Ecrittératures

26 avril 2015

Professionnels de santé et génocide de 1915

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 Roupen Sevag et sa femme Yani à Lausanne en 1913.

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1 – Selon l’Union Médicale Arménienne de France (U.M.A.F.), si l’élite arménienne vivant à Constantinople comprenait environ 300 médecins, d’autres professionnels de santé habitant le reste de l’Empire s’appliquaient à soigner les populations arménienne, turque, kurde, assyrienne, arabe et autres peuples. Contribuant au développement de la médecine dans l’Empire ottoman, les Arméniens ont notamment   joué un rôle prépondérant dans la création de l’École supérieure de médecine ottomane en 1838 grâce au Docteur Manuel Chachian, affecté au service des sultans Mahmoud II et Medjid 1er, et dans celle de la Société impériale de médecine ottomane à Constantinople en 1885.

2 – Parmi les 235 intellectuels arrêtés dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, et les 800 des jours suivants dont la majorité fut supprimée sur la route de la déportation, figuraient des professionnels de santé. En 1919, L’Union des Médecins Arméniens déplorait la mort ou l’assassinat de 113 docteurs, 73 pharmaciens, 14 dentistes et 15 étudiants. Parmi eux, se trouvait le docteur et poète Roupen Sévag, 30 ans, diplômé de la Faculté de Médecine de Lausanne, assassiné le 26 avril 1915. Le Docteur Vahram Torkomian, alors président des deux organisations scientifiques et médicales susnommées, réussit à s’exiler à Paris, où il contribua à la création de l’Union Médicale Arménienne de Paris, qui devint en 1974, l’U.M.A.F.

3 – Membres du C.U.P., les médecins turcs ottomans Mehmed Nazim et Behaeddine Chakir étaient chargés d’organiser et d’exécuter déportations et massacres. Le premier, formé à Constantinople et Paris, ministre de l’Éducation Publique, fut jugé et condamné à mort le 5 juillet 1919 par le tribunal militaire d’Ankara. Le second était Professeur de médecine légale à la Faculté de Médecine de Constantinople. Justifiant ses actes, le médecin et gouverneur général de Dyarbakir, Mehmed Reshid devait déclarer : « Vous m’avez demandé comment en tant que médecin, j’avais pu tuer un si grand nombre d’hommes. Voici ma réponse : des traîtres arméniens s’étaient fait leur nid au sein de la patrie. Ils étaient des microbes dangereux. N’était-il pas du devoir d’un médecin de détruire ces microbes ? »

4 – Pendant le génocide, Hamdi Souad, professeur d’anatomie pathologique à Constantinople, formé en Allemagne, et Tewfik Salim, médecin chef du 3e Corps d’Armée, inoculèrent du sang infecté par le typhus à des centaines d’Arméniens sous prétexte de développer un vaccin. (En 1974, le Pr Souad reçut un prix d’honneur à titre posthume par la Fondation Scientifique et de Recherche Technique Turque). Ali Saïb, directeur de la santé publique et des services de santé de Trébizonde, injectait des doses mortelles de morphine à des enfants orphelins arméniens et des femmes enceintes de l’hôpital du Croissant Rouge. Les récalcitrants étaient noyés dans la Mer Noire. Des témoignages rapportent aussi son utilisation de gaz et vapeurs mortels sur des enfants.

5 – De faux certificats médicaux étaient rédigés contre les Arméniens. Monseigneur Ignace Maloyan, évêque de Mardine, tué sur la route de la déportation, aura été déclaré mort le 10 Juin 1915 par suite d’une embolie pulmonaire par les médecins turcs ottomans de Dyarbakir. Suleyman Numan Pacha, chef médical de l’armée ottomane et inspecteur des services sanitaires autorisa le meurtre des médecins arméniens civils et militaires. A ces méfaits, s’ajoutent les viols des infirmières arméniennes, comme ceux de Fethi, médecin chef de l’hôpital militaire à Silvan (Dyarbakir), qui se savait porteur d’une maladie vénérienne contagieuse.

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Reportage sur Sevag, lire ICI.

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UN CERCLE D’HISTOIRES (14)

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cinq avions couchés les uns près des autres devant une statue de bouddha en état de méditation. Il ne s’agissait pas d’un cimetière pour vieux coucous mis au rancart. C’étaient de grands voyageurs endormis. Ils avaient connu des pays, traversé des espaces, accompagné des nuages, réuni des hommes. Et voilà qu’ils étaient fatigués. Ils avaient quitté leur lieu d’attache pour rejoindre cet îlot hors du temps. Ici, ils oubliaient toute frénésie liée aux envols, aux horaires, aux escales. Ils étaient comme des fidèles recueillis, soumis à la dévotion du bouddha. Ils n’entendaient plus les bruits lourds des moteurs, ni les sifflements de l’air quand leurs ailes coupaient le vent, ils n’éprouvaient plus ni vertige, ni solitude, ni ce froid qui règne dans l’espace. L’homme dieu les réconciliait avec le vide qu’ils fréquentaient quotidiennement. Leur métal ne hurlait plus. Il s’humanisait par le silence. Je me régalais de cette limpidité. Elle m’éclairait intérieurement. J’étais une souris dans la Jouvence… Mais voilà. J’ai glissé de ma boule blanche et j’ai basculé dans un autre univers. Un air glacial me brûlait la plante des pieds. J’étais debout sur une sorte de passerelle réduite à un fil, c’est dire combien était précaire ma position. Je devais me maintenir en équilibre pour éviter de tomber. Tomber où ? Allez savoir. Un sol rouge, jonché

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Précision :
Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, la fin de chaque texte est le début de celui qui suit. De sorte qu’il s’agit d’un livre non linéaire, mais circulaire. Le texte numéroté 1 ( par convention), est en fait dans la continuité de celui qui sera le (faux ) dernier, à savoir le 16. C’est pourquoi le titre est Un cercle d’histoires. Dans ce cas précis, les sculptures ont été faites avant, selon l’impulsion du moment. En les rangeant sur la très longue table de mon atelier, en forme de cercle, j’ai pensé que je pouvais écrire une et des histoires à partir des sculptures. Donc, dans un cessons temps,  le texte a été déterminé par les sculptures. Mais le travail achevé, il s’est avéré que l’écrit et les formes se complétaient. L’écrit déchiffrant l’énigme des formes sans pour autant les épuiser. Cette interaction permet de dire des choses et d’aller vers des inconnus.
(Je tiens à préciser que tout cela n’a rien à voir avec les Arméniens, même s’il m’arrive de faire appel à mes propres cauchemars)

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