Ecrittératures

7 juillet 2014

Les grandes persécutions contre les Arméniens selon Harry Stuermer

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:03

Stuermer

  Ce Livre courageux traduit en plusieurs langues

est disponible aux Editions du CERCLE d’ECRITS CAUCASIENS

*

 

1 – En écrivant ses mémoires intitulées Deux ans de guerre à Constantinople (Payot, 1917, réédition Le Cercle d’Ecrits Caucasiens, 2005) le correspondant de la Gazette de Cologne, Harry Stuermer, favorable aux Jeunes-Turcs à son arrivée dans la capitale au printemps 1915 cherche à montrer les raisons qui l’ont poussé à perdre toute illusion. En effet, au retour de Gallipoli à Constantinople, le spectacle des persécutions anti-arméniennes va tuer « son amour pour la Turquie », dénonçant aussi bien la morale et la politique jeunes-turques que la responsabilité allemande dans « ces mesures d’extirpation, d’une bestialité et d’un sang-froid raffinés » contre « un des éléments de progrès de l’Empire ottoman ».

2 – Tout commence avec ce qu’on a appelé ensuite «  le rétablissement de l’ordre dans la zone de guerre par des mesures militaires, rendues nécessaires par la connivence avec l’ennemi, la trahison et le concours armé de la popultation ». Or, les «  corps de volontaires arméniens » se battant contre les Turcs étaient essentiellement des sujets russes de Transcaucasie, et très peu d’Arméniens sujets ottomans. Pour autant, fallait-il répondre par des persécutions qui visaient des femmes et des enfants aussi bestiales qu’aucun exemple ne peut être trouvé dans l’histoire humaine ? Nul doute que les Jeunes-Turcs auront commis « un assassinat par centaines de mille ».

3 – Mais pour atteindre tous les foyers arméniens, le gouvernement de Talaat et d’Enver dut inventer et même commander des conspirations locales, qu’il allait proclamer par voie de presse. Or, leur milieu et les lieux qu’ils habitaient, leurs conditions sociales et leur mentalité ne permettaient pas aux Arméniens de prendre une part active à la politique. Embarqués dans les trains vers l’Est, les hommes seront séparés des femmes, ce système devant détruire leur force en brisant les liens familiaux. Et tandis que les « personnes transportées ailleurs » vidaient les lieux, le Comité Union et Progrès pratiquait la « « colonisation intérieure » du pays par des éléments purement turcs ».

4- Le jour même où, dans les rues de Constantinople, son épouse sera témoin des atrocités et de la complicité de leur pays, Harry Stuemer précipitera sa rupture avec l’Allemagne. Pourtant celle-ci était en capacité d’obliger Enver et Talaat à changer d’attitude, comme elle l’a montré par ailleurs, sur les affaires arméniennes. Mais lâcheté, haine et manque de conscience caractérisaient non seulement l’attitude officielle de l’Allemagne mais aussi celle des Allemands de « toutes nuances » vis-à-vis des Arméniens. Il arrivera même que des officiers allemands se montreront plus zélés que les fonctionnaires locaux.

5 – Par aileurs, l’Allemagne aura fait preuve de « sotte imprévoyance » en ignorant que « l’extirpation de la race arménienne » était le signe d’un chauvinisme turc qui tôt ou tard la dédaignerait une fois parvenu à la victoire. Alors qu’elle aurait dû favoriser les Arméniens, élément de progrès culturel, xénophiles, européens d’esprit, libres de tout fanatisme, elle a déçu leur espoir en les montant contre elle. La Turquie, vaste pays arriéré, avait intérêt à conserver ce peuple « si travailleur et d’une si grande utilité civilisatrice ». C’est dans ce sens, avoue Stuermer, qu’il faut comprendre sa démission de son journal. Il ajoute : « Personnellement, je dois donc du moins aux souffrances du pauvre peuple arménien meurtri et torturé ma délivrance morale et politique ».

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Un commentaire »

  1. L’Allemagne avait déjà commencé à faire construire une ligne de chemin de fer de Berlin à Bagdad. C’est par cette ligne que transite toute la population arménienne déportée vers les camps
    du désert syrien.
    Il n’était pas du tout question, pour l’Allemagne de s’apitoyer sur le sort des Arméniens. Au contraire, des déportés arméniens ont été engagés à travailler pour les Allemands.

    Commentaire par Louise KIFFER — 7 juillet 2014 @ 9:54 | Réponse


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