Ecrittératures

11 octobre 2014

Les évènements d’Erzeroum d’après un rapport du Dr Y. Minassian

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 5:25
ErzeroumErzeroum 1914 (J’ai vu)

*

1 – S’appuyant sur un rapport du Dr Y. Minassian, mais aussi sur d’autres témoignages, le Document 18 du Livre Bleu britannique (op. cit.) retrace les évènements d’Erzeroum, tandis que les Jeunes Turcs essayaient de gagner les Arméniens à leur cause, à la veille d’un affrontement inévitable avec les Russes. La guerre à peine déclarée, les autorités confisquèrent le contenu des magasins appartenant aux Turcs, aux Grecs, aux Syriens et surtout aux Arméniens, commerçants plus riches que les autres. Mais les Arméniens refusèrent de se joindre aux Turcs dans la guerre contre les Russes, de crainte d’avoir à mettre en danger la vie de leurs frères du Caucase. Pour autant, ils remplirent leurs devoirs civiques, particulièrement dans les hôpitaux.

2 – L’attitude des Turcs vis-à-vis des Arméniens changea quand ils apprirent que des volontaires arméniens combattaient aux côtés des Russes, avec à leur tête Garo Pasdermadjian, membre du Parlement ottoman et député d’Erzeroum. Le frère de Pasdermadjian fut assassiné et Djemal Effendi excita les Turcs contre les Arméniens. Par la suite, les autorités désarmèrent les soldats arméniens d’Erzeroum et les affectèrent à des travaux de routes. On obligea de riches Arméniens à détruire la statue du soldat russe martyr, érigée en 1828, pour construire avec les pierres un Club dédié aux Jeunes Turcs. Certains réussirent à s’en dispenser moyennant de grosses sommes.

3 – D’autres durent accepter de transformer leurs maisons en hôpitaux. Puis ordre fut donné à quelques Arméniens de tout quitter et de partir. Si certains réussirent à rester contre 1 500 livres turques, une semaine plus tard, ils furent jetés en prison où beaucoup périrent sous la torture. Quand vint l’ordre de déportation générale, les Arméniens confièrent leurs biens les plus précieux au Consulat américain aux écoles des missionnaires et à l’Église arménienne. Ils traversèrent des villages en ruines dont les habitants avaient déjà été déportés vers Kémah.

4 – Quant aux Arméniens de Baïbourt, ils furent emmenés par surprise à minuit, sous prétexte de les tenir à l’abri de la populace. Leur naïveté devint méfiance quand leurs gardiens exigèrent d’eux 50 livres et deux filles un jour, puis 500 livres et cinq jeunes filles le jour suivant. Au fil du temps, ils furent dépouillés et les adolescents, filles ou garçons, arrachés par les villageois turcs. Ils entrèrent dans Erzindjan seulement avec leurs vêtements de dessous, les autres ayant été volés au passage. Leurs plaintes au Kaïmakan n’eurent pas d’autre effet que d’être envoyés à Kémah. Comme ils fuyaient pour retourner à Erzindjan et échapper à l’attaque de Chettis agissant sur ordre de Djemal Effendi, les gendarmes en tuèrent quelques-uns avant d’emmener le reste vers Kémah.

5 – Jetée dans l’Euphrate comme d’autres Arméniens du convoi, Zarouhi s’agrippa à un buisson en attendant l’éloignement des gendarmes et des Chettis. Elle fut recueillie par un bon berger kurde avant d’être remise à un ami turc qui la conduisit à Erzeroum pour la garder dans sa maison. Le Dr Minassian raconte qu’avant les déportations, le Consul allemand auquel les Arméniens avaient demandé assistance, leur avait répondu qu’il n’avait aucune autorisation de son Ambassadeur de Constantinople pour le faire. Des officiers allemands, comme les nommés Schapner, Karl et d’autres, prirent leur part dans le butin laissé par les déportés, presque tous ayant enlevé des jeunes filles arméniennes.

© Denis Donikian

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6 commentaires »

  1. Allez ! Une page de plus dans ce qu’on pourrait appeler « Anthologie de la barbarie ».
    Et si on mettait le tout sur du papier empilé, cela ferait une colonne qui se verrait de loin…

    Commentaire par antranik21 — 11 octobre 2014 @ 7:37 | Réponse

  2. En ce début de weekend, ce texte m’inspire la réflexion suivante.

    Quand on dit « être humain », ou « c’est humain », ne veut pas dire forcément qu’un être agit avec conscience et scrupules.
    Mais tout simplement parce que, « être humain » ou que « l’humanité » n’est rien d’autre que faiblesse et méchanceté et la nature même de l’homme.
    L’histoire universelle en est l’Exemple et plus on va vers l’avenir et plus l’homme se déshumanise par sa bêtise et son égoïsme.
    L’animal seul reste immuablement naturel et bon.
    L’instinct ne serait ce pas une forme d’intelligence supérieur, plus écologique et en interaction avec Mère Nature.

    À quoi bon d’être doté d’une intelligence si c’est pour en user avec si peu de bon sens et rarement pour le bien de ses congénères?

    Tout ce qui nous entoure est pitoyable.
    Mais après tout, l’Homme n’a que ce qu’il mérite.
    Il peut toujours prier, ça ne l’engage à rien…

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 11 octobre 2014 @ 7:52 | Réponse

  3. Pardon à tous ceux qui me lisent de leur infliger, avec une régularité d’horloge, ces tableaux de massacres qui vous désespèrent d’être humains. Qu’ils aient d’abord en pitié celui qui doit les décrire avec minutie et exactitude, qui se barbouille l’esprit de cruauté et de cynisme pour devoir les accumuler en vue d’un livre à venir. J’attends d’eux qu’ils m’encouragent à sortir du tunnel sombre de toutes les horreurs réelles et inimaginables qu’enfantent la haine et tout esprit détraqué par l’instinct de mort. Qu’ils me soutiennent dans mes épreuves, sachant que les « dantesqueries » turques d’hier ne doivent pas être oubliées. Il faut les dire et les redire, les condamner et recondamner sans cesse, car elles ne meurent pas si on ne les tue. Les Kurdes qui traversent aujourd’hui les déserts de Syrie en savent quelque chose et nous sommes tous compatissants, n’oubliant pas qu’en 1915, les plus mauvais d’entre leurs pères ont fait pire à l’égard des Arméniens que ce que subissent les Kurdes d’aujourd’hui. Hier, les Arméniens marchaient vers la mort et dans la mort, sans aucun espoir. On les massacrait à chaque étape. On les affamait, on écartelait les enfants, on violait les femmes, on prélevait les filles comme au marché. Cette région est maudite. Et le mal qu’on fait vous revient toujours. Du moins, c’est ce qu’on dirait.

    Commentaire par denisdonikian — 11 octobre 2014 @ 9:02 | Réponse

    • Mon cher Denis , tu n’as pas à demander pardon à qui que ce soit.
      Mon commentaire était une constatation et une réflexion purement philosophique.
      Tu as raison sur toute la ligne de nous infliger ces textes.
      Même la reconnaissance du génocide ne pourra apaiser qui que ce soit.
      Toutes les horreurs au nom de la « connerie humaine » resteront à jamais gravées dans notre mémoire et dans l’histoire.
      Heureusement qu’il y a dans ce monde des Denis Donikian qui ont le courage de nous les rabâcher et de nous les infliger.

      Commentaire par Alain BARSAMIAN — 11 octobre 2014 @ 9:24 | Réponse

    • Cher Denis
      Tu fais un travail de mémoire sacrée car ce qui a été perpétré par les turcs atteint, voire dépasse la barbarie nazie.
      Ils furent les « artisans » du premier grand génocide du XX ième siècle avec une méthodologie et des moyens « humains » car il n’y avait pas encore la technologie du modernisme.
      Et puis, les sites géographiques et les lieux convenaient bien, déserts, ravins, falaises, grottes, torrents où l’on pouvait assassiner les giavours en toute tranquillité sans une once de pitié.
      Il y en eut cependant chez les kurdes alévis.

      Alors si tu écris ce livre, il le faut, je te propose un titre :Anthologie de la Barbarie.

      Portes-toi bien, et n’arrêtes pas ta plume, elle brillante, pour une cause juste.

      Commentaire par antranik21 — 15 octobre 2014 @ 7:24 | Réponse

  4. Je retiens la dernière phrase :
    « Des officiers allemands, comme les nommés Schapner, Karl et d’autres, prirent leur part dans le butin laissé par les déportés, presque tous ayant enlevé des jeunes filles arméniennes. »
    De nombreux officiers et sous-officiers allemands avaient participé, avant la Première Guerre mondiale, au génocide des Héréros en Namibie – le Sud-Ouest Africainb d’alors, sous domination allemande), et connurent, de surcroît, le régime nazi. Quel Tribunal de Nuremberg jugera enfin ces atrocités perpétrées en Turquie ?

    Commentaire par George — 11 octobre 2014 @ 1:15 | Réponse


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