Ecrittératures

7 septembre 2015

Chiens de rues d’Istanbul: histoire d’un massacre sur un îlot désert

Filed under: Uncategorized — denisdonikian @ 8:45

chiens(1)

1 – Dans son article paru sur le site Slate.fr (5 août 2015), Catherine Pinguet, spécialiste des études turques et ottomanes, auteur de Les Chiens d’Istanbul (Bleu Autour, 2008), s’intéresse au massacre des chiens d’Istanbul en 1910, tantôt mentionnés comme « nuisance » dans les guides touristiques, tantôt comme « curiosité », au point même d’intéresser les éditeurs de cartes postales. Largement évoqués par les voyageurs européens de la seconde moitié du XIXe siècle, choqués autant par leurs « hordes » que par la bienveillance des Turcs à leur égard, ces chiens, le plus souvent faméliques, n’appartenant à personne, semblaient bénéficier aux yeux des adeptes de la science et du progrès, de croyances inculquées par les religieux musulmans.

2 – Moins d’un an après leur accession au pouvoir, les Jeunes-Turcs procèdent à l’élimination des chiens par la destruction des portées, puis par la capture des adultes au lasso ou à l’aide de grosses pinces. Reprenant une vieille idée du XIXe siècle de les reléguer sur une île, l’administration jeune-turque choisit, dans un premier temps, cette mesure d’éloignement sur l’île d’Oxia, dite « la Pointue », avant de cesser tout approvisionnement en eau et en nourriture. Talat Pacha eut beau affirmer que les chiens «étaient bien soignés et nourris aux frais de l’État», le dessinateur français Sem, témoin des « rafles », se rendit sur place le 12 juillet 1910, et décrivit l’endroit comme une «sorte de Stromboli vomissant des plaintes et des râles». En effet, les 60.000 chiens furent réduits à s’entredévorer avant de mourir.

3 – Considérées «plus rationnelles et plus humaines», des alternatives de décanisation par le gaz avaient été proposées par le Dr Remlinger, directeur de l’Institut Pasteur, ajoutant aux pratiques déjà en cours à Londres et Paris, des objectifs de rentabilité et de salubrité publique, par le recyclage des peaux, poils, os, graisse muscles et même intestins qui rapporterait jusqu’à 3.000.000 de francs à la municipalité. Mais cette solution fut rejetée par le conseil d’hygiène d’Istanbul. La capture des chiens fut d’autant plus difficile que les musulmans considéraient comme méritoire de porter secours à une créature affamée et comme un péché de lui faire du mal. La sale besogne de capturer les chiens fut confiée aux plus pauvres et aux exclus.

4 – Faute de voir renouvelée l’opération par le gouvernement jeune-turc, le maire d’Istanbul, le Dr Cemalettin réussit à éliminer 30.000 chiens dans les fourrières. Mais l’épisode de 1910 frappe encore les esprits, souvent vu comme la métaphore du génocide arménien. Aujourd’hui, la protection des chiens vaut comme celle de la nature, au regard des croyances qui, selon la tradition musulmane, considèrent comme une atteinte à la Création de s’en prendre à une créature innocente et sans défense. Après les campagnes de stérilisation, certaines municipalités ont décidé de reléguer les chiens dans les forets de Beykoz et de Belgrade.

5 – Il reste que la question des chiens de rues à Istanbul fait toujours l’objet de débats passionnées. Les militants de la cause animale oublient que si une loi était adoptée sur l’errance animale en milieu urbain, comme en Angleterre et en France, les chiens risquent d’être systématiquement éliminés.

Pera-carte-postale

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3 commentaires »

  1. Méthode prémonitoire de l’élimination des « chiens d’arméniens » !

    Commentaire par antranik21a — 7 septembre 2015 @ 10:04 | Réponse

  2. « Plus je vois les hommes, plus j’admire les chiens. »
    Madame de Sévigné (1626-1696)

    « Regarde ton chien dans les yeux et tu ne pourras pas affirmer qu’il n’a pas d’âme. »
    Victor Hugo (1802-1885)

    citations très parlantes et ô combien actuelles !

    Commentaire par George — 10 septembre 2015 @ 7:12 | Réponse

  3. Le chien est le meilleur ami de l’homme » , c’est bien connu, il comprend sans
    parler, il devine ce que son maître va faire, ou désire. Et avec mes enfants,
    notre chienne avait une patience infinie…

    Commentaire par Louise — 1 décembre 2016 @ 8:41 | Réponse


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