Ecrittératures

10 octobre 2015

Penser et connaître le génocide

Filed under: GENOCIDE ARMENIEN — denisdonikian @ 3:47

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1 – Dans un entretien accordé au mensuel Nouvelles d’Arménie Magazine, (n°54, juin 2000), Catherine Coquio, maître de conférences en littérature comparée à l’Université Paris IV-Sorbonne, évoque l’approche pluridisciplinaire des génocides à propos de l’ouvrage qu’elle a dirigé : Parler des camps, penser les génocides (Éditions Albin Michel, 1999). Selon elle, toute approche univoque est ici d’autant plus imparfaite que les sciences humaines rencontrent leurs limites « quand ce qu’il faut comprendre est la réalisation humaine de l’inhumain ». Si la nature de l’évènement somme de tout comprendre, au risque d’erreurs monstrueuses, une mise en œuvre transversale devient nécessaire, même si elle reste difficile à réaliser.

 

2 – Peu conscients de leurs limites, les historiens demeurent rétifs à ce genre d’échange. Pour autant, les approches dites « objectives » (de l’historien, de l’anthropologue, du juriste) devraient être accompagnées de celles dites « subjectives » (du témoin, de l’écrivain, du psychanalyste, du philosophe). En fait, « la réflexion sur le génocide porte sur la relation entre les faits et leur sens dans tous les registres de l’existence ; son objet se situe dans l’histoire et au-delà d’elle, dans le droit et en dehors du droit ». Comme la violence du génocide n’a d’autre fin que d’être subie et non d’être comprise, « la destruction doit être connue et reconnue mais aussi pensée ».

3 – Penser cet évènement fou qu’est le génocide, c’est donc parier sur son intelligibilité et sur la possibilité de sa transmission. En effet l’approche positive de l’historien ne le met pas à l’abri du déni, le génocide ayant été programmé comme un non-évènement, « définitif et indéchiffrable ». La « « mise en doute » du crime d’État au nom du « fait » contre toute « interprétation » est le noyau pervers de ce type d’argumentation ». C’est ce qui s’est produit avec l’affaire Veinstein, puis avec le refus du Sénat. Malheureusement déni et retard historiographique ont joué en défaveur des Arméniens. Ce fait a conditionné leur mode d’existence en diaspora, voués qu’ils sont à l’éclatement et à l’absence de stratégie culturelle susceptible de prendre acte de la destruction dans la perspective d’une « parole politique efficace ».

4 – La littérature, qui permet de comprendre la destruction de l’intérieur et fait réexister l’évènement dans l’ordre symbolique de la langue, a malheureusement été tenue à l’écart de la question du génocide par les Arméniens. Par ailleurs, concernant l’unicité de la Shoah, il faut reconnaître qu’il s’agit d’un « débat [qui] fait partie de ces systèmes de malentendus stérilisants cultivés par leurs défenseurs et leurs adversaires ». L’inertie des opinions est à l’origine des différences de traitement des génocides quant à leur reconnaissance. Pourtant, si « le vécu génocidaire est impartageable, […] la destruction génocidaire vise le genre humain ».

 

5 – La littérature arménienne n’a pas vraiment donné de réels témoignages littéraires assumés dans une forme esthétique. En ce sens, Dans les ruines (1911) de Zabel Yessayan, puis En ces sombres jours d’Aram Andonian ne relèvent pas essentiellement de la littérature. Il n’y a pas d’exemple équivalant aux textes de Primo Levi où le récit à la fois subjectif et réflexif joue un rôle de transmission.

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