Ecrittératures

1 septembre 2014

L’ASALA (1)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 12:36

 

ternon-cause 

1 – Yves Ternon consacre le dernier chapitre de La cause arménienne (Editions du Seuil, 1983) à l’ASALA (armée secrète arménienne de libération de l’Arménie), mouvement né après 1965 au Liban chez des jeunes venus de la gauche traditionnelle de la FRA-dachnak (Fédération révolutionnaire arménienne), hésitant d’abord entre la lutte des classes et l’action directe. Elle prend forme avec la guerre civile au Liban déclenchée en 1975, au contact du terrorisme palestinien. Bientôt, la lutte d’influence à Beyrouth entre l’ASALA et la FRA se termine au profit de la première par l’adhésion de la majeure partie des militants, la seconde, d’accord avec les droits des Palestiniens, s’en tenant à une forme de « neutralité positive ».

2 – La menace des milices maronites contre les quartiers arméniens conduit leur population à émigrer, au grand dam de la FRA et de l’ASALA. La guerre civile de 1978 et les harcèlements des collecteurs issus de la droite chrétienne phalangiste va obliger les Arméniens à barricader leur territoire, malgré les lourdes pertes en hommes et la destruction de Bourdj-Hammoud. C’est dans un contexte d’affrontements entre phalangistes et milices dachnaks à partir de mai 1979 que l’ASALA prend ses distances avec la FRA tandis que 40 000 Arméniens auront quitté le Liban pour venir transformer les sociétés arméniennes d’accueil.

3 –   Organisation marxiste révolutionnaire, publiant le périodique Haïastan (Arménie) et ayant Hagop Hagopian pour interprète politique, l’ASALA repose sur dix principes : 1. Le gouvernement turc est le seul ennemi de l’ASALA. 2. Ses alliés sont les adversaires de l’ASALA. 3. Les mouvements révolutionnaires anti-turcs sont les alliés de l’ASALA. 4 . Seuls sont amis des Arméniens ceux qui reconnaissent le génocide. 5. Les partis politiques et la FRA ont démontré leur impuissance depuis 60 ans. 6. L’ASALA est le foyer de tous les Arméniens. 7. L’Eglise doit éclairer leur chemin. 8. Le combattant de l’ASALA est un pur révolutionnaire. 9. L’ASALA est souveraine et indépendante. 10. L’Arménie soviétique est la base du peuple arménien.

4 – Loin d’être un programme, ces principes constituent une ligne d’action décidée par une direction collégiale. L’ASALA se divise en deux branches : l’une politique et l’autre militaire. Elle s’est alliée aux Kurdes mais aussi bien au parti communiste turc qui reconnaît le génocide et  affirme vouloir effacer les traces de ce crime. Les agressions des « Gardiens de la Révolution » contre les Arméniens en Iran conduiront l’ASALA à condamner les mollahs, Khomeny et les fascistes iraniens.

5 – Enfin, dans sa rivalité critique avec une FRA jugée conservatrice, l’ASALA pose le problème de la mort culturelle des Arméniens en diaspora et celui d’un gouvernement national nécessaire à la préservation de leur liberté. Elle lui reproche ses erreurs, ses compromis et sa pratique de silence, mais aussi sa traque des opposants politiques et son alliance cachée avec les phalangistes. L’ASALA prend également pour cible l’ANCHA (Comité d’aide aux réfugiés arméniens) qu’elle accuse de liquider la Question arménienne par l’assimilation en aidant les Arméniens à émigrer du Moyen-Orient vers l’Europe, le Canada ou les Etats-Unis avec la complicité des services secrets américains désireux de relâcher la pression sur la Turquie. Pour stopper ce « trafic », l’ASALA compte frapper tous les pays donnant asile à l’ANCHA, principalement l’Italie et même son protecteur, le Vatican.

 

© Denis Donikian

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Un commentaire »

  1. Il fallait bien que quelqu’un (r)allume la mèche du détonateur d’une cause pouvant aboutir l’an prochain…au Dzidzernagapert. On peut rêver !
    Même si on ne peut approuver toutes les actions de l’Asala, il faut admettre qu’elle a réveillé les consciences et mis au devant de la scène politique, le génocide, un peu caché, voire mis aux oubliettes.
    Pour moi, ce sont de courageux combattants, méprisant la mort. Ils ont du sang sur les mains mais lorsque l’injustice est trop grande, les actions deviennent désespérées.
    Si aujourd’hui la Turquie ne dort plus sur ses deux oreilles, c’est en grande partie grâce à cette organisation, dissoute, mais dont l’esprit reste en héritage.

    Commentaire par antranik21a — 1 septembre 2014 @ 8:48 | Réponse


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