Ecrittératures

15 juillet 2014

L’Arménie russe et la grande guerre

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:52

 

 

1 – Docteur en droit international de l’Université de Petrograd et ancien premier drogman de l’Ambassade de Russie à Constantinople, André-Nicolayevitch Mandesltam est l’auteur d’un livre majeur intitulé La Société des Nations et les puissances ( A. Pédone éditeur, Paris, 1926) dans lequel il analyse les causes qui ont présidé au sacrifice de l’Arménie dans le processus de paix des Alliés avec les Turcs. La révolution bolchéviste du 7 novembre 1917 et l’armistice russo-turc du 18 décembre provoquèrent la retraite désorganisée des troupes russes et la constitution d’un front oriental par les troupes arméniennes. Arméniens, Géorgiens et Tatares créèrent un « Commissariat de Transcaucasie ». Mais la supériorité des forces ottomanes obligea les Arméniens à se retirer des territoires conquis en Arménie turque.

2 – Aux pourparlers de mars à Trébizonde, les Ottomans rejetèrent la création d’une Arménie turque et exigèrent la reconnaissance du traité de Brest-Litovsk, nouvellement signé, qui privait la Russie de Kars, Ardahan et Batoum acquis par le traité de Berlin de 1818. Président de la Transcaucasie et pro-allemand, le Géorgien Tchenkéli accepta. Le 23 avril 1918, le général arménien Nazarbekow dut évacuer Kars selon les ordres de Tchenkéli. Le 15 mai, les Turcs prirent Alexandropol. Tandis que les Tatares penchaient vers les Turcs en tant que coreligionnaires et que les Géorgiens adoptaient l’orientation allemande, les Arméniens se trouvèrent seuls à combattre les Turcs.

3 – La dissolution de la Transcaucasie entraîna la proclamation d’indépendance de la Géorgie (26 mai) puis de l’Azebaïdjan et de l’Arménie (le 28). Bakou, aux mains d’une coalition russo-arménienne, fut assiégée durant quatre mois et enlevée par des troupes turco-tatares commandées par Nouri Pacha. Après quoi, les Tatares siègèrent à Bakou tandis que les Turcs en firent une base pour leur politique pantouranienne. L’Arménie était ainsi encerclée par la Turquie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie occupée par les Allemands.

4 – Après la débâcle allemande, les Alliés, qui chargèrent l’amiral anglais sir Arthur Calthorpe de signer l’armistice à Moudros avec la Turquie, le 30 octobre 1918, renoncèrent à occuper l’Arménie turque. Seul l’article 24 prévoyait de prévenir tout nouveau massacre en menaçant de mettre pied dans les six vilayets arméniens. Cependant, les Anglais contrôlèrent la Transcaucasie jusqu’en juillet 1920, en occupant Bakou et Batoum, et sauvèrent l’Arménie russe en rendant aux autorités arméniennes Kars, le Nakhitchevan et le Charour. Dès lors, le mouvement nationaliste de Moustapha Kemal s’installa dans l’Arménie turque, nettoyée de ses éléments arméniens. Le 23 juillet 1919, Moustapha Kemal réunit à Erzeroum le Congrès natonaliste turc, proclamant les vilayets orientaux comme partie intégrante de l’Empire ottoman.

5 – Par ailleurs, s’alliant avec les Bolcheviks, Kemal se donnait pour objectif de soulever les peuples orientaux contre « l’impérialisme » occidental. Le congrès de Sivas en septembre 1919, confirma le pacte d’Erzeroum par lequel les Turcs déclarèrent ne céder aucun pouce du territoire aux Arméniens. Quant à l’Azebaïdjan tatare, il devint le vassal de la Turquie, une convention militaire secrète garantissant l’intégrité territoriale des deux pays. L’Arménie devint alors le seul obstacle à une expansion de la Turquie dans la Caucase.

 

© Denis Donikian

Publicités

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.