Ecrittératures

3 mai 2014

Discours du 24 avril 2014 à NICE

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 7:38

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Armand Sammelian

*

Discours du 24 avril 2014 à NICE, écrit par ARMAND SAMMELIAN et prononcé par   Edouard Kassighian

Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

*

Monsieur le Président du Conseil Général,

Monsieur le député maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les représentants des Autorités administratives, civiles et religieuses,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

24 avril 1915 – 24 avril 2014

Quand le droit ne rend pas la justice,

Quand la loi ne sanctionne pas l’Histoire la plus barbare,

Quand la loi ne limite même pas la liberté d’expression,

Alors les troubles de mémoire favorisent le foisonnement des monstres qui vomissent un venin négationniste que rien n’arrête.

Mais qu’on le dise ou qu’on le taise, qu’on s’en souvienne ou pas, qu’on le nie ou qu’on le reconnaisse, le fait est que ce n’est pas sur les champs d’honneur que les Turcs ont choisi d’anéantir le peuple arménien.

Non ! C’est dans les chemins de traverse, contre des villageois sans défense, des paysans, des boutiquiers, des artisans, des enfants et des vieillards de tous âges et de tous sexes, massacrés, démembrés, égorgés, noyés, ferrés, souillés et détroussés bien sûr.

Ils les ont islamisés de force quand ils ne les ont pas déportés sans retour.

C’est au cœur de la nuit qu’ils ont choisi de décapiter leurs élites politique, intellectuelle, artistique, économique.

C’est dans la haine qu’ils ont incendié leurs églises et assassiné leurs prêtres.

Ainsi, quoi qu’on en pense, qu’on le veuille ou non, qu’on le récuse ou le confesse, le fait est qu’en 1915 les Jeunes‐Turcs ont planifié l’extermination du peuple arménien afin de l’effacer de la surface de leurs terres ancestrales.

Un million et demi d’entre eux disparaitront dans ce bestiaire à relents raciste, ethnique et religieux.

C’était il y a 99 ans aujourd’hui et les deux tiers d’un peuple antique à forte identité, était rayé de la carte dans le vacarme de la 1ère guerre mondiale.

Après Jaurès, Millerand, Anatole France, Aristide Briand, ou Clémenceau, Winston Churchill a pu dire dès cette époque :« En 1915, le gouvernement Turc commença et mena à bonne fin, sans ménagement, une œuvre infamante : le massacre et la déportation générale des Arméniens d’Anatolie. La suppression de ce peuple d’Asie mineure fut à peu‐près aussi complète qu’un tel acte pouvait l’être, à une aussi grande échelle.

Il ne fait aucun doute que ce crime fut planifié et exécuté pour des raisons politiques. ».

Toul était dit il y a un siècle par les plus grandes voix du moment sans parler des tribunaux militaires turcs qui dès 1919 condamnèrent à mort par contumace les principaux dirigeants Jeunes‐Turcs.

Et nous voilà, nous, citoyens français d’origine arménienne, descendants des quelques rescapés de cet enfer, à espérer, en gémissant, l’impossible aveu d’un état barbare qui, inlassablement, truque et dissimule, verrouille et occulte une vérité insoutenable.

Ce déni de réalité méconnait la pitié et le remords.

Il confisque inlassablement les preuves, maquille les archives quand il ne les détruit pas, camoufle l’horreur à coup de bakchichs ou de menaces afin d’éviter le jugement des hommes et l’opprobre qui va avec malgré le rapport Whitaker de la sous‐commission des droits de l’homme de l’ONU de 1985 mentionnant le génocide des Arméniens par 14 voix contre une et quatre abstentions.

Il vide sans état d’âme les valeurs humanistes universelles au nom, prodige des prodiges, d’une liberté d’expression que la Turquie bafoue tous les jours elle‐même en enfermant ses propres intellectuels, universitaires, historiens, journalistes, écrivains, en bâillonnant le peuple de la Place Taxim, tout en s’habillant d’un droit qui organise l’arbitraire. Ainsi, cette Turquie, construite sur une montagne de cadavres, décrédibilise les conventions et traités, disqualifie les instances internationales civiles et pénales, tout dernièrement encore à travers la décision inique opposée à la Suisse par la Cour Européenne de décembre 2013 – Arrêt Perinczek.

Caressée par un panthéon de négateurs et de leurs officines enfiévrées en tête desquelles le fameux institut du Bosphore, la Société d’histoire turque et le fumeux Comité Talaat, la féérique Turquie peut sereinement afficher sa satisfaction d’un crime parfait commis au nom de la supériorité de la race turque et d’un islamisme nationaliste conquérant.

En foulant au pied la reconnaissance préalable du génocide des Arméniens pour entrer dans l’Union Européenne, ce pays d’épouvante continue tranquillement à signer des nouveaux chapitres d’adhésion alors même que le génocide des Arméniens constitue un chapitre non résolu de l’histoire de l’Europe.

C’était le temps de la première guerre mondiale où les cadres de l’armée allemande de l’Empereur Guillaume II, constituaient l’État‐Major de l’armée Ottomane, un temps où l’Allemagne suivait jour après jour, dans le détail, le déroulement des carnages en laissant faire !!!

C’est ainsi que le chancelier Bethmann Hollweg a pu dire à Metternick, ambassadeur d’Allemagne à Constantinople, dans un télégramme codé en date du 17 décembre 1915 : « La proposition d’une condamnation publique d’un allié en pleine guerre serait contraire à toute notre histoire. Notre seul

objectif est de garder la Turquie de notre côté jusqu’à la fin de la guerre, QUE LES ARMÉNIENS PÉRISSENT OU PAS. Que la guerre se prolonge et nous aurons encore besoin des Turcs. ».

En avouant son immense crime, la Turquie aiderait l’Allemagne à exorciser ses démons d’un passé où la Shoah n’existait pas encore !!!

C’est pourquoi l’Allemagne s’honorerait à ouvrir ses archives pléthoriques…

En attendant, protégé par un statut d’intouchable, courtisé envers et contre tout, subventionné par l’Europe depuis des années, le régime islamo‐policier turc a beau jeu de faire miroiter les contrats juteux afin d’aiguiser l’appétit des fonds de pension et des grands groupes industriels internationaux, toutes ces belles âmes qui nous gouvernent et qui n’ont cure du sang versé par le peuple arménien.

C’est pourquoi notre indignation n’a d’égale que notre profonde gratitude pour cette France des Lumières qui se souvient… contre celle qui s’accommode par connivence et qui parle encore « d’événements tragiques », de « drames » ou de « grand crime » mais pas de GÉNOCIDE alors que la qualification est inscrite explicitement dans la loi du 29 janvier 2001.

Mesdames et Messieurs,

Ce rituel annuel n’est pas seulement un acte compassionnel de piété filiale les larmes retenues, mais une commémoration revendicatrice vouée à nous confronter à une abomination passée à la trappe depuis le malheureux traité de Lausanne de 1923 qui consacre le soutien inconditionnel de l’Occident à la Turquie face à la montée du Bolchévisme.

Ce rituel se veut un moment de dénonciation d’une vaste entreprise de mystification internationale qui se joue de la vérité historique afin d’exonérer l’allié turc de sa culpabilité et l’Allemagne de sa complaisance qui, à elle seule, justifie l’acquittement de Tehlirian l’exécuteur à Berlin du grand Vizir Talaat Pacha ordonnateur en chef du génocide.

Nous appelons complaisance le mutisme, la désinformation et l’absence d’accusation que l’Allemagne aurait pu proférer pendant l’extermination du peuple arménien afin de le dénoncer pour l’atténuer ou le stopper.

Nous sommes ici pour dire que le véritable progrès doit reposer sur la justice et qu’une humanité construite sur le seul profit serait une tare fatale.

Nous sommes ici pour rappeler que l’archaïsme de notre temps réside encore dans la combinaison explosive du nationalisme, du consumérisme et du fondamentalisme religieux.

Cette pression de la mémoire vise à dénoncer la barbarie contre les principes de démocratie et à répéter que l’humiliation du racisme demeure l’antichambre de la violence.

Aussi, ce rassemblement n’est pas une réunion fermée de quelques nostalgiques ou excités, mais une manifestation de citoyens du monde qui proclament haut et fort que les bornes de l’inacceptable sont aujourd’hui transgressées par un état turc totalitaire à la justice soumise et à la presse muselée, mais qui ose parler au nom des droits de l’homme, alors qu’année après année, depuis 99 ans

maintenant, il ajoute une strate nauséabonde à l’épaisseur de son déni parce que l’occident le lui permet !

Mesdames et messieurs,

De fait, ce déni ne tue pas la vérité mais la régénère.

Écoutez, dans le murmure du vent, ces cris arrachés à ce passé monstrueux…

Ce sont nos martyrs qui nous parlent et nous obligent, qui nous appellent et nous réclament justice.

Ils nous imposent le devoir d’histoire car ces innocents ont été sauvagement renvoyés au néant par des loups en meute assoiffés de sang et de convoitise.

Ces héros sont notre famille, nos viscères, notre peuple anéanti au nom d’un hyper nationalisme jubilatoire préfigurant la barbarie de la 2e guerre mondiale, une barbarie relayée aujourd’hui par une mondialisation financière qui achète et corrompt tout ce qu’elle touche, piétinant la dignité des hommes.

Face à ce défi historique, il nous reste l’essentiel, une mémoire qui n’est pas à vendre et permettra la victoire de la vérité, tout simplement parce que cette vérité n’existe pas seulement dans la tête de quelques Arméniens qui la pensent mais dans la réalité d’une Histoire que la Turquie tente vainement d’exclure du monde civilisé depuis 99 ans.

Combien la mauvaise conscience a mauvaise mémoire, elle qui permet au négationnisme de s’exprimer impunément sur le sol français et européen alors même que dès 1987, le Parlement Européen faisait de la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie un préalable incontournable à son entrée dans l’Union Européenne.

C’est la raison pour laquelle nous attendons fermement une loi qui n’a pas pour objet de faire taire les hommes, mais leur interdire de nier la vérité à travers l’extension de la loi Gayssot au génocide des Arméniens. C’est une question de vérité historique, de morale, de droit et non d’opinion.

Nous vaincrons aussi, la douleur au cœur parce que partout où se trouve l’homme, il y a forcément de l’humanité, celle des « Justes » de naguère auxquels nombre de survivants doivent la vie, ou celle de tous ces démocrates turcs d’aujourd’hui, épris de justice et de liberté qui refusent que le mensonge et le mépris perdure plus longtemps. Nous pensons singulièrement au livre repentir du courageux Hasan Djemal petit‐fils de Djemal Pacha l’un des trois responsables du génocide.

Mais nous pensons aussi à tous ces Turcs qui apprennent que leur grand‐mère était arménienne et dont l’exigence de vérité se fait de plus en plus entendre.

Dans l’attente, restons vigilants car«le ventre de la Bête immonde est encore fécond», les Arméniens du village syrien de Kessab pourraient aujourd’hui en témoigner.

Je vous remercie pour votre attention.

 

Vue générale

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5 commentaires »

  1. Certains Turcs disent, s’il y a eu génocide, comment se fait -il qu’il y ait tant d’Arméniens dans le monde entier ?
    Je réponds: il y a eu des Arméniens cachés, qui n’ont pas été déportés, ou ont été recueillis par des amis turcs, kurdes, ou voisins.
    La majorité des Arméniens a été massacrée. L’Euphrate était plein de cadavres… Les rescapés ont quitté ce pays sanguinaire. Tous les jours, dans les journaux français, malgré les nouvelles de la grande guerre, il y avait un article sur les massacres des Arméniens. De même dans le NYT.
    Les descendants des rescapés souffrent des douleurs de leurs parents et grands-parents. Ils n’oublieront jamais !
    Merci à Denis pour les témoignages !

    Commentaire par Louise Kiffer — 3 mai 2014 @ 8:52 | Réponse

  2. Ce texte pourrait servir de support à un scénario de film historique, mais qui le fera ?
    Le gouvernement turc actuel est le « digne » héritier des dirigeants séculaires et ne démordra pas de sitôt de son comportement outrancier, injurieux envers le peuple dont il a volé les terres.
    Il fait feu de tout bois pour passer le cap du centenaire sans perdre la face mais rien n’y fera, les arméniens sont présents partout dans le monde y compris en Turquie.
    Seul un changement venant de son peuple pourra faire évoluer les idées et amener une reconnaissance de l’incontestable génocide.

    Commentaire par antranik21a — 3 mai 2014 @ 11:41 | Réponse

  3. Ce discours c’est tout simplement celui qu’il faut marteler aux oreilles des politiques de tous les pays démocratiques. Sans oublier l’institution UE.

    Commentaire par Dikran — 3 mai 2014 @ 5:53 | Réponse

  4. Superbement dit! Très fort! Merci

    Commentaire par Arslanian Anelga — 3 mai 2014 @ 9:52 | Réponse

  5. Française (70 ans), mariée avec un Arménien d’origine, je suis avec grand intérêt -grâce en particulier à « Nouvelles d’Arménie » magazine, les événements relatifs à L’Arménie. (et j’ai lu avec effarement l’article concernant Kessab, le dernier village arménien…). Les Français (dont je fais partie) ne sont pas assez informés… Combien y a-t-il eu de Français qui ont regardé le très bon documentaire sur le génocide qui est passé dernièrement à la télé ??? Je voudrais bien le savoir…
    Pour le centenaire du génocide, il faudrait vraiment « frapper un grand coup » : il serait temps que les Turcs et leurs dirigeants reconnaissent l’horreur du génocide. Les excuses de ce « Monsieur -il ne mérite même pas qu’on l’appelle ainsi- Erdogan sont une offense de plus au peuple arménien…
    De tout coeur avec le peuple arménien
    Derbékian (notre « vrai » nom est Yotneghparian) Hélène

    Commentaire par Derbékian Hélène — 9 mai 2014 @ 12:01 | Réponse


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