Ecrittératures

30 octobre 2014

Ravished Armenia (2)

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 2:40

Ravished_Armenia

1 – En octobre 1988, le mensuel arménien soviétique Sovetakan Hayastan fait paraître un article de Gevork Mirzoyan présentant un survivant du génocide, Yervant Sétian (1907-1997), né à Adapazar, qui travailla comme caméraman à Marseille, avant de venir s’établir en Arménie, en 1947, pour poursuivre sa carrière aux studios Armenfilm. Or, durant l’été 1925, alors âgé de 18 ans, Sétian visionna un film intitulé Le martyre d’un peuple, dans un cinéma de Marseille, que la compagnie des Films du Chat Noir projettera ensuite au cinéma Omnia-Pathé, à Paris, en mai 1928, mais pour en faire un film non arménien sur les peuples des Balkans.

2 – Pour autant, en janvier 1929, le journal Aztag de Beyrouth, annonce la projection au cinéma El Dorado de Marseille d’Un peuple martyr (Martiros zhogovourd me), « d’après le témoignage d’une Arménienne qui a survécu aux déportations ». Dans les années 30, Yervant Sétian, put acquérir à prix d’or une copie du Martyre d’un peuple auprès d’un certain George Miller, gérant d’une société cinématographique. Sur la brochure du film, au logo des studios anglais du Chat Noir, était écrit: Martyrdom of a Nation – the greatest tragedy in history, et au-dessous : « Ce film s’inspire du témoignage documenté d’Eliza Kreterian, une des survivantes de la tragédie vécue par cent mille jeunes Arméniennes, ainsi que de celui du Révérend Père Rouben et du 1er vicomte James Bryce d’Angleterre ».

3 – L’original arménien de l’article livre la traduction correcte du titre du film en français : Le Martyre d’un peuple. Mais rien n’indique que Sétian ait changé le titre ou la structure du film, comme le lui avait conseillé Miller, pour des problèmes de droits. On ne saura pas davantage si le film aura été montré en France, ni si la guerre et l’occupation allemande en auraient empêché la projection. Par ailleurs, la reproduction de la couverture de la brochure française dans l’article de Mirzoyan montrera que Sétian avait rectifié le nom de la narratrice et introduit des différences avec la traduction en anglais.

4 – Ainsi, le texte sera devenu : « LE MARTYRE D’UN PEUPLE / LA PLUS GRANDE TRAGÉDIE DE L’HISTOIRE / Reconstituée d’après les récits de Mlle Elise Grayterian, seule rescapée des cent mille jeunes femmes massacrées, par les comptes rendus de Vicomte BRYCE, par les documents des Missions et par le rapport du Révérend Père RUPEN ». Miller lui ayant confié que le film avait été tourné en Grande-Bretagne conduira Sétian à penser que le Vicomte Bryce avait usé de son influence pour que les studios réalisent ce film. Ce qui revêtait une importance considérable, c’est que le film fut tourné par une puissance étrangère, et pas la moindre puisqu’il s’agissait de la Grande-Bretagne.

5 – Or, le film fut rapidement retiré du marché. Sétian y voit deux explications : « soit le studio reçut une grosse somme d’argent de la part des Turcs, pour détruire toutes les copies du film, soit les milieux diplomatiques anglais ordonnèrent son retrait ». Comme beaucoup d’autres émigrés franco-arméniens, Sétian fut rapatrié en Arménie soviétique en 1947. Il emportait le film dans ses bagages et le confia aux archives cinématographiques d’Erevan.

© Denis Donikian

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