Ecrittératures

21 février 2012

In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan (1)

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 10:55

( photo Serge E. Durman)

*

In memoriam Bruno Hamazasp Sakayan, mort du sida à trente ans.
Ces poèmes furent écrits en juin 1996

1

Entre nous il y avait peu de paroles Nous ne respirions plus

les mêmes jours Mais la même lumière coulée de mots sauvages

Plutôt que le pays son peuple éperonnait ton existence

Il n’avait plus pour moi ce poids de dieu M’acharnant plutôt à m’en décaptiver

 

Que reste-t-il là où tu es si loin que tu sembles perdu

Peut-être me vois-tu en train d’écrire sur toi absent ces pages

Absent / errant autour de nous murés dans un feu d’impuissance

Que reste-t-il de tes dieux d’ici-bas par quoi tu voulais nous sauver

 

Trop tôt jeté sur la voie par père et mère qui n’ont pas su

reconnaître en toi-même l’idéal de tes rages

tu vécus pour écrire et pour t’illuminer de vrai

 

Car tu étais inconciliable avec les hommes convenus

Tu étais dans la vie ce qui passe à mes yeux un nuage

Pourtant ton mal je n’ai pas su le lire Dépatrié et souvent si peu gai

 

 

2

Tu m’es venu c’était un soir m’interroger

comme un auteur ( j’habitais sans alliance

ni fers à lyon un deux-pièces avec vue

sur église) réduit nuit et jour à son moi

 

Voilà qui était dur parler de soi partager

des chemins ruminer de vieux silences

maudissants Et tu notais bêtement sans effroi

rêves et rancunes qui font les passions noires et téméraires

 

J’avais raison ouverte et déjà commençais à juger

froidement mes paroles Je n’étais plus dans l’innocence

du peuple originaire : alors que toi …

 

J’étais dans l’inquiétude et me cherchais à dégager

Car après LE pays j’en connus d’autres et de plus denses

Et d’autres mots me ravissaient plus que ma voix

 

 

 

 

3

J’écris tout ça sans trop savoir comment

tu l’entendrais Toi le sautillant au style

inquiétant d’innocence et de malédiction

avec un rythme tout de joie mise en œuvre

 

Car c’était ça ta voix parler d’un certain châtiment

en lutin peu soucieux des imbéci

lités lyriques toujours en vague miroitant des fictions

si éthérées qu’on ne savait par quel chemin les prendre

 

En quoi nous n’étions pas évidemment

de même allure Tu courais comme un félin subtil

rêvant de trouver le temps par une action

 

contre la maudissure qui fit de nous injustement

des ingrandis dans l’histoire poids en pays d’exil

et vomis d’hommes sans rémission

3 commentaires »

  1. Ces lignes bouleversantes – ô combien – m’ont fait de suite songer à l’amitié d’Eugène Savitzkaya et d’Hervé Guibert – par delà l’urgence de l’inscription, la nécessité vitale d’une lumière, d’un chemin – entre acceptation et révolte, affirmation et fusion, l’exigence d’être soi – à la fois singulier et universel – aux prises avec la glaise et le rêve

    george

    Commentaire par george — 22 février 2012 @ 1:51 | Réponse

  2. Un frère de Bruno Hamazasp Sakayan: Vahan Tékéyan

    MOI J’ AI AIMÉ

    Moi j’ai aimé, mais aucun
    de ceux que j’ai aimés n’a su
    combien je l’ai aimé…
    Qui sait lire dans le cœur ?

    Mes plus grandes joies,
    Mes plus vifs chagrins,
    ceux qui les ont inspirés, hélas,
    ne me connaissent plus maintenant !

    Mon amour, semble-t-il, était ce fleuve,
    Dont le flot continu,
    Venait des neiges de la montagne,
    Et que la montagne n’a pas vu.

    Mon amour était, semble-t-il, cette porte
    Par où personne n’est entré.
    Couvert de fleurs,
    Mon amour était un jardin secret.

    Et si certains ont vu mon amour
    Dans le ciel infini,
    Ils l’ont vu comme une fumée,
    mais n’en ont pas vu le feu…
    ……………………………….

    Moi j’ai aimé, mais aucun
    de ceux que j’ai aimés n’a su
    combien je l’ai aimé…
    Qui sait lire dans le cœur ?

    Vahan TEKEYAN (1878-1945)

    Traduction Louise Kiffer

    Commentaire par Louise Kiffer — 22 février 2012 @ 7:43 | Réponse

  3. Trop jeune pour mourir . Beaucoup trop jeune . Tant de rèves dans un beau coeur qui viennent de s’éteindre . Merci à chacun pour ce bel hommage .

    Commentaire par Donig — 22 février 2012 @ 3:00 | Réponse


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