétines de leur mère. C’est physiologique. Dès lors, on ne voit pas pourquoi Radio Naphtaline les priverait de spécialistes capables de les nourrir au lait fabriqué par le sang de l’histoire.

Car du sang, l’histoire en a produit chez les Naphtaliniens, plus que chez aucun autre peuple. Par tombereaux entiers. Et comme ce sang perdu, les Naphtaliniens comptent bien le rattraper, ils écoutent Radio Naphtaline, la radio qui dit comment faire. Non seulement elle indique la méthode mais aussi comment se brosser les dents avec du jus de cadavre. Les historiens sont en ce sens de magnifiques faiseurs de dentifrices et du meilleur conseil qui soit. Mais pas n’importe quel historien. Ceux que Radio Naphtaline a choisis pour dire au minimum 1,5. C’est le moins qu’elle puisse accepter. 1,5 ? Mais qu’est-ce ? 1,5 million de cadavres. Les minimalistes peuvent aller se faire ostraciser chez les zombies. En fait, en prenant toujours les mêmes historiens, Radio Naphtaline garantit à ses écoutants sa pérennité parmi les Naphtaliniens qui ne veulent entendre que ça, les cris du sang qui braille dans leurs veines. C’est que le temps chez les Naphtaliniens n’a qu’une dimension. Il n’est ni présent, ni futur. Il n’est que passé. C’est du temps arrêté. Du sang mis en boîte. C’est pourquoi ce qui est à venir chez les Naphtaliniens ne vient jamais puisque c’est leur passé qui est tout. Leur âme est rétrospective, vu que l’immortalité n’est autre que leur éternité dans leur histoire. 3 000 ans.

Tenez, parmi les fanatiques du passé, si l’on choisit au hasard, il y a ce plumitif qui n’en démord pas. Il a fait du 1,5 sa philosophie, sa morale, son dentifrice et son papier hygiénique qu’il macule de ses écrits. Il est tourné vers l’arrière comme une girouette qui serait définitivement coincé côté Est.  Chaque fois qu’il se met à écrire, il ne peut  s’empêcher de plonger dans son bain d’orgasme funéraire. Oui, oui, car pour lui rien n’est plus jouissif que le passif. Et comme il ne cultive que sa mémoire, elle s’est dilatée dans son cerveau au point d’écraser son imaginaire. C’est professoral, étant donné qu’un professeur, plutôt qu’un inventeur de vie,  est avant tout un serviteur de ce qui a été et qui n’est plus, un adorateur de la chose morte, un chercheur du fait effacé dont les effaceurs continuent encore d’effacer l’effacement même. N’est pas romancier qui veut, surtout quand on a le sexe tiré droit devant et la tête dans le cul, quand la vie vous demande d’être présent au présent et que votre cervelle a les yeux plantés dans votre occiput.  Mais heureusement les Naphtaliniens l’adorent, à telle enseigne qu’ils se voient dans ses nostalgies comme dans un miroir. En vérité, ce sont des vivants minés par de la mort. Si minés que la paralysie a fini par gagner leur cerveau et leur langage. Ils perroquètent à longueur de temps. Avec un profane, les Naphtaliniens n’ont d’autre but que de le rouler dans leur propre naphtaline. Moi-même, il m’arrive de me laisser aller. Ça me colle à la langue comme une glu et je profère des propos naphtaliniens sans m’en rendre compte. Heureusement, je peux me secouer et revenir à moi. Alors, je rougis de honte pour avoir décapité ma vie de son présent. J’ai honte d’écrire rétro au lieu de délirer dans mes imaginaires. J’ai honte de profaner ma vie en me barbouillant la gueule avec de la mêlasse à vous tuer une race en voie de disparition. Oui, j’ai honte. Car dans le fond ceux qui nous ont arrêtés à 1,5, arrêté le temps jusqu’à atteindre ce chiffre je veux dire, non seulement ont tué les morts mais aussi dégénéré les  générations posthumes. Ils ont tué chez les survivants non seulement les autres temps de la vie, le présent et le futur, comme je l’ai précisé. Je veux dire  qu’ils ont tué en chaque Naphtalinien la liberté de pleinement être. C’est-à-dire non miné par le goût amer d’une indignité qui vous marque à jamais.

Cela s’entend quand on écoute Radio Naphtaline. Les voix de Radio Naphtaline ne rient jamais. Elles font dans le grave 24 heures sur 24.  Voilà une autre composante humaine que les Naphtaliniens ont atrophiée : l’humour. Ce sont des agelastes, comme disait Rabelais. Des gens plombés à l’image du plumitif évoqué plus haut. Les agelastes sont des volatiles qui ne volent pas. Trop balourds. Trop gras. Trop tristes. Car pour voler, il faut avoir le sens de l’air, le goût du ciel, l’envie de la hauteur. Les Naphtaliniens sont des gens de placards et de cercueils.

Ainsi donc Radio Naphtaline entretient ce fardeau. Elle en rajoute même en ne convoquant pas à sa table ceux qui parlent des maladies du présent. Du syndrome de la naphtaline, en somme. Ce serait une trahison de le faire. Radio Naphtaline ne veut pas dire radiographie.  Si le pays est malade de diarrhée démographique, elle le dit pour le dire et passe à autre chose, à savoir son programme naphtalinien. Peu importe qu’il soit exsangue  ce pays, c’est le sang d’hier qui l’intéresse. Ce sang qui la démange et la submerge. Que ce pays soit dans la mort, qu’importe aussi. Tant que son cœur palpite, Radio Naphtaline fait croire qu’il sera toujours vivant et passe outre. Oui dans la mort, ce pays. La mort hygiénique ; la mort politique ; la mort démocratique ; la mort pédagogique ; la mort hystérique ; la mort militaire ; la mort sexuelle ; j’en passe. Car parler de ces morts-là, c’est dire que nous sommes incapables de nous tenir droit dans la vie. Que nous avons le don d’être au bord du gouffre. Hier nos bourreaux nous y précipitaient. Aujourd’hui nous autres survivants y sommes acculés, devenus les victimes de nous-mêmes. Dire cela, c’est jeter bien bas le haut nom du pays. Alors on le tait. C’est pourquoi Radio Naphtaline ne laisse pas entrer dans ses locaux les miteux briseurs de mythe et qui veulent jouer les Cassandre, les casse-couilles et les casseurs !

Telle est Radio Naphtaline. Je le sais car le miteux de service, c’est moi.

14 octobre 2011

Deux entretiens sur France-Culture

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 4:56

Pour accompagner le train de l’Orient-Express

et la manifestation Arménie-Arménies organisée par le Centre National du Livre,

deux émissions sur France Culture :

La Grande Table par  Caroline Broué, Hervé Gardette 

Mercredi 19 octobre 2011

De 12 h 55 à 13h 30

Antoine Agoudjian et Denis Donikian

*

Carnets nomades de Colette Fellous

Travellings, flash-back et photographies

Samedi 22 octobre 2011

De 19h30 à 20 h 30 

Krikor Beledian à propos de son livre SEUILS

et

Denis Donikian à propos du sien VIDURES.


9 octobre 2011

Aznavour se rebiffe. Moi aussi…

Depuis que l’Arménie existe, la diaspora semble n’avoir d’autre voix pour se faire entendre que celle de son chanteur patenté. Comme c’est une voix fameuse, chaude, réussie donc, qui se produit tantôt sur scène, tantôt sur les plateaux de la télévision ou sur les radios, grâce à elle cette diaspora s’écouterait parler sur des tribunes où elle n’a pas accès. Quand cette voix parle, la diaspora parle. Quand cette voix se tait, elle se tait. Les autres sont si petites que même en haussant le ton, même en s’accompagnant de chants révolutionnaires au rythme des tambours, même en étant portées par des masses indignées de marcheurs, elles n’arrivent pas à entrer aussi profond dans les oreilles des grands que celle-là, la voix de Charles Aznavour.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur celui qui est notre honneur depuis qu’il s’occupe des affaires arméniennes plus ouvertement que jamais. Peu importe ici que j’aime ou n’aime pas le chansonnier ou le personnage. Il faut reconnaître que son engagement envers le peuple arménien reste et restera admirable, inconditionnel, efficace sur toute la ligne.  En effet, pour réussir aussi bien et aussi longtemps, alors que les détracteurs n’ont jamais cessé de ricaner contre lui, il faut savoir aller à l’essentiel et mouiller sa chemise. Aznavour aura montré ce qu’un petit peuple comme le peuple arménien est capable de donner au monde. Or des Aznavour, dans tous les domaines de l’art, de la science et autres, le peuple arménien en a beaucoup. Mais aucun n’a une voix qui porte au-delà des frontières, là où elle veut.

Mais voici qu’après vingt années d’Arménie indépendante et quatre-vingt seize ans de négationnisme turc, Aznavour se rebiffe. Il aura tout essayé pourtant. Mais son Arménie perd ses hommes et la Turquie lui fait perdre patience. Et en chanteur efficace, Aznavour change de stratégie. Et la diaspora tourne avec lui. Ou presque.

Si le mot génocide gêne les Turcs pour reconnaître 1915, employons un autre mot, qu’il fait. Cela ne veut absolument pas dire qu’Aznavour tourne sa veste, et se fait négationniste pour convertir les négationnistes turcs à la vérité historique. Non. Aznavour fait un pas vers le gouvernement turc, afin que les Turcs fassent un pas vers les Arméniens. Seulement, faire un pas vers les Turcs, les Arméniens connaissent. L’excès de confiance a conduit les Arméniens à la mort. A ce stade, cette alerte qui est en chaque Arménien vibre, sonne, se rebiffe. D’autant que des Turcs eux-mêmes, avertis, connaisseurs, droitsdelhommistes admettent qu’il y a eu génocide, à savoir une intention d’effacement par le massacre. Nul n’a le droit d’écraser un fait historique considérable à des fins d’euphémisation tout aussi considérables. La voix d’Aznavour n’est pas la voix de l’histoire. Et on ne peut rien contre l’histoire. Chassez-la aujourd’hui, elle se réveillera demain plus forte, plus outragée, plus dangereuse….

L’autre sujet d’impatience de Charles Aznavour est provoqué par la maffiaïsation qui sévit en Arménie. Une gangrène qui conduit les hommes à fuir le pays au risque d’un affaiblissement de plus en plus critique de la population.  Mais Charles Aznavour serait-il assez naïf pour croire que la maffia arménienne agirait comme un corps constitué indépendamment des politiques ? De ces politiques auxquels il n’accorderait plus aucun crédit, si l’on s’en tient à une de ses confidences, donc tant pour leurs promesses trahies dans la défense de la cause arménienne que pour la paupérisation des Arméniens en Arménie même. Est-ce à dire que cette récente interview donnée à Nouvelles d’Arménie Magazine sonne la fin du sommeil dogmatique d’Aznavour ? Est-ce à dire qu’il aura été baladé par les différents présidents arméniens, habiles à tirer profit de sa notoriété sans rien céder de leurs intérêts propres ? Dix années durant, Aznavour aura fréquenté le président Kotcharian dans l’intention d’être utile à son pays. Durant ses mandats, Kotcharian aura gagné cinq milliards de dollars rien qu’en violant ses pauvres. Aznavour le pragmatique, le lucide, l’efficace Aznavour, le compassionnel Aznavour a fréquenté pendant dix années le fossoyeur des Arméniens sans discontinuer, comme ça, à l’aveugle, pour «  être utile à son pays ». Que n’a-t-il coupé les ponts avec ce Kotcharian quand ses sbires ont assassiné Poghos Poghossian au restaurant Paplavok ? Que n’a-t-il forcé  le même Kotcharian à infléchir sa politique intérieure vers plus de social tandis qu’il déposait des aides européennes sur sa table ? Ne pouvait-il mettre sa voix dans la balance pour faire la morale à un président qui était plutôt enclin à l’instrumentaliser qu’à écouter ses doléances ? Dix années au service de l’Arménie qui n’ont servi à rien. Dix années de flatteries mutuelles, de courbettes, qui ont fait de la voix d’Aznavour une voix sans issue dans les changements nécessaires au pays. Dix années à s’acoquiner avec des politiques favorisant l’enrichissement des uns aux dépens du plus grand nombre par des moyens plus que douteux. C’est que maintenant, monsieur Aznavour, vous serez dans l’histoire celui qui par son silence, par ses fréquentations et par ses choix aura contribué à fragiliser l’Arménie. Car tout artiste qui se respecte ne serre pas la main sale d’un politicien sale. Et vous l’avez fait. Et en le faisant vous avez sali davantage ceux qui en Arménie ont faim et ont froid, faim de démocratie et froid de désespoir.

Qui plus est,  aujourd’hui  vous en remettez une couche en choisissant le côté du fléau Sarkissian. Aujourd’hui, tout en étant le représentant de l’Arménie en Suisse, votre voix se fait entendre pour dénoncer les dérives de la politique actuelle (maffia, émigration) tandis que la voix de la rue en Arménie gronde depuis plusieurs années pour les mêmes raisons. Pendant ces années, vous n’avez pas levé le petit doigt en faveur des indignés d’Arménie. Au contraire, vous avez accompagné, de près ou de loin, par votre engagement, votre silence ou votre sens de la réserve, ceux qui les ont matraqués, ceux qui ont frappé leur voix d’interdit. Et maintenant, voilà que vous y venez. Je veux bien croire que c’est pour une Arménie idéale que vous avez chanté devant le président arménien et le président français. Vingt ans, ça se fête ! Et vous avez raison de voir le verre à demi plein de l’Arménie indépendante plutôt que le même verre à demi vide d’une Arménie au bord du gouffre. Mais c’est ce même vide qui aujourd’hui vous indigne, vous fait peur, vous fait pousser des cris d’orfraie. Car ce vide, c’est la désespérance généralisée des Arméniens dont vous avez fêté en grandes pompes vingt années d’une existence libre. Mais quelle liberté quand ils étouffent et qu’ils doivent fuir le pays pour survivre !

Vingt années… Vingt années qui auraient pu faire de l’Arménie une Suisse du Caucase…

On peut toujours chanter.

4 octobre 2011

Programme littéraire à Valence et à Lyon

Filed under: APPEL à DIFFUSER,EVENEMENTS — denisdonikian @ 10:01


3 octobre 2011

Trois romanciers arméniens à la villa Gillet

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 3:17

Mercredi 19 octobre à 19h

Arménie-Arménies
La légende, le conte, le mythe et le roman
une rencontre proposée par le Centre National du Livre

avec

Viken BerberianDenis Donikian et Vahram Martirosyan


Avec un humour souvent ravageur, Viken Berberian, Denis Donikian

et Vahram Martirosyan abordent la littérature sous les angles de la fable,

de l’allégorie ou du fantastique. Ces écrivains illustrent la grande diversité

de la littérature arménienne contemporaine.

Rencontre animée par Alexis Lacroix, conseiller éditorial au Magazine Littéraire.


Toutes les informations
 sur le site du Centre National du Livre en 

cliquant ici

Et sur le site de la Villa Gillet en  cliquant ici 



À la Villa Gillet
25 rue Chazière – Lyon 4e
Gratuit /
Nous vous invitons à réserver vos places pour cette soirée :
> par téléphone au 04 78 27 02 48 (après 13h30)

> via le formulaire disponible sur le site internet de la Villa Gillet www.villagillet.net

> à l’adresse e-mail resa@villagillet.net

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