Ecrittératures

18 juillet 2014

L’Arménie et le traité de Sèvres (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:59

 

 

1 – Tandis qu’elle faisait sa demande d’admission à la Société des Nations, le 2 décembre 1920, l’Arménie exsangue signait avec le gouvernement d’Angora le traité de paix d’Alexandropol qui attribuait à la Turquie le protectorat sur le Charour et le Nakhitchevan. Le 6 décembre, les troupes « soviétistes » ( Mandelstam, op.cit.) occupèrent Erivan tandis que le gouvernement se réfugiait dans le Zanghezour. Les Bolcheviks (sic) installant une République soviétique arménienne, pillèrent la population, expédiant 1 500 officiers arméniens en Russie, emprisonnant 2 500 intellectuels ou les exécutant. Les Turcs déportèrent la population masculine arménienne au fond de la Turquie et organisèrent des massacres entre Kars et Alexandropol.

2 –La chute de Venizélos avait rendu plus douteuse que jamais la ratification du traité de Sèvres, tandis que le président Wilson rendant son arbitrage, accordait à l’Arménie la plus grande partie des vilayets de Van, Bitlis et Erzeroum, et un accès à la mer dans celui de Trébizonde. Cependant, les gouvernements de France, de Grande-Bretagne et d’Italie donnèrent une réponse défavorable à l’admission de l’Arménie dans la Société des Nations en raison d’un voisinage incertain et agité sur lequel elle n’avait aucune prise, ni morale, ni militaire. En somme, « Après tant de discours émouvants sur le sort de la malheureuse nation,[…]rien n’aura été fait pour assurer à l’Arménie un secours efficace contre ses assassins » ( Mandelstam, op. cit.).

3 – Jusque-là, la politique orientale de la République des Soviets avait été favorable à l’autonomie nationale et culturelle de tous les Musulmans, dénonçant les traités secrets de la Russie avec les Puissances sur la cession de Constantinople. Or, après leurs victoires sur les armées blanches, les Bolcheviks (sic. Mandelstam, op. cit.), établirent le pouvoir soviétique sur tous les pays musulmans de l’ancienne Russie au prix de nombreux massacres. De fait, ils allaient se heurter au pantouranisme, comme en Azerbaïdjan lié à la Turquie par des accords secrets conclus en 1919. Dès lors l’alliance turco-russe contre l’impérialisme étranger ne pouvait être que temporaire dans la mesure où Moustapha Kemal se méfiait d’une soviétisation de la Turquie, le kemalisme n’étant pas soluble dans le bolchevisme.

4 – Les zones d’influence dans la Turquie d’après guerre, loin de marquer le triomphe de la justice et de la liberté des peuples, revenaient en fait à un partage des grands avantages économiques qu’elles présentaient pour les vainqueurs. Le seul bénéfice que retira l’Arménie de l’accord Sazonow-Paléologue était de passer du joug turc à l’autorité d’une puissance civilisée.

5 – Tous les accords secrets s’évanouirent avec l’émergence de la Révolution russe qui prônait « la paix sans annexions, ni contributions, sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Quant aux 14 points du 8 janvier 1918 du Président Wilson, s’ils proclamaient la souveraineté des parties turques et s’ils garantissaient la sécurité et l’émancipation pour les autres nationalités, ils maintenaient la souveraineté d’un Etat purement turc. Trois jours plus tôt, M. Lloyd George reconnaissait à l’Arabie, l’Arménie, la Mésopotamie, la Palestine et la Syrie le droit à la reconnaissance de leur « état séparé ».

 

© Denis Donikian

Publicités

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.