Ecrittératures

29 septembre 2014

La Légion Arménienne (2)

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Victoire des Arméniens sur l’Arara (Syrie) en 1918 contre les troupes germano-turques

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1 – En dépit des accords préliminaires excluant qu’elle participe à d’autres fronts qu’en Cilicie,  la Légion d’Orient (ultérieurement nommée Légion arménienne) fut entrainée pour participer aux campagnes de Palestine, où l’armée française n’était pas assez nombreuse. Aux yeux de la Délégation Nationale Arménienne, la Légion Arménienne devait servir de base pour une future armée arménienne, censée s’installer sur les territoires libérés de la Cilicie en vue de préparer son autonomie. Mais les intrigues politiques et les intérêts militaires au sein des puissances de l’Entente la détournèrent de cet objectif premier. En juillet 1917, le premier recrutement recensa 1 400 hommes. Début 1918, il s’éleva à 1 700.

2 – Les promesses réitérées par l’Entente d’une Cilicie autonome après la guerre, expliqueraient le nombre grandissant des recrues. Or les Arméniens ignoraient que selon les accords Sykes-Picot de mai 1916, déjà signés, la partition de l’Empire ottoman entre les puissances de l’Entente excluait l’ensemble des minorités de ce cadre, faisant ainsi obstacle à la formation d’un État-nation arménien. Les machinations devinrent évidentes en juillet 1917, lorsque la Légion, intégrée au corps expéditionnaire français, fut déployée en Palestine, afin d’y combattre aux côtés de l’armée britannique. La Délégation Nationale Arménienne se trouvait devant un nouveau dilemme : disperser la Légion, contrairement à ses intérêts, ou se conformer à la nouvelle donne.

3 – Or, l’Allemagne n’ignorait pas que la Cilicie, pauvre en troupes, constituait le talon d’Achille des Ottomans. Elle craignait avec le ministre ottoman de la guerre lui-même, Enver Pacha, que les puissances alliées ne finissent par repérer le point faible des Turcs. Mais les Français, soucieux de leurs seuls intérêts, cherchaient alors à s’assurer des territoires importants au nord de la Syrie.  La déception vis-à-vis des autorités françaises eut des effets préjudiciables sur la discipline militaire de la Légion et sur l’engagement des volontaires. La Légion fut appelée pour sa première mission au printemps 1918. Incorporée au détachement français de Palestine-Syrie (DFPS), elle devait se livrer à des sabotages et à des incursions sur la côte turque.

4 – Supervisées par le général Allenby, commandant la Force Expéditionnaire Britannique (B.E.F.), les opérations en Palestine devaient débuter le 19 septembre 1918, à 4 heures du matin. La Légion Arménienne était incorporée au détachement français pour appuyer les forces britanniques. Les légionnaires parvinrent à s’emparer de la première ligne de défense allemande. Malgré leur contre-offensive, les forces germano-ottomanes succombèrent et commencèrent à faire retraite, permettant aux légionnaires de conquérir les 2ème et 3ème lignes de défense allemandes. Le 1er bataillon réussit à prendre le sommet de l’Arara. La Légion Arménienne perdit 22 hommes et compta 80 blessés et 4 disparus au combat.

5 – Dans une dépêche adressée à la Délégation Nationale Arménienne, le 21 octobre 1918, le général Allenby fit un éloge appuyé de la Légion Arménienne et de sa bravoure. De son côté, le général Romieu loua ses exploits, ainsi que le sacrifice des martyrs et l’engagement total des survivants.  Après quoi, la Légion fut dispersée à la fin de l’année 1920, sans avoir pu, malgré le dévouement et le patriotisme de ses volontaires, constituer le noyau d’une future armée arménienne.  Quant aux intrigues politiques des puissances de l’Entente, elles empêchèrent la création d’une Cilicie autonome.

© Denis Donikian

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La Légion Arménienne (1)

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1 – Varak Ketsemanian consacre son article intitulé L’héritage de la Légion Arménienne (in The Armenian Weekly, 10 mars 2014) à ces Arméniens qui, de 1916 à 1921, servirent aux côtés des troupes françaises et britanniques sous le nom de Légion d’Orient. Soucieuse de contrôler la Cilicie et le Liban, mais redoutant la présence des Britanniques supérieurs en nombre, la France pensait utiliser les rescapés arméniens du Musa Dagh [Djebel Moussa] installés à Port-Saïd, en Égypte, en septembre 1915, pour former des unités combattantes supplémentaires. Or, approuvée par les Russes et les Anglais, la proposition de Mikael Varantian de former 15 à 20 000 hommes censés débarquer en Cilicie, fut déclinée par les Français.

2 – Au moment où le général britannique Maxwell proposa la formation d’une unité arménienne à Port-Saïd, le 19 septembre 1915, il était trop tard. La Délégation Nationale Arménienne, formée en Égypte et dirigée par Boghos Nubar Pacha, avait dû fournir armes et munitions à la résistance arménienne en attendant vainement un débarquement allié en Cilicie. Suite au désastre de Gallipoli et compte tenu des victoires de l’armée russe sur le front oriental, avec le concours de sept unités de volontaires arméniens, la Délégation Nationale Arménienne accepta en 1916, sur proposition du général Clayton, de former une unité basée à Chypre, à condition de ne combattre qu’en Cilicie, à l’exclusion des autres fronts.

3 – La formation de la Légion fut d’autant plus facile que les Arméniens déportés, présents à Port-Saïd, brûlaient de se venger d’un ennemi responsable de la mort de leurs proches, tant en Arménie Occidentale qu’en Cilicie. Constituée le 15 novembre 1916, la Légion d’Orient comprenait des Arméniens d’Égypte, Djebélis et prisonniers de guerre, avec la possibilité d’intégrer des Syriens chrétiens, eux aussi décidés à lutter contre les Turcs. Installé à Chypre, après négociations avec les Britanniques, le camp était divisé en trois sections : le Camp Souédié (occupé par les Djebélis), Monarga et « le camp du nouveau puits » (tenu par les Syriens). Familier de la mentalité orientale, la Légion fut confiée au général Romieu.

4 – Le corps des sous-officiers se composait principalement d’Arméniens, dont des gradés expérimentés, tels que Jim Chankalian (Etats-Unis), John Shishmanian (Etats-Unis), Sarkis Boghossian (armée ottomane), entre autres. Qu’il vînt de France, des États-Unis ou d’Égypte, le candidat devait avoir passé les tests médicaux et obtenir un document officiel de la part des comités arméniens opérant dans son pays ou du gouvernement français, attestant de sa volonté sincère de servir dans la Légion. Ceux qui étaient inaptes avaient le choix de regagner leur pays ou d’être envoyés en France, pour y travailler dans les usines d’armement ou dans l’agriculture.

5 – En janvier 1917, quand les trois délégués arméniens, Ardavast Hanemian, Stépan Sabahgulian et Mihran Damadian, représentant respectivement la Fédération Révolutionnaire Arménienne, le parti Hentchak et le parti Ramgavar, se rendirent en Amérique du Nord pour organiser le recrutement, les Etats-Unis, loin d’être hostiles à l’Empire ottoman, ne devaient entrer en guerre que le 2 avril 1917, au nom des puissances de l’Entente. Dès lors, pour éviter une crise diplomatique, le général Roques recommanda que la campagne de recrutement fût menée par les comités arméniens et syriens, et non par des agents consulaires.

© Denis Donikian

28 septembre 2014

Actions unitaires autour du génocide arménien

 

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Le monument de 1919 à Istanbul

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1 – Dans les années 60, le silence et l’injustice susceptibles d’effacer le génocide des Arméniens des manuels d’histoire, furent ébranlés par les campagnes d’information et de protestation, tant à Paris qu’à Lyon et Marseille, organisées à l’initiative du Centre d’Études Arméniennes et de son créateur, le docteur Georges Khayiguian. La publication par Jean-Marie Carzou d’Arménie 1915, un génocide exemplaire (Flammarion, 1975), concomitante aux premiers attentats de l’ASALA, le militantisme des Éditions Belge d’Ayşe Nur et Ragip Zarakolu, l’activité du journal Agos, les procès et l’assassinat de son fondateur Hrant Dink vont ouvrir les premières brèches dans le mur du négationnisme de l’État turc, que prolongeront, dans les années 2000, plusieurs tentatives de rapprochements et de réconciliation, issues de la société civile.

2 – Créé à l’initiative conjointe de Michel Atalay et Denis Donikian, le Collectif Biz Myassine (Nous ensemble) se donnait pour objectif de réunir Arméniens et Turcs d’origine dans un hommage fraternel à toutes les victimes du génocide perpétré dans l’Empire ottoman en 1915, et particulièrement aux Arméniens. Commencées le 22 avril 2007, Place du Canada à Paris, devant la statue du Père Komidas, ces commémorations unitaires se poursuivirent jusqu’en 2011. Loin des discours politiques et en dehors de toute association, chacun affirmait ainsi par sa présence et son recueillement la nécessité de construire un avenir viable sur la vérité historique et la transparence des relations humaines, les Arméniens ne pouvant fermer la porte aux Turcs de bonne volonté, ni les Turcs fermer les yeux sur la douleur arménienne.

3 – A Istanbul, le 24 avril 2010, jour anniversaire symbolique marquant le début des massacres et des déportations en vue d’anéantir les communautés arméniennes de l’Empire ottoman, fut marqué par deux manifestations, l’une sur les marches de la gare d’Haydarpacha d’où partirent les premiers déportés arméniens, l’autre sur la place Taksim. Dans leur appel, le mot «Grande Catastrophe» fut préféré à celui de génocide pour déjouer les provocations. A ces recueillements réunissant intellectuels, universitaires, défenseurs des droits de l’homme ou membres d’ONG, ripostèrent quelques contre-manifestants pour rappeler les attentats de l’ASALA et des membres d’organisations d’extrême-gauche.

4 – Déjà en 1919, les Arméniens avaient organisé des cérémonies communes avec leurs voisins musulmans, autour d’un monument situé dans une zone aujourd’hui occupée par l’Hôtel Divan, la Radio Istanbul et le camp militaire Harbiye. La photographie du mémorial figure dans le livre Houchartsan (signifiant monument et almanach) de l’écrivain arménien Teodoros Lapcinciyan, dit Teotig, consacré aux 761 intellectuels, hommes de lettres, religieux et éducateurs d’origine arménienne, victimes du 24 avril. Préfaçant la traduction en turc (Belge Yayinevi, 2010), Ragip Zarakolu mentionne que l’historien Pamukciyan aurait vu les bases du monument dans le jardin de l’établissement militaire Harbiye.

5 – Initié par Michel Marian et Gorune Aprikian, le manifeste intitulé Nous faisons un rêve ensemble (http://ourcommondream.org/), fédérant au départ une trentaine de noms, avait pour objectif de fonder une ère de paix entre Arméniens et Turcs dans le respect de l’histoire et des peuples, par « un travail de mémoire sérieux, sincère et constant ». Ce rêve impliquait la réhabilitation des Justes, la citoyenneté pleine et entière des non-musulmans, la levée du blocus dont souffre l’Arménie, l’inscription du mont Ararat au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, pour devenir une zone franche que Turcs et Arméniens mettraient ensemble en valeur.

 

 

Le livre Houchartsan de Téotig a été numérisé par l’association ARAM. Voir ICI

 

© Denis Donikian

L’amante religieuse

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:36

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photographe plasticien Guenahel Orgebin

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L’amante religieuse

Paroles d’une chanson de Sacristain Hérodias

Ma maîtresse est intégriste.

Que c’est triste ! Que c’est triste !

Je ne touche plus ses seins,

Car elle couche avec des saints….

 

Mes amours sont mes enfers.

Ah que  faire ? Ah que faire ?

Je suis amputé des mains,

Je suis comme un homme en nain…

 

Elle m’interdit son corps.

Et encore ! Et encore !

Mais me laisse encore au moins

Le beau désert de ses reins.

 

Je hais les talabanistes

Qu’ils sont tristes ! Qu’ils sont tristes !

Ils m’ont pris mon bel amour

A jamais et pour toujours…

 

Maintenant je fais l’artiste.

Pauvre autiste ! Pauvre autiste !

Je ne vis qu’en rêvant d’elle,

Quand nous volions sur nos ailes…

 

Adieu tous nos beaux instants

Envolés avec le temps.

Ma maîtresse est intégriste

J’en suis triste ! J’en suis triste !

Martinique, 19 mai 1983

27 septembre 2014

COLLECTIF VAN

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 7:21

VAN ND PARIS

Bruce Clarke pour l’action 2014

Photo : Copyright Collectif VAN

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1 – Dans le Théma d’Arte du 6 janvier 2004, jour du Noël arménien, Alexandre Adler, arguant d’une présence massive d’Arméniens et de Grecs à Istanbul à la veille de 1914, affirmait le caractère européen de la Turquie, tout en passant sous silence les massacres (1895/96, 1909) et le génocide (1915) subis avant et après par ces minorités chrétiennes, même sous Moustapha Kemal. Devant pareilles manipulations au bénéfice d’un État turc négationniste, des Français d’origine arménienne se réunirent à Paris, d’abord en janvier 2004, au sein du CCAF (Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France), puis le 8 mai 2004, jour anniversaire de la victoire sur le nazisme, pour fonder le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme].

2 – Association loi 1901, hors parti politique, composée de bénévoles de la société civile, le Collectif VAN a eu pour objectif premier de combattre le négationnisme de l’État turc. Mais devant l’actualité et l’universalité de la dénégation, il se devait d’étendre sa lutte à tous les génocides soumis à des formes plus ou moins explicites de réfutation, ainsi qu’à toutes les manifestations d’exclusion, de discrimination, d’intolérance, de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie. Dans ce sens, et conformément à ses statuts, sa rencontre, en 2006, avec le Collectif Urgence Darfour, l’a conduit à lui apporter son appui, comme l’année suivante avec la manifestation « 1915 mains pour le Darfour », sur le parvis de Notre-Dame.

3- Baptisée Veille-Media, sa revue de presse quotidienne, électronique et internationale, forte d’environ mille destinataires, se rapporte tant aux évènements liés au génocide arménien et à sa négation qu’aux autres génocides (Shoah, Cambodge, génocide des Tutsi au Rwanda, Darfour…) et négationnismes. Elle signale les atteintes aux droits de l’homme et à la protection des minorités non turques en Turquie et à Chypre. Elle dénonce les tentatives d’une Turquie obstinément négationniste, désireuse d’entrer dans l’Union Européenne. Deux jeunes citoyennes d’Arménie, diplômées de français, seules salariées de l’association, animent, à partir d’Erevan, son site internet, sa Veille-Media et ses réseaux sociaux.

4 – Le Collectif VAN a aussi pour vocation d’instruire et d’alerter l’opinion publique et les médias sur les effets du négationnisme. Le 24 avril 2005, à l’occasion de la commémoration du génocide arménien, il inaugure, en présence des intellectuels turcs Ragip Zarakolu et Ali Ertem, sa « Journée annuelle de sensibilisation aux génocides et à leur négation » sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, qu’il renouvelle chaque année. Le 24 avril 2013, son activité vaut à sa présidente, Séta Papazian, d’être conviée aux commémorations du génocide des Arméniens à Istanbul, organisées par deux associations turques des Droits de l’Homme.

5 – En 2014, vingt-huit associations ont exprimé leur soutien à l’action du Collectif VAN devant Notre-Dame de Paris : l’AGA et le SKD pour l’Allemagne ; les Ateliers du Soleil et la Fondation Info-Türk pour la Belgique ; l’Académie Arts et Culture du Kurdistan, Aircrige, les Amitiés Kurdes de Bretagne, AMEDJ d’Ivry, Appui Rwanda, le Centre Simon Wiesenthal, le Collectif Urgence Darfour, CM98, le CPCR, la Communauté chypriote de France, la Communauté Rwandaise de France [CRF], l’EGAM, la FEYKA, l’IACS, Ibuka France, l’Institut Kurde de Paris, L’Arche, la Licra, Mémorial 98, SOS Racisme, l’UEJF et Vigilance Soudan pour la France ; The Institute on the Holocaust and Genocide pour Israël ; l’IHD, Association des droits de l’Homme, pour la Turquie.

 

© Denis Donikian

24 septembre 2014

L’Apocalypse écarlate

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:20

 

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1 – Avec L’apocalypse écarlate (Calmann-Lévy, 1970), Victor Gardon embrasse les années de présence russe en territoire arménien. A peine récompensé de 500 roubles par Nicolas II pour avoir merveilleusement chanté en son honneur dans la cathédrale arménienne de Tiflis, et malgré l’anathème que Madame Grande, en pythonisse redoutée, prononça sur ce  « ce monstre sanguinaire qui avait détruit Van », Vahram va pouvoir obtenir du Vice-Roi un sauf-conduit pour l’aider à rechercher son aïeule. Avec son oncle Tigrane, furieux de son entêtement, il se rendra à Bayazid dans le but d’obtenir l’autorisation de l’officier de la Garde Impériale.

2 – A Bayazid, où il retrouve le docteur lituanien rencontré dans le train d’Erivan, en compagnie du capitaine arménien Béhboutov, Vahram déjoue une attaque turque et découvre une cachette d’armes. Le Kurde Zoulhal, fils de Bach Agha, qu’il a tiré de prison, se met à son service. A Manazguérd, interrogés sur les massacres, les Turcs et leur mufti finissent par dévoiler leur complicité. Après les premiers charniers, les squelettes de Gop, la destruction du quartier arménien de Mouch, la prise d’Hamid l’anthropophage, le détachement russe rencontre la courageuse Tacouhie et le prestigieux Roupen Pacha qui les conduira au Sassoun, sachant que Madame Grande serait avec Bach Agha, entre Guendj et Palou.

3 – La fausse Madame Grande du Carabégân, dite Madame d’Or, leur livrera de précieux renseignements. Après le champ de bataille situé entre Quehi et Yérzenga, c’est enfin les retrouvailles avec Madame Grande. La rescapée Almaste raconte la mort de ses parents et son agression sur le pont de Kémakh, encombré de déportés, avant d’être jetée dans le fleuve. Puis, Madame Grande, accompagnée de Vahram et de Béhboutov, rejoindra Sarikamich en automobile avant d’atteindre Tiflis par le train. La famille enfin réunie, elle proposera à son fils d’acheter une maison avec la somme offerte par le Vice-Roi et des pièces d’or cachées sous sa jupe.

4 – Tandis qu’il se heurte aux angoisses amoureuses de Sirarpi, Vahram déchiffre le journal codé de son oncle médecin, Vahram l’Aîné. Devenu le docteur Bahram Bey, Vahram l’Aîné y raconte ses démêlés avec Munih Ali, ange exterminateur qui prétend abréger les souffrances des autres en les supprimant. Au fil des circonstances, Bahram/Vahram sera conduit à protéger une douzaine d’Arméniennes qu’il installera dans la maison Attarian de Diarbékir, transformée en hôpital avec l’aide du chirurgien Vosgan Bey Topalian. Excédé par le sadisme de Munih Ali, Bahram/Vahram le poignardera en lui révélant sa véritable identité. Au massacre des Arméniens d’Ourfa succèdera celui de ses protégés par Adil Bey, crime que le fidèle Riah ne laissera pas impuni.

5 – Le Tsar tombe, la révolution des soviets s’empare des esprits. Victorieuse, l’armée russe doit renoncer à sa victoire. A Brest-Litovsk, la nouvelle Russie lâche Kars et Batoum. Vahram s’enrôle avec Tacouhie et Tigrane sous les ordres de Béhboutov et du Général Piroumian.  «  Pour la première fois [il] se sentait l’enfant de tout son peuple ». Les Turcs en déroute, l’Arménie devient indépendante. Tandis que la famille part habiter le Caucase du Nord, Sirarpi décide de rester pour soigner les orphelins de Tiflis. « Un crime, un crime inexpiable m’a donné naissance. Un jour inévitablement, je constituerai un tribunal, aussi puissant que ces mille soleils ; afin que nulle ombre ne puisse violer le procès, la sentence, la justice intégrale… », dira pour conclure la voix du chantre prophétique.

© Denis Donikian

14 septembre 2014

Le chevalier à l’émeraude

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 8:15

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1 – Le chevalier à l’émeraude (Stock, 1961) situe l’histoire du bouillant Vahram entre le soulagement des Arméniens de Van après la chute d’Abd-Ul-Hamid et l’arrestation des intellectuels par les Jeunes Turcs. Mais, pour Grand’Mé : « Il est impossible que du jour au lendemain le Turc s’amende, qu’il accepte la liberté, l’égalité, la fraternité ». Vahram découvre ce qui va hanter sa vie : le manuscrit orné d’une miniature représentant le Chevalier à l’émeraude. Il lit l’histoire d’Arây Le Bel et de Sémiramis, éprouve ses premiers émois avec Sirarpi et fait l’expérience de la trahison avec Sourène. Zacar, amoureux d’Araxi, sera rattrapé après avoir fui en Perse pour échapper au rejet de son père.

2 – Après ses entrevues avec Enver et Taléat à Constantinople, Haroutioun fait part de ses craintes et de l’aveuglement des Dachnags. A l’instar de Grand’Mé qui conclut sa leçon d’astronomie à Vahram par l’annonce d’une grande catastrophe, Tigrane prédit que « les Jeunes Turcs sont en train d’élaborer un système pour […] anéantir complètement » les Arméniens. Apprenant l’entrée en guerre de la Turquie, ceux-ci déclarent à Sélim Bey leur loyalisme dans le Djihad contre les Russes. La nomination de Djevdet Bey à Van viendra confirmer le pessimisme du Hollandais Hoff et du consul de France Sandfort. Arménagans et Dachnags se préparent déjà à l’autodéfense, quand Vramian est arrêté et Ichkhan assassiné à Hirdj.

3 – « C’est le Tèbk ». Après la mort de Yéghia et Durzian pour avoir défendu deux Arméniennes, les puisatiers font sauter la caserne de Hamoud Agha par les canalisations. Grand’Mé refuse de se réfugier à la mission allemande, préférant soigner les blessés dans sa maison. Sélim Bey est tué par son camarade de chasse Garo. Ailleurs, à Chadak, Lernachkharh, on se défend aussi. Mais les Turcs envoient aux insurgés des paysans arméniens pour les affamer plus vite. Tigrane met le feu à la gendarmerie. Hasmig raconte comment elle a tué Yousouf le Maudit après le carnage de Belou. Et Vahram, «  casserole ardente dans laquelle l’eau bout sans arrêt », rêve de Mehr.

4 – Dans Van, on chante La Marseillaise après la défaite de Khalil pacha par les Russes et la fuite de Djevded et des Kurdes. « Une multitude d’esclaves soudain libérés poussait des vivats délirants. » A la mission allemande, Schwester Këte, surchargée par la présence de huit cents Turcs s’étonne : « C’est incroyable. Au lieu de les abattre, les Arméniens les ont épargnés ». Mais sitôt arrivés, les Russes dépouillent les Arméniens de leurs armes et saccagent les jardins, à la grande fureur de Grand’Mé. Leur évacuation subite mettra les Arméniens à la merci des Kurdes.

5 – Obligés à l’exode, les Arméniens quittent Van en masse. « Jusqu’alors ces hommes avaient tous possédé un foyer. Maintenant, une volonté diabolique les transformait irrévocablement en apatrides. » Après avoir retrouvé Grand’Mé, Vahram sera oublié sur la route. Avec Mihrtad, perdu comme lui, il rejoindra, affamé, l’armée russe et les siens, pleurant la disparition de Grand’Mé. A Igdir, Sirarpi le laissera « boire son lait » avant qu’il retrouve son père Haroutioun à Tiflis pour apprendre l’arrestation des intellectuels à Constantinople. Il intègrera le séminaire Nercissian, toujours hanté par les paroles de Grand’Mé : « Poursuis ton chemin, il sera dur et long ! Mais n’oublie jamais le Chevalier à l’Émeraude ».

© Denis Donikian

Les affamés de la pluie…

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 11:12

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Gränsen de Erik Johansson

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Les affamés de la pluie

Sont défoliés au lance-flammes

Mais leur âme

Ennemie de la nuit

Immortalise la mer

D’yeux dans les yeux

Quel foyer après les décombres

Quand sur la terre

Nourricière des ombres

Tombent des cieux

Des famines et des sels

Quand les murs sensuels

Jadis idolâtrés

Croulent sous trop d’étés.

9 septembre 2014

Les arménophiles contre Pierre Loti et Pierre Benoit

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:34

groupe

Les membres de l' »Union des Ecrivains Arméniens de France » le 12 février 1939 sous la présidence

d’Archag Tchobanian (au centre)

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Devant Tchobanian 

Micha AZNAVOUR 
(le père de Charles) tenant un Tar 

et à ses côtés Missak MANOUCHIAN

*

 

1 – Dans son livre intitulé Archag Tchobanian et le mouvement arménophile en France (SIGEST, 2001), Edmond Kayadjian consacre un chapitre aux calomnies anti-arméniennes de Pierre Loti et de Pierre Benoit. Le 1er novembre 1918, alors que la Turquie vient de signer son arrêt de mort avec l’armistice de Moudros, le premier se déchaîne dans L’Echo de Paris pour stigmatiser la couardise des Arméniens défendant Bakou, niant que les Turcs, victimes d’une opinion bourgeoise, soient des massacreurs. Or, Loti publie ces contre-vérités dans la revue d’un Maurice Barrès au fait des tueries d’Adana et de celles du 12 avril 1896 à Péra évoquées dans son Enquête aux pays du Levant.

2 – La réplique d’Archag Tchobanian est envoyée à L’Écho de Paris, tandis que Camille Mauclair publie sa Réponse à Pierre Loti, le 1er décembre 1918, dans La Voix de l’Arménie, l’accusant « d’insulter l’héroïsme des Arméniens » dans les événements de Bakou. Le 15 novembre, le même journal affichera la protestation du Docteur Herbert Adams Gibbons qui, s’appuyant sur la presse et les déclarations de M. Balfour, Lord Robert Cecil et du général Dunsterville, va accuser Loti de justifier la lâcheté des Arméniens à Bakou pour « leur mise à mort par centaines de mille par les Turcs ».

3 –Dans sa brochure ironiquement intitulée Les massacres d’Arménie, Loti se défend de méconnaître les tueries, sans les réprouver vraiment, mais décrit les Arméniens comme lâches, fourbes, usuriers et délateurs, et les vrais Turcs comme droits en affaires, «débonnaires, tolérants à l’excès, doux », avec des « sursauts d’extrême violence ». Au moment où il est question de restaurer le territoire arménien, Loti veut que Trébizonde et Kharpout, ces « centres de pure turquerie », restent chez ses « pauvres amis Osmanlis ». Le 15 novembre, Auguste Gauvin dans un article du Journal des débats, faisant fi des lubies de Loti, plaide pour que soient jugés les massacreurs et qu’on affranchisse les populations chrétiennes.

4 – L’oublié, le roman où Pierre Benoit évoquera les aventures cauchemardesques du brigadier Pindarès entre Trébizonde et Van en 1919, va montrer des soldats français venus au secours des Arméniens s’étonnant de constater qu’ils sont les massacreurs de Turcs. Répliquant par une Lettre ouverte à Pierre Benoit, parue au journal L’Éclair, le publiciste Emile Buré, ami de Tchobanian, s’en prend aux tromperies du turcomane auteur.  De son côté, en 1922, Jean Mango, ancien combattant de l’armée du Levant, regrette que la vision fragmentaire et inexacte des Loti, Farrère et Benoit l’ait influencé avant que les événements de Marach ne lui ouvrent les yeux sur les massacres périodiques des chrétiens.

5 – Le 31 août, dans sa Deuxième lettre à Pierre Benoit, Tchobanian va énumérer les éminents Français ayant témoigné contre la thèse de l’auteur selon laquelle les massacres d’Arméniens seraient une légende : M. Lagier, Mgr Touchet, Henry Barby, le père Delarue, René Pinon, J. de Morgan, Bertrand Bareilles, Camille Mauclair, Victor Marguerite, etc. Il rappelle que les chrétiens furent massacrés depuis des siècles sur ordre de leur gouvernement et que les Puissances ont promis de mettre fin aux souffrances des Arméniens. Or, L’oublié devait d’autant plus entacher l’œuvre de Pierre Benoit qu’en rédigeant la préface des Quarante jours du Musa Dagh, il semblera chercher à se ranger dans le camp des arménophiles. Mais l’article de Loti n’était qu’un prélude à la forfaiture du traité de Lausanne.

 

© Denis Donikian

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NOUS FAISONS UN REVE, ENSEMBLE

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 6:59

 ARMENIE-27-MAI-2011--Photo ALAIN BARSAMIAN

VOIR ICI POUR SIGNER

 

Bien trop longtemps, la culture politique de la République de Turquie a voulu protéger un crime fondateur en barrant l’accès au passé, empêchant par là même un Etat de droit durable de se construire. Mais personne n’a en son pouvoir d’effacer l’évènement monstrueux qui a eu lieu en 1915, ni ses conséquences. Depuis une dizaine d’années, émergent de forts engagements humains dans bien des domaines : la recherche académique, les manifestations culturelles, les restaurations de monuments, la recherche personnelle des origines, les rassemblements de commémoration dans l’espace public. Un travail de mémoire sérieux, sincère et constant est possible, afin de réparer une partie de ce qui a été détruit, aider ceux qui ont subi un tort immense, leur reconnaître un droit particulier. Les fils de la mémoire et de la vie ont commencé à se renouer. Notre volonté  prolonge ces initiatives et suppose que l’Etat turc non seulement ne les gêne pas, mais y prenne sa part.

Cent ans après, les Arméniens de la diaspora sont irrités d’être contraints à répéter un débat factice sur l’Histoire. Ils sont tenaillés par l’envie de voir les terres de leurs origines, de les montrer à leurs enfants. La Turquie d’aujourd’hui ne les en empêche pas. Mais seule une parole de vérité des autorités de l’Etat les aidera à panser les plaies de leur mémoire. Seule une parole forte d’invitation leur permettra de créer de nouveaux liens avec les villes et les villages dont ils ne peuvent entendre les noms sans être bouleversés.  Et « l’eau creusera de nouveau son sillon », comme le disait Hrant Dink.

Nous faisons donc un rêve, ensemble. La mémoire de la Turquie, à travers ses récits et ses lieux, honore les morts arméniens en admettant qu’ils ont été victimes d’un génocide, et en désignant les  hommes et les idées qui en ont été la cause. Ses livres d’histoire et ses noms de rue louent les Justes qui ont sauvé des Arméniens plutôt que les dirigeants et les exécutants de leur annihilation. Elle rend à l’Eglise et aux fondations arméniennes les monuments dont celles-ci étaient propriétaires. Les Turcs et les Arméniens s’enorgueillissent de ce patrimoine commun.  

Dans notre rêve il y a aussi une citoyenneté pleine et entière dans la république laïque de Turquie : les non-musulmans peuvent accéder aux fonctions publiques, les procès de leurs assassins vont jusqu’au bout, les discours de haine sont bannis par la loi. Enfin, Arméniens et Turcs ont trouvé les moyens, chacun à leur façon, d’accueillir les Arméniens musulmans qui veulent vivre ces deux identités.

Nous faisons le rêve ensemble que ce sillon coulera jusque dans la jeune Arménie indépendante, qui abrite aujourd’hui une grande part de la vie arménienne. Plutôt que de l’étrangler par un blocus, le gouvernement turc entend les demandes venues de sa région limitrophe, ouvre sa frontière, aide au désenclavement de cette Arménie. Il accorde aux Arméniens un accès privilégié à un de ses ports de la Mer noire, proche de l’Arménie, Trabzon ou Samsun. Et à un autre port en Cilicie, sur la Méditerranée, Mersin ou Ayas, qui, au-delà de facilités économiques, devient un foyer de rayonnement du patrimoine médiéval et d’une nouvelle vie multiculturelle.

Enfin pour symboliser cette nouvelle ère, nous faisons le rêve que les deux pays partagent la montagne de l’Ararat spirituellement. Le mont Ararat se transforme en grand parc naturel, inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, et ouvert comme une sorte de zone franche que Turcs et Arméniens mettent ensemble en valeur. Ce lieu des origines de l’Humanité devient un phare de la paix. 

Pour commencer à réaliser ce rêve commun, les signataires de ce texte s’engagent à aider les Arméniens de par le monde qui souhaitent se recueillir sur les chemins de l’exode. Dès 2015, ils iront ensemble sur les terres de leurs aïeux pour retrouver leur mémoire et les traces de leur histoire.

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