Ecrittératures

9 octobre 2014

Le « Livre Noir » de Talaat

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 4:15
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1 – Dans son article intitulé Talaat Pasha’s Black Book documents his campaign of race extermination, 1915–17 (Le Livre Noir de Talaat Pacha documente sa campagne d’extermination raciale de 1915 – 1917, in The Armenian Reporter, 14.03.2009) Ara Sarafian porte un regard d’historien du génocide sur le carnet secret manuscrit ayant appartenu à Mehmet Talaat Pacha, ministre ottoman de l’Intérieur en 1915, et publié en facsimile à la fin de l’année 2008. L’importance du Livre Noir est qu’il résume les données rassemblées par Talaat sur la déportation mais qui restent inaccessibles dans les collections de télégrammes chiffrés aux archives du Premier Ministre à Istanbul.

 

2 – S’appuyant sur ces archives, les intellectuels de l’État turc n’ont cessé d’affirmer qu’ils n’y auraient trouvé aucun document confirmant le schéma génocidaire des déportations. De fait, à la différence des documents étrangers plus explicites en la matière, il n’existerait aucun compte rendu précis sur le sort de ces déportés dans les archives ottomanes. Tenu secret du vivant de Talaat, le Livre Noir fut confié par sa veuve à l’historien turc Murat Bardakçi en 1982. Celui-ci en divulgua un extrait en 2005 dans le journal Hürriyet, avant de le rendre public en totalité trois ans plus tard.

3 – Mis à part le petit nombre d’Arméniens (comme à Van ou Erzeroum) qui réussit à fuir l’Empire ottoman, la grande majorité des «Arméniens manquants » en 1917 fut massacrée ou mourut lors des déportations. Contrairement à la thèse officielle, ces déportations ne furent ni une opération méthodique régie par les lois et règlements ottomans, ni un succès quant à l’installation des déportés à Deir-es-Zor. Concernant le nombre des Arméniens dans l’Empire ottoman, il semble avoir été bien plus élevé que ne le supposent les chiffres officiels. Le Livre Noir montre que 90 % des Arméniens des provinces furent déportés, et que 90 % d’entre eux furent tués. Ces chiffres accréditent les rapports consulaires des États-Unis.

4 – Les sources ottomanes livrent peu d’informations sur le sort des déportés dans la région désertique de Deir-es-Zor en 1915-1916. Or, les récits des survivants et les sources non-turques (comme celles des archives américaines) attestent de l’atrocité des conditions dans lesquelles se trouvèrent les Arméniens dans cette zone principale d’installation. Bénéficiant des efforts du gouverneur de la province, Ali Souad Bey, ceux qui s’y établirent furent chassés et massacrés après l’envoi d’un remplaçant à la solde de Talaat. S’appuyant sur des documents américains, les négationnistes estiment à plus de 300 000 les personnes envoyées dans cette région, négligeant le fait qu’après 1917, presque aucun d’eux ne survécut. Selon Talaat, en 1917, il existait encore 6 778 Arméniens dans cette province.

5 – Concernant le nombre d’Arméniens dans l’Empire ottoman vers 1914, les chiffres de Talaat contredisent ceux des négationnistes qui, conformément à leur stratégie, minimisent la présence arménienne. Si l’on s’en tient aux calculs de Talaat, après une surévaluation de 30% par précaution, et compte tenu du chiffre officiel des communautés apostolique et catholique (en y ajoutant les protestants non comptabilisés par Talaat), les Arméniens seraient estimés à près de 1 700 000 en 1914. En décomptant les réfugiés en Russie, les Arméniens disparus auraient été entre 800 et 900 000 en 1917. De fait, le Livre Noir confirme les comptes rendus rapportés à travers l’Empire ottoman par les observateurs étrangers et les survivants entre 1915 et 1916.

 

© Denis Donikian

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Un commentaire »

  1. Heureusement que la source est sûre, sinon ce serait (encore) un faux, comme le crient tout haut les négationnistes dès qu’un document démontre la culpabilité des ottomans, puis des Jeunes-Turcs.
    Autant qu’il m’en souvienne, j’avais lu par ailleurs, le nombre approximatif de 972.000 et des poussières (d’os de cadavres)…
    L’existence de ce carnet « noir » est une pièce caractéristique démontrant une méthodologie établie dans l’action menée envers les arméniens dans l’empire en déliquescence.
    Rappelons que les moyens techniques étant plutôt modestes, le désert de Deir-el-Zor fut le précurseur des fours crématoires de la génération d’après (on n’arrête pas le progrès).
    Ce carnet noir est vraiment un boulet qui pèsera lourd dans la conscience des septiques (pour ne pas dire ignorants) turcs.

    Commentaire par antranik21 — 9 octobre 2014 @ 7:26 | Réponse


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