Ecrittératures

8 avril 2015

Le Tribunal permanent des peuples et le génocide arménien.

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1 – La réédition aux Éditions de l’Archipel en 2015 du livre Le crime du silence est l’occasion pour Gérard Chaliand, initiateur de la tenue à Paris, dans les locaux de la Sorbonne, du 13 au 16 avril 1984, du Tribunal permanent des peuples (TPP), d’évoquer le contexte qui a conduit à la nécessité de statuer sur les déportations et les massacres des Arméniens survenus dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale et de définir si ces faits constituaient un génocide. En effet, pour éviter que le terrorisme publicitaire des attentats du milieu des années 1970 contre le personnel diplomatique turc ne s’enlise dans l’incohérence et l’injustifiable, il importait de rappeler la dimension historique des faits alors qu’elle était largement occultée.

2 – Dans ce cas, il convenait d’inscrire les évènements de 1915 dans le cadre des Conventions internationales pour la prévention et la répression du crime de génocide, (1948), et sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité (1968). De fait, au « procès des unionistes » (1919-1920), dans une Turquie occupée, succédèrent les reconquêtes de Mustafa Kemal et un traité de Lausanne (1923) qui occultait l’éradication des Arméniens, instaurant un silence qui devait durer jusqu’aux manifestations d’Erevan (1965). (En réalité, le cinquantenaire du génocide arménien fut aussi marqué en France tant par les réunions publiques à Marseille, Lyon et Paris, que par la fermeture des magasins en signe de deuil et les premiers défilés commémoratifs qu’organisa le Centre d’Études Arméniennes).

3 – Créé en 1979 à l’initiative du juriste italien Lelio Basso, le TPP succédait au Tribunal Russel dénonçant la guerre américaine au Viêtnam. A la session de 1984 furent présents trois Prix Nobel : Seán MacBride, Adolfo Pérez Esquirel et George Wald, mais aussi des spécialistes comme Christopher J. Walker, Tessa Hofmann, Yves Ternon, Joe Verhoeven, Richard Hovannisian, Gérard Libaridian et Dikran Kouymjian. Faute de réponse du gouvernement turc à l’invitation du Tribunal, fut présentée la déposition du professeur Ataou, de l’université d’Ankara, faite devant la cour d’assises de Paris en janvier 1984 et reprenant la thèse d’une déportation nécessaire et de la mort accidentelle de trois cent mille Arméniens.

4 – Le TPP avait été sollicité par le Groupement pour les droits des minorités (France), le Cultural Survival (États-Unis) et le Gesellschaft für Bedrohte Völker (RFA) afin de déterminer si les déportations et de massacres subies par les populations arméniennes durant la Première Guerre mondiale constituaient un « génocide » au regard des Conventions internationales. Cette requête jugée recevable selon l’article 11 des statuts fut portée à la connaissance du gouvernement turc. Sans réponse de sa part, deux documents de la partie turque furent versés aux débats du Tribunal stipulant la négation du génocide des Arméniens.

5 – Selon le délibéré du 15 avril 1984, les droits fondamentaux du peuple arménien devaient être respectés conformément au droit international. Par ailleurs, l’extermination des populations arméniennes constituait un crime imprescriptible de génocide au sens de la Convention du 9 décembre 1948, le gouvernement des Jeunes-Turcs étant coupable de ce génocide. De plus, l’État turc devait en assumer la responsabilité sans prétendre s’y soustraire au prétexte d’une discontinuité dans l’existence de cet État. Elle entrainait l’obligation d’une reconnaissance officielle du génocide et du préjudice subi par la peuple arménien. Enfin, l’Organisation des Nations unies et ses membres étaient en droit de réclamer cette reconnaissance et d’assister le peuple arménien dans ce but.

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UN CERCLE D’HISTOIRES (4)

Filed under: UN CERCLE D'HISTOIRES — denisdonikian @ 7:14

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toutes mes années passées, pour me retrouver enfant devant une Bête qui me menaçait avec ses pattes avant dressées comme de redoutables pinces. Ce jour-là, je m’en souviens très bien, je jouais avec mes camarades dans la grande cour où nous avions coutume de nous rencontrer. Nous faisions cercle autour de Kiki, lequel avait pour mission de désigner un remplaçant. Ils étaient tellement prisonniers de leur frénétique envie de gagner qu’aucun d’eux ne vit arriver l’intruse. Il faut dire qu’elle n’avait fait aucun bruit et qu’elle avait pris sa posture d’attaque en se soulevant sur ses quatre pattes arrière, qui étaient si fines, si vertes et qu’elle avait si grandes qu’on les aurait confondues avec des tiges de bambou. Visiblement, elle cherchait à saisir l’un d’entre nous pour le dévorer. Quant à moi, j’avais pris le prétexte d’une fatigue pour sortir de la partie et attirer le monstre dans une autre direction. La Bête lança une première fois ses griffes, sans doute dans le but de m’effrayer. Mais mon avantage venait du fait que je n’étais pas pour elle un ennemi ordinaire. Ses coups de pattes déchiraient l’air à la vitesse d’une lame éjectée de son manche. Nous étions face à face, la lutte était acharnée, et, de mon point vue, exaltante. Je tournais autour d’elle avec l’intention de l’affoler et de lui rendre la partie difficile. J’étais partout à la fois, derrière, devant, sur les côtés. Une fois, elle réussit à me griffer l’index. Ce petit succès la rendit plus combative que jamais. Ses yeux globuleux rouges qui sortaient de sa petite tête triangulaire lui offraient un champ visuel à 180°, de sorte que je ne parvenais jamais à me rendre invisible pour lui assener un coup fatal. Mais j’étais arrivé à mes fins en l’éloignant définitivement du groupe. Cet épisode

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