Ecrittératures

13 août 2014

« Entrouvrir les portes du silence »

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:05

turquie-agos

1 – Dans sa postface au livre Les Petits-Enfants ( Actes sud, 2011), coécrit avec Fethiye Çetin, Ayşe Gül Altinay évoque les faits qui, depuis les années 1990, ont marqué une certaine « diversification » au sein des débats politiques et de la recherche scientifique en Turquie. Des thèmes de société, hier tabous, font aujourd’hui l’objet d’échanges passionnés : violence envers les femmes des minorités non-musulmanes, politique d’assimilation concernant les Kurdes, discrimination à l’égard des lesbiennes, des gays, des bisexuels, des travestis, des transsexuels, droit à l’objection de conscience, discours anti-militaristes.

2 – Les récits sur l’existence des Arméniens de Turquie et sur 1915 expliqueraient cette ouverture. La création des Editions Aras (1993), avec des livres en turc et en arménien, celle du journal bilingue turc-arménien Agos (1996) par Hrant Dink, la parution des ouvrages de Taner Akçam sur le « génocide » de 1915 (1992,1999), le travail conjoint des historiens turcs et arméniens et leurs déclarations publiques, les traductions en turc de publications internationales sur les massacres anti-arméniens par les Editions Belge de Ragip Zarakolu (Ternon en 1993, Dadrian en 1995), les débats sur les chaînes de télévision privée… ont initié « ce processus d’ouverture et de diversification ».

3 – Mais, c’est la conférence de 2005 qui va marquer les esprits. Organisée par trois universités ( Sabanci, Boğaziçi et Bilgi) et intitulée : « Les Arméniens ottomans à l’époque du déclin de l’Empire : la responsabilité scientifique et les problèmes de la démocratie », elle se tiendra en septembre à celle de Bilgi, après de nombreuses péripéties et réticences. Y participeront soixante universitaires turcs, chercheurs, écrivains, diplomates originaires de Turquie, venant des universités turques, mais aussi européennes et nord-américaines.

4 – Des publications importantes vont marquer aussi ce climat d’ouverture des années 2005 et 2006. Le Livre de ma grand-mère de Fethiye Çetin, paru en 2004, fut vendu à plus de neuf mille exemplaires. Celui d’Irfan Palali, les enfants de la déportation était sur le point de sortir. Puis vinrent M.K Récits d’un déporté arménien de 1915 de Baskin Oran, La Mariée blonde et Avec toi, mon cœur sourit de Kemal Yalçin, La Question des femmes et des enfants arméniens en Turquie (1915-1923) de Ibrahim Ethem Atnur, La Bâtarde d’Istanbul d’Elif Şafak, Les Enfants adoptifs arméniens d’Ehran Başyurt et Le Linceul noir : le drame des femmes arméniennes converties de Gülçiçek Günel Tekin.

5 – Bien que le sujet des Arméniens convertis ait été abordé dès 1991 avec Les Contes de ma grand-mère de Serdar Can, c’est le livre de Fethiye Çetin qui va briser le silence et obtenir le plus d’échos. Les nationalistes vont alors s’introduire dans le débat et conduire un journaliste comme Bekir Coşkun à avouer que sa grand-mère était arménienne, dans un article intitulé « Ma question arménienne » (Ermeni Meselem). En publiant son livre, Les Enfants adoptifs arméniens, Erhan Başyurt, chroniqueur dans la revue nationaliste Aksiyon, tout en reconnaissant que la tragédie de 1915 était pire que ce qu’on avait imaginé, estimait que le fait d’en parler suffisait à montrer la maturité politique de la Turquie.

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