Ecrittératures

14 août 2014

L’accord d’Angora et l’exode des Arméniens de Cilicie

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:37

 

1920_10_26_adana-Louis Canuel

1 – Selon André –N. Mandelstam ( op.cit.) les accords d’Angora, signés le 20 octobre 1912 entre le délégué français M. Franklin-Bouillon et le ministre des affaires étrangères turc Youssouf Kemal Bey, proches des ceux de Londres, seront toutefois marqués par l’affaiblissement considérable de la protection qui avait été précédemment consentie aux minorités. Le 8 novembre suivant, devant la panique qui s’empara d’elles, le général Gouraud assura les populations chrétiennes que leurs droits restaient préservés par le gouvernement d’Angora, tandis que Moustapha Kemal confirmait la promesse d’amnistie générale et que des conférences d’information sur la suffisance des garanties étaient organisées conjointement par les Français et les Turcs.

2 – Le 5 novembre 1921, la Délégation nationale arménienne de Paris avait déjà reproché au ministre des affaires étrangères français d’avoir écarté ses recommandations d’une gendarmerie mixte avec assistance d’officiers français et de s’être appuyé sur les engagements signés par la Turquie. Depuis lors, « les Chrétiens affolés affluèrent vers les ports de Cilicie et à la frontière syrienne » malgré les déclarations solennelles des deux gouvernements à faire respecter les garanties stipulées. Trouvant porte close en Egypte, Palestine et Chypre, les émigrés arméniens seront accueillis par la Grèce, et le plus grand nombre par la Syrie et le Liban, territoires mandatés par la France.

3  – Au cours de la séance au Sénat français du 27 octobre 1921, Aristide Briand insista sur la nécessité d’un accord local avec les Turcs à propos de la Cilicie. Devant l’intransigeance d’Angora défendant un point de vue national, les Français durent faire des concessions sur les conditions de leur retrait, tout en obtenant des assurances formelles sur la protection des minorités, pensant substituer à l’organisation d’une gendarmerie « une espèce de contrôle moral ». Vivement critiqué par les sénateurs Ernest Flandin et de Lamazelle, le 29 décembre 1921, pour avoir sacrifié la sécurité des Arméniens, M. Aristide Briand indiqua que la France n’avait pas la possibilité de maintenir en Cilicie une armée de 100 000 hommes, préférant exercer son mandat en Syrie.

4 – La question relative à l’exode des Arméniens de la Cilicie trouva son épilogue au Conseil de la Société des Nations en janvier 1922. Le 14, le représentant français, M. Gabriel Hanotaux justifia la politique française en expliquant que, faute d’avoir obtenu satisfaction sur toutes les clauses du traité de Sèvres par les chefs nationalistes d’une Turquie désarmée, elle avait acquis l’assurance que les garanties jugées essentielles par les Alliés concernant la sauvegarde et le bien-être des minorités seraient préservées. Une mission spéciale envoyée sur place avait été menée conjointement avec les autorités ottomanes pour l’exécution de ces engagements. Pour autant, la panique n’avait pas diminué chez les populations chrétiennes.

5 – Prenant acte de ce discours et des aides substantielles ( 50 millions de francs au lieu des 20 initialement prévus) accordées par le Parlement français au profit des réfugiés de Syrie, le Conseil de la Société des Nations vota une résolution par laquelle elle regrettait que les épreuves de la nation arméniennes s’étaient aggravées en raison des circonstances, mais reconnaissait avec satisfaction les mesures prises par le gouvernement français, rappelant aux Principales Puissances alliées la nécessité de « prendre toutes dispositions propres à assurer la protection des minorités dans l’Empire ottoman ».

© DENIS DONIKIAN

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2 commentaires »

  1. L’art du double langage est une pratique en politique où les turcs sont toujours passés maitres.
    Il n’y a qu’à passer en revue le nombre, d’accords, de résolutions signées, mais jamais respectés.
    Et un siècle après, quelque chose aurait changé ?
    Les chrétiens d’Orient aujourd’hui, vivent dans la même peur.

    Commentaire par Albert — 14 août 2014 @ 7:02 | Réponse

  2. Quand on connait l’art du maniement du double langage dont fit (et fait) preuve la Turquie, rien d’étonnant que les arméniens aient payé cher, le manque de courage politique de le France.
    Et un siècle après, pas de changement.
    Les chrétiens d’Orient connaissent les mêmes déboires catastrophiques.

    Commentaire par Albert — 14 août 2014 @ 8:31 | Réponse


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