Ecrittératures

7 août 2014

Etre arménien en Turquie

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:24

dfradink120

 

1 – Sous le titre Etre arménien en Turquie (Editions Fradet, mars 2007), sont réunis 13 articles et entretiens allant de 2004 jusqu’au 17 janvier 2007, soit deux jours avant sa mort, donnant la mesure des combats de Hrant Dink en faveur de l’identité arménienne en Turquie. Dans sa préface, son collaborateur Etyen Mahçupyan précise : «  C’était l’homme dont l’existence même et l’attitude franchement humaine suffisaient à faire honte à la Turquie…. ». Réfléchissant sur le mal-être des Arméniens dans leurs relations avec les Turcs, Hrant Dink conclut : «  les Arméniens souffrent de leur traumatisme et les Turcs de leur paranoïa ». Or pour se libérer, les Turcs doivent partager la douleur arménienne, et les Arméniens chasser leur colère en se concentrant sur l’Arménie.

2 – Prônant une libération de l’expression et de l’information, au-delà de toute reconnaissance exigée par la diaspora arménienne ou d’une perpétuation du déni pratiqué par la société turque, il en fait un préalable à toute démocratisation interne et à toute normalisation diplomatique entre les deux pays. De fait, le « vivre ensemble » serait empêché par l’impossiblité de chacun à se confronter au passé. Ainsi, « si l’on souhaite parler avec les Kurdes, il faut d’abord se mettre à leur place ». Ce que peut faire un Arménien qui a vécu hier la pression du nationalisme turc de la même manière que les Kurdes aujourd’hui. D’ailleurs le multiculturalisme pourrait s’exprimer dans l’enceinte de Sainte-Sophie « où chrétiens et musulmans se livreraient à leurs cultes ».

3 – Comme dans le conflit israélo-palestinien, il estime que son pays pratique « cette passion de la vengeance, qui par le sang versé réclame encore du sang ». Et Dink de se demander s’il ne faudrait pas aujourd’hui créer un « véritable mélange des cultures ». Rejetant tout communautarisme qui suppose un traitement de faveur, il lui préfére une démarche citoyenne ouverte aux problèmes des autres. De fait, contrairement aux articles 40 et 41 du traité de Lausanne, les Arméniens, comme minorité non musulmane, auront subi une politique d’étouffement au lieu de bénéficier des aides de l’Etat turc

4 – A l’aube de l’année 2007, Hrant Dink manifeste son inquiétude en raison de la concordance de l’élection présidentielle et des élections législatives, sources croissantes de polémiques. La perspective de violation des droits démocratiques, assortie de menaces et de propagande gratuite à l’encontre du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), pourrait pousser Recep Tayip Erdoğan à enfoncer le pays « dans une ère d’obscurité ». Les mauvais rapports avec l’Union européenne, la possible approbation du projet relatif génocide arménien par le Sénat américain et la Chambre des représentants, celui d’une pénalisation de sa négation en France créeront des tensions internes et des obstacles à toute normalisation entre la Turquie et l’Arménie.

5 – S’interrogeant sur sa condamnation au titre de l’article 301, Hrant Dink pense qu’elle n’est pas étrangère au fait qu’il soit arménien ou que « certaines personnes » auraient ainsi voulu lui montrer ses limites. Mais aussi qu’il la doit pour avoir révélé que Sabiha Gôkçen, la fille adoptive de Moustapha Kemal, était issue d’un orphelinat arménien. Harcelé par les nationalistes, il songe un moment à rejoindre l’Arménie qu’il juge pourtant insupportable en raison de ses injustices. Finalement, il refusera de lâcher ses amis luttant pour les valeurs démocratiques en Turquie.

 

© Denis Donikian

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Un commentaire »

  1. La personnalité de Hrant Dink restera le symbole des rapports de l’arménien face au turc.
    Le temps n’a pas suffi à l’un de renoncer à sa quête de justice et à l’autre d’apprendre, de comprendre l’histoire.
    Des deux cotés, il y a encore trop d’obstacles à surmonter, à écarter pour entrer dans une ère de compréhension mutuelle.
    C’est ce que prônait Hrant, qui l’a payé de sa vie.
    A lui seul, il incarne le malheur qu’a subi le peuple arménien sous le régime jeunes-turcs.
    A l’approche du centenaire, au train où vont les choses, rien n’est moins sûr de voir nos peuples de trouver un terrain d’entente.

    Commentaire par Albert — 8 août 2014 @ 9:04 | Réponse


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