Ecrittératures

26 octobre 2015

Entretien autour d’une décharge. Arménie (2)

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 6:55

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2 –

 

Georges Festa : Quel lien vois-tu entre Vidures et tes précédents ouvrages et aussi ta création plastique ? Vois-tu une évolution vers la fiction, sachant que le pacte autobiographique est aussi fictionnel ?

DD : Je considère Vidures comme un aboutissement, en ce sens que mon travail plastique et mes livres précédents se retrouvent de près ou de loin dans ce roman. C’est difficile à imaginer. Comment une forme plastique peut-elle se répercuter dans les mots ou la structure d’un roman ?

D’abord, mes dessins, peintures et sculptures ont, chez moi, souvent inspiré des textes. C’est le cas par exemple de Poteaubiographie (traduit en arménien et édité par Actual Art). L’aquarelle du chapitre 2 fait partie d’un ensemble avec textes, intitulé Une Nôtre Arménie. D’autres sont inédits comme Un cercle d’histoires. Par ailleurs, si on examine de près la sculpture Poteaubiographie, on remarque qu’elle est composée de deux parties, une partie basse autobiographique avec des photos et divers objets rappelant mon passé, et une partie haute totalement loufoque qui joue sur le mixage délibéré des figurines dont la monstruosité rappellerait Jérôme Bosch. Comme s’il s’agissait de rendre visibles les monstres qui nous habitent et le chaos qui agite notre psychisme. Dans Vidures, des porcs bataillent avec des chiens, les sbires du président avec les pauvres, les chiffonniers avec les détritus, les déchets envahissent le paysage. Comme une apocalypse, une chose cachée quelque part, qui pèserait sur les vivants. Tout cela est déjà dans Poteaubiographie. On pourrait faire une analyse intéressante des passerelles reliant les deux œuvres.

Je pense aussi au chapitre 14 avec Artémis aux mille mamelles.

Je pense également aux chapitres développant une esthétique du rebut. Autrement dit un art qui prend en compte les laissés pour compte de la société : choses et personnes. Comment faire de l’art avec de l’objet hors d’usage, non noble, ou avec de l’être humain qui ne symbolise pas le héros genre soviétique, héros du travail ou héros de guerre. Or, mes chiffonniers sont à mes yeux des héros, des êtres dignes de respect car ils acceptent le pire pour se maintenir en vie.

Il y a aussi du collage dans le fait de mixer les genres littéraires à l’intérieur d’une histoire marquée par la fluidité, comme dans certains de mes tableaux où se lisent littéralement les écoulements de couleurs. Dans Vidures, le récit avance par coulures de tonalités différentes qui vont en se mariant et en se repoussant. A l’image du magma qui emporte tout sur son passage, ici les choses, les animaux, les hommes et leurs pensées. Gam’ est aspiré par ce magma depuis l’aube où il tombe sur l’enterrement de sa mère jusqu’au moment où il sera englouti par la décharge. La décharge elle-même est un monstre magmatique qui absorbe les vivants et menace la Ville.

Concernant le mélange des genres, le texte que j’ai écrit le plus probant dans ce domaine reste Une année mots pour maux (non traduit). Il commence comme un journal intime et se prolonge avec des poésies, nouvelles, dialogues et autres. C’est le même esprit plastique qui préside dans Vidures avec le souci de créer des formes échappant à tout académisme.

Cela dit, la part autobiographique est minime dans Vidures. Je l’ai voulu justement le plus éloigné possible de l’autobiographie pour éviter le piège du récit et ne rester que dans la fiction. Je dois avouer que je me méfie des livres où le biographique est maquillé en roman. Trop narcissiques à mon goût, et trop peu inventifs étant donné qu’on a sous la main une matière prête à l’emploi. Qui plus est, la meilleure façon de parler de soi, n’est-ce pas de se transposer dans l’irréel ? Il est vrai qu’en cherchant bien, on pourrait trouver dans Vidures des éléments autobiographiques, mais ils sont à ce point noyés dans la masse qu’ils restent difficiles à déceler. Non, je ne peux pas dire : Gam’, c’est moi. Et pourtant, en quelque sorte, Gam’, c’est bien moi.

*

Pour Poteaubiographie voir Lots of totems, no taboos by Christopher Atamian

(À suivre)

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