Ecrittératures

30 juillet 2014

L’industrie de la Shoah expliquée par Norman Finkelstein

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24 juillet 2014

Une journaliste américaine se lâche en direct face aux mensonges médiatiques

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23 juillet 2014

Armin T. Wegner et le Der Neue Orient (2)

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Wegner 2

 

1 – L’article du 24 août 1918, intitulé Observations politiques sur l’Orient, est consacré par Wegner (A.T.W.) à l’éloge d’Ibrahim Hakki Pacha, ambassadeur de Turquie à Berlin en 1915, qui mourut comme Premier ministre. Il le loue pour avoir préparé le traité de paix entre la Russie soviétique et la Turquie, sur la base duquel les Turcs récupérèrent les territoires arméniens de Kars et d’Ardahan, ainsi que la province géorgienne de Batoumi, sans mentionner les massacres d’Arméniens qu’il occasionna dans le Caucase. Saluant ensuite la figure du ministre de l’intérieur, Djambolat Bey, il néglige de relever son rôle, documenté par les archives du Patriarcat arménien de Jérusalem, dans l’organisation du génocide et la liquidation de l’élite intellectuelle arménienne du 24 avril 1915.

2 – Dans son article du 5 octobre 1918, intitulé Le Bayramı de l’exilé, Wegner évoque la célébration du Bayramı à Constantinople, qualifiant Talaat de « Bismarck turc » et prophétisant une victoire du pantouranisme dans un avenir proche. Les articles pro-turcs d’Armin T. Wegner, qui parurent avant 1919 dans le Der Neue Orient, permettent d’apprécier son orientation politique. Son journal (01.09.1916 – 31.08.1917) comprend des passages emplis d’admiration pour le régime criminel jeune-turc. Ce qui laisserait à penser qu’il n’agissait et n’écrivait que mû par des ambitions personnelles et politiques.

3 – A la faveur d’un habile discours portant sur l’obligation du silence et la censure appliquée sur tout ce qui touchait au génocide arménien, Wegner va opérer son passage d’une turcophilie affichée à la quête de vérité sur le génocide arménien qu’il mentionne pour la première fois le 25 novembre 1918 dans son article intitulé La réorganisation de notre politique en Orient. L’obligation de dissimuler ces choses durant la guerre en Allemagne s’expliquait par la crainte du gouvernement allemand de perdre un partenaire militaire majeur. Pour autant, il ajoute que « la faiblesse est aussi un péché dans la vie des nations », évoquant la complicité allemande dans ce crime, et sans remettre en question sa propre attitude, apparaissant soudainement comme un militant pacifiste et pro-arménien.

4 – Dans l’article suivant, toujours publié dans Der Neue Orient, intitulé Mort dans le Bosphore. Lettres à un politicien ami, Wegner, devenu un défenseur acharné des victimes arméniennes, s’en prend à la presse « patriotique » et « prophétique » et fait des parallèles entre la paysannerie arménienne chrétienne et les Allemands du nord, qualifiant l’anéantissement des Arméniens comme une « déportation de la nation arménienne vers le désert ». Se fiant aux allégations turques rendant les Arméniens coupables d’avoir aidé les Russes à s’emparer de Van, il relève que les Turcs ne traduisirent pas « les traîtres et les espions » en justice.

5 – Ce politicien ami auquel s’adresse Wegner serait probablement le docteur Johannes Lepsius qui travaillait alors à compiler la documentation officielle allemande sur le génocide arménien avant la Conférence de paix de Paris, en 1919, sans doute pour minimiser le rôle de l’Allemagne dans le génocide arménien. Et si Wegner ne voulait pas toucher à Talaat et à Enver, alors à Berlin, c’était sans doute pour éviter d’être limogé. Dans une lettre au docteur Johannes Lepsius, il mentionne les pressions qu’il subit et qui le contraignent à quitter ses fonctions à la rédaction de Der Neue Orient. Or, Wegner ne devient un véritable sujet de vénération qu’avec sa lettre ouverte au président Wilson sur la déportation des Arméniens.

 

 

© Denis Donikian

Armin T. Wegner et le Der Neue Orient (1)

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Wegner

1 – Paru pour la première fois dans Orientalische Christen und Europa. Kulturbegegnung zwischen: Interferenz, Partizipation und Antizipation (Herausgegeben von Martin Tamcke. Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2012), l’étude de Tigran Sarukhanyan intitulée Les témoignages médiatiques d’Armin T. Wegner (1886-1978) sur la Première Guerre mondiale et le génocide arménien, souligne que le cas de ce Juste, diplômé des universités de Berlin, Breslau et Zürich, écrivain, cosmopolite, libre-penseur, et docteur (en droit), constitue « un grand intérêt universitaire ». Rattaché à l’état-major allemand au sein de la 6ème Armée ottomane, sous le commandement du général Colmar von der Goltz, Wegner fut témoin de la déportation des Arméniens sur la route de Bagdad, puis sur celle de Bagdad à Constantinople où il put visiter et prendre des photographies des camps de concentration, qu’il montrera en 1919.

2 – De retour au pays, travaillant au Département de la Propagande de la 6ème Armée allemande, Wegner avait pour mission de contrecarrer la désinformation anglaise et de promouvoir une Allemagne puissante, capable d’établir un « ordre nouveau ». A Berlin, en poste au ministère allemand des Affaires Etrangères, il rejoignit l’Institut Oriental Allemand comme membre du comité éditorial, puis rédacteur en chef adjoint et enfin coéditeur de son organe semi-officiel, Der Neue Orient [L’Orient Nouveau]. La série de conférences organisée par la Deutsch-Türkische Vereinigung [Association germano-turque] et présentée pour la première fois à Breslau (9 février 1918) aura probablement permis l’accès à ses nouvelles fonctions. Or, cette organisation visant à promouvoir l’alliance germano-turque avait pour membres d’honneur Talaat, Enver, Djemal, Zeki, le feld-maréchal Liman von Sanders et de nombreux autres hauts responsables politiques et militaires de l’Allemagne impériale et post-impériale.

3 – La conférence de Wegner en 1918 en hommage au général-feld-maréchal Goltz, mort de tiphus deux ans plus tôt, visait à justifier les objectifs de l’alliance germano-turque dans la guerre et à anticiper la défaite des Anglais. Wegner accompagnait ses conférences d’une projection de photographies prises par lui-même sur le front turc. Dans celle intitulée Les portes de la Cilicie à Gülek Bogas, il justifia l’expulsion et la destruction massive des sujets arméniens chrétiens, présentés non comme des déportés mais des réfugiés, reprenant ainsi la thèse officielle turque de leur trahison sur la frontière russe. Il accusait même les victimes survivantes de propager des maladies mortelles parmi les militaires turcs et allemands, dont Goltz faisait partie.

4 – De 1918 à 1920, il publia dans le périodique des dizaines d’articles conformistes sous les noms d’Oemer Tarik (27), Armin T. Wegner (28), ATW (29). Un de ses biographes, le docteur Martin Rooney, souligne que « Wegner ne se risqua à exiger des convictions éthiques et des principes moraux en politique » qu’après la révolution de novembre et ses liens avec le mouvement pacifiste en Allemagne. Mais comme correspondant du périodique et membre de l’Institut Oriental Allemand, Wegner défendit les mêmes idées que Colmar von der Goltz sur l’exploitation de la question arménienne par les Russes pour affaiblir l’Empire ottoman et sur la nécessité de déplacer les populations de Van, Bitlis et Erzeroum dans les régions d’Alep et de Méospotamie.

5 – Dans son tout premier article pro-turc, signé A.T.W., paru le 8 juillet 1918, Wegner fait preuve de sympathie envers le gouvernement jeune-turc jusqu’à faire léloge de ses dirigeants, ceux-là même qui furent inculpés comme criminels pour avoir massacré les Arméniens.

 

© Denis Donikian

 

 

 

22 juillet 2014

Ayse GUNAYSU à Alfortville

Filed under: APPEL à DIFFUSER — denisdonikian @ 7:39
Tags:

Armenian Council of Europe organise
une rencontre publique avec

Ayse GUNAYSU, 

représentante de la branche d’Istanbul de l’Organisation des Droits de l’Homme en Turquie,

qui organise depuis 2010 la commémoration du 24 avril à Istanbul

« 1915-2015
Perspectives du Centenaire du Génocide des Arméniens »

Jeudi 24 JUILLET 2014 à 21h00

Centre de Jeunesse Arménien
Place Achtarak 2-2 bis, bd. Carnot, 94140 Alfortville

Rencontre suivie d’un cocktail
Infos & Contact : www.armeniancouncil.org 

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21 juillet 2014

Milieu intellectuel, industrie du doute et négation du génocide

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:24

 

 

1- Paru en avril 2013, dans The Armenian Weekly Magazine, l’article de Marc A. Mamigonian intitulé Milieu intellectuel, industrie du doute et négation du génocide se propose de préciser la manière dont les techniques négationnistes turques élaborent leurs mensonges pour leur donner une apparence de vérité. Moustapha Kemal, en digne successeur des Jeunes-Turcs, avait établi dès le départ une version officielle de l’histoire sur les Arméniens. Or, aujourd’hui, «  la négation du génocide arménien s’insinue dans le monde intellectuel et le discours dominant ». La fabrique du doute, qui fut utilisée par l’industrie de la cigarette contre ceux qui la tiennent pour cancérigène, aura également servi à la négation du génocide arménien.

 

2 – Aux Etats-Unis, la Turquie, longtemps préservée au nom des bonnes relations commerciales et militaires, devant affronter, dès 1965, le militantisme arméno-américain, n’avait d’autre solution que de gagner la guerre des relations publiques. Dès lors, pour influencer l’opinion et le Congrès à son égard, l’Etat turc se mit à travailler avec des entreprises spécialisées comme Manning, Selvage, & Lee, Inc., Edelman International Inc., Doremus, Gray & Co. et surtout Hill & Knowlton. Celle-ci, sollicitée par une industrice du tabac mise en cause dans des revues scientifiques pour les liens entre tabagie et cancer, avait gagné sa notoriété en formatant le débat par le recours à ses propres experts dans le but de « créer le doute ». Ce système fondé sur le contre-discours fonctionna plus d’un demi-siècle.

 

3 – Nommé ambassadeur de Turquie aux Etats-Unis en 1980, Şükrü Elekdağ, répondant à la nécessité de contrer les organisations arméno-américaines, mena une action efficace de relations publiques, tant dans les milieux universtiaires, intellectuels que politiques pour présenter une image séduisante de son pays et faire du génocide un sujet controversé. Finançant de nouvelles recherches, il réussit à produire un corpus d’études défendant les thèses turques. De fait, au fil des années, seule l’importance stratégique de la Turquie poussait les responsables politiques américains à voter à sa faveur, tout en étant convaincus du fait génocidaire de 1915. Loin d’être respectable, la négation du génocide restait une affaire de vote.

 

4 – Reprenant la stratégie de l’industrie du tabac, la Turquie créa, dès 1982, l’Institute of Turkish Studies (ITS), dirigé par le spécialiste du monde ottoman Heath Lowry et largement financé par l’Etat turc, afin d’aider des recherches et des projets totalement légitimes. Mais l’atmosphère d’autocensure qui présidait parmi les chercheurs sur la période ottomane obligeait soit au silence soit au déni, c’est-à-dire à des formes de complicité. En 1985, le New York Times et le Washington Post affichèrent un encart pour exhorter le Congrès des Etats-Unis à ne pas voter une résolution reconnaissant le génocide comme tel. Cosignée par 69 intellectuels, l’opération ne réussit pas pour autant à dénaturer une prise de conscience dans l’opinion.

 

5 – Depuis 2000, cette « stratégie d’affirmation » initiée par Elekdağ a bénéficié des efforts de l’Etat turc et de ceux qui le soutiennent. Pour preuve la création du Turkish Studies Project, financé par le gouvernement turc, à l’université de l’Utah. L’entreprise peut être considérée comme l’aboutissement du programme que s’était donné Şükrü Elekdağ, lequel figure d’ailleurs dans son conseil d’administration. Reste à examiner la rhétorique du « contre-discours sur le génocide » utilisée par cette campagne universitaire.

 

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© Denis Donikian

18 juillet 2014

L’Arménie et le traité de Sèvres (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:59

 

 

1 – Tandis qu’elle faisait sa demande d’admission à la Société des Nations, le 2 décembre 1920, l’Arménie exsangue signait avec le gouvernement d’Angora le traité de paix d’Alexandropol qui attribuait à la Turquie le protectorat sur le Charour et le Nakhitchevan. Le 6 décembre, les troupes « soviétistes » ( Mandelstam, op.cit.) occupèrent Erivan tandis que le gouvernement se réfugiait dans le Zanghezour. Les Bolcheviks (sic) installant une République soviétique arménienne, pillèrent la population, expédiant 1 500 officiers arméniens en Russie, emprisonnant 2 500 intellectuels ou les exécutant. Les Turcs déportèrent la population masculine arménienne au fond de la Turquie et organisèrent des massacres entre Kars et Alexandropol.

2 –La chute de Venizélos avait rendu plus douteuse que jamais la ratification du traité de Sèvres, tandis que le président Wilson rendant son arbitrage, accordait à l’Arménie la plus grande partie des vilayets de Van, Bitlis et Erzeroum, et un accès à la mer dans celui de Trébizonde. Cependant, les gouvernements de France, de Grande-Bretagne et d’Italie donnèrent une réponse défavorable à l’admission de l’Arménie dans la Société des Nations en raison d’un voisinage incertain et agité sur lequel elle n’avait aucune prise, ni morale, ni militaire. En somme, « Après tant de discours émouvants sur le sort de la malheureuse nation,[…]rien n’aura été fait pour assurer à l’Arménie un secours efficace contre ses assassins » ( Mandelstam, op. cit.).

3 – Jusque-là, la politique orientale de la République des Soviets avait été favorable à l’autonomie nationale et culturelle de tous les Musulmans, dénonçant les traités secrets de la Russie avec les Puissances sur la cession de Constantinople. Or, après leurs victoires sur les armées blanches, les Bolcheviks (sic. Mandelstam, op. cit.), établirent le pouvoir soviétique sur tous les pays musulmans de l’ancienne Russie au prix de nombreux massacres. De fait, ils allaient se heurter au pantouranisme, comme en Azerbaïdjan lié à la Turquie par des accords secrets conclus en 1919. Dès lors l’alliance turco-russe contre l’impérialisme étranger ne pouvait être que temporaire dans la mesure où Moustapha Kemal se méfiait d’une soviétisation de la Turquie, le kemalisme n’étant pas soluble dans le bolchevisme.

4 – Les zones d’influence dans la Turquie d’après guerre, loin de marquer le triomphe de la justice et de la liberté des peuples, revenaient en fait à un partage des grands avantages économiques qu’elles présentaient pour les vainqueurs. Le seul bénéfice que retira l’Arménie de l’accord Sazonow-Paléologue était de passer du joug turc à l’autorité d’une puissance civilisée.

5 – Tous les accords secrets s’évanouirent avec l’émergence de la Révolution russe qui prônait « la paix sans annexions, ni contributions, sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Quant aux 14 points du 8 janvier 1918 du Président Wilson, s’ils proclamaient la souveraineté des parties turques et s’ils garantissaient la sécurité et l’émancipation pour les autres nationalités, ils maintenaient la souveraineté d’un Etat purement turc. Trois jours plus tôt, M. Lloyd George reconnaissait à l’Arabie, l’Arménie, la Mésopotamie, la Palestine et la Syrie le droit à la reconnaissance de leur « état séparé ».

 

© Denis Donikian

17 juillet 2014

L’Arménie et le traité de Sèvres (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:27

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1 – Malgré le défaut de mandat sur l’Arménie qui rendait l’article 22 inapplicable, les Puissances, non contentes de maintenir l’indépendance arménienne de facto, la passèrent à une indépendance de jure. Dès lors, cette reconnaissance donnait aux Arméniens le droit de siéger avec les Puissances à la Conférence du 11 mai 1920, où les délégués turcs devaient recevoir les « Conditions de la Paix ». Le 10 août 1920, la Turquie apposera sa signature au traité de paix dont l’article 88 stipule qu’elle «  déclare reconnaître, comme l’ont déjà fait les Puissances alliées, l’Arménie comme un Etat libre et indépendant ». Cette reconnaissance devenait pour la Turquie une obligation internationale.

2 – Mais la définition de la frontière entre l’Arménie et la Turquie précisée par les articles 89, 90 et 91 du traité s’appliquait seulement à quatre vilayets ( Erzeroum, Trébizonde, Van et Bitlis) et en excluaient trois, ainsi que la Cilicie. Or le tracé de cette frontière laissé à l’appréciation du Président Wilson montrait qu’en réalité l’indépendance reconnue ne portait que sur la seule Arménie russe. Quant aux frontières avec la Géorgie et l’Azerbaïdjan, elles devaient résulter d’un accord entre les intéressés.  « Ainsi donc, le traité de Sèvres [avait] reconnu l’indépendance et la souveraineté d’un Etat arménien aux frontières non déterminées » ( André-N. Mandelstam, op.cit.).

3 – Concernant la protection des minorités, l’article 142 du traité de Sèvres, obligeait la Turquie, comme toutes les autres conventions, à respecter, sous peine de sanctions, un minimum des droits de l’homme, mais aussi le libre exercice de toute foi, religion ou croyance «  dont la pratique ne [serait] pas incompatible avec l’ordre public et les bonnes mœurs » ( Mandelstam, op. cit.). La Turquie avait aussi le devoir financer équitablement les minorités religieuses en puisant sur les fonds publics. Enfin, les minorités ethniques auraient droit à une représentation proportionnels dans les corps électifs de la Turquie.

4 – Ayant par le passé érigé en système de gouvernement les violations aux droits des minorités, la Turquie devait s’engager à respecter comme fondamentales les stipulations retenues dans le traité en faveur des Arméniens. C’était dire qu’elles ne pouvaient faire l’objet d’aucune abrogation ni d’aucun remaniement. Jugées suffisantes par les Puissances pour les autres Etats, les garanties d’exécution firent l’objet de pression particulière pour la Turquie qui, « sous les Abdul-Hamid ou les Talaat » ( Mandesltam, op. cit.) avait toujours pratiqué une politique d’extermination systématique.

5 – Concernant la question des sanctions, restitutions et réparations, l’article 230 obligeait le gouvernement ottoman à livrer aux Puissances les responsables des massacres pour qu’ils soient jugés par un tribunal désigné par eux ou devant celui de la Société des Nations. Quant à l’article 142, il stipulait la délivrance des personnes séquestrées et annulait toute conversion forcée. Des commissions mixtes étaient chargées de recevoir les plaintes des victimes. Enfin, l’article 144 exigeait la restitution aux propriétaires de leurs biens immobiliers et mobiliers. Toutefois, cet article ne prévoyait pas les dommages-intérêts que les victimes étaient en droit de réclamer des détenteurs illégitimes.

 

© Denis Donikian

Pourparlers au sujet du mandat sur l’Arménie

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:00

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1 – Si, au début de l’année 1920, les principales Puissances alliées, auxquelles se joignit le Japon, reconnurent l’Etat arménien comme gouvernement de fait, sans préjuger de la question des frontières, c’est qu’elles admettaient l’annexion à la République des territoires arméniens de la Turquie. Cependant, en vertu de l’article 22 du Pacte de la Société des Nations, la nation arménienne rentrait dans la catégorie des peuples «  non encore capables de se diriger eux-mêmes », mais dont « le bien-être et le développement [formaient] une mission sacrée de civilisation ». Le paragraphe 4 de cet article s’appliquait expressément aux Arméniens de Turquie ayant atteint un tel degré de développement qu’ils étaient en mesure de vivre comme nation indépendante, à condition d’être accompagnés par un mandataire guidant leur administration.

2 – Or, au lieu de choisir ce mandataire parmi les nations développées pour guider l’Arménie au nom de la Société des Nations, le Conseil suprême des Puissances alliées proposa la protection du futur Etat indépendant arménien. Sollicité par le Conseil suprême, le Conseil de la Société des Nations accepta les demandes d’indépendance et de sécurité de la Nation arménienne qu’elle considérait comme « un devoir d’humanité et un but digne des efforts et des sacrifices des puissances du monde civilisé ». Cependant, la Conférence de la Paix, incapable de mettre une force propre à exécuter ses décisions à la disposition de la Société des Nations, vouait celle-ci à l’inaction.

3 – En effet, consciente de ne pas être un Etat et ne possédant ni armée ni finances, la Société des Nations devait reconnaître ses propres limites. Par ailleurs, elle fit valoir que l’article 22 ne prévoyait pas pour elle qu’elle exerçât un mandat, mais seulement qu’elle contrôle l’exécution des mandats conférés aux puissances sur les régions de l’ex-Empire ottoman. En conséquence, il revenait aux Arméniens de trouver une autre puissance qui accepterait le mandat sur l’Arménie.

4 – Cet Etat mandataire devait tenir compte de trois points fondamentaux. 1° Assumer des responsabilités financières, étant donné que la Société des Nations n’avait pas de ressources. 2° Assurer, au besoin par la force, que le territoire ottoman accordé à la République arménienne lui serait effectivement cédé. 3° Savoir si le futur traité permettrait le libre accès à la mer de la future République. De fait, cela revenait à répondre négativement aux demandes arméniennes car le Conseil, dans l’état où se trouvait la naissante Société des Nations, n’était pas en mesure d’agir autrement.

5 – Les critiques ne manquèrent pas d’accuser la Société des Nations de se dérober à une tâche humanitaire. Or, les efforts de la Délégation française en vue de garantir l’efficacité des décisions de la Société des Nations en la dotant d’une force coercitive internationale ne cessèrent d’être combattus. Le 25 avril 1920, le Conseil suprême des Puissances alliées adressa un appel au Président Wilson «  pour demander que les Etats-Unis voulussent bien accepter un mandat sur l’Arménie ». Le Sénat des Etats-Unis rejeta l’idée de mandat le 31 mai 1920, mais le président Wilson accepta d’arbitrer dans la question des frontières arméniennes.

 

 

© Denis Donikian

16 juillet 2014

L’Etat arménien intégral

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:43

Avedis

Boghos

Avédis Aharonian et Boghos Nubar Pacha

 

1 – Malgré sa détresse politique et économique, la République arménienne dut accueillir à sa création, quelque 295 000  survivants arméniens de Turquie (André-N. Mandelstam, op. cit.). Sans attendre, en vertu d’une résolution du 2 avril 1919, le gouvernement d’Erivan déclara le 28 mai suivant, l’indépendance et l’unification des territoires arméniens de la Transcaucasie et de ceux de l’Empire ottoman. La déclaration d’indépendance de l’Arménie unifiée en date du 28 mai 1919 stipulait que le gouvernement de l’Arménie était le fidèle interprète de la volonté unanime du peuple arménien et que les différentes parties de l’Arménie étaient réunies à jamais dans une unité d’Etat indépendant.

2 – Dans le même temps, une Délégation arménienne, conduite par Boghos Nubar Pacha, agissait en Europe auprès des Alliés pour la constitution de l’Arménie intégrale. Dans la lettre qu’il leur adressa, Nubar Pacha mentionna le sacrifice des Arméniens sur tous les fronts de la guerre aux côtés de l’Entente, particulièrement au Caucase, engagés pour la libération des vilayets sous les commandements de leurs chefs Andranik et Nazarbékoff.  Conformément au vœu de la nation arménienne, la Délégation déclarait l’indépendance de l’Arménie intégrale sous l’égide des puissances alliées et des Etats-Unis.

3 – Puis, jusqu’au 22 avril, se réunit à Paris une Conférence panarménienne regroupant les Arméniens de Russie, de Turquie et du monde entier. Les demandes des Arméniens s’inscriront dans un Mémoire intitulé «  La question arménienne devant la Conférence de la Paix » et qui revêtira les signatures de Boghos Nubar Pacha et Avédis Aharonian. Elles portaient sur la reconnaissance d’un Etat indépendant arménien formé par l’union des sept vilayets et de la Cilicie avec les territoires de la République arménienne du Caucase, placé sous la garantie des Alliés et des Etats-Unis et impliquant une assistance transitoire. Les Arméniens exigeaient l’évacuation des territoires, le désarmement général des populations, le châtiment des coupables, le retour à leur religion primitive pour les convertis de force et des indemnisations pour les biens spoliés.

4 – Les statistiques présentées par le Mémoire, sans chercher à grossir le nombre des populations arméniennes, montreront que, d’après le patriarcat arménien, en 1912, les six vilayets comprenaient 1 018 000 Arméniens contre 1 178 000 Musulmans dont 666 000 Turcs. Mais on fera valoir que retenir la suprématie numérique des Musulmans sans prendre en compte les massacres antérieurs subis par les Arméniens serait une manière d’accorder une prime au crime.  En effet, comment dissocier les questions ethnographiques de l’Empire turc des questions politiques , puisque pour les Arméniens la violence et les massacres avaient radicalement changé la donne ?  Depuis le traité de Berlin, plus de deux millions d’Arméniens auraient perdu la vie à cause des Turcs.

5 – De fait, le Mémoire présenté par les Arméniens n’exprimait rien d’autre qu’une demande de justice conforme à la doctrine de l’intervention d’humanité. Cette justice exigeait de montrer que les crimes perpétrés par les Turcs ne devaient pas constituer l’effet voulu par les criminels, à savoir : « turquifier, par le fer et le feu, des pays non turcs ». Sans quoi, ce serait contrevenir au droit et à la morale en récompensant les massacreurs. Ainsi les revendications des Arméniens en quête de justice pour leur nation exprimaient la nécessité d’œuvrer pour le libre développement de l’humanité. 

 

© Denis Donikian

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