Ecrittératures

13 juillet 2014

L’Allemagne et le génocide arménien
 selon Margaret Anderson (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 11:32

Otto Liman von Sanders

 Liman von Sanders

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1 – Les archives montrent que les représentants de la compagnie du chemin de fer travaillant sur la ligne du Bagdad avaient vraiment cherché à cacher et à protéger les Arméniens, protestant même auprès de leurs services en Allemagne. Pour autant, le lieutenant-colonnel Böttrich, responsable de la voie ferrée signa lui-même l’ordre de déportation des employés arméniens. En revanche, lefeld-maréchal Liman von Sanders ne consentit pas au déplacement des quelques Arméniens d’Edirne et d’Izmir, malgré les fortes résistances du C.U.P. Quant au colobel Kress von Kressenstein, il aurait convaincu Djemal de ne pas déporter 400 orphelins arméniens. D’ailleurs, il faut noter que dans le territoire de l’empire russe qu’elle occupait, l’armée allemande empêcha des pogroms contre les populations juives locales (Ukrainiens et Russes, par exemple).

 

2 –Parfois mal renseignés par leurs subordonnés turcs, comme à Marash où le major Wolffskeel von Reichenberg mit fin à la rumeur selon laquelle des Arméniens massacraient des Turcs, les officiers allemands avaient en général le point de vue des gens pour lesquels ils travaillaient. Faute de pouvoir qualifier ces Allemands de complices ou de « précoces nazis (selon Tessa Hoffman, Wolfgang Gust ou Christoph Dinkel), il convient de dire qu’ils ont fait en général ce qui semblait le mieux pour leur propre pays. Après analyse des accusations, par le C.U.P., de traîtrise de la part des Arméniens, loin d’en être convaincus, ils en informèrent leur gouvernement.

 

3 – Des hommes ayant séjourné en Turquie servirent ensuite les Nazis. Comme Constantin von Neurath, chargé d’affaires à l’ambassade d’Allemagne de Constantinople et devenu plus tard le premier ministre des Affaires étrangères sous Hitler, qui combattit les défenseurs des Arméniens en Allemagne [la Société germano-arménienne fondée par Lepsius]. Max Erwin von Scheubner-Richter, vice-consul à Erzeroum et officier dans l’armée de Bavière, réprimandé par son gouvernement pour avoir protesté au sujet du traitement réservé aux Arméniens, en vint même à nourrir sur ses propres deniers des réfugiés traversant Erzeroum. Sous Hitler, il devint pourtant son bras droit pour les finances du parti. Ernst Jäckh, journaliste proche d’Enver Pacha et des universitaires, fonda l’Union germano-turque pour promouvoir l’information pro-turque. Il espionna la Société Germano-Arménienne et Lepsius au profit du gouvernement. En 1933, il devint professeur à New York et un démocrate libéral très engagé.

 

4 –Les membres du C.U.P. auront été fortement influencés par les penseurs allemands croyant qu’une nation homogène était le gage d’un Etat puissant. Il est peu probable que le Marshal Colmar von der Goltz fut favorable à « l’épuration ethnique ». Quant au publicitaire Paul Rohrbach, à coup sûr nationaliste, mais défendant un « impérialisme pacifique », apprenant qu’on déportait les Arméniens, il démissionna de l’Union germano-turque de Jäckh. En réalité, le comité Union et Progrès et les Nazis avaient le même désir de créer un Etat ethniquement homogène et furent pareillement partisans d’un nationalisme intégral. Cependant, durant le Troisième Reich, l’extermination des Juifs ne souleva aucune protestation parmi les officiers allemands, alors qu’en Turquie, plusieurs walis et sous-officiers ottomans désapprouvèrent la politique jeune-turque à l’égard des Arméniens.

 

5 – Aujourd’hui, l’Allemagne au même titre que la Turquie a la responsabilité morale de connaître le génocide. La pression étrangère peut aider les Turcs à modifier leur point de vue historique. Mais l’espoir reste qu’avec le débat démocratique qui s’installe en Turquie, des historiens turcs osent enfin s’exprimer.

 

 

Denis Donikian (Tous droits réservés)

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L’Allemagne et le génocide arménien 
selon Margaret Anderson (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 7:05

lepsius

 Docteur Johannès LEPSIUS

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1 – Interrogée par Khatchig Mouradian, (
The Armenian Weekly On-Line, 11 novembre 2006), le professeur Margaret Anderson évoquant l’état de ses recherches sur les rapports de l’Allemagne au génocide arménien, reconnaîtra avoir été précédée dans ce domaine d’études par Vahakn N. Dadrian, Ulrich Trumpener, Isabel V. Hull et Donald Bloxham, mais par aucun des chercheurs de Turquie, même si les archives du Bureau Allemand de l’Etranger à Berlin ont été manifestement consultées par eux. Aujourd’hui diponibles en ligne (http://www.armenocide.de.), ces archives publiées en 1919 par Johannès Lepsius comportaient des omissions dans le but de marquer l’aspect victimaire des Arméniens et de masquer le côté terroriste que leur trouvaient à tort les Allemands turcophiles.

2 – De fait, l’Allemagne craignait que la dissolution de l’Empire ottoman au profit d’une autre puissance ( Russie, France ou Angleterre) ne détruise l’équilibre européen. Mais après 1912, la liquidation annoncée de l’Empire ottoman provoqua un soutien allemand pour la cause arménienne, forçant les Ottomans, en février 1914, à garantir aux Arméniens d’Anatolie orientale une certaine parité dans la fonction publique avec les populations musulmanes. Il reste que les conflits internes entre l’aile droite et modérés, loin de permettre une position cohérente à propos des Arméniens, conduisirent finalement l’Allemagne à rester coûte que coûte aux côtés des dirigeants ottomans.

3- Informées sur l’extermination des Arméniens, les élites religeuses et politiques pratiquaient l’autocensure pour préserver, guerre oblige, l’alliance avec les Turcs. Cependant, le rédacteur en chef d’un journal socialiste écrira : « Si quelqu’un voulait appliquer les concepts européens de moralité et de politique aux relations turques, on arriverait à un jugement complètement faussé». Quand furent confisqués par la censure nombre des 20 500 exemplaires des textes de Lepsius, la presse ne cherchera même pas à relayer son travail. Pourtant, cinq jours après la mort de son fils sur le font de l’Est, Lepsius aurait obtenu un visa pour se rendre à Constantinople où, selon ses dires, il aurait interviewé Talaat et Enver. De fait, exagérant la menace militaire du mouvement révolutionnaire arménien, Lepsius aurait fait valoir l’intérêt de l’Allemagne à forcer les Turcs pour qu’ils arrêtent les déportations et les massacres.

4 – Le Comité Union et Progrès n’ignorait pas que le caractère public de l’extermination menacerait son « pouvoir de négation ». Contrairement à Lepsius, l’ambassadeur américain à Constantinople, Henry Morgenthau, ne le comprit guère. Le 16 juillet 1915, rendant compte de l’extermination des Arméniens au Département d’Etat, il recommanda de s’abstenir de toute protestation pour éviter d’aggraver la situation. Reconnu comme un défenseur des Arméniens, Morgenthau restait avant tout un employé du gouvernement américain. A ce titre, ayant quitté son poste à la fin de l’hiver 1916, il apparut publiquement avec l’ambassadeur de Turquie, au point de scandaliser les pro-Arméniens. De fait, pour Morgenthau les massacres sous Abdül Hamid répondant aux intimidations européennes laissaient présager que le gouvernement ottoman ne donnerait aucune suite à quelque pression de l’opinion publique en Europe et aux Etats-Unis.

5 – De son côté, l’armée allemande, intégrée à l’armée ottomane, n’avait aucune possiblité d’intervenir pour faire cesser les massacres. Même si le gouvernement allemand aurait eu la possiblité de faire rentrer ses soldats. Quant à menacer la Turquie de lui couper les vivres, il faut rappeler que les trains allemands n’atteignirent Istanbul qu’en janvier 1916.

 

 

Denis Donikian ( droits réservés)

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