Ecrittératures

21 novembre 2015

Entretien autour d’une décharge. Arménie (13)

Filed under: TOUT sur VIDURES — denisdonikian @ 9:18

 le-cri---.-de-Rodin-1

13

Ana Arzoumanian : Pourquoi faire commencer le livre par « Der Voghormia, Seigneur, prends pitié ! … » A qui est destinée cette formule de compassion ? Vu que le personnage est un écrivain, la clémence s’adresse-t-elle à l’écrivain comme tel ?

 

DD : C’est un automatisme, chez Gam’, de dire « Der Voghormia ! », comme il le fait d’entrée, et comme il le fera par la suite ici ou là et à la toute dernière fin du livre. « Der Voghormia ! », ouvre et ferme le roman comme l’alpha et l’oméga d’un monde. C’est ce rapport de l’homme à Dieu qui fait énigme et par lequel le monde s’accomplit. En fait, « Der Voghormia ! » est littéralement une expression par laquelle l’homme donne sens à son souffle. Il appelle et il reconnaît sa faute ( mais quelle faute ?) envers une entité dont il attend une réponse. C’est elle qui donne en quelque sorte le la d’un peuple « religieux » en ce que ce « Der Voghormia ! » l’accompagne tout au long de son existence individuelle et collective. Gam’ a appris cette prière pour avoir baigné dedans à tel point qu’elle fait maintenant partie de son corps et qu’il l’utilise même dans un contexte profane. Il se raccroche à cette formule comme un naufragé à la seule épave d’un passé où le divin tenait encore les hommes avant qu’ils ne basculent dans le réalisme historique. Je rappelle que Gam’ garde chez lui les portraits du Christ et de Staline qui lui viennent de ses parents. Gam’ se trouve dans le troisième terme de cette dialectique, celui où toutes les fois sont en faillite. Qu’en reste-t-il ? Une entité indéterminée et une attente interminable, quelque chose comme Godot. Mais dans le fond, et c’est ce que nous découvrons au cours du roman, « Der Voghormia ! » est le cri ultime de l’homme qui en appelle à la compassion. Le roman est parsemé d’événements, de personnes qui suscitent la compassion. A commencer par le chapitre premier avec l’évocation de catastrophes qui s’emboitent les unes dans les autres. La compassion est ce qui travaille Gam’ et, oui, comme Gam’ est écrivain, c’est ce qui travaille l’écriture à commencer par l’écriture même de ce roman. C’est pourquoi une lecture faite au premier degré, par des gens qui s’en tiennent à la chair du texte sans en atteindre l’esprit, ne permet pas de comprendre le fait que Vidures soit un roman profondément mystique. D’ailleurs, on pourrait même dire que, se déroulant dans une merde généralisée, mais au gré d’une écriture qui reste infusée d’une certaine dimension spirituelle, Vidures relève de l’oxymore. C’est la compassion qui en fait un livre de vie spirituelle. Elle court dans le filigrane de ce texte pour s’épanouir au sein du chapitre 38 où Gam’ trouve le ASK HRÉCHDAGUI, le livre de l’Ange. La compassion s’établit dans un rapport tripartite entre Gam’, l’Autre et Dieu.

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