Ecrittératures

16 juin 2015

La société turque vit dans le déni quotidien du génocide arménien

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 2:06
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ayse

1 – Paru sur le site de la plate-forme arméno-turque Repair (http://repairfuture.net/) le 28 mai 2015, en turc, arménien, anglais et français, l’entretien d’Ayşe Günaysu, activiste des droits de l’homme en Turquie, sur le déni du génocide arménien par la société turque est d’autant plus intéressant qu’il vise à déconstruire le discours négationniste orchestré par l’État. Cette négation se lit dans le concept de « douleur et deuil communs » qui met sur un même pied d’égalité l’auteur du crime et sa victime. Reproduite à chaque instant par tous les citoyens, sous forme brutale ou même subtile, elle serait même applaudie par les milieux progressistes soucieux de déculpabiliser la société turque en incriminant l’étranger.

2 – De fait, ces formulations ont pour but d’éviter la honte, même dans un monde culturel de gauche et progressiste qui prétend n’avoir aucun lien avec la « turcité ». Or, cette honte est d’autant plus justifiée que certains bénéficient d’avantages liés au fait de n’être pas arméniens. Par ailleurs, ils appartiennent à une identité ethnique ou religieuse qui est à l’origine du génocide, à des groupes sociaux qui se sont enrichis grâce à « l’absence des peuples détruits » par ce même génocide. Enfin, ils respectent les règles d’ « un État qui assure sa continuité en se basant sur des mythes fondateurs qui font que le génocide se poursuit ». Selon Barış Ünlü, « leur point commun est de ne pas réfléchir sur leur turcité et les privilèges d’être turcs ».

3 – 
Avec sa politique des « condoléances » l’État est passé du négationnisme brut fondé sur des insultes à un négationnisme plus subtil. Tout en reconnaissant les situations « tristes » vécues par les Arméniens, le Premier ministre met leurs souffrances au même niveau que les pertes de guerre. Dire que les Arméniens « ont perdu la vie dans les conditions du début du 20e siècle » pour souhaiter qu’ils reposent en paix, c’est évacuer leur extermination systématique et organisée et réduire ces causes à des situations de guerre, climatiques, économiques ou autres.

4 – Mais pour le Premier ministre, si la libre expression des idées et des opinions sur les évènements de 1915 sert d’exigence démocratique à une société pluraliste, elle ne doit pas fournir l’occasion pour énoncer « des arguments accusateurs, offensants et même provocants » à l’encontre de la Turquie. Dès lors, il est clair que toute évocation du génocide commis envers les Arméniens par l’État ottoman constituera toujours une offense inadmissible pour la Turquie.

5 – La probable présence du Parti démocratique des peuples ou HDP (Halkların Demokratik Partisi) à l’issue des élections à venir permet d’espérer un changement car « les Kurdes sont à un point plus avancé que les Turcs en matière de reconnaissance du génocide ». Écrivains, intellectuels et politiciens kurdes ont maintes fois admis le génocide comme un fait historique, même si certains d’entre eux, comme Abdullah Öcalan ou Besê Hozat ont tenu des propos proches de ceux du gouvernement. Quant au coprésident du HDP, Selahattin Demirtaş il a expressément déclaré : « Nous reconnaissons sans la moindre hésitation la réalité du génocide arménien ».

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