Ecrittératures

25 août 2014

La question arménienne à la Conférence de Lausanne

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 6:44

mémorial Turquie

Monument de 1919 à Istanbul dédié aux victimes arméniennes du grand massacre (génocide) perpétré par le régime des Jeunes-Turcs en 1915. Il était situé dans une zone qui est actuellement occupée par l’Hôtel Divan, la Radio Istanbul et le camp militaire Harbiye. Il a aussi mystérieusement été détruit.

*

 

1 – Abordant la Conférence de Lausanne, André-N. Mandelstam ( op. cit.) rappelle qu’à l’automne 1922, l’opinion publique européenne et américaine passait alors par des « sursauts généreux  en faveur des Arméniens, sursauts dont cette malheureuse nation [n’avait] d’ailleurs retiré jusqu’ici que des satisfactions purement platoniques ». Les Puissances alliées refusèrent que participe à la Conférence la Délégation de la République arménienne, présidée par M. Aharonian, en raison de  la forme soviétique que celle-ci avait adoptée, précisant qu’elle consulterait si nécessaire la Délégation nationale arménienne de Paris. Toutefois, le 15 novembre 1922, les deux Délégations arméniennes présentèrent à la Conférence un Mémoire exposant leurs revendications.

2 – Rappelant le délabrement de leur nation (700 000 personnes hors du sol natal, 73 350 femmes et enfants séquestrés dans les harems turcs, événements de Smyrne, massacres à Brousse, Bigha, Balikesser, menace d’un arrêt du gouvernement d’Angora contre les Arméniens), les Délégations demandèrent comme réparations «  de cette catastrophe sans exemple » un Foyer national viable, la petite République d’Erivan manquant de terres pour nourrir la population. Cette demande étant conforme au Pacte de la Société des Nations et des engagements pris par les Puissances alliées, elles souhaitaient obtenir une partie soit des territoires délimités par le président Wilson, soit des régions de l’Arménie turque, soit de la Cilicie.

3 – Les deux Délégations étant finalement reçues par les Délégués des trois Puissances invitantes, malgré l’opposition d’Ismet Pacha et de Riza Nour bey, M. Gabriel Noradounghian fit valoir que la haine entre Turcs et Arméniens empêchait tout retour des réfugiés en Turquie, sachant qu’un Foyer n’était pas contraire au Pacte d’Angora. Pour sa part, M. Aharonian précisa que les quatre traités (Brest-Litovsk, Batoum, Alexandropol et Kars) ayant pour but de priver les Arméniens de leurs provinces en Turquie, avaient été annulés ou non reconnus.

4 – Fort de l’appui de grands mouvements citoyens aux Etats-Unis, la Délégation américaine proposa un Foyer situé dans une zone au nord de la Syrie. Le 6 janvier 1923, remettant en cause la notion de foyer national, le président de la sous-Commission, M. Montagna, suggéra un « régime local qui, tout en sauvegardant d’une manière complète l’unité de l’Etat turc, [permettrait] aux Arméniens de conserver leurs anciennes coutumes ». Le représentant anglais, sir Horace Rumbold, suivit M. Montagna, mais le Délégué turc, Riza Nour bey, refusa de participer aux discussions au sujet d’Arméniens que les Alliés avaient excités pour se rebeller contre les Turcs. Lord Curzon souligna que ce foyer serait un lieu de rassemblement pour le maintien de leur culture mais sous administration turque.

5 – Dès lors le destin des Arméniens fut déterminé par les articles 37 à 45 propres aux minorités. Il revenait au « gouvernement turc de régler les questions du statut familial ou personnel selon les usages de ces minorités et de leur accorder sa protection à leurs églises… ». Si la Délégation turque accepta l’article des traités de minorités sous la garantie de la Société des Nations avec l’arbitrage de la Cour permanente de justice internationale, elle rejeta la nomination d’un délégué spécial de la Société à Constantinople. Signé le 24 juillet 1923, le traité de Lausanne, où il n’était plus question de restitution de biens et de personnes, souleva la protestation de la Délégation de la République arménienne, contre une paix « conclue exactement comme si les Arméniens n’existaient pas ».

 

© Denis Donikian

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Un commentaire »

  1. Ce monument édifié à Istanbul devrait être reconstruit à l’identique et implanté – provisoirement – en France ou ailleurs. Le symbole serait très important.

    Commentaire par George — 30 août 2014 @ 10:46 | Réponse


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