Ecrittératures

2 juillet 2014

Sur la route de l’exil (Souvenirs)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:21

Sur_la_Route_de_lexil_Aram_Andonian_front

 

1 – Relatant la rafle des intellectuels du 11/24 avril 1915 et le transfert de certains vers Tchangheureu, Aram Andonian, grand témoin et archiviste de 1915,  selon le préfacier Raymond Kévorkian, montre comment les élites de la population arménienne furent neutralisées avant le déclenchement du génocide. Traduite par Hervé Georgelin, cette première version, restée inachevée, intitulée Sur la route de l’exil (MētisPresses, Genève, 2013) paraîtra dans le journal arménien de Paris Veradznount [Renaissance], du 31 juillet 1919 au 24 avril 1920. (Une seconde version parue de décembre 1946 à juin 1947 dans l’hebdomadaire Arevmoudk [Occident] de Paris, a été publiée également en 2013 aux Editions Cercle d’Ecrits caucasiens sous le titre Constantinople, 24 avril 1915 : l’arrestation et la déportation des intellectuels arméniens).

2 –Surprises dans leurs occupations ordinaires et trompées par la police, les victimes prendront d’abord leur arrestation à la légère en raison du caractère burlesque de certaines situations. Mais bientôt, alarmés par des signes et des rumeurs, elles sentiront de plus en plus l’hostilité du Gouvernement envers les Arméniens. Or, personne ne songeait encore à la foudre qui allait tomber sur leur tête. Les mouchards arméniens s’étaient mis au service des Jeunes-Turcs et les véhicules de pompiers rouges, récemment importés d’Europe, servaient au transport des inculpés vers la Prison centrale.

3 – Représentant toutes les classes sociales, professions et confessions religieuses de la nation arménienne, les personnes incarcérées comprenaient des figures connues comme Gomidas Vartabed, Qéléchian, le Dr Torkomian, Puzant Qétchérian. Confiants en la victoire des Alliés sur les Turcs, les prisonniers spéculent sur leur libération, tandis que l’auteur met leur incarcération sur le compte de leur naïveté. Dans la nuit du 12/25 avril, conduits sous bonne escorte jusqu’à l’embarcadère de Sérail-Brouneu, ils embarquent sur le vapeur N° 12 de la Compagnie, déplorant d’être revenus aux horreurs de l’époque hamidienne. « … Nous n’étions plus que des pantins avec lesquels la violence capricieuse jouerait à sa guise ».

4 – De fait, précise Aram Andonian : «  Nous n’étions pas inculpés mais d’ores et déjà condamnés ». Sur le vapeur, certains craignaient d’être précipités à la mer. De fait, dirigés vers la gare de Haïdar-Pacha, ils durent monter dans un train spécial, surveillés de près par des soldats en baïonnettes. Réfléchissant sur les causes de leur destruction, Aram Andonian estime que les Arméniens furent victimes de leur position géographique faisant obstacle à l’édification d’un expansionisme panturque, mais aussi de leur insouciance devant les singes avant-coureurs du désastre. A la gare Seundjian Keuy, les inculpés seront séparés en deux groupes, l’un destiné à être transféré à Aïache par charrette, l’autre devant continuer jusqu’à Ènguri puis vers Tchangheureu en charrette également.

5 – La route sera un supplice, les voyageurs devant eux-mêmes pourvoir à leur confort et acheter leur nourriture à des marchands aux « faciès habituels : turcs cruels, tous avec un regard absolument méchant, très méchant, semblable à un poignard ». Comme ils l’avaient été depuis Bolis par des employés des chemins de fer arméniens, ils furent aidés par des compatriotes du village de Kalédjiq qui devaient être massacrés quelques mois plus tard. Arrivés à destination, ils seront logés dans une caserne où ils devront apprendre à s’organiser dans l’attente d’une issue dont personne n’avait idée. Aram Andonian, par son témoignage met en lumière les comportements d’hommes exceptionnels confrontés aux cruautés d’une arrestation arbitraire dont certains n’allaient pas sortir vivants.

 

 

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Un commentaire »

  1. Selon les récits que j’ai entendus, les hommes valides furent d’abord massacrés en hiver dans les bataillons de l’infanterie.
    Au printemps, 24 avril, ce fut le tour des intellectuels arméniens de Constantinople.
    Et dès le mois de juin les avis de déportation furent affichés dans les villes et villages.
    La guerre totale était un espace favorable à une politique d’extermination des Arméniens.

    Commentaire par Louise Kiffer — 3 juillet 2014 @ 7:36 | Réponse


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