Ecrittératures

28 mars 2012

VIDURES sur RFI reportée au 24 juillet

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 1:11

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, l’émission EN SOL MAJEUR qui devait traiter de VIDURES est reportée au 24 juillet.

25 mars 2012

On ne badine pas avec l’armée

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 1:33

Comme l’Arménie appartient à une civilisation de l’écriture, que sa capitale a été désignée pour 2012  par L’UNESCO capitale mondiale du livre, elle a choisi cette année pour étaler au grand jour sa bêtise et porter sur la place publique ses vieux démons, à savoir sa haine de la culture vivante, de la culture de contestation, et de tous ceux qui remettent en cause les valeurs irrespirables de la grande patrie, à commencer par ses écrivains.

Après avoir augmenté le prix du livre, voilà qu’àprésent ce gouvernement s’en prend à la littérature. La police vient de convoquer dans ses bureaux le jeune Hovhannès Ishkhanian, auteur d’un recueil de nouvelles intitulé « Jour de démobilisation ». Il ne s’agit pas ici de juger de la qualité d’une œuvre mais du fait qu’un écrivain doive rendre des comptes sur ce qu’il écrit à des services qui sont les gardiens d’une culture dogmatique. L’Arménie serait-elle revenue au temps où sévissait la police politique et où l’on expédiait à la mort ou en Sibérie les esprits libres, trop libres ?

Le moins que l’on puisse dire, les nouvelles incriminées participeraient d’un climat de désespérance générale par les questions qu’elles posent et particulièrement sur l’ambiance délétère qui règne au sein de l’armée. «  Je me suis réveillé, écrit-il, et j’ai vu que je pleurais. Mais pourquoi tu pleures, me suis-je dit à moi-même ? Je pleure parce que j’accomplis mon service… » Voilà le genre de phrase qui vous casse le moral alors que l’armée arménienne doit montrer les dents face à un ennemi qui traque vos moindres faiblesses. De fait, Hovhannès Ishkhanian n’aura fait que restituer d’une manière romanesque son expérience militaire. Que demander de plus à un écrivain sinon de témoigner des pathologies de son peuple et de ses institutions ? Non pas pour démolir systématiquement ces institutions mais pour montrer qu’elles peuvent occasionner des souffrances inutiles. Et Dieu sait combien les soldats arméniens  sont souvent l’objet de chantage, de manipulations, de punitions absurdes : Il écrit : «  l’armée, où l’on peut te punir d’avoir enfreint aux règles, mais aussi te punir même de les avoir respectés ».  Ainsi, conscients de servir leur patrie, les jeunes recrues se trouvent parfois plongées dans un système qui n’a de compte à rendre à personne sous prétexte que le pays est en danger et que l’obéissance doit être totale. Il est vrai que le peuple arménien a tendance à oublier qu’il est en guerre et que la vigilance est de rigueur contre ceux qui visent à briser le courage des troupes. Mais dès lors qu’on permet à des écrivains d’exister et qu’on exalte le livre, on doit s’attendre à des conflits culturels entre l’esprit de liberté qui anime la création artistique et l’obéissance aux règles de la guerre.

Ainsi donc, faute de loi sur la censure, la police s’est adressée au ministère de la culture pour en trouver une visant à condamner l’auteur. Et quelle loi plus appropriée que celle portant sur la pornographie.

Il faut défendre l’écrivain Ishkhanian !

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Pétition :

L’écrivain Hovhannès Ishkhanian a été convoqué pour interrogatoire au titre de son ouvrage Le Jour de la démobilisation par la police militaire, puis par les services du commissariat de Kentron. D’après la police militaire, cet ouvrage de fiction « déforme la réalité, discrédite l’armée et outrage la religion et les mères arméniennes. »

Afin de donner un cadre juridique à leur approche, les autorités ont recouru à un article du Code Pénal et tentent actuellement de traduire en justice l’écrivain au titre de l’article 263 du Code Pénal, incriminant « le fait de diffuser des matériaux et des objets pornographiques ». L’ouvrage a été envoyé pour avis au Centre de Recherches sur les Valeurs culturelles du ministère de la Culture.

La littérature et les arts ne sont pas des « objets » relevant de la police et le pouvoir ne saurait rétablir les comportements de l’époque fasciste et stalinienne à l’égard de la littérature. Cette censure des autorités constitue une campagne visant non seulement les écrivains arméniens, mais aussi la littérature et l’art, la création et l’imaginaire, ainsi que les libertés fondamentales. S’il n’est pas mis un terme immédiat à ces pressions, le fait constituera un précédent à Erevan, capitale mondiale du Livre 2012, visant à censurer les éditeurs et les libraires, où des livres connus dans le monde entier sont vendus, lesquels ne sont pas du goût de certains officiels arméniens.

Nous ne permettrons pas à la police de plonger l’Arménie dans les ténèbres. Nous exigeons qu’il soit mis fin immédiatement aux persécutions contre Hovhannès Ishkhanian.

Si vous approuvez la présente déclaration, veuillez laisser votre nom.

PETITION

17 mars 2012

VIDURES sur RFI

Filed under: APPEL à DIFFUSER,TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 4:17

Denis Donikian

passera à l’émission EN SOL MAJEUR

sur RFI

le 24 juillet 2012 de 12 heures à 13 heures,

interrogé par Yasmine CHOUAKI sur sa double culture.

7 mars 2012

La Beauté

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 4:31
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Non ! Qu’on ne m’oblige pas à dire que la femme est l’incarnation de la beauté. Ou l’homme. Ou même les deux en un… Ce sont des beautés qui s’enlaidissent avec le temps, tellement que ça m’est insupportable. Rien de plus pathétique qu’une madone qui a pris de l’âge,  un athlète qui a pris du poids. A la longue, la peau se plisse, les seins se lassent, les graisses déforment les lignes… Car le temps, c’est brutal.

La beauté donc… Je vais vous dire ce que c’est. Et ce que je vais vous dire va vous étonner. D’ailleurs, vous n’êtes pas obligé de me croire. Mais attention, là aussi, ça va être du brut de brutal. Et pour ceux qui voudront bien me suivre, je vais les conduire au-delà des limites ordinaires de leurs pensées.

Pour cela, nous partirons du canard. Pour dire que  le canard mandarin est au canard laqué ce que Dieu est au genre humain. Pour l’homme, est beau ce qui se consomme. Ça répond aux instincts. Mais Dieu ne mange pas. Dieu est au-dessus de toute nécessité, tandis que cette même nécessité constitue pour l’homme sa propre cage. Le corps de l’homme lui est nécessaire. Sa voix aussi, pour communiquer. Ses doigts également, pour se nourrir, se vêtir, s’abriter. Et pour tant d’autres choses encore. Le canard mandarin devenu canard laqué montre alors qu’il a un corps, des ailes et des pattes palmées. Comme tous les autres canards de la création. C’est là son nécessaire pour vivre. Mais alors à quoi lui servent tant de couleurs et si bien agencées ? Dieu seul le sait. Car ces couleurs sont le pur produit du doigt divin. Quelque chose qui a été rajouté à la nécessité. Quelque chose en plus. Tant d’autres canards, tant d’oiseaux, tant de fleurs, tant d’animaux, ainsi touchés par le doigt de Dieu, ont quelque chose en plus.

(Ici, je formulerais deux remarques. La première est que  je dis Dieu, là où d’autres parleraient de Nature, d’évolution… Mais la suite va nous montrer que ces causes ont des limites. Ensuite, je concède que le plumage du Paradisier superbe mâle (Lophorina superba) est beau par nécessité. La nécessité de séduire la femelle. Mais même avec des couleurs moins somptueuses, il aurait trouvé le moyen de la sauter, histoire de perpétuer l’espèce.)

Le canard mandarin mâle est un tableau de plumes en trois dimensions. Il y a du cloisonné comme chez Gauguin, mais aussi des dégradés dignes de Turner. Les noirs se muent en rouge, les orangés sont infusés d’argent ou se noient paresseusement dans une nappe blanche qui semble naître d’un bec couleur carmin. Le jabot violacé… Des masses de beige et d’orange qu’on ne sait plus où sont les ailes… Si la femelle a moins de charme, elle est d’une élégance sobre, n’ayant que faire de s’attifer pour pondre et pour couver.

La voix chez l’homme lui sert à s’exprimer et à communiquer. Mais pas seulement. Quand Dzovinar M. demande une miche à sa boulangère, elle est dans la nécessité. Mais quand elle chante la berceuse extraite de l’Oratorio de Khatchatur Avétissian…   Elle est dans la beauté. Le pianiste se gratte l’oreille droite avec le petit doigt de sa main droite…  Mais quand ses doigts jouent la sonate au Clair de lune…

Ainsi, la beauté vient quand le corps transcende la nécessité. La beauté est au-delà du nécessaire. Et quand nous en aurons terminé avec la nécessité de manger du canard laqué, nous nous transformerons en canard mandarin. Au-delà du monde, où la nécessité n’existe plus, les formes seront plus que les formes,  nos sens seront plus que nos sens, la vie sera plus que la vie. Et moi je serai plus moi-même que moi.

Denis Donikian

5 mars 2012

Les Arméniens sont-ils des hommes ?

Filed under: ARTICLES — denisdonikian @ 3:25
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J’ai longtemps cherché le sens du malaise qu’avaient provoqué en moi  d’abord la saisine des députés contre la loi relative à la pénalisation de toute négation outrancière des génocides, puis son rejet par le conseil constitutionnel. Quel Arménien de France et d’ailleurs n’a été saisi d’effroi comme je l’ai été, sans pouvoir mettre un mot sur la chose même ? Quelque chose que les Arméniens traînent au fond d’eux–mêmes depuis plus d’un siècle et qui brusquement est revenu à la charge. Quelque chose qui serait devenu consubstantiel à leur mentalité. Ce sentiment diffus d’être des parias. De ces hommes que d’autres hommes refusent de reconnaître comme partie intégrante d’une même humanité.

Une humiliation noire à  la mesure de leur désir d’excellence dans tous les domaines. Histoire de montrer que les Arméniens aussi sont capables d’illustrer le génie humain. Comme aussi cette jouissance à révéler ces Arméniens qui ont « réussi », orgueil des pays d’accueil, même si leur nom ne porte pas la marque de leur origine.  Cette hâte à les dénicher, maintenant je la comprends. On s’acharne ainsi montrer que les Arméniens sont des acteurs vivants de toute civilisation. (Pour preuve, la récente publication à Erevan d’une étude de 700 pages, intitulée : « La contribution des Arméniens à l’empire ottoman »  par le professeur Hasmik Stepanyan).

Le mythe d’une égalité de traitement dans la Turquie ottomane est battu en brèche par le principe de dhimmitude qui y sévissait. Les Arméniens, en qualité de non-musulmans, étaient soumis à des règles discriminatoires. Celles-ci ont culminé avec l’obligation par les Turcs qu’ils avaient de se convertir, de changer de nom ou de disparaître dans la mort. Bref, de ne pas exister. La Turquie d’aujourd’hui ne s’est pas défaite de ses démons. Etre Arménien en Turquie est une injure en soi faite à la nation turque. Il n’est que de consulter les livres scolaires pour s’en persuader. Quant aux slogans anti-arméniens entendus ces jours-ci à Istanbul, autour de cette loi de pénalisation, ils montrent assez que la haine d’hier n’a rien perdu de sa vigueur. Une haine à l’image de l’amour que les Turcs se portent à eux-mêmes, et qui n’est que le symptôme d’une pathologie collective et contagieuse. Une haine qui s’apparente au langage commun d’une psychologie contaminée par une mémoire fondée sur le mensonge. (Même si quelques esprits, ici ou là, sortent la tête de cette eau saumâtre dans laquelle baigne la nation tout entière. Des esprits qui veulent respirer l’air d’une humanité retrouvée).  Mais comme la haine agit à la manière d’une hydre faisant fi de toute frontière, elle ne manque pas de contaminer aussi certains Arméniens ployant sous le poids d’une injuste malédiction et obligés à des réactions d’auto-défense, quitte à y perdre leur âme.

Aujourd’hui, tout le bruit et la fureur soulevés par la loi sur la pénalisation a transporté la haine contre les Arméniens jusqu’en France, le pays  où le génocide les avait obligés de se retrancher. La Turquie, se servant du fer de lance de ses expatriés,  est venue jusque dans les foyers de chaque Arménien, porter le message de ses mensonges et de sa haine traditionnelle. Elle est venue, dans les médias français, semer le doute sur le fait génocidaire, dire que ce qui a existé n’avait pas existé. Après la haine anti-arménienne par le sabre, la haine par l’imposture. Et pour atteindre son but, qui est de récuser toute dignité humaine aux Arméniens, la Turquie a usé de cette panoplie ordinaire de moyens dont elle a le génie, allant du chantage le plus menaçant à l’infiltration la plus sournoise. Le chantage aux intérêts commerciaux et industriels, l’infiltration au sein même de la classe politique. La conjonction de ces modes de pression a tellement bien réussi qu’elle a ajouté à l’humiliation exercée sur les Arméniens par la Turquie depuis cent ans, une humiliation plus inattendue, celle infligée par la France. Et qu’importe si l’actuel président de la République veut servir de rempart contre les agissements et les prétentions européennes de la Turquie. Sans même chercher à comprendre le fond du problème, noyant le poisson dans des considérations éloignées, pour ne pas dire étrangères, aux intentions européennes de cette loi, les parlementaires, auteurs de la saisine, et les membres du Conseil constitutionnel, en agissant au nom d’intérêts purement nationaux ou de principes aussi abstraits qu’abscons, ont dit aux Arméniens de France qu’ils n’étaient pas français, et à l’instar des Turcs, qu’ils n’étaient pas des hommes.

Denis Donikian

A lire également : Le Conseil Constitutionnel a décidé de rendre le négationnisme licite de Louise L. Lambrichs.

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