Ecrittératures

4 octobre 2014

Putain de figue !

Filed under: CHRONIQUES à CONTRE-CHANT — denisdonikian @ 2:42

figue

Non, je ne suis pas raciste !

Tenez. Aujourd’hui j’ai acheté des figues.

Dès que j’en vois, je me sens interpellé. Devant un épicier qui en vend, je suis comme en train de marcher rue Saint-Denis. Les péripatéticiennes sédentaires, c’est comme des figues bien mûres en exposition. Surtout les noires.

Quand je dis que je suis pas raciste, c’est parce qu’il m’arrive de ne pas acheter français.

Ce matin, j’ai acheté de la figue turque.

Un Arménien qui achète de la figue turque… Voilà qui frise le parjure. J’en connais plus d’un qui pourraient me cracher dessus rien que pour ça. Acheter de la figue turque.

De la figue violette de Smyrne.

Tiens, et si j’en prenais une ?

A vrai dire, ce matin, après les avoir bien choisies, une, deux, trois, et ainsi jusqu’à sept, des figues grasses, le cul mi-ferme et mi-mou, la robe mauve à souhait, la peau impeccable, sans cicatrice, sans tache, j’ai noué mon sac et pesé mon butin… Hélas, j’ai levé la tête vers l’écriteau… J’aurais pas dû. Et les yeux en l’air j’ai lu : Provenance Turquie.

Comme si je venais de lire : Figue de Barbarie.

J’ai eu un recul. Le recul du scrupule, vous pensez bien. Des années de militance pour venir tomber dans ce piège.

A ce moment-là, j’ai entendu tous mes amis crier en moi. «  Vendu ! » « T’as pas honte ! » « Comment ? Mais il faudrait te pendre ! » «  Pense à nos martyrs ! » J’avais tout un défilé du 24 avril qui me courait au cul, avec drapeaux, tambours et pancartes.

Donc patatras, ça me gâchait déjà la jouissance. Le moment érotique de mordre dedans, d’aller chercher le nectar, de laisser à ses papilles le plaisir d’une passe… Fini.

Et puis, je me ravisai. Comment ça ? je me suis dit en le disant à mes détracteurs. Ces figues, elles étaient à nous, non ? Qui cultivait, récoltait, vendait les figues ? Sûrement des Arméniens. Alors quoi, je reprends ce qu’on nous a volé, après tout. Ces figues sont arméniennes, les gars. Ce sont des figues nationales. Elles ont encore un goût d’Arménien heureux, d’Arménien d’avant 1922, avant que Moustapha Kemal ne nous les prenne.

Vrai ou faux ?

Bon, je vais m’en prendre une autre. Une figue de la rue Saint-Denis…

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11 commentaires »

  1. Comment te dire Denis?
    Pour de la figue, c’est de la figue… Et quelle figue!!
    Tu as tout à fait raison.
    J’en partagerais bien une avec toi!
    Sans scrupules puisqu’elles sont haygagan.
    En te souhaitant un très bon weekend.
    Continue à savourer …
    Et merci pour cette dégustation.

    Alain

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 4 octobre 2014 @ 3:12 | Réponse

  2. « Dépêche qui tombe :Un faux Viagra est présenté non sans humour sous le label Türkisch Viagra: des figues ouvertes avec des noix à l’intérieur, le tout baignant dans du miel, destiné à être importé en Europe !!!! 60 millions de conso et la douane mênent l’enquête ! »

    Commentaire par Louise KIFFER — 4 octobre 2014 @ 4:22 | Réponse

  3. Pas de remords Denis, ce n’est pas un crime, une trahison de manger des figues de là-bas.
    Mais attention, à ne pas récidiver…
    Il y a belle lurette que je n’achète plus des abricots ou des tchamitch estampillés d’origine turque.
    Quant au miel, il parait que celui de rhododendron est des plus dangereux.
    Voir ce lien: http://www.metronews.fr/info/en-turquie-ce-miel-rend-fou/mnjc!pky3dF9Able6/

    Commentaire par Albert — 4 octobre 2014 @ 5:50 | Réponse

  4. Terrible cette mauvaise conscience qui nous taraude dés que le commerce turc nous tente de ces produits auxquels on ne résiste pas – tant ils sont ancrés dans nos traditions. Cruel dilemme … Mais quelle parade salvatrice que de pouvoir se dire tout à coup, qu’ils proviennent en fin de compte, de nos terres ancestrales ! Denis, tu as toute ma bénédiction !

    Commentaire par Dzovinar — 5 octobre 2014 @ 5:13 | Réponse

  5. Sous un ciel béatifique,
    Il était une fois un étal bénéfique
    Orné de lettres çoufiques
    Quelle gravifique découverte !
    S’écria l’honorifique chaland.
    Aussitôt d’horrifiques visions
    D’obscurcir ce recoin magnifique
    Quel djinn maléfique
    Suscite ce trésor mirifique ?
    Sois pacifique, lui dit-il,
    Tu seras d’autant plus prolifique.
    Vois les scientifiques,
    Quels soporifiques !
    Sois plus spécifique,
    Observe la substantifique
    Figue
    Loin d’être sudorifique,
    Quel fruit honorifique !
    La belle trafique !

    Conte : La figue tombée du couffin
    de Nasreddine Hodja (enfin, presque)

    Commentaire par george — 5 octobre 2014 @ 3:27 | Réponse

    • Sacré Georges ! Mais il manque un mot en -ique que la figue devrait rappeler à tous ceux qui auront bien lu mon texte, c’est le mot érotique. ( Donikian, t’es un obsédé !)

      Commentaire par denisdonikian — 5 octobre 2014 @ 3:47 | Réponse

      • Erotique (définition) : figue sur le gâteau – se partage entre gens calorifiques. D’où l’expression « N’est pas becfigue qui nique » (Orient ancien)

        Commentaire par george — 5 octobre 2014 @ 4:13

  6. Enfin ! On s’amuse un peu – ça me manquait !

    L’érotisme de ton texte Denis ne m’a pas sauté aux yeux – ni ailleurs d’ailleurs ! Je perds la main ! LOL !

    Commentaire par Dzovinar — 6 octobre 2014 @ 6:55 | Réponse

    • Il était une fois
      Une figue ambiguë,
      Ni aigue, ni aiguë,
      Echappant à tous les besaiguës.
      Un derviche, qui jouait au besigue,
      Se souvenant de sa folâtre bigue
      Qu’il avait égarée près d’une bordigue
      Songea à quelque obscure brigue,
      Pire que la ciguë,
      A vrai dire contiguë.
      Vite, une contre-digue
      Qui me défatigue !
      Aussitôt, de sa garrigue,
      Notre figue intrigue,
      Irrigue même de sa ligue secrète
      Le mézigue du derviche.
      Navigue, lui dit-elle
      Sur cette mer prodigue !
      Tu verras maintes sarrigues
      Et aussi de drôles de zigues !
      C’est alors que le derviche
      Nouveau sézigue
      Se livra à une gigue
      Dont la figue avait le secret.

      Nasreddine Hodja (enfin presque – 2)

      Commentaire par George — 7 octobre 2014 @ 7:34 | Réponse

      • George, prépare-toi, la prochaine fois je parlerai de la banane de Yakounounké, le village qui vient après Bouroundouki, à droite après la station de coca-cola.

        Commentaire par denisdonikian — 7 octobre 2014 @ 7:43

      • Il était une fois une sultane
        Ni Afghane, ni anglomane,
        Encore moins occitane, ni gitane,
        Qui rêvait de barbacanes et autres lucanes.
        De sa tartane, la belle rêvait d’aquaplanes
        et autres deltaplanes.
        Un derviche quelque peu insane
        Passe à dos-d’âne
        « Belle ottomane, lui dit-il,
        Ne sois pas courtisane,
        Laisse ces arcanes, si peu diaphanes,
        Aux Mantouanes ou aux Persanes !
        Ta caravane jamais ne sera aéroplane !
        Vois cet iguane, dont les membranes
        se rient des sarbacanes !
        Jamais dans sa savane,
        Il ne ricane, ni se pavane.
        Près d’un platane, parfois,
        Il ose, de sa soutane en filigrane,
        Orner quelque cabane.
        Jamais de chicanes,
        Toujours loin des profanes,
        Il flâne et crâne
        Parcourant la pouzzolane
        Se moquant de la tramontane,
        A ses heures, kleptomane. »
        A ces mots, notre Pisane,
        Pieuse musulmane,
        Se souvient de sa Toscane.
        Nouvelle Diane,
        Couverte de tarlatane,
        Et bibliomane à ses heures,
        La belle se rêve tzigane,
        castillane ou même rhénane.
        « Savant brahmane, lui répondit-elle,
        Ignorerais-tu les effets de la gentiane
        Ou de la badiane ?
        Dans mon pays, au sons des campanes,
        Les Bressanes savent le secret
        De la frangipane épiphane.
        Cette douceur médiane,
        Si amie des tisanes,
        Et qu’idolâtrent les Texanes,
        Nous dédouanent,
        De nous font des mélomanes,
        Que dis-je,
        Des mégalomanes,
        Il en émane de telles sardanes ! »
        Nouvelle Morgane,
        De sa pertuisane,
        Elle transperce son jerricane,
        Et fait tomber son havane
        Sur l’encolure de son âne.
        Se souvenant de son Italie romane,
        Elle rêve de lianes et naviplanes,
        Passe la douane en pyromane,
        Bref, nouvelle Urane,
        Glane mille colophanes,
        Boucane mille phryganes,
        En somme, éthéromane
        Résolument partisane,
        Notre belle de s’écrier :
        « Vois mon terraplane !
        De sa pseudomembrane,
        Il comble mon organe,
        Guérit érotomanes et nymphomanes,
        Eloigne morphinomanes et opiomanes !
        Sur ce kourgane en basane
        Le titane devient cellophane ! »
        Le pieux derviche lui répondit :
        « Ta valériane est simple mythomane :
        Jamais une banane n’ahane ! »

        Nasreddine Hodja (enfin presque – 3)

        Commentaire par George — 7 octobre 2014 @ 9:08


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