Ecrittératures

12 juin 2015

Le pardon selon Phakyab Rinpoché

9782749140483

1 – Transcrit par Sofia Stril-Revern, le récit de Phakyab Rinpoché intitulé La méditation m’a sauvé (le cherche midi, 2014) est riche d’enseignements sur la pratique et le concept de compassion qu’il tient pour « l’un des joyaux les plus précieux » de la culture tibétaine. En 1997, de retour au monastère d’Ashi, près de Lithiang, à la demande du Dalaï-lama, le moine Phakyab Rinpoché, alors âgé de 31 ans, y enseigne les principes de base du bouddhisme aux fidèles, après quarante années d’endoctrinement communiste. La police du peuple le soupçonnant d’appartenir à la « clique du dalaï », le convoque en novembre 1998 avant de l’emprisonner deux mois plus tard.

2 – Incarcéré durant trois mois, battu, électrocuté, torturé par la faim et la soif, Phakyab Rinpoché ne trahira pas pour autant le Dalaï-lama. Ses parents réussissent à obtenir son hospitalisation pour soigner son pied droit. En juillet 1999, il parvient à fuir et à rejoindre le Népal l’année suivante. Arrivé en Amérique le 27 avril 2003, il est hospitalisé pour une grave gangrène le mois suivant à l’hôpital Bellevue où les médecins envisagent une amputation sous le genou. Après réflexion, et suivant les conseils du Dalaï-lama (« Tu as en toi la sagesse qui guérit »), Phakyab Rinpoché, considérant sa maladie comme une grâce, décide de se guérir en purifiant un débordement de karma négatif qui mûrit en lui. Durant trois années de méditation selon des techniques appropriées, sa gangrène disparaît et ses tissus se réparent d’eux-mêmes.

3 – L’admission à la clinique Bellevue des survivants de la torture étant conditionnée par un entretien avec un psychologue, Phakyab Rinpoché va devoir faire remonter «  la douleur inavouable du déni d’humanité, subi dans les geôles chinoises », conscient que son histoire est d’autant plus banale qu’elle est partagée par toute la diaspora tibétaine. Or, devant la psychologue de l’hôpital, le malade plaisante sur les mauvais traitements qu’il a endurés plutôt que de se laisser aller à la victimisation comme l’aurait fait un Occidental. Pour lui, s’enfermer dans un passé douloureux, c’est devenir son propre bourreau.

4 – De fait, «  la victime, ce n’est pas moi, dira-t-il. C’étaient mes geôliers. J’étais sorti de prison. Mais eux ? Ils étaient enfermés dans un engrenage infernal qui les poursuivrait pendant cette vie et pendant plusieurs vies encore ! » S’étonnant alors de l’acharnement de ses bourreaux à supplicier quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas, Phakyab Rinpoché est conduit à penser que, loin d’être à l’extérieur de soi, « l’ennemi véritable est à confronter en soi-même ». Il précise : «  Nous étions tous victimes. J’étais physiquement leur souffre-douleur et ils étaient la proie de leurs propres émotions incontrôlées ».

5 – Dès lors, retournant la situation en profondeur, Phakyab Rinpoché estime qu’il a trouvé dans l’adversité une « source de sagesse ». «  J’ai donc de la gratitude envers ceux qui m’ont torturé. Ils m’ont enseigné la patience, la compassion inconditionnelle et l’impartialité, comme aucun de mes maîtres ne l’a fait ». Adoptant une posture de reconnaissance envers ceux qui lui infligèrent des souffrances, il aura à cœur de les tenir pour les agents de sa propre transformation.

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5 commentaires »

  1. Il n’y a pire ennemi de l’homme que l’homme.
    Je viens de recevoir le dernier numéro de France-Arménie où la légende de la photo de couverture est forte d’enseignement : « Ils ont voulu nous enterrer, mais ils ne savaient pas que nous étions des graines ».
    Dans le douleur, comme dans le déni, il y a un débat de conscience.
    Deux peuples portent un fardeau différent, reste à savoir lequel est le plus pesant, et qui peut aider l’autre à s’alléger.

    Commentaire par antranik21 — 12 juin 2015 @ 8:56 | Réponse

  2. Avec la force et la volonté une victime grandira toujours de ses blessures. Contrairement au bourreau qui par le fait même de ses actes pitoyables et méprisables est tellement au bas de l’échelle qu’il lui faudra faire un effort au delà de ses possibilités. Et vu que ses dernières sont limitées, raison pour laquelle, il est un bourreau, comment pourrait-il s’améliorer ?
    Je pense que l’on est vraiment bon que par nature. On ne le devient pas.
    A moins d’une exception.

    Commentaire par Alain BARSAMIAN — 13 juin 2015 @ 7:17 | Réponse

  3. C’est une faculté rare que de pouvoir transcender les souffrances infligées par autrui, au point d’inverser la situation et de tenir le bourreau pour victime !
    C’est sans doute ce qu’on appelle la « sainteté » !

    En ce qui concerne le bourreau, je ferai une distinction entre le pervers – intelligent, mais dont les déviances mentales et maladives le conduisent à commettre de tels actes sans état d’âme, et le bourreau demeuré primaire – « animal » – car rien, ni personne, n’est intervenu au long de sa pauvre vie pour lui indiquer d’autres voies et l’aider à les suivre.

    Commentaire par Dzovinar — 14 juin 2015 @ 6:32 | Réponse

  4. Le sage ne rencontre pas de difficultés. Car il vit dans la conscience des difficultés. Et donc n’en souffre pas.

    Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre.

    Lao-Tseu

    Commentaire par George — 14 juin 2015 @ 9:36 | Réponse

  5. George, la première citation me semble totalement juste.
    La seconde … je demande à voir !

    Commentaire par Dzovinar — 15 juin 2015 @ 6:13 | Réponse


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