Ecrittératures

9 septembre 2014

Les arménophiles contre Pierre Loti et Pierre Benoit

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 1:34

groupe

Les membres de l' »Union des Ecrivains Arméniens de France » le 12 février 1939 sous la présidence

d’Archag Tchobanian (au centre)

zoom_groupe

 

Devant Tchobanian 

Micha AZNAVOUR 
(le père de Charles) tenant un Tar 

et à ses côtés Missak MANOUCHIAN

*

 

1 – Dans son livre intitulé Archag Tchobanian et le mouvement arménophile en France (SIGEST, 2001), Edmond Kayadjian consacre un chapitre aux calomnies anti-arméniennes de Pierre Loti et de Pierre Benoit. Le 1er novembre 1918, alors que la Turquie vient de signer son arrêt de mort avec l’armistice de Moudros, le premier se déchaîne dans L’Echo de Paris pour stigmatiser la couardise des Arméniens défendant Bakou, niant que les Turcs, victimes d’une opinion bourgeoise, soient des massacreurs. Or, Loti publie ces contre-vérités dans la revue d’un Maurice Barrès au fait des tueries d’Adana et de celles du 12 avril 1896 à Péra évoquées dans son Enquête aux pays du Levant.

2 – La réplique d’Archag Tchobanian est envoyée à L’Écho de Paris, tandis que Camille Mauclair publie sa Réponse à Pierre Loti, le 1er décembre 1918, dans La Voix de l’Arménie, l’accusant « d’insulter l’héroïsme des Arméniens » dans les événements de Bakou. Le 15 novembre, le même journal affichera la protestation du Docteur Herbert Adams Gibbons qui, s’appuyant sur la presse et les déclarations de M. Balfour, Lord Robert Cecil et du général Dunsterville, va accuser Loti de justifier la lâcheté des Arméniens à Bakou pour « leur mise à mort par centaines de mille par les Turcs ».

3 –Dans sa brochure ironiquement intitulée Les massacres d’Arménie, Loti se défend de méconnaître les tueries, sans les réprouver vraiment, mais décrit les Arméniens comme lâches, fourbes, usuriers et délateurs, et les vrais Turcs comme droits en affaires, «débonnaires, tolérants à l’excès, doux », avec des « sursauts d’extrême violence ». Au moment où il est question de restaurer le territoire arménien, Loti veut que Trébizonde et Kharpout, ces « centres de pure turquerie », restent chez ses « pauvres amis Osmanlis ». Le 15 novembre, Auguste Gauvin dans un article du Journal des débats, faisant fi des lubies de Loti, plaide pour que soient jugés les massacreurs et qu’on affranchisse les populations chrétiennes.

4 – L’oublié, le roman où Pierre Benoit évoquera les aventures cauchemardesques du brigadier Pindarès entre Trébizonde et Van en 1919, va montrer des soldats français venus au secours des Arméniens s’étonnant de constater qu’ils sont les massacreurs de Turcs. Répliquant par une Lettre ouverte à Pierre Benoit, parue au journal L’Éclair, le publiciste Emile Buré, ami de Tchobanian, s’en prend aux tromperies du turcomane auteur.  De son côté, en 1922, Jean Mango, ancien combattant de l’armée du Levant, regrette que la vision fragmentaire et inexacte des Loti, Farrère et Benoit l’ait influencé avant que les événements de Marach ne lui ouvrent les yeux sur les massacres périodiques des chrétiens.

5 – Le 31 août, dans sa Deuxième lettre à Pierre Benoit, Tchobanian va énumérer les éminents Français ayant témoigné contre la thèse de l’auteur selon laquelle les massacres d’Arméniens seraient une légende : M. Lagier, Mgr Touchet, Henry Barby, le père Delarue, René Pinon, J. de Morgan, Bertrand Bareilles, Camille Mauclair, Victor Marguerite, etc. Il rappelle que les chrétiens furent massacrés depuis des siècles sur ordre de leur gouvernement et que les Puissances ont promis de mettre fin aux souffrances des Arméniens. Or, L’oublié devait d’autant plus entacher l’œuvre de Pierre Benoit qu’en rédigeant la préface des Quarante jours du Musa Dagh, il semblera chercher à se ranger dans le camp des arménophiles. Mais l’article de Loti n’était qu’un prélude à la forfaiture du traité de Lausanne.

 

© Denis Donikian

.

 

 

 

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Un commentaire »

  1. On se demande ce qui a tant séduit Loti dans sa vision des ottomans…
    A moins qu’il n’ait (déjà) bénéficié de largesses de toutes sortes.
    J’ai lu l’ouvrage d’Archag Tchobanian et son action constante pour éclairer les instances de son pays d’exil, la France.
    De nos jours, les choses n’ont pas beaucoup changé et la falsification de l’histoire est à son plus haut niveau.
    Parmi les témoignages, celui d’Henri Barby qui se trouvait sur les lieux, est révélateur des véritables coupables.

    Commentaire par antranik21a — 9 septembre 2014 @ 8:48 | Réponse


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