Ecrittératures

27 avril 2015

UN CERCLE D’HISTOIRES ( 15)

Filed under: UN CERCLE D'HISTOIRES — denisdonikian @ 8:18

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de têtes humaines, sur lequel chevauchaient des spectres armés de lances redoutables. Un froid d’acier montait vers moi me saisissant aux jambes, je me sentais devenir aussi dur que du métal. Brusquement, je me rendis compte que je marchais sur la lame d’un cimeterre géant dont la pointe recourbée rejoignait le sol. Des créatures aux bras multiples, aux mains en forme de crocs, m’offraient le spectacle de leur laideur pour m’effrayer. Elles exerçaient sur mon esprit une telle force de fascination qu’à certains moments j’éprouvais de brèves pertes de conscience. À ce jeu-là, j’étais sûr de me trouver bientôt la proie de ces shylocks. Par chance, j’étais armé d’une épée et d’une dague, et je comptais bien en user le cas échéant. Qu’est-ce que j’avais fait pour qu’une aussi violente situation, vieille comme le monde, me fût donnée ? J’étais comme un vivant dans la trame d’un livre confronté aux démons les plus intraitables ? Et visiblement, ils n’avaient pas d’autre but que de me précipiter à terre et de me faire la peau. Certes, la vie d’un homme est fleurie de dangers et de catastrophes. J’avais beau savoir ça, je me demandais encore pourquoi j’avais été désigné pour affronter cette voie dont je ne comprenais pas l’issue. Aie confiance ! me disais-je, aie confiance ! tandis que les sales gueules rôdaient autour de ma vie. Je craignais à tout moment de me trouver sur la partie courbe de la lame. Cette obsession provoquait dans ma tête des figures de cercles et d’angles qui s’entremêlaient, des profils de sphères et de pics rocheux. Je serrais si fort mon épée et ma dague qu’elles disparurent. Mes mains ainsi vidées se détendirent, et mon corps tout entier qui venait tout juste d’échapper à la frénésie du combat se retrouva plongé aussi ? Plutôt, qu’avais-je fait pour être ainsi tenu à l’écart ? C’est alors que je le vis. Un œil, aussi gros que ma propre tête, était braqué sur moi,

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Précision :
Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, la fin de chaque texte est le début de celui qui suit. De sorte qu’il s’agit d’un livre non linéaire, mais circulaire. Le texte numéroté 1 ( par convention), est en fait dans la continuité de celui qui sera le (faux ) dernier, à savoir le 16. C’est pourquoi le titre est Un cercle d’histoires. Dans ce cas précis, les sculptures ont été faites avant, selon l’impulsion du moment. En les rangeant sur la très longue table de mon atelier, en forme de cercle, j’ai pensé que je pouvais écrire une et des histoires à partir des sculptures. Donc, dans un cessons temps,  le texte a été déterminé par les sculptures. Mais le travail achevé, il s’est avéré que l’écrit et les formes se complétaient. L’écrit déchiffrant l’énigme des formes sans pour autant les épuiser. Cette interaction permet de dire des choses et d’aller vers des inconnus.
(Je tiens à préciser que tout cela n’a rien à voir avec les Arméniens, même s’il m’arrive de faire appel à mes propres cauchemars)

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