Ecrittératures

1 août 2014

Des tentatives de réconciliation

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:30

Protocoles

 

1 – Longtemps, les Arméniens auront tenu les Turcs pour des monstres en raison même de la monstruosité de leur crime. Toutefois, des récits d’opposants à la politique d’extermination jeune-turque, l’exemplarité d’humanistes comme Ragip et Ayşe Nur Zarakolu, l’émergence d’intellectuels contestataires ébranlèrent peu à peu cette stigmatisation. Dès lors, des Arméniens progressistes commencèrent à distinguer l’Etat turc de la société civile, le Turc négationniste du Turc reconnaissant la réalité du génocide, jusqu’à esquisser des contacts au-delà des tabous et des appréhensions. Par ailleurs, soucieuse de faire accepter sa demande d’adhésion à l’Europe, la Turquie fut conduite à chercher des formes de dialogue, quitte à biaiser sur le fond du problème.

 

2 – Les succès remportés par la diaspora arménienne poussèrent le ministère des Affaires étrangères américain à engager le gouvernement turc sur la voie d’un dialogue propre à désamorcer toute revendication. Créée en juillet 2001 et financée par le Département d’Etat américain, la Commission de réconciliation arméno-turque (CRAT), réunit d’anciens diplomates, des universitaires et des personnalités tant arméniennes (Arménie et diaspora) que turques. Préconisant des rapprochements entre les deux sociétés civiles, mais contestée par le parti Dachnak, cette commission, qui excluait le thème du génocide, éveilla la méfiance de la diaspora tandis que le gouvernement arménien y voyait une manière de briser le blocus. Trop favorable aux intérêts stratégiques turcs, elle était vouée à l’échec.

 

3 – Presque au même moment, en 2000, à l’initiative de deux professeurs de l’université de Michigan, Fatma Muge Goçek, sociologue turque, et Ronald Grigor Suny, historien arménien, des échanges électroniques d’informations, de réflexions et même de pétitions, permirent de créer un espace de discussion entre intellectuels et universitaires des deux bords. Hors toute implication officielle, toute forme de réconciliation, ce Workshop for Armenian and Turkish Scholars ( WATS) cherchait à déconstruire les logiques mentales « qui empêchent la mémoire arménienne de faire son deuil et qui renforcent le nationalisme turc » ( Laurence Ritter). Toutefois, la reconnaissance de la culpabilité turque par des intellectuels d’Istanbul n’interdira pas, côté arménien, l’émergence de positions fort partagées.

 

4 – Au blocus économique imposé à l’Arménie par une Turquie soutenant l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabagh, succédèrent des négociations secrètes en 2007 grâce à la médiation suisse, puis le 8 septembre 2008, l’invitation du président turc Abdullah Gül à Erevan à l’occasion d’un match pour le mondial de football, enfin la signature à Zurich, en présence des ministres des affaires étrangères américain, russe, français et de l’Union européenne, de deux « protocoles », le 10 octobre 2009, le premier portant sur l’établissement de relations diplomatiques, le second sur l’ouverture des frontières. Mais l’erreur des Arméniens était de croire qu’ils n’affecteraient pas le statut du Haut-Karabagh, celle des Turcs qu’ils entraîneraient des concessions.

 

5 – En tentant un dialogue avec la Turquie, le président Serge Sarkissian non seulement renforça la contestation interne mais encore s’aliéna une diaspora farouchement hostile à tout compromis et dont il dut affronter la colère à Paris, Los Angeles et Beyrouth, pour avoir relégué les questions d’histoire au travail d’une sous-commission. Quant à la Turquie, elle dut subir l’ire azerbaïdjanaise, le président Aliev tenant ces protocoles pour une trahison qu’il lui ferait payer en annulant les accords prévus sur les hydrocarbures. Dès lors, faisant dépendre la ratification des protocoles par son Parlement de concessions supplémentaires initialement non prévues, la Turquie exigeait de l’Arménie plus qu’elle ne pouvait donner.

 

© Denis Donikian

Publicités

2 commentaires »

  1. Je comprends que nous soyons hostiles à tout compromis, car une concession en entraîne une autre, c’est un signe de
    faiblesse. Il faut rester fier, nous n’avons rien à nous reprocher.

    Commentaire par Louise Kiffer — 2 août 2014 @ 7:25 | Réponse

  2. Ces protocoles ne furent qu’une mise en scène des politiciens occidentaux et une tentative d’amener l’Arménie dans une voie où elle aurait beaucoup à perdre.
    De toute façon, il y a deux Arménie, celle qui reste dans le giron russe et l’autre, dispersée aux quatre coins du monde. Celle qui a perdu ses terres ancestrales, qui ne pourra jamais les retrouver.
    Il ne faut pas que l’oubli s’installe et sans cesse rappeler l’anéantissement programmé,réalisé et toujours nié par les descendants héritiers de jeunes turcs.
    La vérité est dans notre camp, pas dans le leur…

    Commentaire par Albert — 3 août 2014 @ 8:00 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :