Ecrittératures

25 mars 2012

On ne badine pas avec l’armée

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 1:33

Comme l’Arménie appartient à une civilisation de l’écriture, que sa capitale a été désignée pour 2012  par L’UNESCO capitale mondiale du livre, elle a choisi cette année pour étaler au grand jour sa bêtise et porter sur la place publique ses vieux démons, à savoir sa haine de la culture vivante, de la culture de contestation, et de tous ceux qui remettent en cause les valeurs irrespirables de la grande patrie, à commencer par ses écrivains.

Après avoir augmenté le prix du livre, voilà qu’àprésent ce gouvernement s’en prend à la littérature. La police vient de convoquer dans ses bureaux le jeune Hovhannès Ishkhanian, auteur d’un recueil de nouvelles intitulé « Jour de démobilisation ». Il ne s’agit pas ici de juger de la qualité d’une œuvre mais du fait qu’un écrivain doive rendre des comptes sur ce qu’il écrit à des services qui sont les gardiens d’une culture dogmatique. L’Arménie serait-elle revenue au temps où sévissait la police politique et où l’on expédiait à la mort ou en Sibérie les esprits libres, trop libres ?

Le moins que l’on puisse dire, les nouvelles incriminées participeraient d’un climat de désespérance générale par les questions qu’elles posent et particulièrement sur l’ambiance délétère qui règne au sein de l’armée. «  Je me suis réveillé, écrit-il, et j’ai vu que je pleurais. Mais pourquoi tu pleures, me suis-je dit à moi-même ? Je pleure parce que j’accomplis mon service… » Voilà le genre de phrase qui vous casse le moral alors que l’armée arménienne doit montrer les dents face à un ennemi qui traque vos moindres faiblesses. De fait, Hovhannès Ishkhanian n’aura fait que restituer d’une manière romanesque son expérience militaire. Que demander de plus à un écrivain sinon de témoigner des pathologies de son peuple et de ses institutions ? Non pas pour démolir systématiquement ces institutions mais pour montrer qu’elles peuvent occasionner des souffrances inutiles. Et Dieu sait combien les soldats arméniens  sont souvent l’objet de chantage, de manipulations, de punitions absurdes : Il écrit : «  l’armée, où l’on peut te punir d’avoir enfreint aux règles, mais aussi te punir même de les avoir respectés ».  Ainsi, conscients de servir leur patrie, les jeunes recrues se trouvent parfois plongées dans un système qui n’a de compte à rendre à personne sous prétexte que le pays est en danger et que l’obéissance doit être totale. Il est vrai que le peuple arménien a tendance à oublier qu’il est en guerre et que la vigilance est de rigueur contre ceux qui visent à briser le courage des troupes. Mais dès lors qu’on permet à des écrivains d’exister et qu’on exalte le livre, on doit s’attendre à des conflits culturels entre l’esprit de liberté qui anime la création artistique et l’obéissance aux règles de la guerre.

Ainsi donc, faute de loi sur la censure, la police s’est adressée au ministère de la culture pour en trouver une visant à condamner l’auteur. Et quelle loi plus appropriée que celle portant sur la pornographie.

Il faut défendre l’écrivain Ishkhanian !

———————–

Pétition :

L’écrivain Hovhannès Ishkhanian a été convoqué pour interrogatoire au titre de son ouvrage Le Jour de la démobilisation par la police militaire, puis par les services du commissariat de Kentron. D’après la police militaire, cet ouvrage de fiction « déforme la réalité, discrédite l’armée et outrage la religion et les mères arméniennes. »

Afin de donner un cadre juridique à leur approche, les autorités ont recouru à un article du Code Pénal et tentent actuellement de traduire en justice l’écrivain au titre de l’article 263 du Code Pénal, incriminant « le fait de diffuser des matériaux et des objets pornographiques ». L’ouvrage a été envoyé pour avis au Centre de Recherches sur les Valeurs culturelles du ministère de la Culture.

La littérature et les arts ne sont pas des « objets » relevant de la police et le pouvoir ne saurait rétablir les comportements de l’époque fasciste et stalinienne à l’égard de la littérature. Cette censure des autorités constitue une campagne visant non seulement les écrivains arméniens, mais aussi la littérature et l’art, la création et l’imaginaire, ainsi que les libertés fondamentales. S’il n’est pas mis un terme immédiat à ces pressions, le fait constituera un précédent à Erevan, capitale mondiale du Livre 2012, visant à censurer les éditeurs et les libraires, où des livres connus dans le monde entier sont vendus, lesquels ne sont pas du goût de certains officiels arméniens.

Nous ne permettrons pas à la police de plonger l’Arménie dans les ténèbres. Nous exigeons qu’il soit mis fin immédiatement aux persécutions contre Hovhannès Ishkhanian.

Si vous approuvez la présente déclaration, veuillez laisser votre nom.

PETITION

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7 commentaires »

  1. Inutile d’ajouter quoique ce soit à l’article de Denis. Je partage totalement. et signerai la pétition partant de France.
    Varavara

    Commentaire par Vivi Basmadjian — 25 mars 2012 @ 10:06 | Réponse

  2. Si je devais écouter mon coeur et dire ce que je pense des dirigeants d’Arménie, je devrais inventer les mots, car rien dans notre vocabulaire n’est assez fort pour exprimer ma déception et ma douleur. Comme dit Vivi Basmadjian, il n’y a rien à ajouter à l’article de Denis et je signerai aussi. Les valeurs du Christianisme en Arménie commencent sérieusement à se faire la malle. Bientôt nous ressemblerons à ces pays oubliés de Dieu et par conséquent des Hommes.

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 25 mars 2012 @ 11:38 | Réponse

  3. J’ai signé la pétition

    Commentaire par Louise Kiffer — 26 mars 2012 @ 1:51 | Réponse

  4. Chers tous , j’ai aussi signé la pétition dés sa réception . Donig .

    Commentaire par Donig . — 27 mars 2012 @ 4:02 | Réponse

  5. Je signe au nom de la liberté d’expression et contre le totalitarisme institutionnel.

    Commentaire par Albert Antranik — 27 mars 2012 @ 5:43 | Réponse

  6. […] des Arméniens et les conditions économiques de ses camarades de combat. C’est le jeune auteur Hovhannès Ishkhanian harcelé par la police de son pays à cause de son recueil de nouvelles Jour de démobilisation. […]

    Ping par Entretien autour d’une décharge. Arménie (7) | Ecrittératures — 12 novembre 2015 @ 8:55 | Réponse

  7. […] Hovhannès Iskhanian « Jour de démobilisation » a provoqué lors de sa parution en 2012 ( voir ICI). De fait, la société arménienne la plus avant-gardiste est déchirée entre les impératifs de […]

    Ping par Grandeur et misère des intellectuels arméniens (2) | Ecrittératures — 31 décembre 2017 @ 8:06 | Réponse


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