Ecrittératures

1 mai 2013

La double peine du génocide

Filed under: ARTICLES,CHRONIQUES à CONTRE-CHANT,Denis Donikian m'agace — denisdonikian @ 8:04

Vahan Markarian 1

Dessin de Vaham Markarian

*

Le 24 avril dernier, anniversaire de mort et de mémoire pour tous les Arméniens, j’étais invité avec Sèda Mavian par l’Association Suisse-Arménie (ASA) à évoquer les problèmes que traverse notre petit pays bien-aimé et ses rapports avec notre continent diasporique. La gravité de la situation exigeait d’abandonner la langue de bois et d’étaler au grand jour les atteintes aux droits humains qui chambardaient le peuple et le rendaient enclin à quitter le pays. J’avais l’habitude d’émettre pareilles acrimonies, ma rengaine lyrico-critique depuis plus de dix ans était bien rôdée. Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction d’entendre le religieux de la paroisse (la réunion avait lieu dans les sous-sols de l’église), homme d’évangile compassionnel comme je le supposais, renchéchir sur les récriminations d’un laïc pour dire que le jour était vraiment mal choisi, jour de deuil national non de lessive en famille. C’était dire dans le fond que ce n’était pas le jour de toucher au sacré nom d’Arménie en évoquant les injustices et les souffrances qu’enduraient les Arméniens. Tétanisé par cette admonestation plus terrestre que céleste, et sans vouloir mettre en avant mes révérences quasi fétichistes envers nos morts de 1915, je n’ai pas jugé utile sur le coup de répliquer au berger noir des ouailles helvétiques par les paroles du Christ selon lesquelles il faut laisser les morts enterrer leurs morts et répondre à l’urgence ( en l’occurrence, celle de la Bonne Nouvelle). Or, ce soir-là, avec Sèda Mavian, nous avions exposé tout un argumentaire pour réveiller les consciences et les rendre sensibles au désastre humanitaire, à la catastrophe démocratique et au suicide démographique que devait affronter l’ensemble du peuple arménien.  Un coup d’épée dans l’eau pour Séda Mavian. Et quant à moi, pour parler plus dru, j’avais pissé dans un violon.

Or, à bien lire les nouvelles qui tombent en cette année 2013, entre le 24 et le 30 avril, je constate  que le peuple arménien est moins que jamais épargné par la flagrante contradiction qui consiste à enterrer ses morts tout en faisant fi de ses vivants. En effet, d’un côté des commémorations commémorationnistes dont toutes les villes de France, de Navarre et du monde, sont coutumières ( avec Istanbul en cerise sur le gateau),  et de l’autre des titres à vous écoeurer le moral : « Près de 500 citoyens quitteraient l’Arménie chaque jour selon le député Aram Manoukian », « L’Arménie fait fuir ses habitants » ( ce dernier article évoquant le cas d’un policier arménien qui aurait fui son pays avec sa famille pour avoir refusé d’installer des micros dans les appartements de Levon Ter-Pétrossian, opposant notoire et premier président du pays).

Voilà qui donnait matière à réflexion.

*

Le monde est ainsi fait que rien de ce qui est humain n’échappe au système paradoxal de sa réalité. Quand vous croyez l’avoir compris en ayant réussi à enfermer une vérité dans un mot ou dans une formule, voilà qu’il vous sort par-dessous les fagots d’autres visages de cette même vérité. Ainsi, le monde humain est à ce point complexe qu’il invente sans cesse des ruses contre les hommes pour renouveler les formes de ces cruautés qu’ils croyaient avoir jugulées. La moindre faille dans leur vigilance et c’est un déluge qui surgit devant eux et qui mettra des années avant de dire son véritable nom . On a cru légiférer contre l’esclavage et l’esclavage a retrouvé d’autres chemins. On croyait nourrir ceux qui avaient faim, et voilà que d’autres faims font mourir d’autres hommes.  On a nommé le génocide pour le condamner, et il resurgit sous d’autres masques, d’autres vocables comme celui de génocide blanc.

Les Arméniens se disaient que l’histoire avait déjà bu tout leur sang et qu’elle n’oserait pas revenir pour les dévorer une fois de plus. Mais en ayant perdu un tiers de sa population en vingt ans d’indépendance, l’Arménie se retrouve confrontée à une tragédie approchant celle de 1915, si l’on envisage le phénomène en termes de dispersion et d’assimilation dans des pays tiers. Les paramètres changent, les circonstances varient, les bourreaux ne sont pas les mêmes, mais le résultat est identique. En ce sens, on doit reconnaître que l’Arménie est en train d’ajouter aujourd’hui du suicide national au génocide historique d’hier. Aujourd’hui, de sourdes migrations, lentes et inexorables, entaillent et entament le peuple arménien.  Hier à marche forcée, les Arméniens étaient  voués à la mort par le fer ou la famine, aujourd’hui, volontaire et désabusée, leur fuite les voue à une dissolution totale à plus ou moins long terme dans les bonheurs désuets des patries démocratiques. Diaspora historique hier, diaspora économique et politique aujourd’hui.  Répétons-le : depuis son indépendance, si l’on s’en tient aux dires d’un député de l’opposition, l’Arménie est en passe de perdre en citoyens l’équivalent des disparus de 1915. Aujourd’hui,   l’histoire d’un peuple qui renaît toujours de ses cendres n’a jamais été aussi proche du mythe  tellement sont mûres les conditions d’une seconde catastrophe. Une catastrophe sournoise comme l’effet pervers d’une dépression morale collective tant en Arménie qu’en diaspora en raison même d’une perte de confiance, d’un sentiment d’impuissance accru, d’un sauve-qui-peut désespéré.

*

Les mécanismes qui président à cette perte catastrophique avancent tellement masqués qu’ils échappent à l’attention générale et écrasent les meilleurs esprits sans crier gare.

De fait, l’emprise d’un génocide est telle qu’après les vivants d’hier, il emporte les vivants d’aujourd’hui. Pris dans la tourmente de sa négation, ceux-ci n’ont d’autre but que de vouloir réparer le grand dérangement causé par le coup de botte fasciste flanqué au mode de vie des Arméniens. La diaspora pouvait-elle faire mieux que ce qu’elle a accompli en cinquante ans de lutte pour la reconnaissance du génocide et la reconstitution de la nation ? Après s’être remis peu à peu de leur exil, après avoir retrouvé des valeurs anciennes et établi des repères nouveaux, impliqué leur vie dans leur pays d’accueil, les Arméniens ont commencé à parler, à écrire, à revendiquer. Mais plus ils parlaient, plus ils écrivaient, plus ils revendiquaient et plus les responsables directs et indirects de leur éradication entraient dans le silence buté de la falsification. Dès lors, l’obstination des bourreaux n’a eu pour d’autre effet que de décupler l’obstination des victimes. Même si des brèches s’ouvrent ici ou là au sein de la société civile turque, le mur de la négation continue de faire front à  l’idéologie arménienne de la reconnaissance.

De fait, cette stratégie de la négation à tout prix a pour conséquence de durcir les revendications des Arméniens, forcés qu’ils sont de les tenir pour l’élément clé de leur identité. Or, depuis cinquante ans que se multiplient les manifestations, les expositions, les livres, les mentalités tournent autour de ce trou sombre qui creuse l’âme arménienne de la diaspora, à savoir le trou de la mort et de la mémoire. Il suffit de voir quel genre de manifestation produit les plus grands rassemblements, quel genre d’exposition attire les foules, quel genre de livre s’écrit le plus et s’achète encore au sein de la communauté arménienne pour s’en persuader. Tout, absolument tout, porte sur l’histoire. L’histoire encore,  toujours l’histoire, l’histoire jusqu’à l’écœurement.  Au point que l’Arménien de la diaspora s’est construit un cerveau gangréné par la nostalgie, creusé par la perte, tourné vers le passé. Une pathologie qui a radicalement orienté sa pensée vers des temps révolus qu’il peine à vouloir ressusciter par ses livres ou par sa langue au détriment de son développement actuel. Déshumanisé hier, victimisé aujourd’hui, l’Arménien a misé toute son énergie sur la récupération de son humanité perdue, quitte à s’amputer de toute vision actuelle de l’histoire. Or l’état présent du peuple arménien a beau être criant de souffrance et d’injustice, l’Arménien de la diaspora ne l’entend que d’une oreille. Il couvre les cris et les crises de ses dons en espèces croyant soulager des plaies et promouvoir une démocratie saine, mais le mal continue dans la mesure où il se désintéresse de l’abîme réel où le pouvoir plonge le pays. La diaspora est en droit de s’interroger sur l’efficacité des aides généreuses et périodiques des phonétons, alimentées par les sacrifices des petites bourses de la diaspora, quand elle sait qu’elles n’auront pas empêché 50 000 Arméniens, dont 90% sont des femmes, d’aller faire les esclaves chez leurs anciens bourreaux. Quand elle apprend que le second président ose quitter le pouvoir avec 4 millards de dollars après avoir défiguré le centre ville de Erevan de constructions spéculatives sans avoir pu loger correctement les sinistrés du nord. Que le chef spirituel de « tous les Arméniens » se soucie davantage de construire des églises que de créer des restaurants pour les pauvres. Quand cette même diaspora constate que ses « représentants » ferment les yeux sur une émigration incessante et un système politique manifestement corrompu, réclament à cor et à cri le respect du droit aux Turcs et se taisent sur les flagrantes injustices qui gangrènent l’Arménie.

C’est dire que l’effet pervers de la lutte acharnée pour la reconnaissance du génocide est d’avoir laissé se développer une situation dramatique qui pèse lourd sur le destin du peuple arménien. Au point que les Arméniens qui perdent de plus en plus les raisons de s’aimer en tant qu’Arméniens cherchent à s’aimer comme ressortissants d’autres pays en pratiquant l’émigration à tout prix.

Une culture de mémoire et de mort, voilà ce qu’a fait de nous le génocide.

Denis Donikian

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18 commentaires »

  1. Denis jan en espagnol on dit: « te quiero mucho » quand on trouve une liaison tellement fort que les mots deviennent inutiles. Tout à fait d’accord avec toi, il faut être courageux pour le dire, et tu as le courage!!!

    Commentaire par Ana Arzoumanian — 1 mai 2013 @ 8:23 | Réponse

  2. La Turquie ne s’est jamais frotté les mains, en disant ça y est, on s’est débarrassé des Arméniens.
    Dès 1918, les responsables se sont enfuis en Allemagne avec un but : finir le travail commencé
    Ils avaient déjà préparé des plans pour pourchasser les ‘restes de l’épée’ là où ils s’étaient réfugiés.

    Aujourd’hui, avec la fermeture des frontières et l’alliance avec l’Azerbaidjan, ils continuent d’une autre
    façon à affamer le peuple arménien. Mais le besoin de vivre des Arméniens est plus fort que tout. ‘Je plie
    mais ne romps pas’. Leurs gouvernements sont aussi impuissants que l’étaient les Catholicos d’autrefois.

    Les diasporas seront notre seconde patrie. Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

    Louise

    Commentaire par Louise Kiffer — 2 mai 2013 @ 7:46 | Réponse

  3. Les Arméniens de la Diaspora doivent cesser d’aider le Gouvernement corrompu d’Arménie et de ses oliguarqies, et orienter leurs dons plutot au Karabagh et au Javakh ou les Arméniens luttent pour leurs survis et non pas pour s’enrichir sur leurs propres souffrances, seulement de cette façon, les mafieux d’Arménie pourront comprendre qu’ils sont en train de perpetrer un Génocide blanc et arreter leurs méfaits.

    Commentaire par Marco Cancian — 2 mai 2013 @ 10:07 | Réponse

  4. La première réaction diasporique à la quelle j’ai assisté et participé fut lors du tremblement de terre en Arménie et toute la mobilisation spontané qu’en à suivie puis… viens l’indépendance de l’Arménie…, puis les premiers Arméniens d’Arménie la super diaspora que nous avions commença à ce disloquer…, « pour quoi vous venez ici…, restez chez vous…! » les hays
    n’était pas prés et ils ne le sont toujours pas d’ailleurs…, se sont le Secours Populaire et bien d’autres entités bien françaises qui s’occupent…!, les associations arméniennes restent en majorité sur leurs acquis du passée tant en fonctionnement que sur leurs pensée…!
    L’Arménie elle est sur l’emprise du mode de pensée des russes omniprésents à tous les niveaux de la société…!
    Lors de mon premier voyage un garçon de 11 ans me demanda si j’aimais sa ville de Yerevan (Erevan) devant ma réponse nuancé il ma dit « donnez nous de l’argent et vous verrez comment cette ville seras meilleure…! Deux ans après je suis invité par la radio locale et… même question…! évidant qu’ils posent cette question (j’étais invité par la « Ministre de la Diaspora » pour les rencontres pan-arméniennes des Architectes), ma réponse plus tranché surpris mon auditoire sur tout quand j’ai ajouté qu’eux les habitants de cette ville n’aimais pas celle-ci…!!!? là, j’ai expliqué les raisons et… ils ont « compris » que, c’est vrais qu’au delà de l’argent, c’est étais plus sur le comportement responsable de chaque arménien que la notion de belle ville pouvez se jouer…!
    Devant la complexité politique de la diaspora, au frontières et à l’intérieur de l’Arménie, s’ajoute une autre complexité sociétale et économique dévastatrice car le monde de communication dans le quelle nous vivons fait que tout doit être résolu très vite et bien, si non, nous construisons plus sur la notion de patience qu’est le temps. Aujourd’hui l’arménien veut construire son lendemain en prenant exemple sur des modèles « in » pseudo americano-européenes et n’hésitent plus à aller vers ses pays croyant à une vie plus radieuse ! on ne peut les blâmer…
    Bref tous çà pour dire qu’en effet le génocide continu de la manière la plus sournoise qu’il soit : transparent, inodore, indolore, coulant comme l’eau…, malgré les barrages que nous avons depuis bâti pour la reconnaissance l’eau coule encore et encore creusent avec le temps un sillon encore plus profond.
    Moi être d’accord aussi avec Luise, Ana et Denis…

    Leonardo

    PS: question…, depuis quand nous pouvons prétendre à la mémoire de quelque chose dont on nous nie celle-ci? Avec quelle force d’argument je peut dire… mes aïeux ont existé quand en face « l’officiel argument d’état » répond que non?
    Comment dans se cas je peut appeler un monument « Mémorial »?, alors qu’il s’agit plus d’un monument de revendication, de reconnaissance, de rappel à une justice humaine, de…, mais pas de « mémoire constitué, accepté de tous? »
    Les lyonais ne voulait pas un « mémorial » place Antonin Poncet car ils disait avec justesse que ce lieux n’était pas propice au recueillement…!!!¡¡¡!¿?! Bien sur mais…, ce lieux et propice pour une revendication à porté universelle qu’est celle des reconnaissances…, et à moi d’avouer que j’aurais tellement voulu pouvoir faire acte de deuil, et pouvoir avoir un lieux de recueillement comme eux!

    Commentaire par Leonardo — 2 mai 2013 @ 12:37 | Réponse

  5. Je viens de l’écrire pour la photo d’Istanbul : l’œuvre destructrice est inachevée, avortée.
    Ceci rejoint l’avis de Louise.
    Pourtant, ce qu’écrit Denis est un sentiment que je partage avec une vision moins sévère mais tout aussi désespérée.
    Le contexte d’existence de ce pays a de quoi expliquer cette hémorragie populaire.
    Et en regardant d’un peu plus haut, on pourrait l’imaginer comme une base avancée de l’ancien empire soviétique.
    Un pion sur l’échiquier caucasien. N’oublions pas que les soviets n’ont pas hésité à « épauler » Atatürk face aux anglais et français.
    Alors, que l’Arménie soit pressée comme un citron de l’intérieur comme de l’extérieur… « kim kimé » comme disait mon grand-père turcahoss.
    Nous sommes peu, mais existons sous différentes formes culturelles et géographiques.

    Le génocide a fait de nous des êtres universels de la trempe du roseau qui plie mais ne rompt pas, une sorte de chiendent utile à l’humanité.
    Dans quelques siècles, nous serons (re)connus comme une civilisation renommée à l’instar de celle des Mayas.

    Commentaire par antranik21a — 2 mai 2013 @ 3:03 | Réponse

  6. Blocus :

    – étymologie : du moyen néerlandais blochuus (fortin)
    – définition Larousse : Investissement d’une ville, d’un port, d’une position, d’un pays pour lui couper toute communication avec l’extérieur.

    Comme il y a les génocides blancs (génocide mémoriel, par ex.), il y a les blocus blancs, invisibles, et pourtant bien réels :
    tabous historiques, manipulation de l’histoire, semblant de démocratie, instrumentalisation du chômage… Et là l’Arménie n’est pas tout à fait isolée.

    Ce qui n’excuse rien.

    Commentaire par george — 2 mai 2013 @ 3:11 | Réponse

  7. Ce qui se passe en Arménie est très grave mais est-ce seulement la faute du gouvernement Sarkissian, des « voleurs » il y en a dans tous les pays, même dans l’hexagone mais les gens ne la quittent pas. Il faut absolument que l’Europe aide la petite Arménie à se démocratiser, à penser à ses citoyens. Comment y arriver? Il ne manque pas de juristes, de politiques, d’économistes, d’avocats d’origine arménienne de par le monde pour aider le peuple arménien. Comment contrôler ce gouvernement et éviter l’hémorragie. L’Europe ou les USA ne peuvent-elles pas contrôler ce qui se passe à Erevan? Franchement, le ministère de la Diaspora a son mot à dire, à quoi sert-il? . Il faut donner de l’espoir à cette belle jeunesse arménienne, aider les familles par des allocations, en tous genres, comme en France. Il faut continuer ce combat et faire des réunions dans toutes les villes de France pour mobiliser les gens. On ne peut pas rester les bras croisés. Comment font les Juifs? Vous êtes un vrai arménien et votre article m’a bouleversée. Appelez ce brave curé pour lui proposer une autre réunion, pour laver le linge sale et le rendre blanc comme la neige de l’Ararat.

    Commentaire par jacqueline-mireille bulbulian — 2 mai 2013 @ 3:25 | Réponse

    • Faut-il demander à l’Europe de faire ce que nous sommes incapables de faire nous-mêmes ? L’Europe envoie assez d’argent pour enrayer l’exode démographique. Je regrette de constater que les commentateurs de mon article se défaussent sur des raisons x ou y et négligent le problème que je dénonce : à savoir que la diaspora doit peser sur le gouvernement arménien pour dire : ça suffit ! Mais nos pseudo-dirigeants n’ont pas assez de « couilles » pour le faire. Ils savent pleurnicher sur leur génocide en réclamant justice tandis qu’en Arménie les souffrances sont énormes et les entorses au droit flagrantes depuis vingt ans. Qu’attendez-vous, merde ?

      Commentaire par denisdonikian — 2 mai 2013 @ 3:40 | Réponse

  8. Bien d’accord avec toi Denis lorsque tu fustiges les dirigeants de ce malheureux pays, ils n’en reste pas moins qu’ils en sont tous issus , et sont tous à l’image de ses habitants, restés homo soviéticus en quelque sorte, adeptes du système D, chapardeurs, individualistes incorrigibles, sans aucune conscience civique…
    Et je ne suis pas plus indulgent pour ces imbéciles qui fuient le pays, pour grossir la cohorte des laissés pour compte de l’humanité entière, préférant la relégation au statut de mendiant à l’épanouissement par le travail.
    Ils sont tous à mettre dans le même sac, en premier lieu les dirigeants qui permettent le pillage des maigres ressources du pays pour les brader, plutôt que d’encourager la création de richesses par leur transformation, et développer une industrie moderne ( informatique , téléphonie….)
    Pas d’accord avec toi cependant lorsque tu écris « l’histoire encore,  toujours l’histoire, l’histoire jusqu’à l’écœurement. »
    Au contraire l’homme n’existe que s’il s’inscrit dans une histoire et une mémoire.
    Sans passé pas d’avenir, celui qui n’a pas de racines est déjà dans le néant de l’assimilation, avec un modèle dépersonnalisée du mouton dans le troupeau mondialisé, conditionné par les médias pour la seule consommation.
    C’est précisément parce que nous avons perdu les valeurs qui ont fait la grandeur de l’Arménie, que le pays est en déperdition après 20 ans d’indépendance.
    20 ans le temps qu’il a fallu à l’Allemagne, le Japon, la Corée , pour redresser un pays en ruine et le porter aux premiers rangs. A Israël pour transformer un désert en un pays prospère. Tous ces pays comme l’Arménie ne disposaient pourtant pas de richesses naturelles, certes ils disposaient d’un accès à la mer , mais cela n’explique pas tout.
    Tant que l’intelligence ne sera pas plus valorisée que la richesse, ce malheureux pays n’aura aucun avenir.

    Commentaire par sam — 2 mai 2013 @ 3:47 | Réponse

    • Voilà encore un Sam Tilbian qui ratiocine et qui détourne mon article de son objet, malgré tout le respect que je lui dois.
      Tout d’abord, je ne crache pas sur ceux qui quittent le pays, car j’en aurais fait autant, et toi de même, ne serait-ce au moins que pour sauver mes enfants du merdier arménien. Ces femmes qui se font ménagères en Turquie ont certainement des raisons de le faire et qui sont respectables.
      Par ailleurs, mon cher Sam, tu sais très bien que je ne crache pas sur l’histoire puisque j’ai écrit sur mon blog du Monde plus de 300 fiches consacrées au génocide arménien. Essaie de bien me lire. Je dis que le génocide a fait de nous des passéistes, ce qui a eu pour conséquence de nous aveugler sur des problèmes nationaux aussi importants aujourd’hui qu’ils l’étaient hier. C’est l’excès d’histoire qui tue l’activité politique se rapportant aux urgences du présent.
      Quant aux valeurs des Arméniens , laisse-moi rire. Depuis le temps que je les cherche je ne les trouve pas. Cette idée des valeurs, c’est ronflant mais c’est totalement vide. Donne-moi des valeurs spécifiquement arméniennes que je puisse les mettre en pratique. Moi je te donnerai des contre-valeurs typiquement arméniennes.
      Certes l’Arménie n’a que vingt ans d’âge, l’Arménie vit sous le joug russe, mais est-ce ce qui empêche l’Etat arménien d’acheminer le gaz dans un village comme Tatev par exemple pour que les gens évitent de couper le bois des alentours ? Est ce aussi ce qui empêche ce même gouvernement d’envoyer des étudiants en médecine dans ce même village pour aider les gens à résoudre leurs problèmes de santé ? Ou a analyser l’eau d’un village comme Aghvani où les gens meurent d’un même cancer depuis des années ?
      C’est que, vois-tu, chez Sam, quand toi tu penses Arménie, moi je pense Arméniens. Cherche la différence.
      L’Arménie n’a pas d’excuses car l’Europe l’aide à devenir une démocratie alors que les démocraties européennes ont dû se débrouiller toutes seules.
      Seulement, mon cher Sam, encore une fois, tu te défausses allègrement en évitant de pointer du doigt nos chefs de la diaspora qui sont respectables quand ils se battent pour la reconnaissance du génocide mais plus bas que tout quand il s’agit de signifier leur désaccord avec un gouvernement arménien manifestement dangereux pour la nation arménienne. C’est bien, dans le fond, continuons comme ça.

      Commentaire par denisdonikian — 2 mai 2013 @ 4:11 | Réponse

  9. Je me suis évertuée, avec ma petite voix, à la faire entendre en clamant sur tous les tons, il y a quelque temps, qu’il fallait OBLIGER LE FONDS ARMENIEN QUI RECUEILLE DES FORTUNES, A FAIRE PRESSION SUR LE GOUVERNEMENT PAR UN CHANTAGE AU FRIC : TU VEUX LA MANNE DIASPORIQUE ? OUI ? ALORS FAIS D’ABORD TOUTES LES ACTIONS UTILES POUR AIDER LE PEUPLE PAR TOUS LES MOYENS : LE TRAVAIL (en supprimant les honteux bakchichs et les passe-droit ), L’ECOLE (où se pratique aussi le même type de privilège),LE « VIDJAG » DE NOS VIEUX, L’AGRICULTURE DES ZONES RURALES LES PLUS RECULEES ABANDONNEES A ELLE-MEME, ETC…Pourquoi le Fonds arménien s’obstine-t-il dans son système – est-ce si difficile à exiger : DONNANT-DONNANT ! Et nous les donateurs, nous pourrions faire le même chantage au Fonds arménien pour le mettre au pied du mur : tu veux nos dons ? Oui ? Alors fais ton boulot auprès de Sarkissian et consort – Alors seulement, nous enverrons la manne ! NE ME DITES PAS QUE CE N’EST PAS CHOSE POSSIBLE ? Bougez-vous les Hays ! PLUS TARD ? ce sera TROP TARD !
    MERDE ALORS !

    Commentaire par Dzovinar Melkonian — 2 mai 2013 @ 4:43 | Réponse

    • Tout à fait d’accord avec toi Dzovinar !
      Il faut que les divers organismes de la diaspora déversant leurs fonds puissent les maîtriser si ce n’est en totalité, du moins avoir un droit de regard et de décision sur place.
      Je comprends la colère des uns et des autres devant ce gâchis (presque) organisé.
      Des ressources, il y en a toujours à condition de les mettre en valeur.
      Après tout, il y a d’autres pays sans accès à la mer mais voila, celui-ci est coincé entre deux frontières fermées et deux autres limitées.
      Cela nous fait mal quelque part et on attend un miracle…

      Commentaire par antranik21a — 2 mai 2013 @ 7:43 | Réponse

  10. Enrayer l’émigration ? Rompre avec les pratiques claniques ? Assurer les bases (au moins) d’un Etat de droit ? Assurer une vraie représentation des citoyens avec des contre-pouvoirs légaux ? Promouvoir une économie de type coopérative, mutualiste, éco-responsable ?

    La solution est pourtant connue depuis longtemps : une bonne cure helvétique !
    http://www.presseurop.eu/fr/content/article/3735431-une-bonne-cure-de-suisse-pour-l-europe

    Mais les classes/castes dirigeantes l’accepteront-elles ? Et les masses éduquées à la passivité et à la soumission y sont-elles prêtes ?

    Problème qui ne se pose pas seulement en Arménie. Loin s’en faut.

    Commentaire par george — 2 mai 2013 @ 5:01 | Réponse

  11. J’ajoute : une bonne cure helvétique, mais sans les paradis artificiels (fiscaux, précisons)… Et c’est là où ça se complique.

    En quoi les Arméniens peuvent-ils être suisses, finalement ?

    Գիւղը կանգնի՝ գերան կը կոտրի:

    (l’union fait la force)

    Mais comme l’union est utopique, que faire ?

    Գուցէ ուզեցաւ իրեն գցի հորը, դու էլ կը՞ գցես:

    (halte aux moutons de Panurge !)

    Commentaire par george — 2 mai 2013 @ 10:12 | Réponse

  12. Ce n’est ni à l’Europe, ni à l’Occident, ni même à la France de se mêler des affaires arméniennes. Nous donnons d’ailleurs à cet égard un bien triste visage au monde. Le bébé malade du Caucase… ou le bébé mort-né… Triste visage aussi que celui de nos commémorations du 24 avril. Cette année, le nouveau slogan entendu : « 1 500 000 victimes – La Turquie continue de nier ses crimes »… haut-parleur à la main. Je suis indigné car nous n’avons aucun respect pour les ressortissants turcs ce pays. Nous confondons allègrement commémoration, revendication et lutte. « La lutte est vaine mais il y a d’autres façons de remporter la victoire » Obi-Wan Kenobi. Même une citation de la guerre des étoiles convient à notre errance, pour dire à quel point nous nageons en plein délire.

    Tout cela manque de dignité, de respect et d’efficacité. Nos problèmes nous regardent et notre dignité consiste précisément à les régler entre nous. Un pays qui fait fuir son peuple est un mauvais pays d’autant plus quand la fuite est continue depuis plus de 20 ans. Je trouve tout à fait stérile le débat consistant à chercher un responsable au problème arménien. Au risque de paraître simple, tout le monde est responsable : les gouvernements arméniens pour l’ensemble de leur oeuvre, la diaspora arménienne pour son étroitesse d’esprit y compris en matière de lutte pour la reconnaissance du génocide ; le peuple arménien, soumis ou fuyard.

    Il est clair que la classe politique est hors-jeu. Restent la diaspora et le peuple arménien. La première initiative consisterait peut-être à jeter les bases de ce qui pourrait devenir un véritable ministère de la diaspora ; non pas ce qui est en cours.

    On nous parle « d’excès d’histoire » et je comprend la formule. L’historien arménien, si il n’étudie pas le génocide, verse dans l’histoire religieuse de l’Arménie. Un peu court et réducteur pour une nation aussi ancienne. Je suis moi-même rentré en conflit avec un jeune historien arménien qui, afin d’avancer sa petite carrière de professeur de collège, mène en autodidacte des recherches sur l’histoire de l’Arménie. A ce stade, me direz-vous, pourquoi pas? Le problème est que ce garçon s’octroie des prérogatives dignes d’un chercheur titulaire ; et qu’il se comporte comme tel avec chacun de ses interlocuteurs. Le problème est aussi qu’il n’entreprend aucun ouvrage collectif mais qu’il soutient par ailleurs que l’Arménien est historiquement voué à l’international et aux échanges culturels (curieux si ce n’est contradictoire) ; le problème est enfin qu’il rejette toute conception politique de l’histoire au profit d’une activité qu’il qualifie lui-même de simplement culturelle (certainement le cœur de notre conflit même si le reste m’agace au plus haut point) et qui consiste concrètement à soigner ses relations avec la faculté catholique de sa région, la seule qui lui offre tribune… certainement dans le but inavoué d’avancer un peu plus discrètement sa misérable carrière. Une parenthèse à l’échelle de notre débat mais pour dire à quel point nous manquons de grandeur d’âme et de conscience collective.

    En terme d’histoire, je regrette qu’il n’y ait pas davantage d’ouvrages collectifs avec les Turcs et les autres nations puisque, manifestement, l’Arménien est de nature à voyager. Ce serait une belle manière de sortir la tête de notre nombril tout en portant un regard nouveau sur nous-mêmes.

    Commentaire par Nemo — 2 mai 2013 @ 10:31 | Réponse

  13. Je rentre d’Arménie.C’est la 8ème fois et je ne suis plus un touriste.Ca permet de prendre le temps de s’interresser à la vie des Arméniens.Il y a toujours ce décalage entre l’ambiance au centre ville de Yérevan et la vie du citoyen « ordinaire » qu’il soit en périphérie ou loin de la capitale.Ce qui ressort c’est un ecoeurement de plus en plus prononcé et une resignation.Certains craignent des réactions violentes,notamment des jeunes qui n’ont pas d’avenir.D’autres espèrent encore qu’un homme providentiel changera le pays,sans que l’on sache qui serait cet homme.Que ce soit ces familles qui tiennent l’économie entre leurs mains ou la corruption des fonctionnaires notamment de la justice et de la police tout est dénoncé sans moyen de changer ce constat..Il faut continuer à aider individuellement les Arméniens ils sont dans le besoin notamment dans le domaine de la santé.J’ai rêvé devant mes interlocuteurs de voir la diaspora unies ,dire au gouvernement Arménien qu’il cessait toute relation si sa politique ne changeait pas.Je vois que ce rêve est partagé.Je sais qu’il a toujours des Arméniens de la diaspora qui fermeront les yeux quelque soit l’attitude des politiques ,parce qu’on ne dit pas de mal du « yerguir ».Mais on ne fera pas de progrès si on continu à faire des sourires convenus.Je pense que la fermeté serait plus de mise

    Commentaire par René Martayan — 3 mai 2013 @ 6:57 | Réponse

  14. bien sûr mon cher, la diaspora ne se fait pas suffisamment entendre.
    mais en a-t-elle les moyens ?
    les nouveaux maîtres du pays , avec leur fric plein les poches, nous regardent avec condescendance

    Dzovinar avec son coup de gueule a des illusions. Que représente le Million d’Euros récolté par le FAF au regard des milliards que les dirigeants et leurs comparses volent en détournant les aides , en percevant des bakchichs pour les contrats généreusement consentis à vil prix, en rackettant les honnêtes entrepreneurs…
    le FAF fait pourtant du bon travail pour fixer les gens dans le pays, insuffisant certes vu l’immensité de la tâche, insuffisant aussi par rapport aux modestes moyens pour infléchir des apparatchiks habitués à des contrats très juteux.

    Pour les valeurs, je suis persuadé que nous partageons les mêmes pour les avoir acquises au Centre d’Etudes par la voix d’un Diran Haïkian à qui je dois cet intérêt pour l’Histoire.
    Valeurs que nous devons précisément rechercher dans notre glorieuse Histoire.
    Illustrées par l’héroïque Dikran Mentz et ses valeureux cavaliers et archers qui faisaient l’admiration des empires.
    Illustrées par les visionnaires Krikor, Mesrob et Sahag qui ont forgé l’identité arménienne.
    Illustrées par Vartan l’intrépide qui rassembla les forces vives pour préserver le pays.
    Illustrées encore par les Antranik, Nejdeh, Monte, et tous ceux qui ont permis à cette nation placée au carrefour des vagues venues des quatre points cardinaux, de subsister jusqu’à nos jours.
    Si nous sommes un peuple de marchands au carrefour des continents, qui échangent des biens et des idées, nous devons aussi rester ce que nous fûmes un peuple de laboureurs qui fructifient la terre, un peuple de combattants pour garder notre héritage.

    Commentaire par sam — 3 mai 2013 @ 10:10 | Réponse

    • Ces valeurs du Centre d’Etudes Arméniennes, oui furent aussi les miennes. Mais depuis j’ai voyagé et j’ai lu même si je retourne souvent en Arménie. Pour l’heure, je te les laisse volontiers. Tu peux même les fumer en narghilé si ça te chante.

      Commentaire par denisdonikian — 3 mai 2013 @ 5:12 | Réponse


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